DESCRIPTION DU PROCÉDÉ LE DAGUERRÉOTYPE G
verse une goutte sur une plaque brunie, et si, en la faisant évaporer à l'aide de la chaleur, elle ne laisse aucun résidu, on peut l'employer sans crainte. L'eau distillée ne laisse aucune trace.
« Après ce lavage, l'épreuve est terminée, il ne reste plus qu'à la préserver de la poussière et des vapeurs qui pourraient ternir l'argent. Le mercure qui dessine les images est en partie décomposé, il adhère il l'argent, il résiste à l'eau qu'on verse dessus, mais il ne peut soutenir aucun frottement.
(( Pour conserver les épreuves, il faut les mettre sous verre et les coller ; elles sont, alors inaltérables, même au soleil.
« Comme il est possible qu'on ne puisse en voyage s'occuper de l'encadrement des épreuves, on peut les conserver tout aussi bien en les enfermant dans une boîte comme celle représentée. On peut, pour plus de sûreté, coller de petites bandes de papier sur les joints du couvercle (i).
« II est nécessaire de dire que les planches d'argent plaqué peuvent servir plusieurs fois, tant qu'on ne découvre pas le cuivre. Mais il est bien important d'enlever à chaque fois le mercure comme il a été dit, en employant la ponce avec l'huile et en changeant souvent de coton; car, autrement, le mercure finit par adhérer à l'argent, et les épreuves que l'on obtient sur cet amalgame sont toujours imparfaites parce qu'elles manquent de vigueur et de netteté. »
Tous ces détails de manipulation montrent quels soins, quelles
(i) « L'auteur avait essayé de préserver les épreuves au moyen de diÛcrents vernis obtenus à l'aide de succin, de copat, de caoutchouc, de cire et de plusieurs résines; mais il avait remarqué que, par l'application d'un vernis quelconque, les lumières des épreuves étaient considérablement atténuées et qu'en même temps les vigueurs étaient voilées. A. cet inconvénient se joignait la décomposition du mercure par sa combinaison avec les vernis essayés ; cet effet, ([iii ne commençait à se développer qu'au bout de deux ou trois mois, linissail par détruire entièrement limage. Du reste, il suffisait, pour que l'auteur rejetai entièrement l'usage des vernis, que leur application détruisit l'intensité des lumières, puisque le perfectionnement le plus à désirer dans ce procédé est, au contraire, le moyen d'augmenter celte intensité. »
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précautions étaienl nécessaires pour faire apparaître et pour garder ces finesses (lui faisaient des images daguerriennes de véritables merveilles, el <|ni suscitaient un enthousiasme indescriptible dont l'écho nous parvient par les rapports d'Arago et de Gay-Lussac aux deux Chambres,
Arago, dans un style élevé, démontre que c'est bien une invention et qu'elle est destinée à rendre d'immenses services à l'archéologie, aux beaux-arts et à la science, prévisions que la photographie a largement dépassées; il fait ressortir que celle découverte esl bien française et que les autres pays ont renoncé à toute réclamation de priorité.
Gav-Lussac résume les titres qui rendent l'invention digne de la bienveillance el de la reconnaissance du pays :
« ... Appelés à donner notre opinion sur l'importance et l'avenir de la découverte de M. Daguerre, nous l'avons formée sur la perfection même des résultais, sur le rapport de M. Vrago à la Chambre des Députés, el sur de nouvelles communications que nous avons reçues, tant de cr savant ipie de M. Daguerre. Noire conviction sur l'importance du nouveau procédé esl devenue entière, et nous se rions heureux de la l'aire partager à la Chambre.
« Il esl certain que, par la découverte de M. Daguerre, la physique est aujourd'hui en possession d'un réactif exlraorduiahemcnl sensible aux influences lumineuses, d'un instrumenl nouveau qui sera pour l'intensité de la lumière et les phénomènes lumineux ce (pie le microscope esl pour les petits objets, et qu'il fournira à l'occasion de nouvelles recherches et de nouvelles découvertes. Déjà ce réactif a reçu très distinctement l'empreinte de la faible lumière de la lune. et M. Vrago a conçu l'espérance d'une carte tracée par le satellite lui-même.
