II. U
l46 CORRESPOND ANC! SECRETE
"VU. Je Tois avec chagrin que les fléaux de justice de Dieu ne nous engagent pas à la fl< chir et à solliciter sa miséricorde.
J'ai souvent occasion de passer par Yii cennesy où les habitans sont fort peu quilles. Il j a eu de grandes querelles ces jouhe n passés; imaginez qu'ils portent la folie jusqu ^«a dire que le château leur appartient. Ils ont sa^Ssi
vingt-cinq arpens de prés qui sont au roi. I e
délire est à son comble ; dernièrement da «35 une autre endroit , une femme du peuple ne craignait pas d'avancer que le roi n avait pas une chemise qui n'appartînt à la nation.
Vous vous alarmez trop aisément sur le retard de la paix du Mord y que depuis long- temps on regarde ici comme sûre; le journal d'aujourd'hui ranimera vos espérances; les miennes sur un événement favorable et prochain vont jusqu'à la certitude.
On nous avait annoncé une nouvelle lettre de l'abbé Raynal; elle n'a point paru, et lui a disparu fort sagement, parce que son adresse à
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TAssemblée avait fort déplu à ceux qui sont dans le sens de la révolution. Comme il parait avoir changé de façon de penser , on pense aussi de lui différemment. Dieu veuille donner de l'efficacité à ses justes remords !
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:ÈtaBstas$aXBSsssxtBuàti
»o Jain 1791.
Le tribunal d'Orlëand refuse de juger I criminels de lèse-nation f jusqu'à ce qu*Qp ai défini ce genre de crime ^ dont jusqu'à présen on ne sait que le nom.
Le bruit court que la garnison entière de Metz refuse le serment militaire.
Le nombre des officiers français qui passent en Allemagne est énorme. Ce ne sont pas seulement les jeunes gens, il y en a de soixante-dix ans; un garde-du-corps y est arrivé n'ayant plus que vingt-quatre sous dans sa poche.
Je tiens d'un témoin auriculaire et digne de foi, qu'aujourd'hui, en plein jour, sur le boulevard, un des orateurs du peuple s'est élevé avec beaucoup d'énergie contre l'Assemblée nationale, l'accusant d'avoir abusé le peuple, qu'elle dédaigne actuellement ; d'avoir aboli la noblesse
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pour s'en attribuer à elle seule toutes les prérogatives ; d'avoir exposé aux cojups de fusil les conquérans de ht Bastille , auxqueh elle refuse les droitsde citoyensactifs, répétant enfin ce que TOUS avez pu lire dans la pétition que le journal TOUS a mise sous les yeux. On persiste à dire que messieurs les Gauchers de TAssemblée sont sujets à la peur. J'en sais qui ont fait l'aveu qu'en exigeant le serment ils avaient commis une balourdise.
On garde le plus profond secret sur le plan^ des opérations prochaines des puissances ; mais le petit nombre de ceux qui en ont quelque connaissance disent qu'il est sublime et le fruit d'un grand génie.
Un papier public, décidé pour la bonne cause, donne avis qu'il est parti de Paris un jeune homme de vingt^cinq à trente ans, qui n'est point de la lie du peuple , bien vêtu , ayant des bijoux, monté sur un cheval anglais , pour s'échapper plus aisément après le crime , et qui menace les jours du prince de Condé et d'autres personnages qu'il ne nomme pas. Il donne cet
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avis comme certain, non pour effrayer le prince, parce qu'un Coudé ne s effraie jamais , mais pour prévenir les malheiirs. Cet aviç inquiète ; il y a cependant lieu de croire qu'il aura soii effet en multipliant les précautions. Â quoi en sommes-nous réduits !
