PENDANT TROIS ANNÉES DE LA RÉVOLUTION
Paris j a 9 octobre 1790.
Nous voici au moment de voir bien des évènemens. Hier soir, il y avait du mouvement au Palais-Roy a! pour et contre M. de Lafayette. On parle d'un empnint de trois millions pour favoriser les opérations du jour, ce qui fait craindre de nouveaux troubles, vu que cet emprunt est attribué à des gens que Ton redoute. I/arcbevôque de Bordeaux n'est plus garde des sceaux : il a donné sa démission. M. Duport du Tertre, avocat au commencement de la révolution, et depuis lieutenant 1. I
2 GORRESPONDANCB SECRETE
de maire y le remplace. Voilà le tiers en lumière. Au clos des Jacobins, ou au Palais- Royal , on a osé faire la motion de proposer au roi de résigner sa royauté, en lui promettant une charge dans la république, comme de commander les troupes, ou autre poste brillant. Demain M. le maire de Paris doit signifier au chapitre de la cathédrale Tordre de cesser ses fonctions. Le scellé est déjà mis sur les archives et la sacristie. L'évèché de Soissons est déclaré vacant , et ses électeurs doivent s'assembler le 29 de ce mois pour nommer un nouvel évêque.
Les patriotes brabançons ont envoyé une Réputation à Tempereur pour demander un délai, qu'ils ont, dit-on, obtenu, mais qui sera court. Ces patriotes se persuadent que rassemblée nationale de France va leur envoyer un renfort, et ils l'attendent. On a de plus persuadé à ces Brabançons, que les troupes qui venaient les combattre étaient harassées , faibles et déguenillées. Or , la lettre que j'ai lue les peint comme sortant de leur lit, tant elles sont belles
et fraîches. Madame de Guerchi avait un de leurs officiers malade dans son hôtel. On lui a porté le bon Dieu, et deux grenadiers de la garde nationale l'ont escorté. Le maitre-d'hôtel de cette dame a cru devoir, selon lancicn usage, offrir de l'argent à ces soldats : cette offre a été reçue comme une insulte. Le commandant de bataillon est allé en faire les plaintes les plus vives et les plus amères à madame de Guerchi. Il exigeait qu'elle renvoyât ce bon serviteur qu'elle a depuis quarante-cinq ans, et qui s était permis un ton de supériorité , et d'aristocratie tout an moins vis-à-vis de bons bourgeois qui en valent bien d autres.
Le bruit court que les dames de la nation iront chez M. Charles de Lameth blessé, et qu'elles le porteront à l'assemblée de peur que le trajet ne l'incommode. M. du Portail , nouveau ministre de la guerre, a donné audience , à laquelle se sont trouvés nombre de soldats, tant de ligne que de la nation. Hier, uue dame de qualité, étant dans son carrosse , eut la douleur de voir une fejnme du peuple
tuée raide par ses chevaux. On imagine aisément quelles furent sa douleur et sa frayeur. Cette dame est étrangère : elle témoigna la plus vive et la plus juste sensibilité. Le peuple, que personne alors n'excitait, vit qu'il n'y avait aucune foute de sa part, ni de celle de son cocher. Il la consola après l'avoir rassurée, et la traita fort amicalement, parce qu'il est juste et bon lorsqu'il n'est pas agité des passions d'autrui.
Au Palais-Royal, il y a eu des motions pour la loi agraire et pour l'abolition de la dette nationale, autrement pour la banqueroute.
On dit qu'un ancien postillon de M. le duc de Fleury est un des juges de paix de la capitale.
De toutes ces nouvelles que je suis forcé d'abréger, vous conclurez que nous ne sommes pas en paix. Les électeurs assemblés pour nommer les juges ont fait chanter salvam fac gentem^ salvamfac legem.
DU PERE LEWFANT.
Le 5 Dotembre 1790.
Mes lettres , madame y seraient bien plus intéressantes qu'elles ne le sont s'il était pru-
dent de répéter tout ce qu'on entend ; mais , outre l'incertitude des bruits, il en est dont la nature exige le silence. Dans l'agitation où sont les choses, il faut peu dire, peu croire, et moins encore écrire. Jusqu'ici tout est à peu près dans la môme position ; j'observe seulement un effroi beaucoup plus grand depuis quinze jours, et j'apprends journellement des émigrations qui annoncent de grandes craintes ; il est facile d'en pénétrer les motifs : depuis long-temps dans la province on a pensé que la capitale était exposée à de grands orages ; le passé laisse nécessairement des impressions de frayeur sur ' l'avenir , et c'est sans doute cet avenir inconnu que Ion redoute. Je ne passe pas un jour que
je n'entende exprimer les plus vives et les plus grandes inquiétudes , je suis même étonné de ne pas les partager plus fortement ; les conversations que j ai entendues hier avaient de quoi m'invîler à m éloigner : celles d'aujourd'hui leur ressemblent ; je tiens bon cependant , et comme je n'ai point d'hôtel qui puisse exciter l'envie ou la cupidité, j'espère que dans mon appartement je serai tranquille , quoi qu'il arrive.
On arrêta hier un lieutenant d'infanterie pour de faux billets qu'on l'accuse de fabriquer ; ces sortes de vols deviennent fréquens, et 1 on se plaint déjà des fabriques de faux papiers , ce qui ne donnera pas un grand crédit aux vrais.
Demain on doit présenter à l'assemblée nationale les dix nouveaux juges élus et qui ne sont pas tirés de son sein , pour en faire provisoirement un tribunal qui condamne sans appel les détenus, dont les prisons regorgent.
Il a été décrété le i" de ce mois que • les » fermiers des fonds qui viennent d'être soula- • gés de la dîme ecclésiastique et des dîmes
DU PÉRB LENFANT. 7
9 inféodées , paieront aux propriétaires » à » compter de la récolte de 1791 9 une aug-
• mentation du prix du bail, proportionnée au
• soulagement qu'ils reçoivent ; lisseront libres,
• s'il le faut , de résilier les baux. » On peut ▼oir par là comment le peuple profitera de la suppression des (Umes.
Il est pareillement décrété en faveur des rentiers qu'il n'y aura pas d'imposition sur les rentes , ce qu'on assure devoir fort déplaire aux provinces.
Les frais nouveaux du nouveau régime sont tels, qu'on annonce que le déficit ira peut-être dans la suite jusqu'à deux cent millions ; le calcul des seules dépenses relatives aux frais debois, de bougies, de papiers, de commis, etc., pour l'assemblée, est efirayant; aussi les murmures et lesmécontentemens redoublent d'une^ manière sensible parmi ceux qui réfléchissent ; mais la stupidité d'une partie du peuple ne voit encore rien , et d'ailleurs il y a de ces aveugles qui sont soldés.
Le roi n'a point encore sanctionné le der-
nier^ dëijret. du Zrj sur le clergé. Le i*' septembre 9 il fut expédie un courrier au pape , dont on attend la réponse. Je tiens de bonne spurce que le curé de Surène n a pu encore se faiire payer: le sort des ecclésiastiques parait reposer sur des fondemens peu solides* Si, outre ce péril , il y avait l'obligation d'un serment contre la conscience, quel autre parti peut rester que celui d'ôtre berger?
Le mot dW/g'drc/a'esignîGcle gouverniement d'un petit nombre : celui d*ochlocrfitie veut dire le gouvernement delà multitude, ou populace* Je li&ua ouvrage très fort, et où l'auteur se déchaîne contre lavocalocrati/e : celui-ci est facile à dçviner. Depuis hier paraît une nouvelle production de M. de Monllosier, qui est du côté droit ; elle; est intitulée,: JÇwai hur l'art de for-^ mer des peuples, oi{, examen de la constitution.
Les trois nouveaux juges créés d'hier portent des noms peu connus : ce sont des avocats. Assez généralen:|çnt on voit d'un œil de pitié cette nouvelle espèce d'ordre judiciaire , et je ne connais personne qui voulut placer de l'ar-
nu PERE LENFANT. Ç^
geot sur TexisteDce de tous ces tribunaux constitutionnels. MM. Dionis du Séjour ^ et Clément , conseiller de grand chambre , ont accepté. Quant à M. d*Ormesson , on parle df^. lui pour remplacer M. de Saint-Priest. Si cela est , il aura souvent changé de poste.
Le bruit court que M. le duc d'Orléans , qui doit, dit-on, 4^ millions , va donner son bilan et partir. On dit aussi très communément que M. révoque d'Autun déclare ne pas vouloir prêter le serment requis par l'assemblée. Il est permis, selon lui, d avoir une opinion ( il a mal choisi la sienne sur les biens d'église ), mais on ne peut pas varier en matière de foi. Les déclarations et protestations des évoques et des chapitres continuent à édifier les bons chrétiens, et à gêner les ennemis du christianisme.
On est convaincu de l'embarras et des inquiétudes de plusieurs honorables membres de rassemblée constituante. Ils sont occupés dans ce moment de la monnaie de cuivre par 5 sols , i5 sols, 20 sols.
Si Ton en croit ce qui se répand depuis peu,
une députatioa du Gévaudan, déjà arrivée à*
Paris ^ vient protester à l'assemblée nationale
contre le grand nombre de ses décrets , notamment contre la vente des biens ecclésiastiques
et contre les assignats. Elle demande que Taffaire des 5 et 6 octobre soit poursuivie autrement qu'elle ne Ta été.
On annonce une nombreuse émigration de gens de marque pour la semaine prochaine.
Les frais de la grande fédération du i4 juillet ne sont point encore remboursés aux fédérés , dont plusieurs sont restés à Paris , sans que les gens de bien leur soupçonnent aucune mauvaise intention y soupçon odieux dont on est fort éloigné.
C'est un triste métier que d'écrire les nouvelles ; souvent on les reconnaît fausses au moment où elles partent, mais ce n'est pas la faute du gazetier , lorsqu'il se borne à répéter ce qu'il tient des personnes faites pour être instruites. Par exemple, on lui a certifié aujourd'hui que tout le Brabant était soumis , et que Bruxelles s'est rendue comme les autres villes ,
sans coup férir. Ou a ajouté que les Brabançons
devaient avoir été séduits par les Français, et
qu'ilsse plaignaient hautement de la trahison de
l'assemblée nationale , qui avait promis trente
mille hommes , et qui ne leur a donné aucun
secours. On prétend que de nouvelles troupes
de l'empereur défilent encore vers le Brabant,
dont il veut apparemment assurer la parfaite
tranquillité.
M. Mattet du Pan est tracassé , et il paraît qu'on veut l'exclure de la composition du Affr-
eure. Cet ouvrage , singulièrement estimé à Paris et dans les provinces , perdrait bien des souscripteurs , qui étaient au nombre de douze mille. Je n'oserais garantir la durée des papiers publics qui sont à contresens de la révolution.
On joue sur le théâtre une pièce bien nouvelle ; elle est intitulée : Le Tombeau Desiltes : c'est un hommage rendu par les comédiens à la bravoure du jeune officier assassiné plutôt que mort à Nancy, et que toute la France a pleuré. Ce qui me console le plus , c'est que la mort la plus chrétienne a terminé une vie glorieuse.
l4 CORRESPONDANCE SECRÈTE
présagent pour demain de plus redoutables; car d ordinaire , dans ces circonstances, le mal va en croissant. L embarras de l'assemblée doit être extrême, et Dieu seul connaît le dénouement de cette longue tragédie.
Il est six heures du soir, et de tous côtés on bat la générale ; les chevaux étaient à la voiture pour nous mener à la promenade, on les dételle sur l'avis des mouvemens qui sont dans Paris , sur la difficulté des passages, sur le bruit des canons qu'on a entendu , que j'entends moimême , sans encore pouvoir dire ce qu'il en est. J'attends la fin du jour. Peut*-être aurons-nous quelques éclaircissemens ou quelques détails. Voici mon opinion sur la conduite qu'il faut tenirà l'égard de la messe des intrus, ou des jureurs qui les reconnaissent. Il vaut mieux manquer la messe, même les plus grandes fêtes, que d'assister à la leur. L'on peut entendre celle des prêtres qui ont simplement fait le serment , mais sans adhérer aux intrus, ni les reconnaître. En cas de violences , il faut i* faire valoir la liberté décrétée par l'assemblée , en vertu de
DU PERE LENFANT. l5
laquelle chacun peut professer le culte qui lui plaît, avec défense expresse de le troubler, et plus encore de le forcer ; â" si Ton peut échapper par quelque autre moyen , on le doit, mais en cas de violences , que faire ? Si l'on peut prévenir le légitime évêque , il faudrait prévoir le cas et le lui proposer ; si la chose n'est pas possible , alors les avis sont partagés : les uns pensent que ce n'est pas une raison de communiquer avec les schismatiques ; d'autres , voyant alors qu'il n'y a plus de scandale ^ et qu'on a protesté par sa conduite contre le schisme , qu'on ne cède qu'à la force , croient qu'on peut céder. Il existe une petite brochure qui est très formellement de cet avis, et cet avis est celui de quelques personnes vertueuses et éclairées. La personne consultée espère que le cas n'arrivera pas , et s'il arrive , elle répond : Vous consulterez votre conscience , elle sera votre guide. On dit le bref du pape, annoncé il y a longtemps, arrivé à Paris : je ne l'ai pas vu; il pourrait bien être le signal d'une fureur nouvelle contre les prêtres; mais Dieu, auquel ils veulent rester
l6 CORRESPONDANCE SECRÈTE
fidèles, les soustraira. Je les vois pleins de courage , et c'est Teffct sensible de la protection divine qui jusqu'ici a veillé sur eux d'une manière marquée.