« La Chambre a pu se convaincre, par les ('preuves qui ont élé mises sous ses veux, que les bas-reliefs, les statues, les monuments, en un mol la nature morte, sont rendus avec une perfection inabordable aux procédés ordinaires du dessin el de la peinture, et qui esl égale à celle de la nature, puisque, en effet, les empreintes de M. Daguerre n'en sont que l'image fidèle.
« La perspective du paysage, de chaque objet, esl retracée avec une exactitude mathématique; aucun accident, aucun Irait même inaperçu n'échappe à l'œil et au pinceau du nouveau peintre; et, comme trois à quatre minutes suffisent à son œuvre, un champ de bataille, avec ses phases successives, pourra être relevé avec une perfection inaccessible à tout autre moyen.
« Les arts industriels, pour la représentation des formes; le dessin, pour des modèles parfaits de perspective et d'cnlenle de la lumière et tics ombres ; les sciences naturelles, pour l'étude des espèces
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el de leur organisation, fcronl certainement du procédé de \l. Da guerre de nombreuses applications. Enfin le problème de sou application au porlrail esl à peu près résolu, el les difficultés <|in restent encore à vaincre son! mesurées cl ne peuvent laisser de doute sur le succès. Cependant, il ne faut pas oublier (pic les objets colorés ne sont poinl reproduits avec leurs propres couleurs, el que, les divers rayons lumineux n'agissant pas de la même manière sur le réactif de M. Daguerre, l'harmonie des ombres et des clans dans les objets colorés esl nécessairement altérée. C'est là un poml d'arrêt tracé par la nal ure elle-même au nouveau procédé.
« ... Votre rapporteur ajoutera encore que, bien qu'il n'ait pas répété lui même le procédé comme son honorable ami M. VragO, il le juge, par le récit qui lui en a été fait, comme 1res difficile à trouver, et comme ayant dû demander, pour arriver au degré de perfection où l'a porté M. Daguerre, beaucoup de temps, des essais sans nombre, el surtout une persévérance à toute épreuve, que ne fait qu'irriter l'insuccès el qui n'appartient qu'aux âmes Tories. Le procédé se compose, en effet, d'opérations successives, ne paraissant pas liées nécessairement les unes aux autres, el donl le résultai n'est pas sensible immédiatement après chacune d'elles, mais seulement après leur entier concours. Et assurément, si \I. Daguerre eût voulu exécuter seul son procédé, ou ne le confier qu'à des personnes 1res sûres, il n'était pas à craindre qu'il lui lui enlevé.
« On se demandera peut-être alors, el, en effet, la question a déjà élé faite, pourquoi, si le procédé de M. Daguerre étail si difficile à trouver, il ne l'a pas exploité lui même, el pourquoi, en dehors des lois si sages qui garantissent autant les intérêts des ailleurs que ceux de la fortune publique, le Gouvcrnemenl s'est décidé à en faire lac quisition pour le livrer au public. Nous répondrons à ces deux ouest ions.
« Le principal avantage du procédé de M. Daguerre consiste à obtenir promptement, et cependant d'une manière 1res exacte, l'image des objets, soi I pour la conserver, soil aussi pour la reproduire ensuite par les moyens de la gravure ou de la lithographie; et, dès lors, on cou coi l que, concentré dans les mains d'un seul individu, d n'aurait poinl trouvé un aliment suffisant.
« Vu contraire, livré à la publicité, ce procédé recevra dans les mains du peintre, de l'architecte, du vovageur, du naturaliste, une foule d'applications.
« Enfin, possédé par un seul, il resterait longtemps stationnaire el se flétrirait peut-être; devenu public, il grandira el s'améliorera du concours de lous.
« Ainsi, sous ces divers rapports, il était utile qu'il devint une propriété publique.
Colso.n. à
« Sons un nuire rapport, enfin, le procédé do M. Daguerrc devail fixer l'attention du Gouvernement cl appeler sur son auteur une récompense solennelle.