Il est dix heures du matin, et mon domestique rentre précipitamment chez moj, tout essoufflé, pour m'ayertir de ne pas sortir, parce que tout Paris est dans l'agitation, et il m'ajoute : « Le roi, la reine,, M, le dauphin, en un mot, toute la fa* mille royale est partie. » Je doute d'abord de la nouvelle, mais elle se çonGrme de tous côtés, et il est très sûr qu'hier jsoir le départ général a été effectué. Peu de temps apr^s, on répand que le roi a été arrêté à Meaux, et ce bruit vole de bouche en bouche. J'en conteste la vérité, et je n'imagine pas qu'en ayant voulu le dérober à la capitale, on ait pris si mal ses mesures, qu'on se soit exposé à revenir sur ses pas , et à mettre ainsi le dernier sceau aux malheurs qu'on vent fuir. Quelques momens après on sonne le tocsin à la. ville, on bat la générale; tous les
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gardes nationaux sont sur pied; on les distribue dans les divers quartiers. Bientôt on publie que MM. de LafayetteetBailiy sontdétenu&à rHôtelde-Vilie ; que le peuple demande leur tête si le roi ne revient pas. On ajoute que te premier, instruit ^de la fuile du roi , est monté à chevaJ ; qu'il a volé au château des Tuileries , et que soa cheval s'étant abattu^ il a été traîné dans les rues et grièvement blessé. D'autres rapports disent que les soldats des gardes françaises qui étaient de garde pendant la nuit ont tous déserté, et qu'ayant sans doute été gagnés, ilsn ont pas osé y reparaître. Voilà où en sont les choses en ce moments C'est un amas de nouvelles , un ehoc d'idées, une vivacité de mouvemens qu'il est facile de concevoir. Cependant à l'instant même un gentilhomme militaire et chevalier de Saini-Lpuis , qui vient de traverser la ville , m'assure que le gros du peuple paraît tranquille. Un nombre de citoyennes bien mises , et qui ont l'air de bonnes. bourgeoises, en passant sous nos fenêtres, se témoignaient avec une grande démonstration de joie leur satisfaction desa*
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voir le roi et son auguste famille hors de dai ger. Il y a ici des seotimens de toute espèce» Je suis toujours persuadé que le roi voyage, el je doute qu'il ait pris la route de Meaux.
Je devais dîner dehors ; ou ne veal pas que je sorte , et peut-être on a raison, parce que quelques sans-eulottês de mauvaise humeur ont l'air de s'en prendre à certaines gens de ce qui est arrivé ; et quoique je dormisse paisiblement alors , et que la chose me soit totalement éttangère , vu l'ignorance où j'étais-, je mereinfe aux bons conseils de mes amis*
Je reviens à mon secrétaire; il. de Lafayette n'est point blessé, m^is lui et M. Bailly, qu'on a vu passer, sont méconnaissables et ont un air consterné. Le vertueux M. le duc d'Aumoat, ami du roi, est à la ville : il a eu un coup de baïonnette au visage, mais sans dessein, et cm coup de couteau dans le côté, de ta part d'une mégère poissarde.
Notre place est un mouvement perpétuel ; îl y a deux ou trois cents gardes nationaux dont à chaque instant on détache des patrouilles. Le
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peuple s'occupe à effacer partout le nom et les armes du roi ; 9u lieu ^e rue Royale, on a déjà mis rue Nationale. Les fleurs de lis sont arrachées de devant la maison des notaires. Il n'y a plus de par le roij ni autres inscriptions publiques ou particulières, où se trouve ce noo^ respectable.
L'Assemblée nationale a décrété que pen^ dant quinze jours elfe serait revêtue du pou- Toîr exécutif, et que, pendant ce temps-là, elle délibérerait si la France seraît une république, ou si elle nommerait un régent. Un cri flétrissant dindignation s'est élevé aux Tuileries lorsque quelqu'un a osé mettre en avant pour la régence le duc d'Orléans. Je tiens de la personne même qu'un grenadier lui a dit : c II était temps que cela finit , et que le roi sortît de captivité. Il nous en faut un et non douze cents ; j'envie le sort d;e ceux quî l'ont escorté , et il en est un grand nombre qui pensent de même. » On a affiché aux coins des rues : Le roi est parti cette nuit; et l'on ne sait ni comment il a fait, ni où il est allé.
