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CORBESPONDANGE SEGIlÊTE
une nouvelle protestation du côti^ droit , et une aussi forto du côté gauche dans le tnôme sens.
On doute de la deuxième lettre de M. de Bouille, dont on dit que des scélérats sont allés chercher la têle^dilTicile à avoir à Luxembourg.
-.a Juillet 1791.
Jai reçu, madame , la dernière partie de votre journal, et j'ai vu qu'on a fait chez vous ce qui s'est pratiqué partout ailleurs : désarmer tous les châteaux fut une des premières opérations des conquérans qui arrêtèrent le roi. Les premiers auxquels on enleva leurs armes eurent beau représenter qu'elles leur étaient nécessaires, en cas que d«s brigands vinssent les attaquer. Tout fut inutile; il fallut céder à la force , la ;seule loi qui aujourd'hui soit dans toute sa vigueur. Ce n'est donc pas une avanie qui vous soit particulière , et vous n'avez fait que la partager avec tous les honnêtes gens du royaume. La visite faite dans vos papiers me paraît une addition de zèle de la part des commis chargés de l'exécution des ordres de la commune. Dans d'autres temps on serait autorisé à
s'en plaindre ; dans celui-ci la patience et le silence sont la seule ressource ; mais ce qui s'est passé avertit de ne rien avoir chez soi dont la plus atroce inquisition puisse abuser. La méchanceté d autrui peut devenir pour nous un crime , et comme on veut des victimes , on fait aisément des coupables. Du reste , ce soin de désarmer en dedans semble annoncer qa*on redoute les armemens du dehors , on les brave de parole et de loin, la chose serait peut-être un peu plus difficile de près.
J'ai vu avec chagrin que l'amertume du vôtre énervait le courage de votre âme. Prenez-y garde , vous fixez à Dieu, et les momens^ et les moyens dont il est seul l'arbitre; remettez tout entre ses mains , joignez une entière résigna-' tion à la confiance et à la prière. La Providence réglera tout , et elle fe conformera à votre volonté , lorsque vous serez pleinement soumise à la sienne.
Depuis dimanche lo, j'entends les soupirs de la pitié sur la captivité du roi , même parmi la garde nationale. On la dit si touchée , que
désormais elle ne veut plus faire les fonctions de geôlier. On dit même que la garde soldée l'a déclaré au général , ajoutant qu'elle prendrait son parti , si on la faisait servir à d'autres fonctions que celle d'être garde d'honneur et de sûreté. Cet excès de barbarie contre un monarque dont la bonté est universellement reconnue , devait produire cet effet. Un tout semblable est résulté parmi le peuple , de l'impie et ridicule apothéose de Voltaire , dont lundi 1 1 on promena les restes dans les rues de Paris , et qu'une pluie fort abondante sur le soir n'a pu laver. Le cortège était immense. Vous en verrez sans doute la description dans quelque papier. Je n'ai eu garde de grossir le nombre des spectateurs y et si cette infâme cérémonie avait eu lieu sous ma fenêtre, je l'aurais fermée. Mon respect pour Jésus-Christ que j'adore , m'a éloigné avec indignation du prétendu triomphe de l'impie qui l'a si ouvertement méconnu et si criminellement attaqué. Je m'unis à la troupe nombreuse et fidèle qui , dans ses jours de perversité, redouble la ferveur
de son culte , et honore spécialement le dîvla cœur de THomme-Dieu. Celte dévotion fait les progrès les plus rapides , et Ion ne peut pas suffire à distribuer les images que vous connaissez. Portez-en toujours une sur vous, et placez-en une dans votre maison. Il y a des traits récens d'une protection singulière. Ce qu'il y a de plus grand en France en estmunL
Je vous ai souvent parlé de l'embarras où se trouve rAsscmblée nationale : on. ne cesse de \% représenter tel, qu'elle désirerait fort que le roi n'eût pas été ramené à Paris. On a osé présenter l'idée de changer en république la monarchie , mais le projet n'a pas pris , et l'on regarde comme certain qu'il ne se réalisera I^as.