« Pour ceux qui ne sont pas insensibles à la gloire nationale, cuii savent qu'un peuple ne brille d'un pins grand éclat sur les autres peuples (pie par les progrès plus grands qu'il fait faire à la civilisation : pour ceux là, disons-nous, le procédé de \l . Dagucrre est une grande découverte. M est l'origine d'un art nouveau au milieu d'une vieille civilisation, qui fera époque et sera conservé comme un litre de gloire ; et faudrait-il qu'il allai à la postérité escorté d'ingra liludcPQu'il lui parvienne plutôt comme un éclatant témoignage delà protection que les Chambres, le Gouverncmenl de Juillet, le pa\s h.ni entier, accordent aux grandes découvertes... »
En lisant en entier ecl éloqucnl discours et celui d'Arago, ou constate, non sans un sentiment de Irislesse, qu'il \ esl peu question de Niepce, qui esl cependant le premier auteur de la photographie. C'est (pie la rapidité plus grande, l'extrême finesse, le cachet artistique du daguerréotvpc étaient mieux faits pour attirer l'attention générale cl pour frapper les esprits (pie la lenteur du bitume de Judée et l'aspect moins délical des planches de Niepce. Kl pourtant, de ces deux procédés, c'est celui de Niepce qui a survécu, en raison de son utilisation aux reproductions multiples el inaltérables.
LETTRE DE DAGUERRE, RELATIVE \ SES [DEES Al SUJET DU DAGUERRÉOTYPE l .
« ... Il est bien prouvé par la correspondance de M. Niepce que j'ai découvert dans le mois de mai r S .' > r 1rs propriétés de la lumière sur l'iode mis en contact avec l'argent. »
Vvant d'aller plus loin, il Importe de faire remarquer que celte assertion doit être accompagnée d'un correctif, ainsi qu'il résulte de la correspondance que Dagucrrc invoque ici : voici, en effet, les c\ traits qui ont rapport à la question dans deux lettres écrites par Niepce à Dagucrrc après l'association :
:>.'\ pun i83i. « J'attendais depuis longtemps de vos nouvelles a\ec trop d'impatience pour ne pas recevoir et lire avec le plus grand plaisir vos lettres des 10 cl 21 mai dernier. Je me bornerai, pour le moment, à répondre à celle du ai, parce que, in'élanl occupé, dès qu'elle m'est parvenue, de vos recherches sur l'iode, je suis empressé de vous faire pari des résultats que j'ai obtenus. Je m'étais déjà livré à ces mêmes recherches antérieurement à nos relations; niais sans espoir de succès, \u la presque impossibilité, selon moi, de fixer dune manière durable les images reçues quand bien même on par viendrait à replacer les jours et les ombres dans leur ordre naturel. Mes résultats, à cet égard, avaient été totalement conformes à ceux que m'avait fournis l'emploi de l'oxvdc d'argent ; et la promptitude était le seul avantage réel que ces deux substances parussent offrir. Cependant, Monsieur, l'an passé, après votre départ d'ici, |e soumis l'iode h de nouveaux essais, mais d'après un autre mode d'applica-
(1) Cette lettre, adressée à Arago, a été communiquée à I Académie le 3o septembre r83o; elle était motivée par les nombreux essais et prétendus perfectionnements qui n'avaient pas manqué de suivre la séance de divulgation du 1 g août .
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lion : |c vous en lis connaître les résultats, cl voire réponse non sa lisfaisante me décida à ne pas pousser plus loin mes recherches. Il paraît que, depuis, vous avez envisagé la question sous y\w point de vue moins désespérant, et je n'ai pas dû hésiter de répondre à l'appel que \ous m'avez fait ...»
8 novembre i83i. « ... Conformément à ma lettre du il\ juin dernier, en réponse à la vôtre du 21 mai, j'ai fait une longue suite de recherches sur l'iode mis en contael avec l'argent poli, sans tou tefois parvenir au résultai que me faisait espérer le désoxydant. J'ai eu beau varier mes procédés et les combiner d'une foule de manières, je n'en ai pas été plus heureux pour cela. J'ai reconnu en définitif l'impossibilité, selon moi du moins, de ramener à son état naturel l'ordre interverti des teintes cl surtout d'obtenir autre chose qu'une image fugace des objets. \u reste, Monsieur, ce non succès est absolument couronne à ce que mes recherches sur les ox\dos métalliques m'avaient fourni bien antérieurement, ce qui m'avait décidé à les abandonner... Vussi, après quelques autres tentatives, en suis je resté là. regrettant bien vivement, je l'avoue, d'avoir l'ait fausse roule pendant si longtemps, et, qui pis est. si inutilement... »
Voilà qui est catégorique, et nous savons que Niepce noircissait, en effet, son plaqué d'argent par la vapeur d'iode en présence de la lumière (voir Niepce, I \ ) : nous saxons également qu'à la suite de ses expériences de r 81 G il avait été amené à renoncer, pour les mêmes motifs qu'il indique ici à propos de l'iodure, au chlorure d'argent, qu'il désignait aussi sous le nom d'oxyde (voir la lettre du 20 avril 1817) par suite de la théorie de l'époque qui admettait une owdalion des métaux dans leur combinaison avec les acide--, même avec l'acide chlorhvdrique.
