DU ?£IB LEHFANT. IO
foi, par l'ÀsMinblëe nationale, d'ordonner aux arsenaux du royaume de fournir cinquante «iiifi fu^is pour armer les gardes nationales » à la aouiello découverte qu'on crie k tue*tète , àme conspiration à Lyon.
witamtmÊmmmÊÊmmmmÊirmiÊmt^
2^ Décçiiluv 1730*
Je crois que l'espërance d une prochaine li« quiditioQ des ofiicei n'est pas solidement ap« imy^fi* i^ n'ai rien de certain âur la disppsition QH I Ofi ^st à cet égard » mais hier encore j'en-* tendis quelqu^uQ qui p'augure pas un si prompt ceQtM)lirseiiieat« Le mauvais état des finances j^yt {lux dip»M9Sk do 1 ?9 1 f donne de la prp-
U dm d'Qr|éafi# e4t toujours nitejren actif ^ «uotipui k ifi trouver à l'issemblée natio«
nale. Vous avez appris que, loindelea bannir.
i08 CORR£SPONDAJNC£ SECRETE
on lui a assigûé un million pendant vingt ans pour payer ses dettes.
L état des choses à Paris est toujours le même , toujours de grandes frayeurs sans pouvoir en fixer uoltement la cause. On craint des l'vènemens, et Ton est porté à croire qu'ils ne se feront pas attendre ; mais on n'articule rien de positif qu'on puisse affirmer. Des conjectures ^ des rapprochemens de faits , une excessive désertion de la capitale , voilà les bases sur lesquelles tout porte , et comme je ne m'en tiens pas à des on dit , je ne m'occupe point aussi à deviner.
Je plains bien sincèrement ceux qui ont eu la coupable faiblesse de prêter le serment. Si vous êtes curieuse de voir ce qu'on en pense et ce qu'il faut en penser y priez M. le curé de Bourbonne de vous prêter le Journal ecclésiastique de ce mois de décembre qui a dû lui être remislundi dernier. Le roi , quoique très pressé jeudi dernier de sanctionner le fameux décret qui ordonne cet horrible serment , ne Ta point sanctionné.
DU PARE LENFANT. lOQ
On dirait aujourd'hui que l'Assemblée natio-nale prendrait , après-demain lundi , une determination, soit que le roi voulût ou ne voulut pas se conduire selon ses vues.
M. de Mirabeau n'est pas parti , et Ton dit qu'il ne partira pas. On ne sait comment expliquer cette manœuvre , qui a l'air d'une rose.
Outre les dix-sept châteaux brûlés dans le Qoercy et le Périgord , on compte quarantedeux maisons traitées de môme. Une dame dont le nom m échappe ^ avait trois châteaux et uae maison en ville , tout a été incendié : elle n'a pas où se retirer. Les insurrections se soDt glissées jusque chez les Savoyards , auxquels le vertueux abbé de Fénelon a toujours consacré son temps pour les instruire et son argent pour les soulager. On leur a dit que le catéchisme» la confession, étaient'chose inutile; que le respectable abbé était un fanatique» que bientôt ceux qu'autrefois ils décrottaient , les décrotteraient eux-mêmes » et ce discours en a séduit plusieurs » grâce à leur âge ( ils ont de
detifee à tf^ife ads}^ à iear i^norâneë^ e( à i'^s^ pdit dbtot on les amase.
Jusqti'à présent mon projet n'efti pêà Ûë quitter Paris, malgré les bruits effrtf j'âtis ({tl'dti y fait Circuler; C'est ea eonséqfaeâbë èe èes terreurs que cette nuit toute la ville était illil^ nEiinée pôut éviter les surprises , et qtlë 1^ églises étaient remplies de gardes nationaltki
Un ^êti*é de Totfë colinaissàticë et Vdfi'c voisin rbiver dernier , à dit seè téols iilëSlkëJl entre <leux baiodnettes. Une tille assiégée ilè prendrait pas de plus grandes p^âdâdllob^:
Lfe roi h élé très mécontent du ffâUrUât dh Parié j <iui a osé dire, comme là OuÈètïé fôûn Tapprendlra , qu'il avait voulu aliei* k L^dn §« mettre à la tètè dè£i révoltes ; outre qu'il n«f FS pas voulu , là reine ^ à-4-i-il dit en sa prédëfièè ; l'en aurait détoui'né.