Une lettre arrivée de Trêves il y a deux jours, dit que M. l'électeur de cette ville a reçu offi' ciellement la nouvelle de la paix faite entre les Russes et les Turcs. Les papiers publics y préparaient.
L'incendie des châteaux en Bretagne , eu Anjou , en Poitou , recommence : il faut une
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grande prudence dans la crise actuelle. Prier Dieu, espérer en lui, mesurer ses discours et ses démarches, voilà la règle qu'il faut suivre. On criait hier soir dans la rue, avec la plus odieuse indécence : « Demain on saura si le roi remonte sur le trône ou s'il reste à terre. • C'est en effet en ce moment que doit se faire le rapport de son départ. Le cœur saigne à Thorrible idée que le roi va être jugé , et par qui ?..•
D'après ce qui me fut dit hier , je ne puis pas douter de la paix entre la Porte et la Russie. Un homme affirme tenir d'un député que ce dernier étant allé lui-même chez M. l'ambassadeur de Russie , sans en être connu , eut la confiance de lui demander si les bruits de paix qui couraient étaient fondés. « La paix est faite, lui répondit l'ambassadeur , et je vous en montrerais les articles si vous ne vous fussiez pas annoncé pour député; mais j'ai défense expresse de ma souveraine de reconnaître l'Assemblée nationale et de traiter avec elle et avec aucun de ses membres. «
On a déjà fait partir , à ce qu'on dit , des
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dëlacheroens de gardes nationales de Paris , pour les frontières ; je ne l'affirme pas , mais je regarde comme 1res certain que le rassemblement des troupes étrangères donne plus dlnquiétude qu'on en fait paraître ; ce qui me parait devoir surtout inquiéter, c'est le nombre et la qualité des généraux que nous aurons à combattre. Un militaire qui revient deBruxelles et qui dit y avoir vu le roi de Suède et le prince Henri , et le général Bender, parle de ces trois messieurs comme étant de très grands capitaines. On en nomme quatre autres de la plus grande réputation ,1e prince Saxe-Cobourg, le général Werner, le général Luilins , le prince Potemkin , ajoutez-y M. de Bouille , et voyez si nous aurons des adversaires formidables. L'impératrice de Russie , qu'on dit spécialement irritée des traitemens faits à notre bon roi , veut envoyer trente mille Cosaques ( troupe redoutable). On célèbre le motif d'amitié et dlntérèt qui amène le roi de Suède , désigné comme un héros qui vient d'éclore. Il s'occupe de la France par attachement et par zèle : il veut vé-
riQer ce qu*il dit à la reine lorsque dans son voyage en France il reçut une épée à poignée dor de la main, de cette princesse : < Madame, lui dît-il , je m'en servirai pour vous défendre.» Cette reine aujourd'hui se montre avec une grandeur et un courage dont on est frappé. Je l'entends répéter à chaque moment , et l'on cite en preuve des traits qui honorent son âme. Malheureusement celle de ses ennemis n'est pas eu état de les apprécier, et la fureur de la haine entretient les cris de la meute aveugle des aboyeurs. La santé de cette infortunée princesse alarme ceux qui la voient.
Quelqu'un vient de me dire comme un bruit répandu, que les officiers de dragon-dauphin y ayant passé chez M. de Bouille , les bas officiers les y ont suivis , et finalement tous les dragons. La même personne m'a dit aussi que le roi avait envoyé son testament à Monsieur , en lui recommandant la reine et le dauphin. Cette nouvelle me parait avoir sa source dans la tristesse déchirante qu'inspire le sort d'un monarque auquel je défie Tâme la plus froide, à moins
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qu'elle ne soit atroce, de ne pas s'intéresser. La lugubre pensée qu'il est en ce moment à la dis* position des usurpateurs de sa . couronne , répand un noir dont je ne puis pas me garantir.
II m'a été dit aussi que M. Dnveyrier, dont le journal vous a parlé , est vraiment arrêté ; qu'on le fera jaser; qu'on le retiendra comme un otage, et qu'on ne le rendra pas. J'attends ce soir avec impatience pour savoir ce qui aura été fait ce matin dans l'Assemblée* Tous les honnêtes gens ont le même empressement.