J'entends dire que, dans son délire , le peuple ne veut ni le roi^ni l'assemblée : celle-ci est violemment menacée ; la crise est générale pour tout le monde : Ira Del super terram. F^a prétention du peuple est que l'assemblée nationale n'a pas le droit de juger la nation , et qu'elle doit consulter les quatre-vingt-trois départemens. Elle n'est donc pas la nation, du moins en tout ; elle a indigné les fidèles sujets du roi en le détrônant ; et aujourd'hui, en voulant lui conserver l'ombre du trône, elle irrite les rébelles ; elle eût mieux fait , pour elle-même et pour le bien commun, de respecter la souveraineté , au lieu de l'usurper, et d'obéir aux ordres de la nation au lieu de la gouverner. Plus d'un de ses membres doit être inquiet de ce qui se passe.
Il est neuf beures du soir : il est vrai qu'on a pendu deux hommes au Champ-de-Mars , et
qu'ensuite on leur a coupé la tête. On les a accusés, et, dit-on, convaincus, dWoir mis des barils de poudre sous l'autel de la patrie : l'un est un invalide à jambe de bois, et l'autre un parti« culier inconnu. Le drapeau rouge est déployé sur l'Hôtel-de-Ville. 11 y a six pièces de canon chargées à mitraille ; les ponts et les grandes rues sont garnies de canons ; toutes les troupes sont sur pied ; mon domestique va monter la garde cette nuit.
On dit M. de Lafayette blessé, mais cela n'est pas sûr : on croit seulement qu'il a été assailli avec des pierres ou autrement. Le club des Jacobins est soupçonné par le peuple de ne pas entrer dans ses vues , et on le menace. Il y a ordre d'éclairer les maisons la nuit prochaine , parce qu'on craint quelque trahison nocturne.
En voilà assez pour vous mettre au fait de l'état des choses.
|8 CORRESPONDANCE SECRÂTE
Le 11 NoTembre 1790.
Paris est extérieurement fort tranquille , et l'on assure cependant qu'on y assassine assez fréquemment. Depuis peu de jours , on parle de deux ou trois meurtres. L^argent est très rare ; le pain de 4 livres ne se vend que neuf sols , l'opinion est fort changée, mais on ne s'en aperçoit qu'en détail. Chacun en particulier se plaint, et ces mêmes personnes réunies tiennent un autre langage , soit que réciproquement elles s'électrisent, soit que quelque mobile métallique influe sur les discours. L'amour de l'égalité enivre bien des sots, et Teffet de cette ivresse est complètement ridicule. Il y a des traits dignes du pinceau de Molière , et qui manquent à la comédie du Bourgeois gentilhomme.
Il y a grande rumeur à Chaumont. Le peuple demandait à grands cris la tête de M. Becquet,
DU PERE LENFANT. ïg
procureur du département, parce qu'il voulait la clrculatioD des grains conformément au décret On le fit accompagner par un grand nombre de gens armés , et on le sauva. Des troubles sérieux ont également eu lieu à Troyes : la municipalité de cette ville avait cassé les grenadiers et les chasseurs de la garde nationale ; le département assemblé avait cassé la sentence de la municipalité ; celle-ci , nonobstant cette déclaration , avait fait afficher la sentence. On en était là au départ des voyageurs qui nous ont appris cette nouvelle. Un combat entre les chasseurs et grenadiers d'un côté j et de l'autre. Que portion des citoyens , des gardes nationaux et nombre d'étrangers , était fort à craindre.
Il parait un mémoire de 444 p^g^s , de M. de Galonné, intitulé : Uétat pré$enl et futur de la France , $i les choses restent dans la même position. Il n y a pas deux voix sur cet ouvrage qu'on proclame un chef-d'œuvre pour le fond etpour le style. L'on dit volontiers que l'auteur est un grand homme d'État, et au-dessus de tout ce qu'on peut lui comparer.
Hier matin on criait avec force et avec affectation sous les fenêtres des Tuileries : Requête de madame de Lamothe à rassemblée nationale, pour obtenir la révision de son procès. Cette dame de marque se promenait avant-hier aux Tuil^es; on Tassure , quoique quelques personnes prétendent qu'elle n'était pas à Paris , où son mari se serait trouvé seul. D'autres disent qu'elle en est repartie , vu qu'un souverain , nouvellement décoré d'un nouveau titre , avait parlé de manière à rendre Phil... Cap... très
circonspect.
Il passe pour constant et indubitable cfoe l'Empereur vient de signifier aux Brabançons par un ires beau manifeste^ que, si le 21 de ce mois ils n'étaient pas soumis entièrement , il mettrait tout à feu et à sang. L'Angleterre , la Prusse et la Hollande qu'il déclare être ses alliées, se joignent à lui et font les mêmes menaces dans l'intention de les réaliser.
Hier je trouve chez un bon voisin que vous connaissez , un curé auquel il dit : Adieu , mon cher député ! Celui-ci répondit : « Ce titre au-
hV PKRK LEXFANT. 21
raitpu me flatter i)y a quinze mois ; aujourd'hui il m'humilie. Dans ces quinze mois nous avons fait plus de mal que tous les ministres réunis n'auront pu en faire eu cent vingt ans. •
Un dépjité fameux du côté gauche fit hier l'aveu suivant : « Le mécontentement augmente
• fort ; les opinions sont bien changées , le
• changement est aisé à remarquer. « On prétend qu'il aditplus bas: « Cela ne saurait aller, I on nous chassera, t
Il court un mémoire u consulter de M. le due d'Orléans , pour savoir s'il n'est pas autorisé à prendre à partie le procureur du Châtelet et les témoins; le sieur Bonhomme, avocat , et trois de ses confrères sont pour l'aQirmative , mais ils n ont pas encore fait suite à ce que l'on dit
Le maréchal de Mouchy m'a dit que le grand aumônier craignait que je n'eusse un dessein contraire à ses vues; en conséquence je prendrai langue et m'informerai de ses intentions.
Il y eut ces jours derniers une tr/îs vivo querelle à rassemblée entre M. le marquis d'Am-
bli et le comte de Mirabeau : ce dernier fut au momeot de recevoir uu soufflet. La querelle a été suivie par le marquis d'Ambli : mais cela n'ira pas loin.
Lorsque la berline à six chevaux introduisitle voyageur dans Paris , tous les yeux étaient fixés sur ceux qu elle contenait Le peuple disait que les aristocrates étaient encore bien aises de revenir; cest vraiment pour lui un spectacle. Il n en est pas moins vrai que journellement il en part un grand nombre.
Ou continue à remarquer plusieurs figures étrangères et étranges, que la misère... ou quelque autre motif attire. M. de Latour , colonel du régiment liégeois, et M. Grintbeim^ lieutenant-H^olonel , se sont mis hors de danger parla fuite. On a eu soin de les soustraire aux comités de recherches, et il n'y a aucune espèce de preuve contre M. Bonne de Savardin. La manière dont on a fait évader les deux officiers est ingénieuse et plaisante.
Nombre de bons évoques se montrent avec courage , et leur fermeté pourra être efficace.
DU PERB LENFANT. 2.^
On ne yent que très peu et avec beaucoup de peine les biens ecclésiastiques. Gela ne prend pa& Un bonime de mérite m'a dit aujourd'hui même qu'il ne passerait jamais à personne une réquisition de cette nature. Je pense comme lui f et je consulterai de nouveau.
Si l'on en croit certain bruit « le parlement de Toulouse ne se tient pas pour mort.
Je vis dans une doilce espérance que Dieu ne nous a pas délaissés.
Mon marchand de yin en augmente le prix^ mais de peu. Gomme ceux qui lui en vendent ne veulent point de papier, cela le met dans le cas d'évacuer sa bourse de tout le numéraire.
Les députés des quarante-huit sections et M. Bailly à leur tète , demandent encore le ren-^. ▼oi des ministres.
24 CORKESPONDANGE SECRÈTE
i4 Novembre 1790.
Hier, je me trouvais sur les une heure et demie après midi dans la rue du fiac ; alors grande et grande rumeur , tambour battant de tous côtes, un peuple immense, une agitation extraordinaire et des figures de toute espèce. La garde nationale à pied et à cheval accourait à la hâte de tous côtés et par toutes les rues , mais, quoiqu'on dise de la sécurité qu elle établit dans Paris, elle n a servi de rien, et Thôtel 'de M. le duc de Gastries a été pillé complètement. Je traversai cette horde nombreuse sans autre sentiment que celui de Tindignation , je les vis à mon aise , et j'éprouvai que de près on est bien moins effrayé que de loin , car je dinat à mon ordinaire. Voici l'occasion de ce brigandage.
Le fameux Charles Lameth a eu un démêlé
DU PÈRE LENFANT. a5
avec un jeune homme nommé de Blot de Sauyigny : celui-ci a youIu avoir raison ; mais M. de Lameth a dit que M. le duc de Castries , fils du maréchal y lui avait envoyé ce M. de Blot pour lui chercher querelle et se battre avec lui. Le duc de Castries layant su , est airé trouver M. de Lameth et lui a demandé si le propos était vrai, M. de Lameth la avoué ; en conséquence , le duel a été décidé. Le duc proposait les pistolets, Bf. de Lameth Tépée. Ce dernier parti a été accepté. M. de Lameth a reçu au bras gauche un coup d epée. Après cette blessure , très douloureuse , dit-on , mais non dangereuse , motion au Palais-Royal pour faire piller et démolir rhôtel du duc ; le premier article est exécuté 9 on a évalué la perte à cinq cent mrile livres ; le second n'a pas eu lieu , et lorsque tout le mal a été fait , on a affiché aux divers coins de Paris une proclamation de la municipalité f qui est le médecin après la mort. On savait dès la veille ce qui devait arriver entre les deux conibattans , et c'était alors qu'il fallait pourvoir à la sûreté du duc ; le patriote, qui est
26 CORRESPONDANCE SEGRÂTE
du côté gauche, n'avait rieii à craindre ; M. de Castries élait dans une position toute différente ; lacanaille criait que sonépée était empoisonnée^ qu'on allait couper le bras à Lameth.
J'ai entendu ce matin criera haute voix dans la rue un petit imprimé : Fureur du peuple contre Va$$a$$inat commis par le duc de Cat" triée $ur un patriote. A l'instant mon sang a bouilli et il bout encore. Voilà un échantillon de la tranquillité et de la sûreté de Paris, où il est cependant vrai, généralement parlant, que les rues sont à peu près comme à l'ordinaire.
Je traversai hier les Tuileries en plein jour ; mais le soir , il y avait une telle fermentation qu'on n'y laissait pas entrer. A deux heures , je vis rangé contre la terrasse du côté du Pont- Royal undétachementde trente gardes nationaux à cheval. En ce moment on crie sous mes fenêtres l'emprisonnement d'un député de l'assemblée nationale par un décret de ladite assemblée. J'avais pensé d'abord que c'était le duc de Castries , mais on dit que c'est un nommé Leroi , qui , tandis qu'on rendait compte à l'assemblée
du combat de M. Charles de Laraeth , a eu la témérité de dire que c'était un scélérat..
Avant-hiery 12 du mois, le roi alla seul avec trois personnes voirie bois de Yincennes : il fut accueilli au faubourg Saint* Antoine avec des transports de joie et d'amour incroyables. Ce sont les étincelles de l'antique flamme dont les Français brûlaient pour leur souverain. On vint baiser son cheval , le dessous de ses bottes , et il en pleure de tendresse. Des témoins oculaires lont raconté aux personnes de qui je le tiens, et tout le monde dans Paris tient le même langage sur ce fait ; on ajoute que ce faubourg Saint-Antoine est actuellement inébranlable, et l'on disait même que hier il avait été tenté de marcher pour s'opposer au pillage.
Cette dernière scène n'attirera pas à Paris ceux qui en sont dehors , et en fera sortir plusieurs de ceux qui y sont ; aujourd'hui même un homme très respectable par sa naissance elt sa conduite , me proposait de passer avec lui en pays étranger ; nous verrons , car on craint que révènement d'hier ne soit, comme celui de Ré-
veilloD, une annonce de choses funestes. Je ne me presserai pas cependant de prendre un parti, quoique selon toute apparance, et de l'avis de plus d'une personne , mon service ne doive pas avoir lieu au printemps prochain j du moins dans le même local.
On ma dit aujourd'hui sur le chapitre de Chartres des détails trop longs à raconter, mais qui répondent à l'idée qu'on a des persécutions que la religion éprouve ; d'autre part , nombre d'évêquessoutiennentdignement leur caractère, et marchent dans le sentier des martyrs. Les différentes sections de Paris exigent le retour de leur archevêque , faute de quoi elles se préparent à déclarer ce siège vacant : brillant exploit ! Je ne sais que penser et que croire de tout ce que j'entends : comme avant les tremblemens de terre , des bruits sourds en font pressentir les approches , je remarque des terreurs , j'entends des demi-mots qui occupent fort ma prévoyance, même au fond et dans le vrai je n'ai que doute et incertitude sur tout ce qui se passe ; en particulier, on ne voit que des mécontens,
mais la réuaion change tout et par une sorte de prodige, les zéros rassembles sans chiffres fout cependant nombre. 11 n'est bruit universellement que du mémoire de M. de Galonné ; on s'extasie de tous côtés, c'est plus qu'un ouvrage, je le lirai dans peu , trois personnes me l'ont promis.
J'ai lu déjà la fameuse requête de madame de Lamothe : elle est courte, insolente, et audacieuse. Voir la gazette du i o.
Les gardes françaises aspirent à redevenir la garde du roi. Serait-ce un bien ou un mal ? Les avis sont partagés; le mien est pour moi seul, et je n'en changerai pas.
J'ai la consolation de voir que bien des gens augurent comme moi et aussi fermement de l'avenir; mais j'apprends aussi avec étonnement que plusieurs autres ont la stupidité de différer sur rétat actuel , et je dis avec l'auteur de la brochure : Quih iont bêtes !
L'expédition d'hier me démontre la vérité de mon opinion sur la nullité de nos forces. Des troupes qu'un peuple sans armes à feu in-
timide feraient pitié à des légions guerrières. Les assassinats sont fréquens ; les juges sont en petit nombre et n'existent pas encore. Admirable proportion! J'ai oui dire à un député qu'on avait pendi/ M. Robespierre en effigie à Ver- . sailles.
