II. i
194 GORREaPONDANCE SECRIKTE
dont ils jouissent dans la Lorraine et dans l'Alsace. C'est en date du 18 juin que ce morceau est écrit.
M. le dauphin eut à son retour un léger crachement de sang qui n'a pas eu de suite«
On dit aujourd'hui le peuple dans une grande fermentation : c'est peut-être l'effet de la lettre de M. Bouille, qui est si extraordinaire et si frappante y que quelques personnes la révoquent en doute , tandis que les députés des deux côtés conviennent qu'elle est vraie. Elle est dans tous les papiers; on la crie dans les rues avec les injures les plus atroces contre son auteur. Je ne puis vous rendre celles que publiquement on vomit contre le roi , avec une audace que rien n'égale. Des orateurs crottés en font retentir les rues.
Quelqu'un qui revient de nos frontières n'a pas grande idée de nos défenses. La multitude des officiers qui passent dans les pays étrangers inquiète l'Assemblée. On fait des enrôlemensà Paris : peut-être le nombre ne manquera pas, mais il peut devenir nuisible plutôt que salutaire.
DU PKRE LENFANT. Ip5
Il faut des chefs , de Tordre, de la valeur et de l'argent. La France perd , par l'émigration , des militaires, trois excellens officîers-généraux, MM. de Bouille , de Klinglin et de Humann , beaucoup de colonels et officiers supérieurs de toutes les classes.
ig8 correspondance: secrète
porter à ce point Tincroyable audace de la plus monstrueuse scélératesse.
Ces deux jours derniers les ouvriers , au nombre de douze à quinze mille , réunis à la place Vendôme^ ont dit hautement à des députés : « Vous avez pris le bien de l'Eglise, qui était le nôtre, cest à vous à nous nourrir, il nous faut de l'argent. » Or, l'argent diminue et les besoins augmentent; cette misère commune a excité des plaintes et peut occasioner une crise. I/Âssemblée est dans la détresse, malgré l'apparence de sa sécurité et la fierté audacieuse de sa marche. Soyez-en sûre , elle est plus inquiète que vous, et elle risque davantage.
On donne pour très certain que les députés du comité de constitution sont allés chez M. l'ambassadeur de Russie. Après les avoir fait long-temps attendre , il s'est présenté et leur a dit : « Messieurs , que chacun de vous dise ce qu'il a h me dire , ma réponse sera commune à tous.* Après les avoir entendus, il leur a signifie
DU PÈBE LENFANT. 1 99
qu'il avait défense expresse de Timpéralrice sa souveraine de traiter avec rAssemblée et de la reconnaître. C est la confirmation de ce que je vous ai déjà marqué.
La lettre 4ç M. de Bouille , que j'ai tout entière^ et dont les papiers n'ont donné qu'un abrégé , a répandu du sombre et de la terreur sur une partie du peuple. On attend de jour en jour le manifeste des puissances, qu'elle annonce de façon à ne laisser aucun doute, et probablement nous touchons au moment de voir bien du neuf. Il faut donc ne pas se laisser abattre et attendre les évènemens.
La persécution contre les fidèles ministres de l'Eglise se soutient , et ceux-ci de leur côté ont la même constance.
6 Itiitlet 1791-
Je vous ai dit, madame, que notre iofortunée reine soutenait avec le plus grand courage le poids du malheur, et je vous ai dit vrai. Aussi excite -t -elle un sentiment d admiration qui s est glissé jusque dans Tâme de Barnave , qu'on dit frappé de Théroîsme de la souveraine dont en partie il a renversé le trône ; mais comme d ordinaire c'est aux dépens de la nation qu'on s'élève au-dessus délie, l'état de la reine produit le plus vif attendrissement. J'ai entendu madame ***, qui l'avait vue le même jour ; elle a dit que si elle avait cent ans, elle ne serait pas plus changée; que ses cheveux sont totalement blanchis, et que ses traits ne sont plus les. mêmes. Une impression semblable, quoique avec la diversité nécessaire des nuances, est gravée sur raugnstc front du monarque, dont la situation.