J'ai oublié de vous dire qu'il ne fallait pas avoir d'inquiétude pour moi par défaut de finances. J'ai encore le moyen de vivre par l'économie de mes arrangemens , et j'espère en la Providence, qui m'a toujours secouru avec bonté. Peut-être qu'enfin les commis de la nation verront la justice de mes demandes.
M. de Rochechouart, député, mourut ces jours derniers du saisissement que lui causa la vue du scélérat qui a assassiné M. de Dampierre. Ce monstre étant venu à l'Assemblée chercher une récompense de son crime, eut l'audace de
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s'en faire honiléur , et de présenter la croix de Saint-Louis du généreux militaire, dont il dit avoir écrasé la tête, et de demander que la permission de porter cette croixlui fût accordée. Le spectacle de cet infâme meurtrier, l'impudence de son langage , la noirceur de son âme , glacèrent d'horreur M. de Rocbechouart , dont j'ai eu l'honneurde voir souvent le respectable père chez madame la C. de M.. 11 partit pour la campagne, ayant le poignard dans le cœur^et il y est mort. On est étonné de vivre au milieu de cette foule d'attentats dont la nature frémit.
On crie encore dans les rues : Tout ce qu'il faut faire du roi y décidé par le club des Jacobins. L'on prétend qu'il y en a une multitude énorme à l'Assemblée , et dans cette multitude nombre de gens armés , pour et contre. Je sèche dans l'attente. 11 y a dans CJmi du Roi une lettre bien énergique de M. de Montlosier contre M* de Lafayette, au sujet des rigueurs de la captivité du roi, qui est gardé aussi étroitement que le plus grand criminel. La reine est dans La même situation, et Ion n'imaginerait pas Tin-
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décent excès de surveillance, qui va jusqu'à ouvrir les rideaux de son lit pour s'assurer si elle n'est pas absente. Ah! madame, sommes-nous dans l'ancienne France ?....
11 est huit heures du soir, et j'ignore encore ce qui s'est passé. On m'a confirmé qu'on avait des craintes, que l'on était armé; cette situation met motf 'âme et mon cœur à la torture. Je ne sais pas même si, avant que ma lettre soit cachetée, je pourrai vous donner des nouvelles qui sont plus intéressantes que jamais.
L'Assemblée a répandu une confusion universelle sur tous les objets. Saint Bernard dit, en parlant de l'enfer, qu'il n'y a audun ordre et qu'il y règne une éternelle horreur. Telle est l'affreuse image que nous offre la France, et nommément la capitale, quoique peut-être les dangers y soient moins grands. Mais il en est d'une espèce différente qui me feraient craindre la ruine totale de cette ville. Les quais et les rues sont aussi infâmes que le Palais-Royal; on n'ose arrêter les yeux sur les estampes qu'on y trouve. La conspiration contre les mœurs est
aussi scandaleusement eflrayante quelle est évidemment opiniâtre contre la religion. Toutes les vertus sont attaquées par tous les moyens. Serions-nous près de la fin du monde? on est tenté de le croire.
Demain il y a au Champ-de-Mars la cérémonie de la Fédération ; mais il s'en faut bien qu'elle soit aussi bruyante et aussi coûteuse que l'année dernière. Aujourd'hui toutes les cloches ont été en branle; demain matin les troupes nationales seront au lieu marqué à six heures ; les boutiques seront fermées pendant la matinée* Vingt-quatre députés de l'Assemblée en seront les représentans ; une messe , et quelle messe peut-être! voilà l'abrégé de toute la cérémonie.
Les dames religieuses de Saint-Cyr sont depuis quinze jours sans messe, sans confesseur^ et sans qu'il soit possible d'aller les voir. Leurs portes sont scrupuleusement gardées et leurs commissionnaires fouillés. C'est apparemment la tache d'aristocratie qu'on leur suppose qui leur vaut ce surcroit de persécution. Les lazaristes , leurs aumôniers» ont été indignement
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vexés. L'affliction de cette respectable communautë doit ajouter beaucoup à celle de madame Élizabeth, dont on préconise cependant le courage et la sérénité.