Du i8 Rorembre.
Je vous ai fait part , monsieur, du désastre de l'hôtel de Castries; la Gazette de Parti vous confirmera la nouvelle. Cet événement a répandu la consternation dans la capitale , d'où l'on dit qu'il est sorti , depuis quatre à cinq jours, onze cents personnes; aujourd'hui même M. Séjour m'a averti qu'il partait pour les pays étrangers et m'a offert de m'emmener avec lui. Plusieurs raisons me retiennent ici, où cependant je ne serais pa3 venu sitôt si l'on avait voulu me croire, et
PU PÈRE LENFANT. 3l
Qombrede gens nousbiâraentd'être revenus. On ne peu tguère se dissimuler d'après cette dernière scène d'horreur que la fermentation est excessive et qu'elle peut avoir les plus terribles suites. On en Veut , selon toute apparence , à la noblesse et au clergé. J'espère que Dieu protégera l'une etlautre. Quant à moi, je suis tranquille, et même étonné de l'être. J'ai traversé la cohorte mutinée, les Tuileries , le Palais-Royal ; je suis rcfenu le soir ; et n'était le bourdonnement que j entends partout où je vais , je me croirais en pleine paix. Je suis cependant très persuadé que nous n'y sommes pas, et si j'étais à la campagne, j'y resterais jusqu'à ce que le temps fût éclairci. 11 peut même arriver que je fasse quelque excorsion. Il y a grande presse à rHôtel-de-Ville, où Ton peut à peine avoir des passeports , vu la quantité des gens qui en demandent. A la garde de Dieu ! voilà mon dernier mot.
Une municipalité du département du Nord vient de refuser de vendre les biens ecclésias» tiques , voulant auparavant connaître les dettes du clergé, les pensions, les frais du culte, etc.
ou CORRESPONDANCE SECRETE
Là-dessus, grand débat à l'assemblée nationale. Hier , cette humeur querelleuse a régné au parterre de la Comédie-Française. On jouait Brutus , tragédie de Voltaire , dans laquelle il y a pour et contre letat actuel des choses; par application , il y a eu de grands cris de vive le roi^ et ce sont ceux qui ont été les plus nombreux et les plus forts. L'accueil fait au roi p9r le faubourg Saint-Antoine a , dit-on, fort déplu à certaines personnes.
Le duc d'O... est ruiné de fond en comble, c'est ce qui se passe et se dit généralement; M. deBussi, arrêté près de Maçon, est arrivé il y a deux jours à l'abbaye Saint-Germain. Il y avait nombre de voitures et une forte escorte , ce qui a fait sensation. Du reste, on affirme qu'il est parfaitement tranquille , parce qu'il n'est nullement coupable.
Hier, une très grande dame dit dans une maison où j'étais , que l'on venait de recevoir un courrier qui annonçait que le parlement de Toulouse était rentré , qu'il avait fait chanter la messe rouge, et cela par la volonté expresse.
DU r£R£ LENFANT. 33
et ayec les plus vives acclamatioiis du peuple. Cette dame , en me ramenant chez moi , me le confirma. Je Tai oui dire à uij,e autre personne
aujourd'hui , et il y a plus de huit jours qu'on m avait dit que cela serait; vous avez pu en juger par une phrase de mes lettres. Je n ose néan* moÎDs garantir cette nouvelle , dont je vois que 1 on doute : bientôt le fait sera éclairci.
Le peuple vient encore tout récemment de travailler l'hôtel de Montmorency qui donne sur les vieux boulevards , et qui appartient au duc. On a arraché ses armes^ et l'on a comble
le fossé qui était devant sa maison.
De l'aveu général , les impôts seront beaucoup plus lourds que par le passé. Je sais une taxe d'un objet particulier dans un village de Pro* vence , qui de 3o livres est porté à Sa. Cela n'égaiera pas les esprits.
La motion de rappeler l'archevêque de Paris est imprimée; je l'ai lue. On dit qu'on a voulu déposer l'évêquc de Soissons ; l'abbé d'Espilly, nommé à l'évêché de Quimper par le peuple, Teut avoir, pour l'accepter, l'institution du pape. 1. %
54 COERBSFONDANGB SECBÉTE
11 n'est pas un théologien qui ne décide qu'on ne peut pas en conscience acheter les biens du elergéy et je lisaii^ce matin la même décision dans le Journal Eecléêiasiique^ ouvrage fort estimé. Il parait que le roi commence à être très affecté de sa position ; son humeur l'annonce , et la chose est aisée à comprendre.
On ne parle plus de madame de Lamothe , et quelques uns la disent partie. Il y a eu une forte réponse à sa requête.
Si Ton en croit ce que disent d'honnêtes gens, il en a coûté 5o,ooo écus pour faire piller l'hôtel de Castries ; le duc s'est évadé heureusement , car sa vie était en grand danger; on prétend qu'une fois hors du royaume, il écrira à l'Assemblée.
C'est le â 1 de ce mois que l'empereur doit
entrer en Brabant ; le général fiender commandera ses troupes. Il y a déjà 44'^^^ hommes tout prêts.
ou PiU UlffAMT. S5
91 ffofembrt 1790.
Avant-hier , le$ auteurs du Mereun^ àe \\
du Roi et de la Gazette de Pari$ , eurent u^e
dépulalion du Palais-Royal , à l'effet d(e #9
plaindre de leurs principes et de leur langage
aristocratiques 5 et de les intimider par 4^
menaces. Ils répondirent avec noblesse , courage
et fermeté , et ils vont leur train. On dit If
fermentation des esprits toujours trè^ forte dam
la capitale^ dou les nobles sortent en tréf
grand nombre , et où ne rentrent pa^ ceux qi4
étaient sur le point d'y Tevenir. Cette dlésertiog
déplaît à ceux que le nombre des conscHiuxia-
teurs fait vivre , mais il n'en est pas moins vrai
qu'une grande partie du peuple est epcore for|
attachée à la besogne des douze cents. Oa di|^
cependant que le nombre de ceux qui fi'ieJl
plaignent est pour le moins égal.
La nouvelle de la rentrée du parlement 4t
36 COKKSSPONDANCE SECItiTX
Toulouse parait hasardée ; il est seulement très certain que ce parlement est protégé par la milice nationale de ladite yille , et que, malgré les décrets , les membres y sont tranquilles et en sûreté. On regarde comme plus sage de ne faire aucune démarche d éclat , et on yeiile à ce qu'il ne soit fait aucun mal à ces magistrats. Il est y rai aussi, à ce que Ton assure, que le camp de Zalis, quoique non rassemblé, existe de manière à se former dans un court espace de temps , et je n'ai eu aucun doute sur ce point. Le rassemblement des troupes de l'empereur est incontestable. J ai yu aujourd'hui même pour la première fois un personnage considérable qui a, sur cet objet ,Mes nouyelles les plus fraîches, les plus sûres et les plus détaillées.
Les régimens qu'on a yus passer sont d'une beauté remarquable; ce sont des hommes d'une taille extraordinaire , qui portent sur leur figure l'empreinte des campagnes qu'ils viennent de faire contre le Turc. Une couleur noire, un air martial, un extérieur de force et de vigueur, font dire à la personne qui écrit, qu'ils sont
DU PiBE IZNFANT. 5j
effroyablement beaux. Oa a eu soin surtout d'envoyer des régimens qui ne sachent que le hongrois, 1 allemand et le latin, pour les pré-« server de la séduction. Les divers princes de l'empire ont aussi armé pour $o mettre à Tabri du mal français.
On présume quelesBrabançons se soumettront avant que dy être forcés. Ce sont, dit*on ^ les ofBciersqui retiennent sous les armes les troupes patriotes, de peur d'être massacrés paria partie du peuple obstiné s'ils fuyaient avant le temps. Mais on ajoute que ces mêmes officiers ont déjà envoyé de l'argent en Angleterre, où ils se réfu* gieront au premier moment de l'approche des troupes impériales.
Je ne puis rien dire de neuf sur Paris, dont la tranquillité extérieure couvre toujours bien des agitations qui se montrent par intervalle. Deux heures de conversation vous rendraient à peine ce que Ton tient des meilleures sources et qu'une lettre ne peut renfermer. Il parait qu'il y a grande frayeur des deux côtés par des motifs différons.
Les UAi fuient I les autres oraigueot jusqu'aux
8K CORRiitOliflÂltiBB SECtiTE
tafitâi. lÀ terreur des premiers n'est pas dock» lèuHèypiiisqu'ilss'en vont : ils croient savoir quW â de noavèau emprunté de l'argent, et ils en angufeiJt ^elqile nouvelle expédition dans le genre de celle du 1 3 de ce mois ; les autres ne peuvent pas se dissimuler que tout le monde û'ëii pas de leur avis , et cette opposition les inquiète. J'entends journellement beaucoup plus de choses que les gazettes n'en disent, et bien des détails intéressans, mais qui laissent toujours dans une grande obscurité. Là-dessus je prends lé parti d'attendre ce qu'il plaira à la Providence de régler.
Je viens de commencer la lecture du fameut mémoire de M. de Galonné, qui passe universellement pour un chef-d œuvre. Je suis plus que jamais porté à en juger ainsi , et je vous répète que c'est plus qu'un ouvrage. La sensation qu'il ftit e!it étonnante.
Yons tne demandez comment je me trouva id : je vous dirai, très bien et très mal. Ma société ei^t charmante, mais la ville est affreuse, à raison dM eipléiidtis tpà'oé ae ceésê d'y prévoir et d'y-
DU vin umrâiit. 3§
i. Je me décide à ne pas m'effrayer d'a^ Ttoce, et en attendant des maux qui peut-être n'arriveront pas. Je vois mes vertueux amis ; du reste, il y a de belles âmes, et il y en a d'atroceS; Je n'ai rien à démêler avec ces dernières, et les premières font mon bonheur. ^
aS RoYembrc 1790.
Qaelque plaisir que j'aie , monsieur , à m'en-^ tretenir avec vous, je ne le ferai désormais que lorsqu'un motif intéressant pour vous m'y en-^ gagera ; je n'ai garde aussi d'exiger une réponse i chaque lettre ; je vous prierai seulement de 03'accuser le nombre de celles que vous aurez reçues , afin que je sache si elles vous sont parvenues; lorsque vous n'en aureas pas, concluez ^u'il n'y a rien de digne d'attenticm , et qu'é^ tant peu mattre de mes momens , je ne les
40 CORKBSPONDANCE SECKÂTE
emploie pas sans que leur sacrifice puisse vous plaire. Comme la solitude de la campagne fait désirer quelque distraction , je vous dirai de temps à autre ce qui se dit dans Paris. .Vous avez su la nomination du nouveau garde^eê^ êceaux de l'Etat ( c'est ainsi que l'appelle la Gazette de France). 11 est fils d'un homme qui avait passé plusieurs années dans une compa-» gnie dont il ne reste que quelques membres isolés et que je vous ai souvent entendu i*egretter. Ce nouveau ministre de la justice est âgé, dit-on, de trente-six ans : c'est être avancé de bonne heure. Sa promotion est reçue de diverses manières dans Paris. 11 fit ses visites à la cour ces jours derniers , ainsi qu'à THôtel-de- Ville , où vous jugez qu'il a dû être bien accueilli. Il est très vrai que la municipalité de Soissous avait déclaré le respectable évêque de cette ville déchu de son épiscopat , mais il est certain aussi que l'Assemblée nationale a écrit à ladite municipalité qu'elle était allée trop vile, et que l'on a suspendu son opération, fiier on élut pour un de* trente juges de le
DU PÈRE LENFANT. ^l
capitale , M. Fretean , conseiller au parlement défunt ; il est jusqu'à présentie seul nommé, et par conséquent le premier de tous. On croît qu'il acceptera. Ceux qui après lui ont eu le plus de voix, sont M. Bochard , de Saran , ancien premier président , M. Dormesson, ex-contrôleor-geDéral, M. Duport,M.Tronchet,M.Garon, de Coulon. Il faudra du temps pour compléter le nombre fixé et les suppléans, d'autant qu'on doute de l'acceptation de quelques uns de ceux que je viens de nommer. L'honoraire ou le salaire sera de quatre mille livres.
Paris est farci de f%*ipons : le nombre des prisonniers augmente de jour en joun On prétend qu'aujourd'hui même on a publié la création d'un tribunal qui jugera les criminels en dernier ressort provisoirement, jusqu'il 1 élection de nouveaux tribunaux. Je crois l'avoir entendu publier ce matin ; les cris publics sont à multipliés et si perpétuels pendant la journée , que j'en •ai les oreilles fatiguées.
Il faut ici se faire bien des violences pour être prudent lorsqu'on a l*ftme vive et le oœur
droit Si ce qu'on annonce se vérifie , je finirai par aller garder les moutons dans lacampagne, puisqu'on parle de ne donner aucune partie du revenu dont on jouissait , qu'à condition de prêter un serment dont la seule idée révolte.
Il n'y a ici aucun doute sur le crime qu'on commettrait en achetant les biens ecclésiasti-< ques. Toutes les décisions sont du plus grand accord , de la plus grande clarté et de la plud grande force sur ce point.
Il parait qu'on veut obvier au danger des motions du Palais-Royal , où , dit-on , la garde nationale ne veut plus souffrir d'assemblée. Je frémis en répétant ce qui se dit et ce qu'on garantit dans tout Paris comme très détaillé et très certain.