fait couler bien des larmes à ceux qui se souviennent encore qu'ils sont Français et qu'il est leur roi. Si vous avez lu la Gazette de Paris et CAmi du Roi sur le voyage et larrestation de ce prince, j'ai peine à croire que vos yeux soient restés secs. A ce sentiment de pitié sur le héros de la V^agédie y que la nation compose et dont journellement elle multiplie les affreuses scènes | se jpint une pitié de différent genre à l'égard des auteurs de tant de maux ; l'atroce petitesse des moyens qu'ils emploient mêle un ridicule inexprimable à la barbarie ,, dont la preuve est complète. La scrupuleuse puérilité dont l'attention place des gardes jusque dans la chambre , le cruel espionnage qui veille sur les discours , la basse vigilance qui s'étend jusque sur les égouts , dont on ferme l'issue , et d'autres détails dont l'énumération fatigue la raison et révolte l'humanité , forment le cortège de la tyrannie , qui est au suprême degré. Quoique dans le plein exercice de leur puissance y les soi-disant législateurs sont inquiets et embar- ];assés ; je sais qu'un des gauchers a avoué q^iiç
20^ CORBESPONDANCE SECRETE
Tarrestation du roi était pour eux un fâcheux éyènement. D'autre part y il a été lu au club des Jacobins un mémoire très bien fait et écouté sans réclamation , lequel justifie entièrement le parti qu'avait pris le roi de s'éloigner de la capitale , dans laquelle les outrages ont accompagné son évidente captivité. Ce mémoire, tout royaliste, et le succès qu'il a eu, semblent confirmer ce que j'ai ouï dire du changement d'opinion de ce fameux club ! On prétend qu'on en a arrêté les têtes les plus exaltées, et qu'il est devenu moins dangereux : il serait bien à désirer que cette température se communiquât aux clubs des provinces. Celle de Bretagne est en feu comme les années précédentes, et vous en avez eu la preuve dans le journal.
Les Annales de la religion , brochure qui parait à chaque semaine , sont remplies de faits avérés qui consolent de la rage des persécuteurs par l'admirable conduite des persécutés. Les sœurs de la Charité donnent de toutes parts des exemples héroïques. L'une d'elles, nommée Cas'jin , dans le diocèse de Béziers , fut arrêtée
par lin coquin qui , le sabre nu , se mît en devoir de la tuer, si elle ne renonçait à ce qu'il appelait son fanatisme. Cette jeune fille, âgée de vingt-deux ans, se jette à genoux , tire son crucifix, et demande pour toute grâce quelques momens^ afin de pouvoir recommander son âme à Dieu. On les lui accorde , et lorsqu'ils sont écoulés : t Vous pouvez frapper , dit-elle à son bourreau , je prie Dieu qu'il vous pardonne comme je vous pardonne moi-même, t Celui-ci, frappé d'admiration, la relève, lui avoue l'impression que tant de vertu fait sur lui , et ajoute : • Nous sommes payés pour avoir une de vos tètes, et la porter dans chacune de vos maisons du voisinage , mah je n'ai pas le courage de prendre la vôtre. • Ce trait vient d'être écrit à la mère générale vis-à-vis Saint-Lazare. Ainsi, madame, voyons-nous en même temps des excès de crime et des prodiges de vertu.