Avez-vous su, madame» que M. de Valori, l'un des trois fidèles gardes-du -corps qui sont arrivés enchaînés sur le siège de la voiture, était déjà bien avant lorsqu'il a appris l'arrestation du roi , et qu'aussitôt il est revenu , qu'il a passé une rivière à la nage pour unir son sort à celui de son maître ? Eh bien ! il est prisonnier, et celui qui a massacré M. de Dampierre paraît tçiomphant à l'Assemblée. J'étouffe. . . Aveivous su avec quelle intrépidité M. de Bouille s'est fait passage pour sortir du royaume ? Douze à quinze gardes nationaux voulaient lui fermer l'issue; il descendit de voiture, monta à cheval suivi de quatre à cinq officiers, et l'épée à la main dissipa cette vaillante élite de l'armée nationale. Le voilà heureusement échappé au fer des assassins : il en est cependant , à ce qu'on assure, qui veulent gagner la somme promise à celui qui apportera sa tête ; elle ne sera
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pas aisée à avoir : il est eo pays sûr et ami, bien défendu par le local et grand nombre de braves. J'espère par-dessus tout dans les soins de la Providence.
On entre chez moi pour me dire qu'on a fait le rapport sur le départ du roi ; que le rapporteur a été modéré à cela près , savoir, que dix-sept personnes compromises dans cette affaire soient envoyées à la haute cour nationale d'Orléans. De ce nombre sont MM. de Bouille père et fils ( il -^ faut pour cela les avoir), les trois généreux gardes- du-corps, etc. Madame de Tourzel, gouvernante des enfans de France , reste dans l'état d'arrestation. D'ailleurs , il parait qu'on veut rendre au roi la même liberté qu'il avait avant son départ, et elle n'était pas grande. La discussion n'est pas terminée , et doit , dit-on , durer encore deux jours. MM. Alexandre Lameth , d'Aiguillon , Barnave et Chapelier , ont parlé en faveur du roi , vu que la monarchie est décrétée. Il n'y a guère eu qu'une vingtaine d*enragés qui voulussent ajourner la question. M. d'André en a
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niODlré le danger, en disant qu'on proGtcrait de ce temps pour travailler le peuple. Je crois avoir entendu que le discours du sieur Péthion n'avait pas été favorable au roi. Lorsqu'on parlait de l'inconvénient de prolonger sa captivité, une insolente voix s'est fait entendre , et a dit : Tanimieux. Que n'entend-on pas dans ces jours de délire, d'absurdité et de barbarie ! J'imagine que le journal de demain vous en dira plus que moi. J'abrège , pour envoyer ma lettre à la poste. S'il y a quelque justice dans le cœur et quelque justesse dans l'esprit , comment, après avoir déclaré qu'il n'y a lieu à accusation contre le roi, pourait-on regarder comme coupables les gardes-du-corps qui, en le suivant, lui ont obéi ? Je crois qu'outre les prières des bonnes âmes , qui cherchent à fléchir le ciel, la nature même des évènemens sollicite eflicaccment sa protection sur les infortunés dont les gémissemens percent l'âme.
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17 Juillet i79i>
Je ne vous al pas écrit avant-hier , monsieur^ parce que je prévoyais que le journal de samedi vous instruirait de ce qui s était passé à l'Assemblée relativement au roi , et que cet objet était ie seul dont on fut occupé. Depuis qu'on a en-* tamé cette question, il n'y a presque rien qui en détourne l'attention , et vous trouverez dans le journal tout ce qu'on peut en savoir. Peutêtre ne ferat-il pas une mention détaillée de tout lesmouvemens, de toutes les motions, de tous les blasphèmes impolitiques dont le Palais- Royal, les clubs, le Champ-de-Mars,etc., ont retenti. Ces deux derniers jours j'ai voyagé beaucoup dans Paris : les lieux dont l'espace est plus étendu élaienl comme une prairie qu'on vient de faucher, et qui présente de distance
en distance les divers tas de foin qu'on a formés. 11. 16
De tous côtés j'ai vu de ces petits rassemblemensplus ou moins nombreux qui composaient les auditoires des orateurs du peuple ; mais je n'ai pas eu l'imprudente curiosité d'entendre les discours « quoique le sujet eût pu me paraître fort intéressant; on eût facilement aperçu sur mon visage les impressions de mon âme , et il est dangereux de les montrer.
