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J'ai pensé 9 madame, que ces détails vous amuseraient y mais c'est , hélas ! le douloureux plaisir de la tragédie. Vous ne direz pas de ma lettre ce que dit l'énergique auteur qui dans deux mots a fait la généalogie de la constitution , en parlant des feuillesincendiaires danslesquelles il déclare que leurs auteurs vomissent leur âniCj pour répandre et nourrir le venin dans le peuple ; ma plume n'est pas venimeuse , mais elle est souvent trempée dans les larmes. Comment les retenir, lorsqu'on entend dire qu'il s'est fait au club des Jacobins des motions tendant à ce que le roi, déclaré inviolable par un décret, ne le soit pas dans tous les cas : il s'agit apparemment de celui-ci : d'autres, dirigées à ce que le roi , après avoir fait sa déclaration aux trois commissaires , soit tenu de répondre dans
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rAsscmblée à toutes les questions que lui fera le président.
Une Jeltre écrite de Corse par le neveu d'un homme de ma connaissance , qui m'en donna hier !a nouvelle, annonce que la contre-révolution est faite dans cette île , et qu'on a chassé de leurs sièges et de leurs cures tous usurpateurs intrus.
Vous avez vu autrefois à Châlons- sur-Marne M. Tabbé de Dampîerre , actuellement grandvicaire de Paris ; M. le marquis de Dampierre, son frère , a été tué d'un coup de pistolet et achevé à coups de crosse de fusil , en qualité d'aristocrate , pour s'être approché du carrosse du roi, lors de son arrestation. Le frère de M, l'abbé de Floirac , autre grand-vicaire , a un frère au service , homme plein de vertus et de courage ; il est arrêté avec un nombre d'autres , pour cause de zèle et d'attachement pour le roi.
Ce malheureux monarque n'a pas la liberté de passer de son appartement dans celui de la
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reine. Il fut arrêté ces jours derniers par des sentinelles, auxquelles il fut contraint de céder : dans le mouvement de sa vive indignation , il jeta par terre , en rentrant chez lui , une tasse de porcelaine ; ce qui a fait courir parmi le peuple le bruit qu'il avait perdu la tête. On dit^ et malgré Tinvraisemblance et l'indécence , on assure que trois sentinelles sont jour et nuit chez la reine y ainsi que chez madame de Tourzel y gouvernante de M. le dauphin. Tout est croyable aujourd'hui. Un homme du plus grand mérite disait il y a peu de temps , que l'Assemblée nationale avait fait du bien. — Lequel ?lui'dcmanda aussitôt quelqu'un. — C'est, répondit-il, d'avoir mis les incrédules les plus décidés dans le cas de croire à l'enfer, l'enfer seul pouvant les punir de leur scélératesse. .
Plusieurs municipalités de province ayant appris l'arrestation du roi, envoyèrent aussitôt chez tous ceux qui étaient soupçonnés d'aristocratie par leur naissance et leur état, et firent enlever toutes leurs armes^ de peur, disait-on , qu'on ne s'en servit contre les patriotes. Malgré
le succès de cette arrestation et la joie du peuple, dont on paie une portion pour danser, TAssemblée nationale est embarrassée du parti qu elle prendra, et un grand nombre de membres aurait désiré que le roi ne revînt pas. Seloû quelques uns , on pense à déclarer le roi trop faible pour gouverner son royaume , et k nommer un régent.
On prétend que la reine soutient avec courage sa dignité, et qu'au moment où le roi fut arrêté , elle lui dit : « Montez à cheval , prenez votre fils, je resterai seule exposée au danger.»
Puisque je suis auprès de vous le simple écho des bruits publics, je dois vous dire qu'on représente Monsieur et tous les princes comme vivement irrités, et qu'on regarde la circonstance de la nouvelle captivité comme ïe dragon qui met le feu à l'artifice. 11 y a les plus grands détails sur la coalition des puissances, on va même jusqu'à désigner leur marche. Je ne vous en parlerai pas, crainte d'erreur; je vous dirai seulement que l'opinion sur ce point est au moins la même.
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Croyez , madame , que je paie de retour rattachement que vous me marquez , et qu'il m en coûte de n'aller pas vous rejoindre ; mais comment voyager avec sûreté ? Le peu d'argent qu'on a peut être pris ou par la nation ou par les voleurs, ce qui revient au même. D'ailleurs étant au terme, à qui s'adresser pour le& sacremens ? Si les jureurs et les intrus savaient l'idée flétrissante que le côté gauche témoigne contre eux, ils seraient bien humiliés. J'ai des preuves évidentes de ce fait.
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1" Juillel 1791.