J'ai lu et j'ai actuellement sous les yeux une brochure de huit pages intitulée : Mémoire adressé à t^ Assemblée nationale et au peuple français , par Louis-Joseph de Bourbon Condi'y
S04 CORBESPONDANCE SECRETE
en réponse au décret du 1 1 du mois de juin. Si cette réponse n'est pas du prince , on peut au moins lui appliquer ta phrase qu'elle renferme en disant qu'elle est digne d'un Condé et d'un Français. Elle est pleine de sagesse, de modération et de noblesse. Âpres avoir déclaré qu'il abdiquerait plutôt jusqu'au nom de Français que de rentrer en France, tant que la raison et la justice en seront bannies , et tant qu'elle sera la proie des factieux qui {'égarent , il proteste que si les Français ouvrant un jour les yeux, secouent le joug de leurs nouveaux ty* rans, et apprennent enfin qu'une nation n'a pas plus le droit d'être injuste qu'un seul individu f alors il accourra et volera dans les bras de ses concitoyens. Ici il y a des points , et il reprend : • Mais peut*être ce temps n'est pas si éloigné ; bientôt la terreur entrera dans l'âme des coupables ambitieux qui du peuple le plus poli de l'univers en ont fait un des plus sauvages. Le ciel et les hommes ne laisseront pas tant d'attentats impunis. Quant à moi, ce n'est point contre ma patrie que je tournerai mes
DU PÈRE LENFANT. I^ol
armes ; les factieux veulent toujours s'identifier avec elle , mais le reste des Français et toute r£urope ne prennent point le changé. L'on n*est point traître à son pays pour vouloir le démasquer , et un décret surpris à la religion de rAssemblée et à la sanction illusoire du roi ne me rendra point rebelle. • Il parle ensuite des égards dus dans tous les temps au caractère d'envoyé , et dit qu'il les a eus pour celui qui lui a apporté ce décret, et finit par dire qu'il rend sa réponse publique pour que l'Assemblée > la France et l'Europe , puissent lire en même temps au fond de son cœur et le juger. On regarde toujours comme prochaine l'arrivée du manifeste des puissances étrangères , en avouant que l'arrestation du roi peut occasioner quelque court délai ; j'ai de fortes raisons de dire qu'elle occasionera d'abord un changement dans le manifeste lui-même. Cet événement est de nature à ne pas être passé sous silence ; mais un délai de circonstance n'est pas le renversement des projets 9 dont la certitude est singulièrement , par >^
la lettre de M. de Bouille, de l'avis général des personnes même qui doutaient des secours.
On assurait hier que le régiment de Castella suisse et un régiment de cavalerie, ayant appris l'arrestation du roi, avaient volé à sa défense, et qu'ils étaient arrivés dans divers endroits, épuisés de fatigue et une heure trop tard, ce qui annonce que la défection des troupes n'est pas universelle.
Si Ton croit les uns, Paris offrira des combattans par milliers pour aller sur les frontières; d'autres prétendent que le nombre des volontaires inscrits n'excède pas cinquante- trois personnes.
Je vis et j'entendis presque hier un orateur prêchant aux ouvriers la soumission et le travail ; comme leur attroupement a causé quelque trouble , on a cherché à les apaiser. Le temps nous apprendra si l'on a réussi. C'est une chose singulière que l'état habituel de Paris, paraissant calme en totalité au milieu d*un nombre d'agitations particulières. Je le traversai à pied, il y a deux jours; je vis dans plusieurs endroits
des pelotons, des prédicateurs de place et de rue; je passai auprès^ et je n'aperçus pas le plus léger mouvement. Le peuple est une machine qui se monte , s'avance, se retarde, s'arrête à volonté ; ses opérations sont celles d'autrui, et le ressort qui les produit n'est pas toujours invisible.
Le petit journal d'aujourd'hui annonce que l'empereur vient d'accorder grâce à la fameuse Théroigne de Mericour, emprisonnée depuis long-temps dans les Etats de ce souverain, à condition qu'elle avouerait tout ce qu'elle a fait; et sans se borner aux aveux exigés, elle a fourni la preuve de ce qu'elle avançait. Le môme journal entretient l'idée d'un dessein commuu à tous les princes d'Europe , d'agir de manière h empêcher la peste française d'infecter leurs possessions. Il se récrie sur ce que M. de Lafayette, étant accusé solennellement par M. de Bouille de viser à être le chef de l'empire , l'Assemblée lui confie la garde du roi , et fait men« tion d'un propos tenu ces jours derniers par un loyal Breton^ qui, indigné d'entendre parler
208 CORRESPONDANCE SECRÈlE
iojurieusement du roi^ eut le noble courage de braver la multitude, de lui reprocher Tindignitc^ de son langage , et de déclarer que dans sa province trois cent mille hommes pensant comme lui étaient déterminés à soutenir et venger leur maître. Les menaces, les cris de lanterne, furent la réponse de ce bon peuple , et Teffet eût peutêtre suivi si la garde nationale ne Teût empêché. Je savais déjà ce que raconte le mêrae auteur en nous disant que les sans-culottes, irrités de la suppression des ateliers de charité, avaient menacé de crier vive le roi. On leur prête aussi davoîrdit que c'étaient eux qui avaient fait passer les décrets, et qu'à présent on voyait bien que ces b... n'avaient plus besoin d'eux.