Je dînai hier avec cinq députés dans une maison bien respectable où j'ai souvent mangé depuis cette année. J'ai appris avec plaisir que l'Assemblée était réellement décidée à pourvoir efficacement au rétablissement de l'ordre ; reste à savoir si la chose sera facile. Le soir même elle devait mander les ministres, et déjà elle avait fait de sérieuses injonctions au département et à la municipalité. J'entendis crier dans les rues en me retirant, et les crieurs disaient spécialement qu'on accusait des particuliers de distribuer de l'argent pour soulever le peuple et exciter des troubles. Je dis à messieurs les députés, qui sont des gens très honnêtes, que sans doute leur zèle s'étendrait sur
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les provinces, où Ion était encore plus tourn)enté qu'à Paris. L'un d'eux m'assura qu'incessamment on ferait partir des courriers à ce dessein , et qu'ils vont décidément ramener la paix dans le royaume. M. Barnave a dit luimême qu'il était temps de terminer la révolution; que tout était fini; qu'il ne restait ^plus d'aristocratie que celle des richesses, ou qu'il fallait en commencer une autre. Ce Barnave passe si généralement pour être attaché au parti royaliste , qu avant-hier on lui attribuait et l'on criait dans les rues un complot de sa façon. On prétend que dans son voyage avec le roi et la reine, lors de leur arrestation , il a pris des scntimensfavorablesà Leurs Majestés. Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'espérer que le système républicain, qui fera peut-être encore de coupables efforts , finira par demeurer enseveli sous son absurdité et l'audace de la rébellion. La mobilité de l'opinion du peuple a déjà paru dans quelques uns de ses membres. On murmurait hautement contre l'Assemblée ; on parlait de tête's à couper , de lanterne ; on l'accu-
sait d'avoir excédé ses pouvoirs, outré ses opérations, etc. Il y avait des motions terribles contre le général Lafayette; en un mot, tout annonce le peu de solidité du nouvel édifice que se sont contruit les douze cents ; et Ton va jusqu'à prédire qu'ils pourraient être écrasés sous ses ruines. Ce sont , il est vrai , des propos vagues , mais toujours înquiétans. On leur sait gré cependant d'avoir opiné d'une manière qui tend à conserverla monarchie; et par reconnaissance, les forts de la halle, de concert avec le faubourg Saint-Antoine, allèrent vendredi à la porte do Manège pour défendre les législateurs contre le danger dont ils étaient menacés par les sansculottes. C'est des députés que j'ai appris cette circonstance.
Les nouvelles de plusieurs provinces et nommément de la Bretagne, annoncent un redoublement de persécution contre la noblesse et le clergé. On y lit les traits de la plus grande fu* reur, et, à jugerdes choses par comparaison, on se trouve fort tranquille à Paris. Aussi s'accorde-l-on universellement à le regarder comme
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Tendrolt le plus sûr. 11 peut se faire qu'il ne le soit pas autant, dans le cas que les troupes étrangères menacent d y arriver , et c'est leffroi que j observe dans bien des gens. Je ne le partage point encore, et je vois la chose différemment ; j'ai tort peut-être, mais au moins jusqu'à présent j'y gagne ma tranquillité. Je ne suis inquiet que de Taffreuse situation du roi , de la reine, de leur auguste famille, dont les malheurs me déchirent. Quoiqu'il ait été décidé que le roi ne pouvait point être mis en cause, il n'en est pas moins dans la plus étroite captivité , et son sort n'a point le plus léger adoucissement.