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Le voilà donc enfin libre et prouvant par son évasion qu'il ne l'était pas. On le croit déjà ea Flandre , et Ton assure que demain il sera *à Bruxelles. Il y trouvera son frère te comte d^Artois et la reine, sa sœur, larchiduchesse Christine. Heureuse réunion dont la seule idée fait couler des larmes d'attendrissement.
* Quelqu'un a dîné aujourd'hui dans mon voi-* sinage : il revient de la mer , et a vu l'escadre anglaise, dont il fait une descriptioq superbe... Bien des gens la croient destinée à fseçourir la France. L'amiral Hood, qui la commande, a eu ordre de n'ouvrir les paquets qc^'à une certaine hauteur. Le même voyageur connaît le général Bender, dont il parle comme d'on grand militaire, quoiqu'il soit petit de taille , et asseii laid de figure.
Cette nuit Paris sera éclairé à cause des patrouilles qu'on ne cessera d'y faire. Il paraît qu'on prend les plus grandes précautions pour assurer la tranquillité. Les gar4es nationaux se montrent très disposés à maintenir l'ordre, et , disent hautement qu'il ne faut pas craindre les
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brigands. On ma rendu la conversation de plusieurs : elle est très salisfaisante. Ah! quelle consolation de se voir à l'àbri des cruelles me • naces de porter sur une pique la lête do la reine au-devant de Léopold; les voilà enfin en sûreté ces tèles augustes qui ont causé tant d'alarmes aux cœurs vraiment français. Je ne puis vous exprimer ce que je asens. Je dédaigne les platitudes dune popu4ace qui s'épuise en bêtises depuis ce matin , et qui croit la royauté anéantie, parce qu'elle proscrit jusqu'ai; nom qui la désigne. ; L'Assemblée nationale n'en impose à personne, majgré k contenance qu'elle aflecte, et l'on me disait, il n'y a pas une heure, que le peuple même retranchait beaucoup de sa stupide véjçté ration.
Dix heures du soir vieniient de sonner , et l'on vient de m'apporter un billet qui dit : c Le roi et ses compagnons de voyage se portent bien. Des légions d'anges les ont transportés. Il soupera ce soir à Mons.»En effet, calcul fait de la distance des lieux et de la célérité de la iparche, les illustres voyageurs,- qui eu partirent
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Eier entré minuit et une heure, doivent être ar** rivés. Que dira un enragé qui chantait hier la chanson de Marlborougb, appliquant aux puissances étrangères ces mots : // reviendra à Pâques ou à la Trinité. La Trinité était avanthier f et voici un départ qui peut accélérer une arrivée.
L'on ne peut pas aujourd'hui sortir de Paris; les carrosses ne peuvent pas rouler ; on porte dans les diverses sections des barils de poudre , comme si Tennemi était aux portes. L'on a déménagé le château des Tuileries , que Ton dit actuellement être fermé. Tout Paris s'occupe à deviner comment le roi a pu s'évader,et personne ne l'imagine. Il s'est servi, à ce qu'on prétend , des chevaux qu'on nomme enragés, et qui font quatre lieues à l'heure. Les jours suivans seront peut-être plus orageux que celui-ci, où la stupeur est ('impression dominante , et les affreuses motions du Palais-Royal exciteront ai-« sèment l'incendie, qui déjà règne dans les propos. Cependant des paroles aux faits il y a loia. Les prêtres sont un des objets de la haine des
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séditieuXi ainsi que les nobles. Aujourd'hui, dans la soirée, on attribuait tout ceci aux parlemens. Rien n'est fixe dans les tètes que la fureur. Le roi a laissé uii écrit qui expose les motifs de sa retraite ; mais on n'en sait pas exactement le CQutenu ; on varie aussi sur la forme du déguisement sous lequel le roi est parti. Le temps nous instruira successivement de tous ces détails f bien moins intéressans que Tévènement mème^ dont les gens honnêtes se réjouissent.