On a fait proposer aux ambassadeurs, qui dernièrement ne purent pas entrer chez le roi, d'y aller à présent suivant leur ancien usage. Ils l'ont refusé en disant qu'ils avaient écrit à leurs cours respectives pour en recevoir les ordres; on les croit sur le point de partir.
Des lettres d'Italie marquent que Mesdames
DU PÈRE LBlfrANT. 909
ont ijuitté le palais de M. le cardinal de Berais , etiq^^elles se sont retirées diind u» courent de religieuses Urseliiiei/A:propos de cardinal, celui qui lëtait, et qui n'est plus que l'apostat ërêque de Sens, doit être dans une faumilîation bien profonde, s'il a lu une lettre imprimëe qu'on lui adresse , et qui lui présente tous ses torts atec une plume plus tranchante qu'aucun -glaive.
Il parait une adresse aàx religieuses d'un style bien différent ; on leur rend la * justice due à Iliéroisme de leur conduite^ Il faut avouer qu'elles ont montré et qu'elles continuent à montrer un attachement à leur état qui fait la gloire dé l'Eglise et la leur« On n'osera plus avancer que si l'on ouvrait les couvéns , ils seraient presque déserts. Le nombre des transfuges est bien petit, et la ferveur do grand nombre est éclatante ; leslRé^ollets se sont distingués presque partout , et dans plusieurs papiers on en voit l'éloge.
' La communauté de la Visitation , rue Saint-
Jàbques, fut remplie de gardes nationaux après
aïO CORRESPONDANCB SBCRETE
le départ du roi. La stupide masse d'une sotte déihaigogie croyait qu'on y avait caché le dauphin: Ton he croit plus aujourd'hui que ce qui est incroyable. . . *
On pense que la -translation des reliques infernales de rimpie Voltaire n'aura pas lieu, ou du moins qu'il n y aura pas un scandaleux mélange de cérémonies religieuses, aux actes du culte idolâtre qu'on veut décerner à ce coryphée des impies; les prêtres jurenra^àce
qu'on m'a dit, croiraient leur repu talion cooipromise; et déjà elle est sî flétrie, qu'ils voa* draient en sauvât le reste.
Personne à présent , pas. même les députés du côté gauche, ne doute de la nullité parfaite de la constitution, ouvertement déclarée parla nullité de s9QÇ:Uon ; aussi le petit jonrnal disait plaiâamilient h^r : «O miracle» la petite Target, quoiqu'elle aoîl morte, parje encore. »
Le jugeittent de la haute cour nationale, qui vient de condamner M. du Fresney à avoir la lète tranchée $ semble propre dans la circonstance è intimider, les ennemistde la révolutioa.
DU PEBB LENFANT. 2 1 I
On avait dit que ce tribunal ne savait paà eo quoi consistait le crime ^e lèsensalion ; U a sans 4}diite acquis des lumièreé. Combien de vietiines seront immolées'si Dieu n-y. met la maini'
Quelquun rapproche; devant moi Tëdit par lequel le roi a rappelé tes protestâns, de la place que le protestant Bamare occupait dans la voiture entre Leurs Ma jestés,et cette idée me frappe. Il est bon que Its hommes aperçoivent Jes oeuvres de Dieu. j
Paris est inondé de bruits qui Toccupent ci dont je n'ai garde de garantir la vérité. Ici ce sont les princes qui craignent c[tie la France ne corrompe leurs troupes, et qui ^ pour les mettrq à l'abri de cette séduction, leur proinettront en dédommagement le pillage de la capitale. Là , c'est une contrefaçon , en Allemagne, d'assi-* gnats si bien imités, que les armées, en entrant en France^ paieront avec cette ombre de naon-^ naie. Les uns font faire le siège des places forte:^ ;' les autres se bornent à laisser la communication^ libre par des corps qni resteront en; arrière , tandis qoe d'autre& pénétreront. '»Ge seooiirs^
2 I 2 CORRESPONDANCE SSCftiTl
porté rendrait rexpédition plus prompte.