Daguerre ne faisait donc d'abord que reprendre l'élude commencée par Niepce sur l'iode mis en contact avec l'argent.
« Je n'ai découvert l'application du mercure qu'en i835. On peut penser que, clans ces quatre années d'intervalle entre les deux découvertes, j'ai dû faire un grand nombre d'expériences, et qu'employant toujours pour ces expériences des planches métalliques, il a dû souvent me venir à l'idée de fixer limage par la gravure.
« A cette époque, je ne savais pas que l'image existe sur l'iode avant d'être apparente, et j'attendais qu'elle se fût mani/estée par la coloration de l'iode, dette image était fugace, parce qu'elle se colorait indéfiniment, et d'ailleurs les clairs et les ombres étaient transposés. Cependant, dans
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cet état, les acides agissaient différemment sur les parties de l'iode non colorées par la lumière et sur celles qui étaient colorées, et j'obtenais par leur application une gravure extrêmement faible.
« Une expérience faite sur une plaque sortant de la chambre noire et sur laquelle l'image était devenue apparente par la coloration de l'iode par la lumière m'avait démontré que le gaz acide carbonique, en contact avec la plaque légèrement mouillée, avait produit par sa combinaison avec les parties de l'iode frappées par la lumière, un composé très blanc, et avait ainsi remis les clairs et les ombres dans leur état naturel; mais la dégradation des teintes était imparfaite, dette expérience m'a donné plusieurs fois le même résultat.
<( J'avais remarqué qu'en mettant dans une capsule du chlorate de potasse, et qu'en le chauffant avec une lampe dans un appareil à peu près semblable à celui qu'on emploie aujourd'hui pour le mercure, l'image produite, comme il est dit ci-dessus, par la coloration de l'iode parla lumière, apparaissait en clair, absolument comme l'engendre aujourd'hui la vapeur mercurielle.
« Après être arrivé à la connaissance de la propriété du mercure, l'image était loin d'être aussi complète qu'elle l'est maintenant. Je voyais avec peine sa fragilité, c'est-à-dire la facilité avec laquelle le frottement en enlevait le mercure, et je voulais parvenir à lui donner plus de fixité. Pour tâcher d'atteindre ce but, je commençai une série d'expériences à l'aide des acides.
<c Je dois le dire ici, h; but que je me proposais dans ces expériences n'était pas d'arriver à tirer des épreuves, mais bien, en remplissant de noir les parties du métal attaquées par l'acide, de donner de la vigueur aux images...
« .le termine en disant que je regarde; comme impossible d'arriver par la gravure sur la plaque même à un résultai semblable à celui que présente une ('preuve exécutée dans toutes les conditions du procédé; mais je ne pense pas de même d'un transport du mercure sur un autre corps, ce que je regarde comme possible. Un perfectionnement, qui pourrait être considéré comme tel, serait le moyen de noircir l'argent dans les vigueurs sans attaquer le mercure; on détruirait ainsi h' miroilage de la plaque. Une autre améliora-
7o l> I Gl ERRE
tion non moins importante consistera à empêcher que le mercure qui s'attache aux parties de l'image qui ont été trop longtemps exposées à la lumière ne perde de son éclat ; je verrai avec le pins grand plaisir les recherches se diriger de ce côté. Quant à la conservation de l'image, cela ne présente aucune difficulté, puisqu'on peut toujours placer les épreuves sons verre, et les border de papier collé pour les garantir du contact des vapeurs, <pu peuvent seules nuire, surtout ii l'argent. . . »
Celle déclarai khi n'empêcha pas plusieurs opérateurs de chercher à transformer le daguerréotvpe en planche à graver; la suite nue reçut ce procédé esl indiquée au chapitre vu ; mais d faul reconnaître que les prévisions de Daguerrc ne manquaient pas de justesse.