Un ecclésiastique , au moins quant à l'habit , vient d'être empoisonné à Chambéry , dans un dîner qu'il faisait avec deux Français ses compatriotes, émissaires, à ce que l'on ajoute , de la propagande. Sur ce qu'il a dit dans les convulsions de la douleur, et sur la déclaration qu'il a faite , on prétend, ou qu'il
DU PEU UNFANT. 4^
revenait de Turin , ou qu'il y allait à dessein d empoisonner M. le comte d'Artois. On pense qu'ayant ou manqué son coup , supposé qu'il reTiot, ou qu'il ne fût pas en état de le consommer s'il y allait, on a voulu s'en défaire de peur qull ne parlât ; mais il a parlé , et le gouver-* neur de Chambéry a expédié aussitôt un courtier à Turin« De là, que de raisonnemens, que de conjectures, que d'horreur d'un pareil trait! Il faut attendre que le mystère se développe , mm l'empoisonnement de cet abbé est sûr» - Madame votre épouse n'a pas deviné ce que jçlui disais d'un ouvrage détestable que je dévore, et que je serais tenté d'acheter pour vous si je savais comment vous le faire parvenir. Cet ouvrage est, dans mon idée, un grand développement de raisons qui peuvent servir de base à un grand dessein. C'est l'idée d'un grand architecte qui raisonne profondément sur les anciens édifices, c'est, en un mot, le chef-d'œuvre d'un nomme de génie , qui éclaire les hommes. La liberté de la presse fait éclore de tels ouvrages , et celaiMsi a réuni généralement les suffrages
44 CORBESPONDANCE SEGKiTX
de ses lecteurs. Quant à moi , je le trouve clair, précis^ ingénieux, profond, et parfaitement écrit; je crois entendre la vérité , la sagesse et la raison. Mon avis m'est suspect à moi-même, parce que je trouve ce que je pense dans ce que je lis.
De tous côtés les évèques partent , ainsi que les chapitres ; cela ne laisse pas que de former des embarras.
Ceux qu'éprouvent les journalistes ont enga* gé Mr Mattet du Pan à mettre hier dans VAmi du Roi une plainte très expresse d'un retranchement fait à son insu dans le dernier numéro, et il promet au public une prompte explication sur cet objet.
La blessure de M. de Lameth n'aura pas de fâcheuses suites; un bruit sourd semble présager une illumination pour sa convalescence.
Le chapitre de Notre-Dame fut congédié lundi dernier ; cependant on assure le retour prochain de M. l'archevêque de Paris.
J'apprends en ce moment que M. Freteau a accepté ; que M. Moulin i avocat de Flaatire i
qui a détruit la féodalité le 4 août, est nommé d'aujoard'hui; que Ton s'est opposé àlerectioa du tribunal provisoire pour juger les criminels^ en voyant comme on voulait se comporter ; qu'il y a division parmi les électeurs , dont cent, M. Cerutti à leur tète, voulaient former un club à part , qui aurait tout gouverné , ce qui a déterminé les sept cents électeurs à y aller tous.
J'apprends encore qu'on répand parmi le peuple le dangereux bruit de Tarmement des princes , ce qui fait craindre les plus grands malheurs, sans fondement autre que ces bruits. Enfin les chats et les rats, voilà le triste tableau du jour. La confusion est grande : Aix-la-Chapelle est pleine de Français. Ici Thôtel Bourbon est vendu. On discute le caractère des juges qu'on propose, et il est humiliant d'être exposé ^ ces discussions.
46 COREBSPOIfDAIfCE SECRÈTE
»S NoYembra 1790.
On parle d'une aflaire assez chaude qui aurait eu lieu entre les patriotes du Brabant et les troupes impériales. Les premiers auraient été complètement battus avec perle de deux mille hommes. On dit que Wandemoot a été tué. Les patriotes qui combattaient sous Namur se sont retirés dans la ville après laction. Alors le peuple est venu ouvrir ses portes à l'armée impériale , s'est prosterné aux pieds du général Bender qui la commande , et a crié miséricorde. Mous a mis bas les armes , et Ton présume que Bruxelles en a fait ou ea fera autant.
Tel est le récit tout frais et général qu'on débke. Paris offre des nouvelles d'un autre genre. Il ne s'agit pas de combats sanglans, mais il existe une autre espèce de guerre aussi intéressante , et qui peut avoir de graa-
DU PARS lENFANT. 4?
des suites. Hier , TAssembl^e nationale , à ToccasioQ des protestations d un grand nombre d'éyêques et de chapitres, contre la nouvelle organisation du clergé , que leur conscience
ne leur permet pas d'admettre , a décrété
onze ou douze articles , d'où il résulte que dans la huitaine d'après la publication du décret, les archevêques, évêques, curés, les fonctionnaires et titulaires d'offices , seront obligés de prêter serment de se soumettre à ladite nouvelle organisation , faute de quoi ils seront déchus de leurs places , remplacés par d'autres, coupables de forfaiture, et poursuivis selon l'exigence des cas. Ce nouveau coup porté au clergé fait une sensation bien vive parmi les personnes qui aiment la religion, et il y en a encore un bon nombre. Ce nouveau serment étant de nature à ne pouvoire être prtté, de l'aveu universel, et blessant ouvertement les droits et les décisions de l'Eglise , ^oDà lés évêques placés entre le schisme ou l'^hafaud. Des députés m'ont dit aujourd'hui iBtme f que les évêques et la grande majorité
des curés de l'Assemblée paraissaient dans la ferme détermination d'être fidèles à leur devoir. Dieu le veuille! ^
On n'a pas idée , madame, des horreurs qui furent débitées ouvertement avant-hier soir au sujet des ecclésiastiques. On proposa d elendre l'obligation de prêter cet odieux serment aux prêtres approuvés dont on voulait avoir la liste. Cette proposition fut rejetéc ; peutêtre reparai tra-t-el le ; et dans cette supposition, je me verrais dans le cas très heureux d'attester la sincérité de mon attachement à la foi^ que je demande à Dieu de conserver, même au prix du sacriGce de ma vie.
L'évêquc de Nantes a déjà été sommé antérieurement à cette dernière époque d'organiser son église selon les vues de TAssembléc nationale. La sommation a été faite avec nombre de gens armés : il a répondu avec fermeté qu'il ne pouvait y consentir. En conséquence^ grande rumeur, affreuses menaces, avis de le pendre. Il n'a pas été ébranlé , et il a voulu courageusement demeurer dans son pa-
DU TKRE LE.XFANT. /jQ
lais. Des amis, en applaudissant à une volonté si généreuse, lui ont fait envisager que s'il restait, il y aurait grande effusion de sang , parce que nombre d'honnôtes gens étaient prôts et déterminés à venir garder son palais et défendre sa vie. Enfin on la mis dans une voilure, et on la enlevé.
11 a été dit dans TAssemblée qu'il fallait porter sans délai le fameux décret du serment à la sanction royale , car on est pressé de le mettre à exécution. Il y a de quoi être frappé de la narration que fait une lettre de l'élection parle peuple d'un nouvel évoque de Quimper, Elle s'est faite h deux heures après minuit dans une église, où la plus vile populace était rassemblée. La dérision a été portée à l'excès. Il y a eu deux cents voix donnés à une femme pourremplacer le plus vertueux évoque. On en adonné à des chiens, à des chevaux, à un perroquet. A la vue de l'état où la religion est en France , ne cherchons pas la cause de ses mallieurs; craignons-les tous, il n'en est aucun
que nous ne méritions. Tâchons de les pré- 1. 4
5o CORRESPONDANCE SECRÈTE
venir par des sentîmens chrétiens, et par une conduite qui y réponde. La manière dont Dieu se venge nous montre eflîcacement nos écarts, et la dépravation des hommes est ce qui m'épouvante le plus.
M. Charles de Lameth est guéri : j'ai vu une dame qui s'est trouvée dans l'église des Carmes où l'on a fait dire une messe pour la convalescence de cet honorable membre : il y avait uù amas de canaille , et un bruit assorti à cette assemblée.
Il y a déjà sept juges de nommés ; voici leurs noms : MM. Freteau , Merlin , Treilhard ^ Thouret , Target , Duport et Saint-Fargeau ; leà six premiers doivent, par la priorité de leur nomination, être les présidens; ainsi, M. de Saint- Fargeau , ancien président à mortier, devient simple juge, et peut être présidé par un avocat. Je ne sais si l'on veut modérer l'inconvénient qui, depuis le décret d'égalité, doit n'en être plus un ; mais on prétend qu'on demandera à l'Assemblée nationale que ces messieurs alter^ nent entre eux, et qu'il y ait pour chacun sxx
Oir PEU LBIfFANT. 5l
mois de présidence. Vous devez voir avec admiration la prévoyance qui accompagne le grand œuyre , et les scrupuleuses allentions qui' parent à tout ce qui pourrait paraître défectueux dans ce chef d'oeuvre de sagesse.
L affaire de Cbambéry , je veux dire l'empoisonnement de Tabbé , qu on dit se nommer Dubois , n'est pas douteuse ; il est sûr qu'il est mort, et qu'il a remis une déclaration qui fait connaître ceux qui l'avaient envoyé. Cette déclaration a f dit-on , été remise au sénat dé Chambéry , iet l'on n'a pas manqué d'instruir« de cet événement la cour de Turin. On dît très hautement qu'il ne s'agissait de rien moini que d'empoisonner le prince exilé et ses deux fils. Quelqu'un me disait aujourd'hui que ledit abbé avait passé du temps à Turin , et qu'il n'avait pas eu le courage d'exécuter le dessein qui l'y avait conduit. Un missionnaire de <^ctte faiblesse n'a pas paru digne de la confiance de ses commettans , et on l'a puni de mort. Les deux Français qui étaient avec lui ont pris h fuite , et l'on croit que la France a ëlë pour
52 COnRESPOMDANCE SECKÉTB
eux l'asile le plus sur; les cours de l'empereur ou du roi de Sardaigne leur ont sans doute inspiré quelque déCance. J ai entendu nommer ceux ou celui que désigne la déclaration ; mais la chose est si affreuse^ et jusqu a présent si peu certaine, que je ne me permets pas d'imputer une atrocité pareille à quelqu'un sans la plus grande publicité et la plus incontestable preuve.
On parle beaucoup ici de cinquante prêtres égorgés à Bruges; je ne garantis pas le fait, mais on l'annonce. Ce sont peut-Mre quelques fanatiques qui , aveuglés par un faux zMe , ont persuadé aux peuples de se révolter en faveur de la religion , tandis qu'elle enseigne uniquement à pouvoir mourir pour elle, et non à se soulever contre ses persécuteurs.
Les bruits sur l'arrivée de madame de La* mothe à Paris sont tombés , et l'on croit assez généralement que la requête faite en son nom, et que j'ai lue, n'a été qu'une nouvelle méchanceté et un artifice dirigé rontre une tête auguste que la haine a si cruellement poursuivie. On frémit en songeant à certaines motions for-
DU PÉnE LENFANT, 53
mées par la fureur et mises au jour par l'audace. II est vrai qu'elles ont été étouOTc^^es au moment où elles ont osé se produire.
Pourtant Paris est tranquille en apparence ; on va comme au paravant, et je n'aperçois aucun danger , quoique je me retire souvent Ters les huit ou neuf heures. Ce n'est pas que les voleurs n'y soient en grand nombre , mais ce n'est pas dans les maisons à porte cochèrc qu'ils pénètrent ; les demeures obscures, les allées par lesquelles rentre le peuple , voilà leur ihcâlre. On attend un tribunal pour leur rendre justice. Il y a entre autres un assassin de fraîche date , condamné à la roue , et que l'on garde jusqu'à ce que sa condamnation soit ralifice par des juges qui prononcent sans appel. Les émigralions ne cessent point ; chaque jour Paris perd quelques uns de ses habitans les plus considérables. Je ne sais quelle frayeur s'empare des esprits, ni quels pressentimens les agitent. D'autre part, bien des gens regardent la capitale comme le lieu le plus sûr. On prétend néanmoins qu'il y a eu tout récera-
ment environ trois mille passeports délivrés à rHôlel-de-Ville.
On ne sait plus à quelle gazette souscrire, les bonnes sont menacées d'interdit , les autres révoltent la raison plus qu'elles n'excitent la curiosité. La mienne a tellement de quoi se satisfaire parla complaisance de mes amis, quç je puis à peine y suffire.
J'ai fait la consultation que l'on m'a demandée sur l'achat des biens de l'Eglise ; la réponse pleinement , décidément et évidemment négative, m'est venue de toutes parts. Il n'est pas permis d'y penser, et il faut se tourner d'un autre côté , parce que rien ne peut compenser la perte de l'âme.
3 Décembre 1790.
Quoique pendant plusieurs jours on ait crié dans Paris le grand combat des Brabançons et des Autrichiens , on s'accorde à dire dans la bonne compagnie qu'il n'y a pas eu un coup déliré, et que les patriotes ont été soumis à la première approche des troupes de l'empereur. Le général Bendcr, qui les commande, est un homme ferme, qui dit en mettant ses bottes qu'il ne les quitterait que lorsque tout serait rentré dans l'obéissance au souverain. On garantit comme sûre l'anecdote suivante qui peint ie caractère du général et l'idée qu'ont les étrangers de ce qu'ils appellent le mal français. Trois hommes de ces derniers patriotes que la France a produits ont été envoyés dans le Brabanl pour y prêcher la doctrine qu'on suit en ce moment dans le royaume, et pour affermir ceux qui l'avaient adoptée, Bender l'a appris^ et
56 COnRESPONDAISCE SECKÈll
a SU en même temps le lieu de leur demeure. Il a fait investir sur-le-champ la maison où ils étaient par des soldats , et a envoyé à ces trois étrangers un père capucin instruit du motif et de lobjet de sa mission. Ces trois messieurs voyant entrer le révérend père , ont commencé par le plaisanter sur ce qu'il portait encore son habit, et se sont livrés à ce genre de gaieté propre de la natidn française et des opérations actuelles. Mais'Jla* réponse du religieux a été plus sérieuse : «Je viens, messieurs, leura-t- » il dit , vous exhorter à mettre ordre à votre » conscience , et vous offrir les secours de mon » ministère. Vous avez peu de temps à vivre, et jidansune heure le supplice vous attend.» L'effroi s'est bientôt joint à la surprise , et le bon père a été supplié d'aller présenter une humble et vive supplique au général. Le religieux s'est hâté de faire la commission. Le succès n'a pas été complet, le général a accordé une demiheure de plus, et voilà tout. Deux des trois ont été pendus, le troisième fouetté parle bourreau. On Ta renvoyé donner à sa nation quelques
• DU PÈRE LENFAXT. 5;
nouvelles de son sort et de celui de ses camarades. Voilà le fait que plusieurs personnes viennent de cerlifier en ma présence.