Il n*existe rien de plus audacieux , de plus outrageant, que TafËche contre le roi pour le dépouiller de sa couronne. C^était le dessein d'un parti, et on en juge par la persuasion où Ton est qu'on savait le départ du roi , auquel on oe s*est pas opposé pour trouver un prétexte de le déshonorer.
UAmi du Roi rapporte dans sa feuille que la reine , touchée pendant la route de ce que les gardes nationaux avaient besoin de manger, leur fit distribuer les provisions qui étaient dans la voiture; elles furent reçues avec empressement et dévorées de même. Bientôt on entendit crier que ces provisions étaient empoisonnées. La reine alors descend de son carrosse, prend un morceau de ces mêmes alimens, en donne au dauphin, et dit fièrement : c frayez i'fl'y a du poison. lOn avait amené une berline, et proposé à la reine d'y entrer pour éviter la trop grande chaleur : « Non , dit-elle, et jamais je ne me séparerai du roi. » A présent cette princesse est dans une gène si grande, que l'officier de
DU PÈRE LEWANT. dl3
garde couche pendant la nuit à travers la porte de sa chambre.
J'ai dîné avec deux personnes qui reviennent de rAssemblée nationale ; elles m'ont dit qu'il y avait environ quatre cents députés eh tout , et que le côté droit, qui est en très petit nombre, ne prenait aucune part aux délibérations ; ainsi c'est un corps à demi paralysé qui est devenu l'âme de toute la France, et qui lui imprime tous ses mouvemens.
Adieu, ménagez votre santé, conservez vos espérances, et s'il m'est permis de vous donner un conseil, fixez attentivement comme moi ces trois tableaux, celui de la religion dans sa beauté 9 de Timpiété dans ses principes, et de l'humanité dans ses passions.
'2 1 4 CORRISBON DANCB SECRÈTE
6 Juillet »79i«
Vous aarez tu par le journal combien il difficile de se garantir de toute erreur : on a crié hautement dans la capitale Tarrèl de mort prononcé à Orléans contre M. du Fresney, et il ft'en est rien» Chaque jour enfante des productions que le lendemain détruit; mats il en est de si odieuses et de si évideinment fausses, qu'il n'y a qu'une slupide méchanceté qui paisse les adopter. De ce genre est une prétendue lettre de la reine à M. le prince de Condë, pour l'avertir du projet de leur départ : la grossière rusticité des premières phrases donne elle seule le démenti le plus prononcé à l'imposteur qui a l'impudence de garantir l'authenticité de la lettre. Il en existe une réelle, à ce qu'on me dit hier , de Monsieur , frère du roi ; et une seconde de M. Bouille aux Français. Cette dernière»
ajoute-tHOn , est une inyitatioti à aller se réunir à ce glanerai qui est nommé commandatit sous le valeureux Bender. Si les détails de Bruxelles sont Yrdi&, ib sont fort différens de ce que tous lirez dans te journal lire d un papier patriote. Monsieur et M. le comte d'Artois, charmés^ se rëunih, ont montré la tendresse de frètes; Taîné^oiilait renvoyer an cadet toute la gloire de i'ihtéi'èt qu'on témoigne au roi; et le cadet a' voulu qiié. l'aîné fût le chef , donnât tous les ordres, et conduisit toût^. Ils sont d'un accord parfait , et Fon augure bien dé cette bomue intelligence. On m'avait dit la semaine dernière qu'dn avait essayé à Bruxelles de troubler celle qnt devait régner entre les ofBciers français et autrichiens. On commençait même à réussir, lorsque la. paix a été entièrement rétablie parmi eut. Celle des Russes avec les Turcs m'a été hier certifiée de la manière la plus positive , et si elle h'est pas encore signée , on ne la regardé pas moins comme sûre.