Fontenay vous confirmera ce que je vous ai mandé de la paix, dont ou m'a contesté la réalité depuis mes lettres; je n'ai pas changé d'avis, parce que ceux qu'on m'avait donnés m'avaient paru venir de bon lieu. Les députés que je vis hier y croyaient aussi , et l'un deux me con* firma la réponse faite par l'ambassadeur de Russie dont je vous ai parlé.
Paris , à ce qu'on prétend , continue à se dé-
peupler, et il est visible que les voitures y sont en moins grand nombre. L'arrestation du roi et sa prison ont redoublé l'épouvante. Cet événement a fait une impression étonnante dans les pays étrangers, et quelqu'un me dit, il y a deux jours, qu'un Français qui était à Bruxelles mourut subitement en apprenant celte nouvelle, qu on regarde comme la plus fâcheuse, non seulement pour le monarque, mais pour l'Etat et la France entière.
Avant-hier, jour où il s'agissait déjuger le roi (expression scandaleuse) , il y eut des atlroupemens énormes; douze à quinze mille hommes étaient rassemblés au Champ-de-Mars. J'entendais de tous côtés battre la générale ; toute la garde nationale était sous les armes, et l'émotion était universelle ; la trQupe réussit à dissiper les brigands réunis. Ceux-ci faisaient signe qu'on ne voulait point de roi. L'on annonçait qu'on irait dans les maisons chercher et multiplier ces signatures forcées; les députés m'ont dit qu'il ne s'agissait que de la leur, et qu'on devait leur proposer, ou la signature, ou la lan-
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lerne. Le projet n'est pas encore effectué, et probablement il n'aura pas lieu ; mais il vous peint le degré d'effervescence et de méchanceté. 11 n'est encore qu'assoupi, et l'on a toujours quelque crainte des ressorts qu'en secret on fait mouvoir. L'agitation subsiste, quoiquemoins vive.
La fête patriotiquemeni impie des soi-disantcendres de Voltaire , n'a pas eu un grand succès, et cette promenade de la carcassCy selon l'expression du petit Gauthier, a réuni tous les genres de ridicule ; les prêtres jureurs s'y oppo»saient^et prévoyaient qu'elle nuirait à leur cause. Du reste , il y a la plus grande mésintelligence entre eux et le côté gauche de l'Assemblée ; l'intérêt les divise. 11 n'est qu'un point fixe et bien décidé, c'est le mépris très profond et très sincère que l'Assemblée et le public ont pour ces sermentés, qui de jour en jour tom-!bent dans le plus humiliant discrédit. Je ne sais si je me trompe, mais il m'a paru que les jureurs passaient pour intéressés à ce que le royaume devînt république, et le côté
gauche ne le veut pas; d'un autre côté^ la gauche voudrait labolilion de tout culte , et les jureurs en ont une espèce. En totalité , on peut dire que la confusion des choses et des idées ne présente plus la France que sous la forme d'un vieux bâtiment qui s'écroule de toutes paris, et qu'intérieurement les rats dévastent; quand verrons-nous les chats !
Un médecin, qui sait son métier, et qui serait le mien s'il était rapproché de mon quartier, dînait chez une dame, il y a quelques jours, avec plusieurs personnes. Deux des convives, démocrates français^ n'eurent pas honte de dire publiquement qu'on n'aurait la paix que lorsqu'on aurait tué les nobles et les prêtres. A ce propos, le médecin se lève de table, jette sa serviette, et prend son chapeau. • Où allezvous? lui dit la dame tout étonnée. — Je pars , lui répondit-il , je ne dîne pas avec des assas* sins.fi Les deux hommes qui avaient tenu l'affreux langage * restent interdits , deviennent blancs comme leurs chemises, et la scène finit. Elle est de toute certitude ; elle a été racontée parles
assistans. Le médecin est M. Desef^sarts y que j'ai vu une fois chez une dame de ma connais^ sance. Le trait est d'autant plus remarquable, qu'en général TarUtocratie n est pas le péché de la faculté.