Ou est fort occupe des décrets relatifs aux évoques et aux curés. Ce qu'on exige d'eux répugne à leur conscience , et il y a lieu d'espérer et de croire qu'ils ne la trahiront pas. Celle Irîstc circonstance a développé déjà de grands sonlimens. M. de Vaudreuil a consigné dans les papiers publics son improbalion et son désaveu des décrets; M. le marquis de Laquille lésa déclarés impies , attentatoires à la hiérarchie et aux droits de TEglise. Il professe qu'il veut vivre et mourir dans le sein de l'Eglise calliolique, apostolique et romaine, et il ajoute que si l'assemblée qui se (lit nationale renouvelle les persécutons des premiers siècles, il demande à Dieu d'Otre le premier marlyr, soit de sa loi , soit de son roi. J'ai lu cette déclaralion imprimée ; lout(»s les personnes attachées à la reliîîion sont dans la douleur.
On a transporté l'avant-dernière nuit au Val-dc-Grâce , les cœurs de Louis XIII et de ,
58 CORRESPONDANCE SECKiTE
Louis XIY qui étaient dans 1 église des jésuite^ de la rue Saint-Antoine; apparemment cette église changera de destination.
M. de Saint- Fargeau a refusé! api ace de juge^ sous prétexte qu'il était d'un département. La position de ces messieurs est telle, que i'accep- • tation ou le refus ne tournent pas à leur honneur. M. d'Onnesson , ancien contrôleur-général, a accepté une place de judicature : dans ce siècle tout est étonnant. Mon intérêt pour vous me rendrait bien pénible votre position, si vou$ étiez dans le cas d'être du nombre de ces élu$. Il faut par-dessus tout aspirer et travaillera être agrégé à ceux de la vie future.
M. Burke vient de donner au public des réflexions sur la révolution de France. J'affaiblirais ridée qu'on a de cet ouvrage , que je n'ai pas encore lu , à l'exception d'une page , si je voulais vous rendre ce qu'on en dit de toutes parts. On y trouve toute la profondeur, toute l'énergie , tout le raisonnement d'un auteur anglais. Jedoute, d'après cette analyse, qu'il soit applaudi des deux côtés , d'autant mieux qu'on
DU PARE LENFANT. ' Sq
assDre que cet écrivain ne donne jamais à gauche. Je le lirai incessamment. Je regrette $ou?eDt que vous ne soyez pas à même de lire et d entendre ce que j entends et ce que je lis. Hier encore j*ai lu un onvrage bien frappant sur les conspirateurs.
Il n'y a encore que treize juges d'élus : M. Dionis du Séjour , M. Tronchet et M. Bigot de Préameneu sont du nombre. On n'est pas sûr de l'acceptation des deux premiers. Le troisième avait l'air de refuser , mais il ne l'a pas fait encore.
On a découvert deux fabriques de faux assignats : c'est, dit-on, au Châtelet et à l'hôtel de la Force. Il y eut l'avant-dernière nuit un tapage affreux dans cette dernière prison. Il fallut cent quatre-vingts hommes de la garde nationale pour réprimer les efforts des prisonniers pendant la nuit. Un homme accusé d'un crime atroce s'était évadé il y a huit jours ; huit jours après , jour par jour , heure par heure » il a été repris , pt il est à présent enseveli dans ua cachot.
6o CORAE<;PONDAXCE SECKÉTE
Lesassembléesd électeurs ont la raème marche que TAssemblce natiouale. Président à clochette , ordre du jour , rappel à Tordre , tout est absolumentconfonne, jusqu'aux clubs particuliers qui se forment du sein de ces compagnies, et qui veulent en régler les opérations.
Vous auriez peine à croire l'impudence avec laquelle on crie journellement dans toutes les rues les absurdités et les faussetés les plus palpables. Ceux mômes qui les crient, avouent qu'ils n'y croient pas; mais la partie stupidc du peuple se nourrit de ces impostures, et vide sa bourse pour alimenter ses erreurs.
Les émigrations continuent en abondance.
On parlait hier de celle de madame la princesse de Broglie et de madame de Lameth ( Picaut ); cependant elles ne partiront peut-être pas.
C'est, je croîs, à dimanche prochain, 5 de ce mois , qu'est fixée lelection de l'éveqîie de Versailles. Ma dernière a pu vous donner une dée de ces sortes de cérémonies. Tout cadre à merveille. La Sorbonne, qui avait reçu ordre d'ôter toutes les armoiiies qui sont répandues
DU PÈRE LENFANT. 6l
de toutes parts sur cette maison, allait les faire couvrir avec du plâtre , lorsqu'il lui a été enjoint de les faire briser avec le ciseau : toute idée de résurrection déplaît et fatigue.
Je vis, il y a deux jours, une dame de qualité de Berne on Suisse; elle prétend que CCS cantons fourmillent de Français ; elle ajoute qu'il y a eu grande rumeur à Genève. Uqc partie des habilaos , à lexemple de ceux d'Avignon , veulent se donner à la France; mais la portion la plus nombreuse des citoyens s'y oppose et l'emportera.
En vous écrivant, monsieur, je sens la grande différence d'une Icltre à une conversation. Il faut supprimer par écrit des détails qui rendraient bien intéressans les entretiens, et sûrement j'omets à dessein plus de choses que je ne vous en dis. On craint dans le temps présent les sinistres înterprétalions des choses les plus innocentes; et, outre qu'on attribue une grande curiosité au bureau des postes, on croit voir partout des projets, des correspondances dangereuses, JX... Vous savez
6a CORRESPONDANCE SEGHàTE
combien tout cela entre peu dans ma ma<» nicre d'être; mais on ne se repent jamais de s'être tu. Je sens que votre solitude aurait besoin de quelques distractions, et je vous envoie en gros ce qui peut vous en fournir.
Il parait un exposé des principes vrais de la constitution du clergé, fort opposés à ceux de l'Assemblée nationale. Les trente évêques de cette assemblée ont signé cet ouvrage, qiii est très sec, quoique exact, et dont M. l'archevêque d'Aix est le rédacteur.
M. l'abbé Maury a réfuté si victorieusement Mirabeau touchant le clergé, qu'il n'a pu répliquer.
On m'a dit qu'un des députés mourut hier d'une manière conforme aux sentimens du jour; en revanche, nous avons les plus grands exemples de vertu de la part de plusieurs autres» et rien n'est plus édiQant que le zèle, la douleur et la piété d'une multitude de boDS chrétiens de tous les états. Il y a môme plusieurs conversions dont on parle. Il est ordinaire que Dieu tire le bien du mal.
L'affaire de l'ecclésiastique empoisonné à Chambëry a fait et fait encore une vive sensation. On dit que le roi en est instruit à fond ; que la jeunesse française de Turin s'est offerte à former la garde du prince son frère. Ce sont des on dit , je ne réponds pas de la vérité.
LAmi du Roi nous apprend aujourd'hui que rélecteur de Saxe vient de faire prendre six Français, dont l'un est un avocat de Paris, pour aîoirété impliqués dans la révolte suscitée parmi les paysans aux environs de Dresde . J'aurais souscrit pour l'Ami du Roi y à dessein de vous le bire adresser , si la très grande probabilité que nous n'aurons pas un sou même l'année prochaine, ne me forçait à la plus grande économie; d'ailleurs les menaces faites à tous les auteurs qui pensent comme celui-ci, me font craindre une prochaine interdiction. J'appris hier, de la personne môme à qui l'a dit M. Mattel du Pan, que cet auteur du Mercure ayant demandé au général de Paris s'il pouvait écrire, le général avait répondu que les gardes nationales n'étaient pas faites pour garder ceux
qui notaient pas amis de la constitution.
L'anecdote que je vous ai marquée au commencement de ma lettre est vraie. Il paraît seulement que Luxembourp; est le lieu de la scène.
On est joiirnellement inonde de brochures pour et contre lopcralion ( la conslllulion du clergé). Les premières sont furieuses, et les secondes bien faites.
En ce riioment je lis Touvrage de Burke, de 536 pages. On s'extasie sur cette production que je vais dévorer.
La Gazelle de Paris est actuellement d'une énergie Inexprimable sur le clergé et le roi.
Paris se dépeuple. On craint les explosions, et ce n'est pas sans fondement, car les tôles sont fort échauflces.
DU PÈRS LENFAM. 65
^ Décembre 1790.
L'Assemblée nationale a décrété que les règlemens du roi et mestre-de-camp cavalerie seraient licenciés^ et que celui de Château-Yieux serait renvoyé aux cantons suisses ; du reste^ pleine et entière amnistie à tous les coupables et prisonniers ^ voilà ce qui fut décidé avant Lier sur TafTaire de Nancy. On peut reconnaître Tordre du jour dans la dernière partit^ du décret.
J'ai appris par une lettre de Bruxelles écrite à une grande dame par son petit-fils qui sy trouve maintenant^ que tout est si calme, qu'il y a à peine quelque vestige du passé. Les enseignes , les cafés de la liberté , et tout ce qui était de ce genre, a disparu. Le général Bender, qui s'est conduit à merveille, a dû aller au spectacle et y être bien accueilli. Vandernoot,
qu'on avait dit avoir été tué , s'est retiré , selon I. s
les uns, à Breda, et selon les autres, il vient à Paris. Il pourra y confirmer la plainte des patriotes brabançons , qui se flattaient d'être secourus. Du reste ^ lanecdote des deux pendus et du fustigé passe pour constante , et Ion dit seulement que c'est à Anvers , ce qui est plus probable , vu que le général Bender a ordonné l'exécution, qui dégoûtera les missionnaires de la propagande.
Un grand nombre dedépartemens soutiennent le clergé et paraissent révoltés des décrets. A Paris on ne dit mot sur cet objet; il n'est que les gens de bien qui en soient désolés; mais il n'en est pas de même en province ; plusieurs d'entre elles sont fort mécontentes. On dit cependant ici que la ferme détermination et la courageuse contenance des évèqueset des curés de la capitale déconcerteront un peu le côté gauche. L'un des plus furieux a dit qu'il fallait aller doucement et avec précaution, parce qu'un seul martyr culbuterait la constitution. Un autre prétendait qu'il fallait brdonner le serment, et, sur le refus, décider la vacance des
bénéûces. Ce dernier parti eût causé bien du trouble ; mais c est, dit-on, précisément le seul évènementà la faveur duquel les enragés puissent se sauver. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on ne presse point le roi de sanctionner le décret sur le clergé , et qu'il ne le sanctionnera pas. 11 attend la réponse du pape.
Cent cinq curés dé la Bretagne viennent de signaler leur attachement à l'Eglise par les plus fortes et les plus expresses protestations contre ce fameux décret du 27 novembre. D'autre part, il y a eu dans quelques endroits des scandales par la manière indécente dont on a molesté les évoques el les chapitres , et par les élections d evêques. Un plaisant a dit de celui qui a été nommé àQuimper, qu'il se conserverait longtemps , parce qu'il était à l'eau-de-vie ; on prétend en eflfet que les électeurs dudit lieu en ont bu vingt tonneaux pour se préparer a faire un bon choix. On assure aujourd'hui le refus de celui qui a été élu. Ce refus l'honore , car de pareilles élections sont un opprobre.
Rien n'est plu» avéré que la députation du
68 CORRESPONDANCE SSCKÉTB
Gévaudan, dont je vous ai marqué les principauil objets. Bientôt ils doivent paraître imprimée. Il y a pour un quart d'heure de lecture y et je le sais d'une personne qui les a lus manuscrits. Qn y demande avec la plus grande chaleur qu'on poursuive l'affaire des 5 et 6 octobre , sans que l'inviolabilité des députés puisse mettre à l'abri aucun coupable. Si l'on en croit certains bruits, ces demandes sont et seront fortement appuyées. Ce qu'on dit et ce qu'on entend est incroyable ; il faut s'assurer qu'on ne dort pas pour ne pas soupçonner qu'on rêve.
M. Héraut de Sechelles et MM. Péthîon et Yoidel sont au nombre des nouveaux juges élus : c'est une vraie macédoine que la compo-^ sition des tribunaux.
Il y a trois jours qu'on voulait piller l'hôtel de Toulouse ou y mettre le feu , sous prétexte que M. le duc de Penthièvre se propose d'aller en pays étranger. Plaisante méthode pour retenir les gens dans la capitale , que de les y fixer par l'atrocité des menaces ! Croira-t-on (cependant le fait m'a été affirmé par une dame
qui voit souvent le duc ) , croira-t-on que rimpudent Marat a eu l'audace d'écrire directement à ce vertueux et charitable prince qu'il était UA scélérat ? Le prince a envoyé la lettre à M. de Lafayette, qui , pour toute satisfaction , a conseillé au prince de la faire imprimer» cq que sagement il n'a pas fait.
On ne sait plus où Ton est, ni comment l'on vil. De l'aveu du plus grand nombre , l'opération de l'assemblée est monstrueuse , et je ne connais pas un homme de bon sens qui n'augure la chute d'un édifice irrégulier qui porte sur l'impiété, l'injustice , l'aveuglement et la fureur»
L'Assemblée nationale vient d'accorder cent vingt-cinq mille livres aux quarante mille pau-r vres de Versailles , qui ont demandé de ne pas mourir de faim. Les législateurs ont avoué que dans tous les autres départemens il y avait des milliers de malheureux qui manquent des premiers moyens de subsistance.