Je vois qu'on croit assez que, s'il y a quelque délai dans l'exécution des plans , ils n'en seront
21 6 GORRESPONDANGS SEGRÉTE
pas moins bieo combmés, ni moins certainement réalisés; le mal est qu'en attendant la pacification de la France, les crimes et les violences se perpétuent. Le maire de Saint-Omer vient d'être assassiné pour n'avoir pas voulu participer au]; jfureurs du club jacobite.
Jiç vous avais marqué les mprmures attribués aux saQ»-culottes y à raison du refus de lesemployer comme auparavant aux ateliers die charité. Il fut avisé hier, qu'au nombre de trois à quatre cents ils s'étaient rassemblas devant l'Assomption et près du Manège, ayant tous à leurs chapeaux des cocardes de papier blanc , criant lYive le roi ! au lieu de lYive la nation! Ces petites vivacités populaires, qui ressemblent au plus saint des devoirs , ne font pas plaisir aux souverains régnans , non plus que les bruits de paix dans le Nord.
Les choses sont telles , qu^il y a de llnquiétude pour tout le monde, et que chacun en particulier en a sa part.
On est persuadé du peu de sûreté des lettres à la poste. Comme je ne suis point contre-ré-
DU PÉBS IBNFAirr. 21 J
volutionnaire , que je ne machine rien , et n'ai aucune connaissance de machinations, je n'hésite pas à vous mander les nouvelles publiques , ne pouvant pas refuser à l'obscurité de ma plume la liberté dont jouit par les décrets la publicité de la presse ; on n'est pas ennemi de la révolution précisément parce qu'on en raconte les effets.
M. de Castella, colonel du régiment suisse de ce nom , a écrit lui-même qu'ils étaient arrivés une heure trop tard pour secourir le roi^ et l'on assure aussi que le régiment de cavalerie, venu pour le même objet, avait été dans le même retard , sans qu'il y eût de sa faute ; il avait fait douze lieues lorsqu'il se trouva arrêté par une rivière. Lès chevaux étaient sur les dents ; ils la passèrent cependant, à ce que l'on dit, mais il était trop tard.
On crie actuellement , presque sous mes fenêtres , quelque chose de relatif aux troupes étrangères. J'entends d'ici les noms de frontières, de Gondé, d'Artois, de Bouille, de commandant, de braves citoyens, etc.; mais ou*
1 I 8 CORRESFOKDANCB SEGlliTB
tre que je ne fais aucun cas de cea mensonges dont on alimente le peuple, j'attends à ce soir pour apprendre s'il y a quelque chose de neuf« J'ai lu la protestation de M. le marquis de Foucault, signée, du ag décembre, de l'Assemblée nationale , contre le décret qui suspend le pouvoir du roi, et attente à l'inviolabilité de sa personne sacrée. Elle est supérieurement faite , et porte sensiblement l'empreinte de la noblesse des chevaliers français , ainsi que de leur attachement à la personne sacrée du roi* Nombre de curés l'ont signée ; quelques uns même l'ont fait d'une manière très énergique ; Tun a mis simplement ces mots : Tout à Dieu, tout au Roi. A coup sûr, ce n'est pas un jureur. Divers membres du tiers-état se sont conduits avec la même fidélité et le même zèle. Puisse cette portion de bons sujets du roi adoucir la peine d'une captivité cruelle, dont il paraît que bien des cœurs commencent enfin à sentir et à partager l'inconcevable rigueur ! Il est dans la nature qu'on plaigne les malheureux lo^rs même qu'ils sont coupables ; or, dans cette circon-
DO PKRB UBNTAtlT. 2kl 9
statice, aux yeat d'un grand nombre, ii n'y a point de crime^ pas même defattte, et l'on n'est frappé que du malheur. Il coule bien des larmes sur les chaines du monarque et de son «pgusie épouse, qui gagne chaque jour par son courage daitô l'écrit et le cœur des témoins de son infortune.