Le jour que le roi alla se pWthéûëf f t*ëÈb^ à*dir^ le ^û dé ce ihôh i il aHa M ftdbëill^ Saiiit-Marioeau > où II fut très bien tei}iï , ei (^ il se moat^h de manière à plaire aux babitafitf^
JNoB seutenitfiit oo ne veut pltiè l^eibiè de
fMç& ëhnii Ui pâji étrangers, inils on force dèùi ^di f 8oki ai réntoyer leurs domestiques. OH ^leûi âé iiè ëïre que M. fe inaréchaï ae CSI^eà iiiiieii oblige Aé /aire partir les siens.
Oii dit y inai^ fa iiôuyeïfë est fort cféinentie, <}àij st. té cointe d*'Ar(diÀ et M. lé prince de Cddâ^ sont nialénseiiiiliie ; on ajoute înéiiie que A. fe prince de Conae est mal avec le roi ae Saraaf^në ; j^ai pèiâé a croire c[ué cefa solit, sans Hié sûr'i^ris qu'on fê oi^e.
iiÔDs soînines clans f'a(tente de ce qui r^suftéfa ih ^ééi&i du serment. A moiùrs que &ieu de É'sibàûdôânè , ) espère qu'on ne m^ Tarraclierl pà. Hi besoin de sa gdté , je U fui dieËâiide , et fa corde me Répugne nioini que
V^ptis fà lecture que )è viens dé faire dans ie Journal des DibatSfde l'avis du furieux M. CânWi et (te <|ùëf (^iVés auprès , tendant À forcer lé ki k skùkiiôiïkéi le dédrét du sèrmenï ^ sans ^pfai k fà répoAse' dû pâpé , je ne fois rien ^ #)i fé tièij^ ûé dbivé s attendre, h^rréligion, i^^iUiemtëMûïiédàe, de$és<&)îts;
un CORRESPONDANCE SECRiTE
de ses règles, de ses décisions, ne pouvanl aller plus loin ou Être exprimé plus clairement Voici la renaissance des persécutions. Dieu veuille qu'avec les temps de la primitive Eglise revive aussi le courage des premiers chrétiens! Du reste, la fuite, qui peut-être serait prudente, n'est pas facile. Ce n'est pas seulement Paris, c'est la France qu'il faudrait quitter. Or, l'ac* ces en pays étranger est difGcile ! on perd tout si l'on y va. Il faut se préparer à souffrir, et s'armer de la force de Dieu. Les militaires vont à Tennemi par honneur , ne craignons pas de nous exposer à ceux de la foi , par conscience. J'ai toujours jugé le mal bien grand, mais j'avoue que je suis frappé de son excès. II parait que le grand nombre des évèques et que les curés de Paris se montreront dignes de leur ministère.
UAmi du Roi annonce aujourd'hui que les administrateurs du département du Yar éprouvent de grandes alarmes , et qu'ils prétendent
qu'une confédération de jeunes gens s'est for-
mée à Nice contre la révolution ; qu'il vient
ht PÈRE LENFANT. I 1 3
de lltalie beaucoup d'artillerie , qu'Antibes et Eotrevaux sont surtout menaces, que quelques partis armés ont déjà paru devant Antibes. Ces administrateursconjurent l'Assemblée nationale de veiller sur la chose publique , et lui conseillent surtout de se défier de la ville de Lyon , où se trouvent , disent*ils , les complots les plus funestes. Voyez , madame , ce que peut une imagination effrayée et les terreurs paniques qu'elle enfante. Trois millions cinq cent mille hommes armés en France peuvent-ils laisser quelque doute ou quelque place à la crainte ? Cependant le peuple croit tout , et même bien des gens qui ne devraient pas être peuple , ne sont pas plus rassurés. Vous ririez ou voustrem-* bleriez si vous entendiez tout ce qui se débite.
Le peuple de Troyes a brisé les sceaux ap« posés sur les portes du chœur de la cathédrale. On croit qu'il veut rétablir les chanoines.