L'exemption d'impôt sur les rentes est an^* noncée comme une surcharge dont le fardeau accablera les provinces , et l'organisation des
gardes nationales du royaume , dont le projet est de Rabaut-Saint-Étienne, et a été décrété par l'Assemblée , est regardée comme aussi ridicule en elle-même , que funeste au royaume. J ai parlé à un homme qui arrive de Toulouse: les magistrats de la chambre des vacations sont réfugiés à Saint-Sébastien, avec ordre du roi d'Espagne de les bien accueillir. Il m'a dit que les sept huitièmes de cette ville étaient fort mécontens de la besogne du jour, et j'entends souvent le môme langage. Ce n'est pas qu'il n'y ait aussi, surtout dans les petites villes , de chauds admirateurs du fameux ouvrage.
L'évoque de Versailles est nommé ; c*est un curé d'auprès d'une petite ville peu éloignée , dont j'ai oublié le nom. Ce curé élu était le seul qui assistât à l'élection. On a aussi nommé un
curé à l'évêché de Sedan.
Avant-hi^r quelques jeunes séminaristes irlandaiss'étantallés promener au Champ-de-Mars, prirent querelle avec la sentinelle. Il y eut du bruit ; la garde nationale et le général y accouinirent ; six de ces séminaristes furent mis en
DU ?£R£ LENFAMT. 7I
prison j d'où je les crois sortis. Ces jeunes gens ne savent pas un mot de français , et il y a un décret de l'assemblée favorable à leur séminaire; cela n'a pas empêché de crier hier dans lesrues^ le grand assassinat que les calotins ont commis ( vous observerez qu'il n'y a pas un mot de vrai } ; et le matin du mercredi 8 , on criait encore que les calotins avaient voulu renverser l'autel de la patrie ; cela m'a appris qu'il y en avait un.
Quelqu'un m'a dit aujourd'hui que le rapporteur de Taflaire de Nancy avait fini par ces mots : 11 faut ou nous obéir ou nous vaincre. Le choix n'est pas difficile.
L'ouvrage de Burke , que je lis avec la plus grande satisfaction, est si excellent, que certaines gens disent que l'auteur radote ; ils ajoutent ., par une inconséquence frappante , qu'on en attend la réfutation. Selon moi elle est imposi(ible ; suivant eux , elle ne doit pas être nécessaire : pourquoi réfuter un radotage? Ce radotage au reste suffit pour prouver que Tauteur ne radote pas. Voici ses torts : il ose dire • que les » Français ont acheté la pauvreté par le crime ;
72 CORRESPONDANCE SECRilE
f qu'à la vue de leur opération on passe du mé-^ f pris à Tindignation , du rire aux larmes , du » dédain à l'horreur. » Il dit plus audacieusement encore en parlant de l'Assemblée : c Sa li* « berté est une tyrannie , son savoir une f ignorance présomptueuse ^ son humanité » une brutalité sauvage , etc. , etc.. • Que ne dit-il pas 9 et comment le dit-il? Vous l'aurez , monsieur, ce fameux ouvrage, plein de profondeur, d'énergie et de logique ; la généreuse et incomparable dame à la tapisserie me l'a prêté; je vous l'enverrai.
L'affaire de l'abbé mort à Chambéry fait toujours grand bruit. On m'a dit aujourd'hui que M. de Jocigny , homme bien pensant et député du côté droit à l'Assemblée , venait d'arriver de Tnrin , et avait apporté au roi uu, paquet venant de cette cour. On présume qu'il contient l'instruction et les détails sur cet exécrable événement, dont on criait ces jours derniers la narration , sous le titre de Découverte d'un complot contre la famille royale,
h' Ami du Roif que vous désirez, est peu pro-
DU P£RK LENFANT. 'jZ
pre à instruire des nouvelles et des décrets ; c'est un ouvrage excellent ^ mais occupé à réfuter plutôt qu'à narrer. 11 a écrasé de raisons Rabaut y sur l'organisation de la garde nationale. haiGazetiede Paris évalue à six mille citoyens le nombre de ceux qui ont fui loin de Paris depuis le pillage de Tfaôtel de Castries , et elle ajoute que l'on fuit en ce moment plus que jamais. Je n'en suis pas étonné , d'après la frayeur que je vois répandue et les conjectures lugubres que j'entends. D'autre part on assure que les hôtels garnis se peuplent chaque jour d'Anglais. Outre qu'ils aiment Paris, on attribue leur arrivée à l'idée d'y voir arriver quelque événement. Ce serait bien le moment d'aller faire un tour à la campagne^ si la saison était plus belle, et je croirais assez prudent de s'y retirer « si la terreur est fondée. D'autres pensent que Paris est le lieu le plus sûr, et je l'observais encore avant-hier en revenant le soir chez moi de fort loin , et en traversant les Tuileries après six heures. Le matin , j'avais vu au Carrousel madame Elisabeth monter en carrosse pour pro-
^4 CORRESPONDANCE S£CRÉT£
fiter du beau soleil^ qui a a pas brillé loog^temps.
J'ai appris avec certitude l'établissement da nouveau club parmi tant d'autres , qu'on appelle le club monarchique* Déjà cinq cents personnes le composent , et il y a , dit-on , des étrangers. Un seigneur du côté gaucbe s'y est fait inscrire , et c'est de madame sa mère que je le tiens. On assure aussi qu'un assez grand nombre de fédérés restés à Paris veillent sur les jours du roi , qu'il y en a toujours dans les Tuileries, prêts à le défendre en cas de danger , et munis de pistolets dans leurs poches , à ce dessein. Tout cela doit vous donner une étrange idée de Tétat de Paris , où tout est chaque jour plus embrouillé et plus inconcevable.
Il y a dans l'Assemblée un nouveau comité, quon appelle central , auquel tous les autres doivent répondre , afin de mettre plus d'ordre, dans les matières et d'accélérer la marche.
L'ouvrage qui parait sous le nom de M.Montlosier est détestable ; je ne vous le procurerai pas. Ce député , ardent royaliste , aime tellement
DU PÈBE lENFANT. ^5
kroi) qui) propose, à ce que m'ont dit des personnes dignes de foi, de le faire pape, en lui iltriboanl,* comme à Henri VIII en Angleterre, lii]aalitédechefderEgUse. Peut-être l'ouvrage l'eit pas de celui dont il porte le oom ; en attendant qu'on le sache , cela fait le plus grand tort i M. de Montlosier.
Le paiement du clergé devient chaque jour plus iocertaïn , l'injustice de sa spoliation plus évidente , et l'obligation de ne point acheter MS biens , plus généralement reconnue par toatesles personnes qui ont de la religion, ou Kolement de la probité.
La Gazette de France tailla plusbrîllantedestripdon du couronnement de l'empereur conioe roi de Hongrie , dans ce royaume oii ligne la tranquilité. Pour l'y maintenir , on IH^tend que l'empereur ayant beaucoup de ses Iroupes en Flandre , l'impératrice de Kussie lui prête 60,000 hommes, qui veilleront à la pni de ses Etats; et ce service a un second motif d'intérêt propre, il empêchera l'esprit de tette insurrection régnante de gagnerde proche
en proche , ce qui met en garde tous les sou« verains.
L'évèque de Nevers étant monté en chaire ))Our ordonner des prières publiques , a été apostrophé comme aristocrate par un insolent membre du département ou district, qui Ta forcé de descendre de chaire. On dit que le peuple en a été indigné , qu'il s'est attroupé dans le jour, et qu'il voulait pendre le département.
On met la Provence au nombre des provin-* ces qui montrent le plus de mécontentement.
Je rentre chez moi , et après avoir lu Vjimi du Roi , j'ai l'idée de l'ouvrage de M. de Montlosier comme d'un excellent écrit sur les affai-r res présentes. Il faut ou que l'auteur de cette feuille n'ait pas lu encore l'article de la religion, ou que la personne qui l'avait jugé l'ait mal compris. Quant à la Gazette de Paris, elle glace le sang dans les veines ; elle rapporte un fait certain que je viens d'apprendre, c'est qu'au Palais-Royal on a trouvé plusieurs placards où étaient écrits : Vingi^cinq millions à
hV PERE LENFANT. 77
gagner. Le rapprochement avec la liste civile , tloot cette somme est le taux, présente des idéessi affreuses, et sur lesquelles Tauteur insiste a?ec une si noire énergie , que je me borne â TOUS marquer cette nouvelle , dont tout Paris €St cruellement occupé. Ce matin on criait dans un autre quartier la découverte d'un projet d'enlever le roi par la forêt de Compiègne , et de le conduire à Bruxelles. Un autre cri était celui-ci : Atrocité de$ jacobins contre le clergé et li noblesse. Ce soir, quand je suis entré aux Tuileries , une foule d'aboyeurs m'ont étourdi. J'ai distingué l'annonce du détail des malheurs arrivés aujourd'hui sur la place Dauphine , et fai su qu'une troupe de petits enfans , enrôlés dans le régiment de monseigneur le dauphin , faisant l'exercice , un cheval de charrette a pris le mors aux dents, s'est jeté sur eux , en a tué deux , et cassé les jambes à cinq autres : nous ïie vivons ici que de nouvelles d'évènemens funestes.
Le général Bender a été accueilli en Flandre parles plus vives acclamations : Vive notre gé-
j8 CORRESPONDANCE SECRÈTE
néral, vive notre libérateur, qui nous soustrait à des tyrans qui nous vexaient, nous pillaient, nous désolaient. Telle a été la fin prompte et pacifique des troubles du Brabant, où tout est dans le calme , à ce qu'on m'a confirmé.
M. le duc d'Orléans, à ce que l'on croit, ne partira pas ; cependant il y a encore un doute.
Il n'y en a pas sur les soixante mille hommes qu'on assure être sur les bords du Rhin, sans qu'on publie leur destination. L'impératrice de Russie n'est pas la seule qui ait oflert des troupes à l'empereur, le roi de Prusse en fait autant, et l'on dit ce prince fort aigri de la manière insultante dont on en a usé envers les têtes couronnées dans plus d'une occasion, notamment le 19 juin.
M. Chatroud, le fameux blanchisseur, est nommé juge; M. Pétbion a refusé; il le sera à Chartres sa patrie.
Cette nuit il a fallu arracher de l'église Saint- Euslache les armoiries de M. le duc de Pcnthièvre, et dernièrement on demanda dans la salle des Variétés qu'on fît disparaître celles du duc d'Orléans.
On court à une pièce nouyelle intitulée Bfieodème dans la lune y ou les Effets de la réToIution. On dit qu'elle est charmante ; on l'attribue en partie à M. de Rirarol, dont le talent d'écrivain est fort connu.
Des lettres des pays étrangers annoncent la multitude des Français qui s y sont réunis ou réfugiés. Aix-la-Chapelle en regorge ainsi que Turin. Dans cette dernière ville est M. de Maillebois, M. le vicomte de Mirabeau, etc., etc.
L'Assemblée nationale a l'air de protéger le régiment de Château-Vieux, en faveur duquel elle veut, dit-on, écrire aux Cantons suisses. Cela est dans l'ordre du jour.
Il passe pour assez constant que les fédérés qui sont restés à Paris sont au nombre de deux mille. On les dit chargés par leurs provinces de veiller à la garde du roî , dont journellement ils vont prendre l'ordre.
On cite avec une grande vénération la conduite des évêques de Soissons, de Lisieux, d'Amiens, de Nantes, etc. ,'et l'on est en général fort édifié de la conduite du clergé. Les
gazettes ont publié ladhésion courageuse de soixante membres du tiers-état à la profession de foi de M. le marquis de Laquenille. Ils déclarent, à son exemple, leur inviolable attachement à la religion catholique romaine et leur respect pour la noblesse.
Le bruit du mécontentement des provinces devient plus fort chaque jour. Il y a eu des lieux où le peuple a forcé les chanoines à revenir faire l'office dans 1 église d'où la municipalité les avait chassés. Il y a des villes qui ont chassé à leur tour les municipalités du nouveau régime et qui ont rétabli les choses sur l'ancien pied ; en un mot, à écouter et à rapprocher tout qui se dit et se fait, on ne peut ni exprimer, ni se former une idée juste de la confusion dans laquelle gémit tout le royaume.
J ai trouvé chez le portier, en rentrant , un billet d'imposition qui m'est adressé, et dont le total se monte à soixante-neuf livres et plus. Quelqu'un m'a dit qu'il fallait le laisser dormir et ne pas y répondre ; qu'il avait déjà reçu pour
DU PÈRE LENFANT. 8l
sa part six aFertissenieos, Je suivrai ce conseil; d ailleurs ma réponse est nette , courte et facile: comment puis-je Être obligé à payer^ quand on s empare de tout mon revenu? Un ecclésiastique de mes amis m'affirmait aujourd'hui qu'on lui avait dit au comité ecclésiastique, que, sur les mille livres et la moitié du surplus que l'Assemblée a laissées, on retiendrait encore et le don patriotique, et la taxe personnelle. Le reste sera payé en papier; jugez de la position. J'ai entendu aussi aujourd'hui même un homme de qualité auquel un homme honnête et de bonne foi a dit clairement ( par manière d'improbation): «Si un homme du peuple formait la même demande au département dont je suis, il serait écouté et traité favorablement; mais nous sommes durs pour les nobles et les prêtres, t C'est, comme vous le voyez depuis long-temps, monsieur, le système du jour.
J'ai oublié, parmi les nouvelles politiques, le refus que fait l'Espagne de reconnaître le changement du pavillon français.
82 CORBESPONDANCE SECRETE
1» Dérembre 1790.