J'ai appris par un témoin oculaire que la garde nationale du district de Sain te -Geneviève était allée ce matin avec des canons au Champde-Mars contre les factieux ennemis de la royauté, dont on dit qu'une partie est en députation en ce moment à l'Assemblée pour demander une république. La grande majorité du peuple est pour le roi, à ce qu'on assure, et notamment les deux tiers, et plus, du faubourg Saint-Antoine. Ou ajoute qu'il a paru des cocardes blanches. M. Barnave est aujourd'hui lobjet de la fureur républicaine; il est accablé de reproches et d'injures. On menace de massacrer M. de Lafayette si les troupes font feu, comme il paraît qu'ellesen ont la volonté ; plusieurs d'entre elles disent hautement qu'il est lemps que ceci finisse. L'on s'attend à queli
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qu€ grand tapage et à quelque violente explosion ; Ton ajoute qu'un régiment de troupes réglées est appelé, et vient renforcer la garde de Paris. Telle est notre position actuelle.
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19 Juillet 1791*
Vous êtes, madame , bien au fait de la fermentation républicaine qui agite Paris; le journal vous a confirmé ce que je vous ai marqué des troubles, qu'on peut regarder comme une première étincelle du feu de la guerre civile qu on voudrait allumer; déjà il y a eu des morts et des blessés, quoiqu'en assez petit nombre; cinq gardes nationaux ont péri dans ce combat. Les deux hommes qui furent tués ou peûdus le matin par le peuple, sont une nouvelle preuve de sa férocité , et la prétendue volonté de faire sauter avec de la poudre le fameux autel de la patrie dressé dans le Champde-Mars, dit de la fédération, passe pour une fable. Cette fédération renouvelée le 1 4 de ce mois , a été d'un morne et d'une tristesse qui présageait plutôt renlerreraent de la constitu-
2l5a CORRESPONDANCE SECRETE
tion que son aflermissement ; un témoin oculaire et étranger m'en a fait le détail. Il n y a eu de saillant que le chant favori des démocrates. Ça ira , pa ira , etc., au moment de l'élévation de la messe dite par Tintrus de Paris , et Timpie exclamation des mécréans, qui ont crié bis. Voilà comment au culte de la nouvelle religion se mêle leaorme scandale dans la célébration de l'auguste sacrifice; rien ne manque à la profanation de ce qu'il y a de plus saint, ni à l'avilissement de ce que l'autorité royale a de plus respectable.
L'infortuné monarque et son auguste épouse sont gardés plus étroitement que jamais , et la nation ne rougit pas de prolonger l'ignominie dont elle restera flétrie Je vais, madame, la rendre plus sensible k vos yeux eu vous offrant le contraste des sentimens de la garde suisse , dont je vous garantis l'incontestable vérité. Je tiens la chose de la source la plus sûre et la première. Deux cents soldats de ce régiment des gardes suisses furent commandés, le jour de la rentrée du roi à Paris, pour aller au-devant
de lui jusqu'à Bondi. Ces braves guerriers inondèrent son retour de leurs larmes. En entrant par les Tuileries, la voiture conduisit Leurs Majestés jusqu'à la porte du château. Un grenadier suisse ëtait à la portière, et voyant descendre le roi, il dit d'un ton si baut que le monarque l'entendit: tDieu l'y être Juste. • Sous ce mauvais français quels bons sentimens ! Dans ces courtes paroles, quelle étendue d'idées ! Ce n'est pas tout. Revenus à leur caserne, les soldats vont se plaindre à leur colonel de leur avoir donné la commission de ramener le roi. Ils font plus, ils se rassemblent ; les uns sont du canton de Frîbourg , les autres de celui de Soleure , plusieurs de Berne ! . Ils écrivent en commun une lettre signée de tous, et portent leurs plaintes aux cantons de ce qu'on les a fait
servir à mettre en prison le roi de France. Le môme jour un officier suisse demande à un grenadier des plus beaux et des plus braves de la troupe, comment il se porte, et l'appelle simplement, selon l'usage, grenadier. «Ah ! je ne
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suis plus grenadier depuis ce qu'on m a fait faire aujourd'hui ! §
Ce ne sont pas là des nouvelles pour alimenter la curiosité , ce sont des anecdotes pour consoler le cœur. En voici une qui a bien son mérite. La Gazette de Paris, d'ordinaire véridique dans les faits, rapporte que des chevaliers français environnant, à Bruxelles, monseigneur le comte d'Artois, lui disaient que, comme un second Henri IV, il aurait la gloire de reconquérir la France :« Oui, répondit le prince, mais je serai plus heureux que lui, parce que ce ne sera pas pour mt^f.» Parole sublime !