Un fermier noq)mé l'Ev&que s'étant présenté
an département de Troyes pour acheter un bien
national , argent comptant » a exigé que ces
messieurs signassent la garantie de cette vente. I. 8
I l4 CORBBSPONDANGS S£GnCT£
lU i ont refusé. L acheteur s est relire , et le$ assistant sont entrés eu coDsidération*
La maréchaussée s'appellera désormais la gendarmerie nationale. Belle invention !
11 est décrété qu on érigera une statue k J.-J. Rousseau , et que sa veuve aura douze cents francs de peosioiK La chose est claire, le^ œuvras prouvent les pensées, les desseins et le but qu'on se propose : je Tai vu depuis long-temps.
Je viens de lire dans le petit journaircxtraii d'une lettre de Troyes du lo, que je copie : « On avaitformé hier le projet do faire massacrer »» tous les chanoines de Téglise royale et collé-* 9giale de Saintc-Nadot ; cent cinquante pro-« »testans, avec les émissaires de la propagande, »en ont tenté inutilement lexécution. Le peu* »ple ouvre les yeux et crie hautement contre veux. Les protestans ont profité de la liberté • pour £aire leur prêche dans la cathédrale , à « rheure de midi , et vomir des blaspbèiufjs. » contre la sainte Eucharistie et le crucifîx.Celaest » arrivé deux fois la aemaiae dernière, t II ae
DU vHt lENFANT* | iS
faut poUrcominen taire à cette nouvelle que des larmes.
Les nouvelles de la Martinique sont alTreusesi on va jusqu a dire que les noirs ont «'gorgé tous les blancs. Celles de Saint-Domingue, quoique moios fâcheuses, h ce. quon prétend, ne soni point bonnes.
Des personnes considérables sont encore Parties, aujourd'hui 26, de Paris » où je fois In P^ur croître et se répandre à vue d'oeil.
Je ne sais comment concilier les bruits de ^dris, qui assurent que Mirabeau ne part pas, ^^ec les nouvelles imprimées qui cherchent k deviner les motifs de son départ^cequi annonce ?u*il a pris en effet un passeport.
Le petit journal est d*accord avec /'^mc du ^oi sur les alarmes du département du Yar. *^*esprit de terreur est comme une traînée dû poudre^ën un instant tout l'espace est parcouru.
Au milieu de toutes ces imaginations effarées» ^^ roi parait fort tranquille. Il s'occupe en €• Moment de la lecture de Burke , dont Touvrâge ^ sùremeat de quoi l'intéresser.
f |6 CORRESPONDANCE SECRÈTE
La reine vient d'assurer vingt-quatre mille livres par mois, et veut qu on distribue des lits aux pauvres de toules les paroisses de Paris. C'est de sa part un beau contraste avec les horreurs qu'elle éprouve. Je crois vous avoir déjà marqué que Burke lui avait envoyé directement son ouvrage avec une belle épître.
On fait l'éloge du livre de M. de Montlosîer , contre lequel on m'avait injustement prévenu. Je ne l'ai pas lu , et je n'ai pas le temps de le lire.
La paix et le calme , voilà l'objet général des vœux publics. Ce dernier mot me rappelle qu'on vient de l'effacer sur la porte de l'ancienne compagnie des Indes y dans la rue Neuve-des- Petits-Champs. J'avais lu il y a quinze jours : Trésor Public^ on lit aujourd'hui : Trésor Royal.
La Gazette de Paris du ^6 m'a fort indisposé, et je suis encore à comprendre comment le respectable auteur apu louer l'érection d'une statue à Rousseau, décrétée par l'Assemblée nationale. Il a donc oublié les maux qu'a causés à
DV PÈRE LEAFANT. 1 I7
la religion col autour, dont le génie ne saurait effacer l'impiété.
\Jjimi du Roi fait, d'après une lettre de Perpignan , la plus affreuse narration des hor* vcurs et du carnage qui ont souillé celte ville. On ne sait plus où Ion en est , et la France est €luDS un tel désordre , que la pensée no peut en atteindre lexcès.
J'entends dire que la capitation, considérable* luent augmentée, déplaît à bien des gens, et que d'autre part, il sera bien difficile de faire payer Jes impôts. Aussi l'on ajoute que les législateurs ne sont tranquilles ni sur leur besogne » ni sur leurs personnes. On croit Mirabeau lui-même peu rassuré , malgré son audace.