Toutes réflexions faites 5 madame , après avoir reçu la lettre qui fut envoyée hier à monsieur votre mari, et en avoir rectifié l'adresse pour la mettre à la poste , j'ai craint que ce barbouillage ne la fît égarer. Le contreseing du Trésor public, qui n'est plus royal, m'a fait penser qu'il était important de ne pas la perdre. En conséquence , j'ai mieux aimé que vous eussiez le port à payer ^ et je vous la fais parvenir avec celle-ci, dont je vous prie de m'accuser réception.
D'après un nombre de graves autorités et de plusieurs lettres de Lyon , je puis vous garantir l'anecdote suivante : les comédiens de ladite ville annoncèrent la tragédie de Bruîus, pièce dans laquelle sont plusieurs vers analogues au temps présent. Le parterre s'écria ; « Point de Brutus, » Comme la pièce était affichée
dans la ville , on se prépara à la donner le jour indiqué pour la représentation. Au moment où on leva la toile, le public répéta ces mots: «Point de Brutus, point de Bru tus. • Alors les comédiens dirent qu'ils n'étaient pas prêts pour une autre tragédie. « Eh bien , répliqua le parterre , nous nous passerons de tragédie ; voyez ce que vous pouvez nous donner » Il fut répondu par les comédiens que tout ce qu'ils pourraient faire , ce serait de jouer Richard Cœur-^e^Lion. Aussitôt les bravo firent retentir la salle, et lorsqu'on fut à ces paroles touchantes: 0 mon roi! l'univers t'abandonne, il n'est que moi, etc., etc., l'enthousiasme saisit l'assemblée. Chacun sortit en tumulte de sa place ^ monta sur le théâtre , embrassa l'acteur , et se joignit à lui en disant : t Et moi aussi, et moi aussi, » etc. Le fait parait sûr, et fait sensation. Avanthier, à peu près même aventure à l'Opéra de Paris. On représentait Iphigénie en Aulide. Dans cette pièce il y a un chant où sont ces mots : Chantons, célébrons notre reine. Les applaadissemens les plus vifs et les plus redoublés
se firent entendre. Quelqu'un voulait substituer le mot de nation à celui de reine; au même instant les sifflets partirent de toutes parts en telle abondance^ qu'ils coupèrent le sifflet à la nation^ qui depuis ce moment ne dit phis mot : la chose est sûre.
Le club monarchiq^ie a pris pour devise : Libres et fidèles. Il y a aussi un club de fédérés et d'étrangers qui^ à ce que Ion dit , n'est pas fort du goût du club des Jacobins^ mais qui cependant se soutient par le bienfait de la liberté*
Quelques personnes pensent que l'Assemblée nationale n'admettra pas la députaiion du Gévaudan; d'autres pensent le conti*aii^e; quoi qu'il en soit 9 cette députation est réelle : un des ob* jets de la demande est que l'Assemblée nationale soit dans une ville éloignée de quarante lieued de Paris ; elle insiste principalement sur ta poursuite des crimes des 5 et 6 octobre.
M. Mattet du Pan continue à travailler au Mercure; on dit que celui d'hier est excellent. Il déclare que , étant calviniste , il ne peut pas
DU P£R£ L£NFANT. 85
eolrerdansla diseussron des principes du clergé; mais il ne saurait approuver des décrets qui le mettent entre le parjure et l'échafaud ; ce sont ses termes. L'Ami du Roi est très fort sur ces objets ; mais, comme la Gazeitfi de Parié , il ne renferme très souvent que des dissertations pleines de raison et d'énergie.
La dame qui m'avait parlé de l'ouvrage de M. deMontiosier s'est trompée: j'ai voulu lire Tarticle^qui n'est point du tout l'attribution de la suprématie au roi en fait de religion , il veut seulenienl qu'il puisse en rassembler les ministres pour décider et régler ce qui tient au dogme et à la discipline ; la théologie et la toilette sont deux choses dans lesquelles il est difficile d'être également versé.
L^ clergé du royaume, en général, se montre à merveille ; les curés du diocèse de Quimper, à l'exception d'un seul » ont déclaré qu'ils ne reconnaîtraient point le nouvel évèque s'il n'a pas une institution canonique. J'ai été souvent cmu jusqu'aux larmes , et encore ce matin , des diverses protestations des chapitres de pro»
vince ; ceux de Sens et de Troyes se soal comportés de la manière la plus édifiante.
On installa avant-hier le nouveau tribunal provisoire ^ composé de dix nouveaux juges , parmi les trente, pour juger les criminels ; celte installation fut , dit-on , accompagnée de quelques malédictions contre les anciennes robes rouges , avec des défis de les voir revenir : bavardage et frénésie momentanée, qui peut-être sont payés, et qui ne signifient rien.
Il nous arrive de Flandre des patriotes sans fin , qui, du Brabant, viennent se réfugier en France ; en échange , nombre d'honnêtes gens de France se félicitent d'être à présent à même de se réfugier dans le Brabant. Le troc ne nous est pas avantageux ; mais comme la peur règne en ce moment plus que jamais , on ne parle que de voyage et de fuite ; aussi je ne rétracte rien de ce que j*ai eu Fhonneur de marquer dans ma dernière à monsieur votre mari touchant notre situation actuelle dans la capitale.
Quelqu'un me dit hier que le peuple avait refusé de l'argent qui lui fut offert il y a deux
jours au Palais*Royal , pour insulter les ecclésiastiques ; le moment était favorable : j'en connais un qui n'a pas discontinué ses courses dans Parts le jour et le soir , et auquel on n a jamais dit un mot.
On prétend que la permission donnée par U. Bailly d'ouvrir les théâtres les jours de fête de la Vierge, contre 1 usage, a déplu au peuple, et a fait tort au maire, qui n'est pas à beaucoup près au gré de tout le monde ; il y a ici un mélange de bien et de mal qu'on ne se figure pas aisément.
Burke plaira plus aux personnes sérieuses qu'à celles qui voudraient à chaque ligne des saillies capables d'amuser leur vivacité ; l'on y trouve plus d'une fois des raisonnemens d'homme d'Etat, qui fatiguent Fesprit en même temps qu'ils le nourrissent; mais on est amplement dédommagé par des morceaux d'une éloquence forte de choses et d'expression.
Ces jours derniers l'Assemblée nationale s'est occupée du mode de restitution à faire aux protestans , conformément ati décret qui les
fait rentrer dans tons leurs biens, et, à cette 007 casion, Louis XIY a été traité de la manière ^ plus insultante. Mais on n'est plus étonné de rien , on ne le sera pas même si la semaine prochaine il est décrété que la religion catholique n'est pas plus la religion dominaate det l'Etat que la protestante ; il y a des gens qui s'y attendent
On travaille en ce moment sur les monnaies; on a rejeté |a n^otion de la changer pour la rendre constitutionnelle , en mettant sur leis louis et les écus : lioi des Français, au Ueu de Roi de France. L'attention des législateurs s'étend à tout.
J'entends crier actuellement sous mes fenftr très, :. i * la crainte des frontières touchant les troupes autrichiennes ; â* l'ordre de désarmer les patriotes brabançons qui sont réunis en foule dans la Flandre française ; 5° le discours de M. Mirabeau , je crois, sur les monnaies. Le co^ntraîte de^ biens, enlevés au clergé et des biens rendus aux protestans , fait impresr sien sur bi:,n des gens; la municipalité de
DU PÈRE LEMFANT. Hq
Doaai^qui a rëclamé le tiers des biens ecclésiastiques comme étant le patrimoine des pauvres, fient d'être blâmée par TAssemblée pour n'avoir pas agi constitutionnellement.
L'anéantissement des pix>cédures de l'affaire de Nancy a excité de grands débats ^^lus l'Assemblée. M. de Cazaiès a parlé à ravir , et a montré combien il était inconséquent et despotique que l'Assemblée anéantit des procédures qu'elle-même avait ordonnées, et qu'un régiment licencié pour mauvaise conduite eût trois mois de paie, vu que pareille gratification serait à peine accordée à des troupes qui auraient bien servi et qui ne seraient réformées que par nécessité ; en parlant du brave Desilles, U. Caaialès a dit qu'il avait honoré l'ordre dans kquel il était né : sur quoi le sieur Barnave a demandé que M. de Cazalèsayant violé lesdécrets qui ont détruit la noblesse, fût rappelé à l'ordre, ce qui a été fait ; M. de Cazalës a repris sans • émouvoir que sûrement M. Desîlles était né avant le 19 juin de celte année, et qu'alors la Noblesse formait un ordre ; qu'il n'avait donc
go CORRESPONDANCE SECRETE.
rien dit que de juste et de vrai. J'ai entendu \ ce propos un députe de la noblesse , homm* raisonnable, honnête et modéré» qui a parié d laudace du sieur Barnave comme tout le mond en pense , et qui ne lui accorde pas le talen que son parti préconise; ce jeune homme , fil d'un procureur de Grenoble et protestant , a' rien en lui qui justifie l'influence dont il ne joui que trop.
A Bordeaux^ ville où il y a une nombreuse populace et qui singe Paris y on a brûlé l'effîgû du duc dé Castries , pour s'être battu avei M. Charles Lameth , qu'un enragé appela der nièrement , dans une maison où je vais l'homme du peuple ; on a plus fait , un anciei colonel a été député de Bordeaux pour cherche] M. Lameth et le complimenter sur ce qu'il avai eu le courage de se mesurer avec le duc d< Castries; mais comme ce dernier passe poui moins habile dans l'art de l'escrime que son ad versaire , on regarde cette députation comm< une plaisanterie , et Ion dit que Charles Lamètti lui-même a l'air d en juger ainsi. Du reste on
^accorde à dire que cedit Charles ne manque pas de courage^ c'esl le langage même de gens qui ne l'aiment pas et qui sont bien éloignés de penser comme lui : je le plains de faire de la bravoure un usage que Dieu a réprouvé , et de montrer aux hommes sensés une conduite qu'ils détestent.
Il y a eu dans le régiment Royal-Champagne , cavalerie , une insubordination caractérisée de la part d'un maréchal-des-logîs et de quarante cavaliers. L'Assemblée a protégé ouvertement les révoltés , a déclaré nul leur renvoi , leur a assigné des places dans la maréchaussée, etc. : Idem manens , idem semper facit idem.
Un député de Paris à l'Assemblée a offert la preuve du dépeuplement de cette capitale , en affirmant que, compte fait , il y avait dix mille maisons vacantes et trente-deux mille appartemens ; on criait ce matin dans les rues une forme d'impôt sur les loyers , les mobiliers , les boutiques ; déjà il a été dit que cette nouvelle ne réjouissait pas le peuple ; on lui a fait espérer un soulagement ; il a porté ses espérances
plu3 loin , comptant qu'il paierait, ou peu , ou rien 5 d'où il est aisé de voir combien lui dér plaira une augmentation.
J'ai oublié )e nom de l'endroit où les femmes du peuple , très offusquées de voir les traitemens faits au clergé en général , et en particulier aux chapitres, ont forcé à rouvrir les portes de l'église, et s'y sont établies , formant ellesmêmes un corps-de-garde pour empêcher qu'on ne la ferme. Siècle curieux qiie celui où nous vivons, qui apprêterait à rire, si, par une impulsion bien plus forte , il ne forçait à gémir. Les trente juges sont enfin élus; M. leprésîr dent de Rosambeau est du nombre , mais il faudra qu'il prononce de loin, car il est en Suisse,
aussi est-on fort en doute sur son acceptation. Le petit Journal général de la cour et de la ville fait toujours fortune à Paris , parce qu'il amuse : il serait à désirer que l'auteur fît quelques retranchemens. Il a dit plaisamment, en parlant de M. l'avocat Camus, ennemi du clergé, auquel, dit-on, il doit sa fortune , qu'il bat toujours sa nourrice. Il y a de Icraps h autre
DU PÈRE LENFANT. g5
de très fines et de très spirituelles bagatelles.
Un commerçant écrivait ces jours derniers à son correspondant qu'il partait incessamment pour une foire à laquelle il l'invitait , vu l'abondance des marchandises , mais qu'il n'avait pas de temps à perdre. D'après cela , il parait que le commerce n'est pas totalement interrompu avec les pays étrangers ; mais ce qu'il faut observer, c'est que les étrangers ne veulent que du numéraire , et point d'assignats.
Parmi les religieuses sorties de leus couvens^ quelques unes sont déjà rentrées; ce sont ap-* paremment des colombes qui y k la vue de la fange dont la terre est couverte , ont voulu se réfugier dans l'arche d'où elles s'étaient échappées. J'en sai&une de l'Ave-Maria dont la faute passagère produit un accroissement de ferveur qui la répare.
L'archevêque de Sens a organisé son église , et a fait faire le service divin : quel exemple ! il ne sera pas fort suivi.
La Gazette de Paris annonce la dénonciation des chanoines d'Autnn , et l'Ami du Roi
g4 CORRESPONDANCE SECRÂTE
nomme M. Tabbé Verdolin comihe s'ëtant opposé à la vente des biens nationaux. M. Camus a demandé, en les dénonçant, qu'ils fussent poursuivis comme perturbateurs du repos public^ et le décret a été rendu en conséquence. UAmi du Roi respecte et comble de justes éloges la pieuse et inébranlable fermeté du clergé de France persécuté ; il a plus de quatrevingt-quatre actes d'adhésion à la doctrine des évêques.