J'appris hier chez madame la maréchale que vous connaissez , qu'il venait d'arriver à l'Assemblée une lettre qui est adressée de Luxembourg par M. de Bouille , en date du 26 juin. Un moment après, j'en fis la lecture , parce qu'elle a été aussitôt rendue publique; j'imagine que le journal de demain vous la rendra tout entière ; il le doit en réparation du faible extrait que contient celui d'aujourd'hui. Je ne m'étends pas sur la nature de cette lettre, dont vous apprécierez la noblesse , la force et l'assurance. Elle fait à Paris la sensation la plus vive en sens contraire. Les uns en sont ravis , et elle irrite les autres; cela ne pouvait manquer. On croît assez généralement que le brave militaire qui en est l'auteur, et que madame votre épouse ne suspectera plus , a en pour première intentioQ
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la sûreté de la persoune du roi, et que d'ailleurs le ton ferme avec lequel il s'explique annonce qu'il est instruit du projet des puissances étrangères, et qu'il n'a aucun doute sur l'énergie de leurs secours. Le roi de Prusse , à ce qu'on dit, offre le sien à condition qu'il nV aura aucun démembrement de la France qui ajoute aux possessions de l'empereur. On fait les plus grands éloges du roi de Suède , dont les vues, vraiment amicales, sont accompagnées de beaucoup d'intelligence et de politesse.
La persuasion que l'on avait eu connaissance du départ du roi gagne de plus en plus, et il est peu de personnes qui en doutent ; mais on n'est pas moins convaincu de l'embarras que sa présence et sa captivité bien prononcée causent à l'Assemblée.
On me dit hier dans une maison que le côté droit s'était transporté au comité de constitution , et avait demandé h ces messieurs s'ils se proposaient de conserver la monarchie ou de la détruire , leur ajoutant que si leur dessein était de l'abolir , ils se retiraient tous dès l'in-
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stant. Le comité a, dit-on^ demandé trois jours pour répondre ; cela supposerait une incertitude et achèverait de mettre au grand jour le terme affreux auquel paraît se diriger Texécrable marche de la plus infernale intrigue. D'autre part , on disait que TAssemblée allait s'occuper pendant quinze jours de la révision de tous ses décrets 5 pour fixer ceux qui étaient constitationnels , qu'elle les présenterait au roi ( en cas qu'il le soit alors ) ; et que s'il les sanctionnait ou s'il les acceptait, on lui rendrait la liberté. Comme s'il ne fallait pas essentiellement que préalablement il fût libre pour donner à la sanction ou acceptation de la valeur! Du reste , dans la prison royale , assure-t-on , le roi peut causer avec la reine , pourvu que
ce soit en présence de témoins. Il faut que la porte de leur appartement reste ouverte , et il en est ainsi chez la reine y dont , moyennant cette infâme et ridicule précaution y les gardes restent dans une chambre voisine. Je crains , monsieur , qu'en me lisant il ne vous vienne en pensée que j'ai l'esprit égaré, et que je vous
raconte des fables ; non , monsieur , non , je ne suis pas l'inventeur de mes récits , ils ne me seraient pas venus dans Tidée ; je ne fais que narrer très fidèlement ce qui se dit dans la meilleure compagnie de Paris,
Il y a quelques jours que M. le dauphin , étant sur la terrasse des Tuileries , fut accueilli avec transport par le peuple. Sans doute une étincelle de cet ancien amour des Français pour leur souverain , et que la férocité moderne n'avait point encore étouffé, se ralluma. Un grenadier prit entre ses bras cet auguste enfant, dont la vue remua et échauffa les cœurs. Mais on craignit les progrès de ce beau feu , et l'on fit taire le peuple. Il ne manque pas de pompiers dans le sens de la révolution , qui craignent le renversement de ce monstrueux édifice , et qui cherchent à éteindre les flammes du zèle et de la fidélité , jadis le distinctif de la ci-devant nation française. Il y a aussi peu de jours que, dans un groupe , un scélérat hardi vomit des torrens d'injures contre la reine. Le grand
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nombre en fut indigné , et quelqu'un des opposans s étant écrié qu'il fallait conduire ce coquin à ta Force j la motion fut applaudie et mise sur-le-champ en action. Le drôle futac« câblé de coups et traîné en prison. Le journal qui rapporte aujourd'hui ce trait félicite les Français de ce qu'une lueur d'honnêteté semble reparaître parmi eux. En ce moment un militaire de manque sort de chez moi ; il m'a dit que l'Assemblée était frappée de la lettre de M. de Bouille comme d'un coup de foudre , et il m'a ajouté ce que je vous ai déjà marqué , que M. de Bouille n'étant pas fou, il se sei;itait évidemment appuyé par des forces considérables dès qu'il écrivait ainsi. En attendant , il y a nombre d'officiers emprisonnés y à l'occasion du départ du roi. Il y en a sept à huit de Royal- Âllemand ; on espère qu'il ne leur sera rien fait à raison des circonstances , mais on craint cependant pour eux. Je sais positivement qu'un des gardes nationales , homme honnête et religieux , a fondu en larmes à la porte du roi ,
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sur le sort du monarque , qui en a été attendri, et qui lui a témoigné sa sensibilité à la vivacité de cet intérêt.