1 I s CORKESPONDAMCE 8ECRÈTE
36 Décembre 1790.
Je tie tué trompais pas , mobsienr , lorsque dimanche dernier je croyais avoir eiitëildtï, sur lé ^ir, an ctièat pttbliô qui aiibonçdlt fà Sdnctfôn da roi dôHnëé aa décret qui ordontlë le ïétméni atiï eeclë^la^fiqtie^ sOr le icnitleH âe ià tùnètiiijillôtt civile dts clefgé. Ce M eii ^ttbi té joor-18 qdé,p2tritftè lettre, doftt tjëllil qtfî en est ràuteut* hé doit tli'éf vâtiîtc S auctia ëgâfd , ni en aucun genre, le mùiitsrqiiè , éStkyi sans doute et contraint parla peur, avertit l'auguste sénat qu'il avait accepté Je fameux décret du 27 novembre. Cette nouvelle lut accueillie, a dit un homme respectable , non pas seulement comme la curée Test par des chiens de chasse , mais comme une proie qui se présente à des tigres affamés. « EuGn nous les tenons , s écria un des douze cents siégeant alors sur une
peiite portion de ce vaste trône : nous les veN
rons mourir de faim.. •
Comme un de ses voisins, moins acharné, trouva un peu de duretrf dans le propos , il objecta qu'il y au^ail Lien de la rigueur à traiter si mal des hommesqui écoutaient leurcdhsciehce; il fut répondu par lanimal dévorant , que lès ecclésiastiques n'en avaient pas. A cette décisiod un peu générale et difficile h appuyer, le modéré représentant crut pouvoir avancer qu'il était au moins permis de leur soujpçonner quelque^ sentimens dlionneur. « Oh ! s'ils en ont, tarit D^ietix , répliqua le féroce député ; cri ce cùà 'ï^us allons faire descendre les lanternes , nôl<^ les pendrons tous, et nous en seronsdébàrrasséli ^^ Croîs rendre assez exactement la douce COn- ^^ï'satîon dont le clergé fut l'objet dans TbeU- ^^^x moment du transport de joie dont Téton- '^^tite sanction fut le principe , ou plutôt Toc- ^^^îon, car le principe est dans la haidê de la ^^îîgîon. Du resté , il a été dît que potfr itltinii- ^^r, et par là déterraidéf le roi, if dtait ëlé ^iiVoyé àU châtèaU dés Tuileries lé sigddféttéiM
130 C:oiinESl»0>UAi>Cli bËCa£T£
idéal el factice d'un lioiniue dont ou désignait le vêlement et le coslnme, qui , disait-on, avait menacé du coup le plus funeste les personnes les plus inviolables et qui, le 6 octobre, avaient vu leur inviolabilité en grand péril. Aussi les gardes furent-elles doublées et triplées ce jourlà aux Tuileries , où il ne fut permis qu'à la peur d'entrer, et où probablement elle fut admise. Le lendemain une cinquantaine d'ecclésiastiques, curés, et autres du côté gauche , se hâtèrent de prêter le serment requis. Le curé Grégoire fut à la tête, et préluda par un discours tendant à prouver qu'il était zélé catholique , tandis que, malheureusement , son action donnait le plus authentique démenti. Dans cette séance le digne évêque d'Autun ne se confondit point avec la foule ; et, comme s'il eût établi le décret qui établit l'égalité , il réserva au lendemain son apostasie , qui aurait eu plus d'éclat si elle eût été moins préparée et moins prévue. A la suite de ces héros du schisme , ont marché , à ce qu'on dit , six ou sept curés de Paris , non 4esparoisse3 les plus considérables, mais enfia
DU PÈRE LEr^FAMT. 121
des curés devenus pasteurs schismatiques par
palriolîsme. Les évoques n ont pas branlé. L o-
pinion et l'espérance générale sont qu'ils feront
pour l'Eglise ce que faisaient autrefois les capi«-
faioes de vaisseaux , qui ne les abandonnaient
/amais, et qu'ils mourront dans son sein. Le
arment est exigé aussi des professeurs dans les
Collèges, en qualité de fonctionnaires publics.