Des lettres de Pamiers apprennent que la procession de la Fôte-Dieu a été singulière : les catholiques n'y étaient pas , et les protestais y ont assisté. Ces derniers ont reconnu les intrus pour leurs frères, en disant que, comme eux, ils s'étaient séparés de Rome ; et ce lien nouveau tes a réunis. Ils ont eii moins de peine à 'paraître honorer le mystère auquel ils ne croient pas , qu'ils n'ont eu de plaisir à voir grossir en quelque sorte leur secte , ou du moins imiter leur rébellion.
A Montpellier , dès qu'on sut le départ du roi, on alla chez madame de Saint^Priest, mère de l'ancien ministre ^ pour la mettre en prison , sons prétexte que son fils étant hors du royaume, elle savait cettefnite.Commecettedame est âgée
s 90 COERB8PONDANGB SSCBilB
de quatre*TiDgt6 ans , on s^est contenté de mettre une sentinelle à sa porte; mais on a arrêté madame d'Entragues, sa fille, que je connais, et deux dames, ses sœurs; elles ont été prisonnières yingt-quatre heures. Elles sont aujourd'hui chez elles avec une sentinelle. Voilà la liberté nationale, voilà l'humanité.
En ce moment deux personnes entrent chez mcH ; Tune affirme que l'Assemblée nationale travaille sérieusement à la révision de ses décrets, et qu'elle met de l'eau dans son vin; Tautre assure qu'on a porté quinze dents lettres au comité des recherches, prises à la poste, pour voir (vu le danger de l'Etat) ce qu'on pense et ce qu'on projette, etc. J'avais donc raison de dire que les lettres n'étaient pas sûres i nouvelle preuve de la liberté et du bonheur f Je vais copier la lettre de Monsieur, ou plutôt son dis* .cours à messieurs de la noblesse française.
Braselles, le i«* {uifiet.
cMssSIEUBS,
» J 'ai cru devoir vous assembler avant mon départ pour vous marquer ma sensibilité aux sentimens
DU PilE LBNFANT. 931
que la noblesse fraaçaise ne cesse de me témoi-f ' gner depuis mon arrivée ; j'ai touIu aussi vous re* commander l'union^ qui seule fait votre force, et surtout Tobëissance et le respect au gouverne^ ment du pays, dont nous vous donnerons toujours l'exemple. Tons les gentilshommes français sont sans doute égaux par leur opinion, mais il est impossible qu'une si grande réunion reste sans chef; nous vous en proposons six : M. le duc d'Uzès, M. le duc deVillequier, M. le marquis de Laqueuille, M. de Fondeville, M. de Rubien. Nous vous demanderons de la déférence pour eux. Ces messieurs seront chargés de corres-* pondre avec nous et le gouvernement ; ils vous feront parvenir nos avis (tout le monde a crié : Nos ordres) , nos ordres donc , puisque vous le voulez. Il faut espérer que nous ferons finir bientôt les maux de notre chère patrie ; j'ose encore lui donner ce nom« Depuis quatorze siècles que la monarchie existe , la noblesse s'est toujours trop bien montrée pour ne pas soutenir à jamais son caractère. J'oubliais de vous dire quelque chose de moins intéressant et qui m'est
particulier. Caplifen France depuis vingt mois, je n'ai pu travailler à yps intérêts. Si nous avons de^ espérances y c'est à mon. frère que naos (es devons : je n'apporte ici iqpe mon zèle. » M. le com te d'Artois a répondu : « Jé^ n 'su fait que ce que j'ai dûf et je serai De premier à vous obéir comme a mon chef. » Les deux frères se sont embrassés ; le discours a été souvent interrompu par des applaudissemens.
J'ai cru vcius faire, plaisir en copiant ce dx&* cours, quoique probablement Vous devex le lire dans les papiers publics; mais, dans le doute, j'ai voulu vous assurer une lecture agréable.