DU PÈRE LENFAMT. g5
Le 16 Décembre i7^«
La terreur se répand dans Paris, et à un tel point, qu'on fuitdëjà, et qu'aujourd'hui même il y a des émigrations. Cet e£froi est général ; les femmes louent des chambres dans les couvens de filles ; c'est une horrible désolation : d'où cela peut-il venir ? Je conjecture qu'en voici la source : 1° l'on annonce que cent mille hommes sont en marche du côté du Rhin; a* qu il y a de grands mouvemens du côté de l'Espagne ; û"" qu'il y a des troupes aussi du roi de Sardaigne, etc. Que ne dit-on pas! les Suisses 9 le camp de Sales, mais surtout quatre- ▼iûgt mille hommes de l'empereur , voilà, monsieur, les fagots dont on propage l'idée. Outre cela , on assure que la garnison de Metz , la
garde nationale, la magistrature de cette même ^le, etc., sont ouvertement déclarées pour le ^rône; qu'il y a à Perpignan un club arislocra-
g6 CORRESPONDANCE SECRETE
tique qui , ayant été attaqué par un faubourg, s'est défendu 9 et que de part et d'autre cent vingt hommes environ ont été blessés ; on ajoute qu'à Cahors il y a eu des bruits de ce genre. Tout cela 9 monsieur^ alat*me très vivement les imaginations 9 vu surtout (|u'on dit assez publiquement qu'un nombre considérable de gens mal intentionnés sont résolus d'égorger le clergé et la noblesse à l'instant où des troupes étrangères mettront le pied dans le royaume. D'autre part , on garantit comme sûr que MM- de l'Assemblée nationale sont eux-mêmes dans la plus grande inquiétude , et qu'ils se regardent comn^e au bout de leur peloton ^ c'est le mot dont on se sert, et on l'affirme. Jugez de l'état de la capitale 9 dans laquelle j'ai entendu crier hier : Découverte d'une grande conspiration à Lyon. Cette ville devient de jour en jour plus suspecte d'aristocratie. Je vous rends ce qu'on dit. On raconte de Metz que les troupes et leurs consorts avaient sous leur habit un ruban blancj et que le mot de ralliement était celui-«i : iV'ai>ez-voui rien sur le caur ? (]eux qui n'étaient
DU PÈHE LENFANT. 97
pas de la fédération n'y entendaient rien , et les autres se déclaraient M. de Bouille a voulu rétablir tordre , il a paru y réussir pendant un ou deux jours , mais on est revenu au premier système , et la fédération subsiste : c'est là|surtout ce qui alarme fort MM. de l'Assemblée.
MM. de Rosambeau , Hérault de Séchelles ^ et Dionis du Séjour, ont refusé la place de juge : le nouveau tribunal provisoire des dix qui doivent juger les criminels a été hué par le peuple, et ces messieurs, à ce qu'on prétend, faisaient assez mince contenance.
L'hôtel du duc de Gastries est en vente , nom meublé , a dit un plaisant.
Dimanche dernier il y eut à l'Opéra un tapage
affreux ; les opposans aux louanges de la reine
sont venus en nombre, et les premiers ; ils ont
exigé que Tacteur qui deux fois avait chanté :
Cilébrons notre reine , en disant qu'il n'y avait
aucun bon Français qui n'aimât le roi et la
reine, et qui en conséquence avait été couronné
de lauriers , demandât pardon à genoux. Il Ta
refusé ; on l'a forcé alors d'aller chercher ia I. 9
oMirQAli^ «I à la fooler tuit plédsi Cet ^LôiétU^; M désespoir ^ aiàsi ^é toa^ et toûteé ^è 6à^ mara^ii ^ a cédé à la Usrce. If a mifll légèrethëlff i^à pkd sor ladite cotirofkâe^ Alors Iti spettM'^ teurs ^*ii» eertaih fkirti Mût venus h (rditièti la d(écbtrer f la hihet ^ avec titie indéceâCé èi une ftweUi^ dopt on a éti révdllé ^ d'éCâit !a revaacbe ^pe tcmiaît et qu'avait àùnohcé fe ^lafréi' susdit*
A {Mrapd» de colirôniie , ii y st dans të ^ëlîl joiirdal un Inot ingénieux : il dit qu'^cf avUtt vu enlever à des rois leur coaronhe , îïï^Ié qà'ofifir n'avait paa cfocetfe vq b parftlêr sW leur tëtt.
On ma remis pour V(yo5 un itnpfiiïié dé niât pages , ifttilulé : Bureau pour là U^aidatlôH ie$ offiCeê ci deiUè dê$ compagnien^ dés caAtiàii^ nifMM, penêùme^ recouvfémenê de eridntëi dnée par l*Ekii ou par i' arriéré des dèparietMMik: it ne l'envoie psA i votre adresse , parte tfaè'
j's^ oui-dire que l'Jkssemblé^ ûationaM tottlMC'
rénveyer cette liquidation ati pôuvôitr eitéciitîfy et) {farce que plusieu^rs peiisienf qu'il e^ imfyo^ siUe qde VàssevD&Aie iïatk>naf« se tire de la tàn^ *
(1ère dé Viihpàt, b& Vtin s^Bt^e 5 tf!i« ^'éllé {>erd Isl tête et Qu'elle n'ëiitéiid UkA.
ba à ktlé hier la siip^i-é^âibii ^és pi-bèof éttèiî et huissiers de provltibè ; eeni éè Paris â^âttéil^ defat dtt iHèmé èoH , et Vôiis ihià^hetèi alsé^ âèùt i[|t]el Thëcbntëdtèmëdt cela prodtltk II fd^st pâha bieri foh. C'est une mesbrë ^nérâté <fi)l est le dëi-dier résultât de^ opl^râtibHs ptl^-^ élites.
téé blèris dli cichgë , ijudi ^li^bh disënî léï fblliculitii-eé , tie se yetideht ^è§ âtséthèltït , ^ il y à sUi* cet bb)ët bièfa de là r^^istàticë dâits plusieurs provinces* Qdélt[tî'uii ilîe disait hier ^a'tih de sé^ àthis qui à ùtie térfé â tëiidfè; et ^ll'll tëùt Tebdre cher , ëtâit dccàblé Ab nôlii^
Urè d'àè^ilérëùM ^ùi se prësedtaièùt , ëi qàl pt^fléhiielit cette ite^titsUibn k Celle clëi Biéitl pl^tèiiâas nâtiotiàut.
Il f eût ayànè-hier utfe dé|>ùtàiiûb dfij éb^f^J dëk ëléëtëtifs k l'As8eldt>léé tiàUbiiàiè : \*à^S^ était flë làfaçbdttéM. Gërfitti, èi tût piàûàiièkh par le iâeih' L^rivë , comédien et cUojën aètit. Elle était en temé ^mpéni, e\ félibi^l llfr;
semblée d'avoir formé tin régime cligne de servir de modèle à Tuoivers. Vous observerez que Tunivers fait pendre ceux qui vont le lui proposer : quel aveuglement! On m'a dit qu'après avoir accablé d'éloges emphatiquesMM. de l'Assemblée , on leur disait qu'ils avaient rappelé l'église aux premiers siècles ( c'était celui ou plutôt ceux des persécutions ) et qu'on les invitait à presser la sanction des derniers décrets sur le clergé ; mais M. Larive a déclaré nettement qu'il ne prononcerait pas cet article, et il l'a effacé. Le discours a été violemment applaudi à quatre reprises , cela devait être.
. Les détails de vos cantons renfermés dans votre lettre me prouvent que vous avez besoia de patience ; demandez-la à Dieu , et espérez que cette vertu sera récompensée dès ce monde par une position moins désagréable. S'il arrivait que je me retirasse à la campagne , je serais charmé de vivre avec vous. Il y a cependant dans votre village des choses qui m'en dégoûtent. Je n'aime pas les. tracasseries, et votre juge de Igiaix nç m'inspire aucune coafiance.
DU PKRË LËMFAiNT. lOl
Je VOUS crois bien persuadé d'uue vérité que vous n'avez que trop éprouvée lorsque vous avex eu à traiter avec les pbilosophistes. Je n'ai cessé (le vous en peindre les dangers pour l'une et l'antre vie. En- ce moment la Providence rend bien palpable la contagion et le ravage de leurs principes. Tenons-nous fortement à ceux de la* religion j Dieu nous montre ce qu'il en coûte de les perdre.
Malgré les frayeurs dont je me vois environné, je ne pense encore à aucun voyage, et il est* probable que je resterai , à moins qu'il n'y aitun péril évident. Si j'étais à portée d'un pays' étranger , je pourrais y aller ; mais à rester en France, Paris , suivant bien des gens , est au* moins aussi sûr et peut-être plus que les provinces ; d'ailleurs est-»il si bien décidé que les maux qu'on redoute se réaliseront ? Il y a sansdoute lieu de les craindre , mais en prenant ' des précautions , il sera peut-être possible de les éviter. Quel temps ! quelle situation ! que ' d'horreurs !
On croit que Mets a demandé du secours à
104 CoRRSfPO^DANGE 6pct«TE
Lus^embourg en cas d's)ttaqu^« On dit tous les r«gÎBiâii« do Ff Apoe , ^ r^xceptioa do qqatro f éuk$ un opdro porffiit> ot la KgrmaodiOf )o veux dire mémo los paysans, fort m^ooptento du nigicpo aotool i j*ai vu la lottro d un hommo de f uaUté qui lo marque. La ville de Tours est dêQi li mémo âiçon do penser , ainsi qu-ua gmnd nombro dos babitans de Paris.
Le club des fédérés de provinoe S*0#t dis*
sous do lui-m^mo i mais les ii^dividus ffMtont dons la capît*lo ot daos los mémos intoutîoni- Ils ont fioulomont voulu ne pas £siro Qi^r^o.
L'osois dos vîcos fait i^cloro dof prodigps de Nnsrtu. Une damo^qui > à eoup sûr» doit ôtM en tans Stw ttpo graiide damo ^ touokéo vivemoBt dti m9(^% du oleffg^» menacé do moujrif do feim, ^ êé»\%vé foiiloir so priver do tout co qui ne lui eji p^is ybsQlumoptnéqossftire» pour que trente* un cillas ot tfoise vifiiivos qui sont dans smi voî^npgo 00 msoqui^seqt do rioo. Cet osomple n'est pas le seul , et il y a une autre damo do votre oou^issaiioo |NrMe à vendre ses meubles
DU PÂM lENFANT. 105
m>il le &Qt pour secourir les religieuses et les religieux dignes de ce nom.
La municipalité de Paris est déjà dans un f[rand embarras relativement aux pauvlres. Mil. les curés de cette ville ont répondu au xnaire qui s-iadressait à eux , qu'en faisant de leur piieust ils ne pouvaient plus rien en ce moment où ils sont dépouillés de tout. On ne connaît pas le désordre universel qui résulte de l'opération présente > c'est plus que le chaos , c'est vraiment la boite de Pandore, car il nest aucun genre de maux qui n'en soit sorti.
Les étrangers continuent d'arriver en abondance f et sans eux à peine verrait-on rouler . des carrosses ; chacun explique à sa manière cette multitude qui débarque : protestantisme^ curiosité , bonnes intentions , amour de la France , telles sont les causes qu'on imagine. La Gazêîîê de Paris et rjmi du Roi soicil touioun exc^ellens, maispeu féconds en décrets* le pqrsiste en faveur du Journal générât df tfûf^cê pour la province ; il coûte 53 liv.;
Iq4 correspondance SKCRÉTE
et Ton peut s'abonner pour six mois, non pour trois.
Je rentre à Tinstaur : tout ce que je vous ai marque de Metz se coufirme ! Une personne m'a dit avoir vu une lettre d'un ofGcier à son camarade qui est à Paris , les détails sont à peu près les mêmes ; il y a de plus , que quatre officiers ont été tués par des bourgeois. Parmi ces derniers, plusieurs pensent comme la garnison et se sont enrôlés. L'officier ajoute qu'ils sont sans cesse sur pied , et qu'au moment qu'il écrit on bat la générale.
Les bruits sur les troupes éti*angères sont fort' répandus , et je n'ai rien à changer à ma narration. Le temps nous instruira , mais la terreur est] grande, et l'on peut dire universelle. L'Assemblée nationale a fait dire au ministère de la guerre de ne pas lui envoyer la lettre ministérielle qui contient l'affaire de Metz, pour éviter la publicité et l'effroi , mais de l'adresser simplement au comité , il est sûr que le roi est instruit de cette affaire ; il est sûr aussi qu'il a djt espérer que les honiiêtes gens n'iraient point
DL PÈriE LENFÀNT. lo5
à l'Opéra vendredi prochain, jour où 1 on donne Iphigéoie.
Il n'est personne qui ne plaigne la reine en la vovaril ainsi traitée.
H est très sûr que le duc d'Orléans a donné son bilan de quarante-deux millions. Le mari de la femme qui me la dit , la vu et lu.
On dit les provinces fort mécontentes de Paris.
Où varie sur la suppression des procureurs, ^ on dit seulement projetée ; d^autres prétendent que ce n'est qu'une réforme. Ceux de Paris ne sont pas exceptés. On s'accorde aussi à croire très inquiète l'Assemblée nationale.
Le cardinal de Rohan a donné une belle et forte protestation contre la constitution civile du clergé.
100 C0RR{$P01CD4NCS SHCfUBTÏ
1^ Moiirf)» if9o.
]^a capitale s $i fjécpode ^n hvf^fhm^^ » pp anecdo(9s f% ^p petiM déUfla, ne l'^»i pa$^ beaucoup prè$ aut^t efi Aoi^veUes Fraiment intéressantes. Je cherche à amuser votre iQfâr et à c|)anf}er les eiu)N4$ de yptre r^jLfaitei en voi^s f^îs^ift p«ft 4e p(^ gijî $(5 ^t ; ïp^lljeqfewr «f^mpnt je p'^ pa^ de$ ^é^s |)ieo di^erMi^s^tc^ » yqu3 çpiDiupDiqppr ^ et j> cr^oif w^me ^ )mdame , de Yops ffûre ptif^ger |e^ ^lîumeç dp j^fifU • ep ypv^ )ps apprf^^^^Pt. h lie S9Û9 plus
qui n'annonce, au simple coup-dœil| que ^ crainte des prochains dangers. Mercredi, 1 5 de ce mois , soixante-quinze berlines sortirent de Paris ; joignez cela aux bruits répandus de larrivée future des troupes étrangères f . à la mul** titude des divers endroits où Ton dit que règne une grande fermentation , à la prière faite au