Nouvelle alerte (2a juin )• l^e bruit est universellement répandu dans Paris, que le roi a été arrêté à Lille en Flandre. La pouvelle vient de l'Hôtel-de-Ville ; celui qui l'a apportée s'en rend garant : elle court toutes les rues ; n'importe, je proteste contre. Lille n'est pas sur le chemin de Yalenciennes. Oh! l'on n'aurait pas exposé le roi à y passer sans être sûr des régimens. On nomme le régiment de Navarre comme l'auteur de cette arrestation. Malgré mes motifs de ne pas croire , mon cœur est agité par une demicrainte. Une heure après , un ami de la maison arrive et confirme la nouvelle^ qu'il croit avan-
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tageuse pour la tranquillité du peuple. Je combats la nouvelle sous ces deux rapports. Enfin à midi j'apprends que j'ai raison^ et que M. de Lafayette, interrogé par le peuple , lui répond : f Ce sérail vous leurrer que de vous dire que la nouvelle estvraie; • et Ton a fait proclamer à son de trompe que le roi n'était pas arrêté. Son départ de Paris a été ingénieusement préparé : il est sorti par les souterrains de la cuisine ; on a fait partir avec lui les sentinelles, qui étaient aux portes. L'arrangement des relais est surtout bien trouvé. On avait exigé que le roi écrivît au comte d'Artois de revenir. En conséquence il a ordonné publiquement desrelais sur la route, et ils ont servi au voyage du roi ; lui et la reine sont partis séparément. Il y avait en tout six voi* tures qui se sont réunies en un lieu convenu Le lundi soir, Monsieur, frère du roi, alla i son ordinaire auxTuilcries,et à onze heure et demie, il fit mettre quelqu'un à sa place pour paraître rentrer au Luxembourg. Les ordres pour le lever , la messe , le déjeûner du lendemain , étaient donnés comme de coutume ^ et ce jour-
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là le roi et la reine s'étaient promenés, chacun dans sa voiture, à la vue de tout Paris. Les uns disent qu'ils sont à Mous, d'autres à Luxembourg , mais tous conviennent qu'ils ne sont pas arrêtés.
Il y avait hier quarante mille hommes armés dans Paris, et mon domestique a monté la gsurde cette nuit, aussi tout est tranquille. Il n'y a que les motions qu'on ne saurait arrêter. Il y
en eut hier pour pendre M. le duc d'Or ,
Lafayette et Bailly ; ce sont des orages qui passent et se dissipent.
M. le duc d'Aumont est hors de Paris.
Les assignats perdaient hier quarante pour cent.
La noblesse et les prêtres sont encore l'objet des menaces ; mais les paroles volent, et il n'y a encore aucun incident connu.
On parle d'une levée de quatre cent mille hommes à opposer aux puissances ; la besogne est diflficile , longue et superflue.
On vient me faire des détails du départ du
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roi, dont on ne peut trouver aucun vestige, elcpi est un prodige d'intelligence opéré par le secours de la sagesse divine.
L'Assemblée nationale a prolongé sa séance d'hier jusqu'à cinq heures du matin ; elle est revenue à neuf, et ils y sont encore. On la dit très embarrassée et très alarmée. J'aurais de quoi vous entretenir vingt-quarre heures , et vous intéresser; je ne vous marque que la substance.
Il y a eu un peu de pillage aux Tuileries , et des indécences dignes de la fureur du peuple. A présentie scellé y est, et on les garde.
On prétend que Monsieur, frère du roi, est revenu lui-même au Luxembourg, d'où il est sorti par le jardin, avec Madame.
On proposait hier de nommer roi des Français un prince de la maison d'Angleterre. Il o y a bêtise qu'on n'imagine.
MM. de Lafayette et Bailly. n'étaient pas dans le secret , et ils sont aussi étonnés que les autres , mais plus inquiets.
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Un homme desprît m'a dit que le roi , fatigué de sa longue captivité , et ne pouvant pas prendre des bains , allait prendre des Bender.