; On recommence à parler de la cérémonie dont les cendres de Yol taire sont l'objet ; quel* qu'un dit avoir vu le char qui doit être couvert de ses restes impurs , et qui , dit-on , coûte lui seul cinquante mille francs. Peut-on croire un pareil délire ? Jusqu'où va llvresse de l'impiété!
On persiste à dire qu'il y a bien .de Tembai^ ras et de la peur parmi les gens qui causent euxmêmes tant d'embarras et de peur aux aiitres.
1>fJ PÈRE LEBTFANT. 2135
Les ressorts de ta machine s'iisent^ et les ouvriers auront peine à la:népai^r^ c'est le propos , général de presque tout Paris. L^impot, dont le poids est énorme, fera bien '4es m^éotHiteas ; et des commis de bureau disaient y il j à peiv de jours» que jamais lé peuple né ferait payer le peuple. G 'est recueil de la ^tboyeUéfiorme démocratique, au jugemeiii du peuple même.
Outre les deux cent quatre vingt-dix signa*tures mises au bas de 1» protestation dont je vous ai parié , beaucoup, d'autres vont s'y joindre. Les députés qi|t l'ont signée affirment que jamais iU ne s'éloigneront de leur poste ; qu'ils y restent par intérèft pour le roi et la famille royale, qu'ils ne veulentpoint abandonner: c'est une consolation pour les augustes captifl , mais ce n'est pas leur délivrance. Hélas ! leur situation est toujours plus attendrissante.
Le nombre des individus que l'on se promet d'opposer : aux étrangera rassure les Français : nous serons, diseat^ils, vingt contre un. Le petit journal en convient , el rapporte le mot
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d'un vieux militaire de Royal-Pituite : « Ce fiera ▼iugt poulets contre. un vieux renard. ».
Je vous ai parlé d\ine brocliure intitulée: f Qu'esl^e que l'jàêsémblée ? elle coûte un écu, el en voici l'analyse que j'extrais dé £Ami du Roi» L'Assemblée nationale ^t tout ; elle est plus despote en France que le sultan eni Turquie ; elle est Dieu ^ elle est concile ; elle usurpe le pouvoir qu'elle concède au roi; elle s'empare de tous les détails du pouvoir militaire ; elle s'empare du pouvoir judiciaire ; elle donne des lettres de cachet ; elle suspend , elle évoque , étouffe des procédures ; elle nomme dés commissions et donne des attributions; elle usurpe le pouvoir législatif, elle usurpe le pouvoir exécutif. » L'auteur du journal ajoute que la division de cet ou?rage en fait connaître l'utilité et le but. 11 en parait un aussi sous ce titre : M. Camuê réfuté par M. Camus. Je ne l'ai pas vu ; je regrette de ne pouvoir pas amuser votre loisir de ces diverses lectures; il n'est guère possible de se livrer à toutes, et de suivre les
DU PÈRE LENFANT. 2aS
attaques multipliées et variées , dirigées jouroellemeut contre les habitans du Manège. Il n'est aucune place forte qui pût résister à une si foudroyante artillerie ; mais lopinion du peuple forme un rempart queje temps seul peut affaiblir ; on en voit tomber quelques morceaux par intervalles 9 il est vrai, et Ton craint que peu à peu les fondemens de Tédifice chéri ne soient ébranlés.
On donne pour certain que le manifeste paraîtra le 1 2 de ce mois ; que TAssemblée est dans la plus grande inquiétude ; qu'elle est (oYt agitée au sujet du roi , qu'on pense à rendre libre de voyager dans l'intérieur du royaume ; que le mécontentement des ouvriers la fatigue ; qu'elle sait que le manifeste exige qu'on représente les cahiers de la nation pour en connaître les volontés ; que la guerre passe pour inévitable ; qu'on songe sérieusement à revenir sur la constitution civile du clergé , vu que les intrus et les jureurs , par leur discrédit , renversent toute la nouvelle marche ; qu'il paraîtra demain