De deux bataillons du régiment de Castella suisse qui est à Verdun, le second a prêté le serment à force de séduction. Aussitôt le premier, qui était dans la citadelle, a refusé de le reconnaître et de servir avec lui; mais le bataillon séduit, dont les officiers ont donné surle-champ leur démission , est venu à résipiscence, et a mis des réserves à son serment. Alors le premier l'a reconnu; maïs cela n'em-
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pèche pas que les cantons ne veuillent qu'il soit , licencié. Ainsi , tandis que la nation française se charg'e d'opprobre et devient l'objet des mépris et de l'exécration de l'univers , elle reçoit les leçons les plus humiliantes d'une nation voisine , sûrement aussi jalouse de la gloire des armes, mais bien éloignée de la tache honteuse du parjure et de l'infidélité.
Le petit journal nous apprend encore qu'outre les officiers qui fuient leur patrie ingrate et rebelle , nombre de soldats et surtout de grenadiers passent dans les pays étrangers : •Nous ne désertons pas, disent-ils, mais nous joignons les gens d'honneur. » Il paraît des comptes avoués par un des plus fameux banquiers de Paris et par M. Dufrêne , sur l'état actuel des 6nances de l'État. Leur monstreuse dilapidation fait frémir, et les centaines de millions qui, dans la dépense^ excèdent la recette , sont l'effrayant pronostic d'une déroute totale. D'après ce qu'on dit des aveux faits, ces jours derniers, par les mourans et lesblessésdu Champ-de-Mars, ces malheureux, payés par de plus grands scélérats, ont vendu
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leur vie. Bel emploi de l'argent! preuve touchanle du désir de rendre le peuple heureux ! Ira Dei super terrattu
Un militaire, homme vertueux et éclairé, ine disait que la journée de dimanche dernier était d'un favorable augure pour le roi ; que nous le verrions recouvrer bien du pouvoir, et qu'il finirait par être fort puissant. Ce qu'il y a de vrai , c'est que le jour où l'Assemblée déclara qu'il ne pouvait pas être mis en cause , un homme vint dans un café où était un de mes amis, et s'écria d'un air consterné : »* Tout est perdu. • Les assistans avaient l'air confondu. Tout cela a fait dire plaisamment à une bonne femme : • Voici le commencement de la fin. • Ce mot peut avoir un très grand sens. Dieu le veuille !
Le petit journal, qui, comme Arlequin , dit souvent la vérité en riant , parlait lundi de la lettre d'une femme qui écrit de Bruxelles : • Je suis grosse de nouvelles, j'accQUcherai bientôt.» On ne m<inquera ni de parrain, ni de marraine, vu l'intérêt qu on prend à son heureuse délivrance.
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Quelqu'un qui, par ses rapports, doit être instruit, m'a donné une* idée bien triste de la situation de la reine, en me disant que la sentinelle qui est à l'entrée de sa chambre avertît les dames qui vont chez elle de parler haut. Cette extravagante inquiétude est la suite et le comble de la plus aveugle fureur.
J'apprends qu'il y a eu plus et beaucoup plu» de personnes tuées dimanche qu'on ne Ta dit dans les papiers, par le récit même des combattans.
On répand qu'il y a parmi les sans-^culottes beaucoup d'étrangers , et le fait est vrai ; mais, d'autre part, on dit que ces bruits, répandus à dessein de faire croire que les puissance^ étrangères, loin de protéger la France, ev^^t^nt à la destruction par les divisions ipcérieures , servaient à éloigner les soupçojv que certains personnages veulent étouffer Ûans ma première je pourrai peut-être vous donner des éclaircissemens; jusqu'à présent je ne vois que des conjectures.
L'arrestation de M. du Vçyrier, quoique pro-