Quelque stupide forcené s'étant avisé , dans un cUib , de proposer le duc d'Or!.... pour la régence , a été sifflé et resifflé lorsqu'il a fait un amendement. Les sectaires périgourdins sont dans un grand avilissement, le peuple seul ne distingue pas leur culte que désertent tous les honnêtes gens.
M. et madame la présidente de Nicolaï, qui sont dans une de leurs terres nommée Courance , à dix lieues de Paris , viennent d'être assaillis, à deux heures après minuit, par cinq cents hommes qui voulurent visiter leur château , où Ton disait qu'il y avait des armes cachées : ils ne trouvèrent rien et s'en retournèrent, après des insultes, et après avoir tant bu dans les caves, qu'il fallut en mettre plusieurs sur des charrettes pour qu'ils pussent retourner chez eux.
Il est fort difficile aujourd'hui de passer dans les pays étrangers , non seulement par le déficit
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des finances, mais par la défense de sortir du royaume, doù il serait bon cependant d'être loin. Si, contre mes spéculations et mes idées, les Français faisaient de la résistance , et qu'une sorte d aveugle brutalité devînt le courage du peuple, dont la fureur est à son comble, nous verrions des fleuves de sang; heureusement , je crois avec M. de Bouille que leurs moyens sont nuls, et qu'on n opposera pas la force à la force. Dieu a déchaîné le diable, le. diable a déchaîné r Assemblée, l'Assemblée a déchaîné le peuple. Espérons qu'avec la protection divine les puissances enchaîneront tout. La grande correction que le ciel devait à tous les États dififérens paraît bien avancée ; gare le moment où Dieu , apaisé par les âmes justes, brisera les verges dont il s'est servi. Ce qui m'afflige, c'est que nombre de ceux qui ont été punis ne paraissent pas devenir meilleurs.
Comme les assignats perdent treize pour cent; que, selon les apparences, ils perdront de plus en plus, et que d'ailleurs il vaut mieux se défaire de cette monnaie volante, que de
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celle quî a du poids et de la valeur réelle, j'ai imaginé de faire échanger un assignat de 200 fr. en petits billets de caisse patriotique qui ont cours , et dont la division est de 20 , de 10, de 5 francs, lesquels passent couramment dans les marchés ^ emplettes, sans rien perdre.
Je viens de lire la peinture que CAmi du Roi fait de la rentrée de Louis XVI dans la capitale : Tâme se partage entre Tindignation et l'attendrissement sans pouvoir se décider entre ces deux sentimens. Ma >[;rainte est un peu tempérée depuis que M. de Bouille dit clairement que s'il manque un cheveu sur la tête du monarque, il ne restera pas pierre sur pierre à Paris.
Je tire d un papier public intitulé : Le Spectuteur National^ ouvrage qu'on dit impartial et véridique , les articles suivans , relatifs à la diète de Ratisbonne ; les instructions qui y sont parvenues sont : 1° de déclarer à la France que l'empire d'Allemagne ne veut pas être tenu aux alliances et traités de paix conclus avec cette
couronne; 2* qu'on cherchera à faire valoir toutes les prétentions légitimement fondées sur différentes provinces cédées à la France ; 3* que le commerce entre les deux nations ayant été jusqu'alors au désavantage de rAlIemagne, il sera, par un décret de Tempire , ordonné de défendre l'entrée de toute marchandise française quelconque , et de former à cet effet un cordon sur la frontière ; 4" que toutes les possessions françaises en empire , ainsi que tous les droits que cette puissance exerce , devront être séquestrés jusqu'à la restitution des possessions, droits , etc., des princes réclamans ; 5* l'Assemblée nationale ayant envoyé en Allemagne plusieurs membres de la congrégation , dite de propagande , pour y répandre les principes démocratiques , principes qui ne peuvent s'allier avec la constitution de l'empire , il sera décrété une loi rigoureuse qui ordonnera que tout Français et Allemand qui professera ces principes, soit publiquement , soit en secret, sera puni de mort ; 6"* quant à la déclaration de guerre à faire h la F'rance , comme elle ne
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peut dépendre que de la pluralité des voix, ou a observé que chaque Etat devait considérer pour son intérêt et Tinlérêt général, que lempîre serait bientôt morcelé , si chaque puissance étrangère pouvait en usurper quelque part intégrante , sans avoir à redouter les fortes réclamations par lesquelles la confédération germanique doit soutenir envers et contre tous les propriétés de tous ses membres ; 7* que l'empire est encore doué d'assez d'honneur et d'une vigueur assez formidable pour défendi-o ses droits et possessions contre ses voisins , et qu*il est évident que si les princes qui sont attachés à sa gloire comme à son existence , ne se laissaient guider que par un véritable patriotisme et voulaient se réunir sous le chef de lempire avec cette ancienne valeur qui a toujours distingué la nation allemande , rien ne pourrait résister à leur effort , et que , malgré la jactance des parjures usurpateurs, il serait très facile aux princes de s'opposer à toute entreprise contraire aux traités qui ont solennellement attribué aux princes allemands les droits