Je ne puis encore vous dire ce qui en sera
^cs autres prêtres répandus dans Paris; il n'est
f^^s du tout invraisemblable qu'on voudra les
^^^«imîler aux autres. S'ils font le serment, le
iable et la nation y gagneront. Le premier
Pigmentera le nombre de ses disciples , et la se-
onde diminuera celui des pensions qu'il y au*
ait à payer. Tel est le résultat de la liberté des
pinions religieuses , suite naturelle des droits
e l'homme, dont le magnifique code extasie
a stupidité, et fait pitié à la raison. Telle est
^a tolérance philosophique qui n'a cessé d'éle*
^er des cris contre ceux qui, au lieu de torturer
lescoQSciences, ne cherchaient qu'à les éclairer.
Du reste la personne qui vous intéresse n'a pa^
lU% CORRESPONDANCE SECRJÈTE
même lape^plelité de rincertitude . Elle àtteûd ce qui lui Sera proposé par les hommes^ , et, irètl convaincue de ce qu elle doit à Dieu, elle lui de* mande et elle espère de lui la grâce de 9e pas mettre seulement dans la balance là misèrd ou là mort , avec la nécessité et le bonheur de demeurer fidèle à la foi. Les horreurs <]ùi île cessent de se renouveler de la part de ceut qui la combattent sont une nouvelle preuve de l'attachement qu'elle mérite.
Je ne puis, monsieur, vous tracer le tableftfl de la capitale, que peut-être la sanctioii du décret rendra bientôt plus hideux; et quoiqu'il paraisse que le peuple en général n'applaudit pa^ ft la persécution ouverte dontilest témoin^ on ne peut conjecturer avec certitude l'effet que produira le refus de plusieurs curéft vertueux, l'élection d'un nouvel archevêque de Paris, lldée de schisuie , très justement répandue. Attendons avec résignatiou ce que Dieu permet-* tra ; en tnèmé temps qu'on peut tout esjiërer de sa bonté, iie nous dissimulons pas que noué avôni tout 3 rédddtéf de sPl )vtéike. Tofits a? ej
DU PÈRE LENFANT. IsS
iâreibent une idée deè cHmeft qtii rirrltent, mais TOdé fféîtiifîeis des détails ; il n'e^l aucune mie dabotriittàtion dont ne soit infecté le pavé de la Capitale.
Je viens d'entendre crier i einiâsloo deà assignats pour demain : ils auront côtirs ddtiâ tout leroyatittie.
M. raiyjbevOrjne de Vieillie mourût hier.
Ori dît la ville de Liège prisse par les troupes de l'empereur; qui, selon h Gazeilé même deFrancê, fait venir un renfort de dix-sept bataillons, composés chacun de l,ooo hommes.
L'ordre est donné par le roi aux olBciers de ses troupes de prêter le serment civique le i5 do mois prochain, ou de se retirer.
l'neleltre de Trêves annonce 3o,ooo hommes aûlieude I7,querempereurfaîtvenirde Bohème.
Le bruit est fort répandu dans Paris, que M. le comte d'Artois revient joindre le roi d'après l'invitation expresse du monarque ; c'est tine de ces nouvelles que l'on crie dans les rues, 'liflis qui demande ample conflrmation. Paris ^^t en ce moment dans un état d'inquiétude
124 CORRESPOINDANGE SECRÈTE
relativement au serment exigé des prêtres; je regarde celle opération comme une purgation de l'Eglise, et je vois en effet parmi ceux qui en abandonnent la doctrine un nombre qui n'en était pas le plus distingué; la plupart étaient de mauvaises tôtes.
La capitale est farcie de clubs ^ mais celui des Jacobins a une domination qui alarme tous les autres. Le club monarchique, en particulier, est l'objet de son attention, et à ce moment on le croit dissous; cependant, il a l'air d'opposer de îa résistance , et , en se disant ami de la constitution , il combat quelques opinions des Jacobites. Il existe en outre un club des étrangers. De toute cette combinaison résulte une fermentation soutenue, qu'il est difficile de peindre , et dangereuse d'éprouver. Dans la si-tuation des choses tranquilles en apparence , on peut craindre ù chaque moment la violence des chocs; aussi les émigrations continuent , et les.gens qui croyaient pouvoir revenir à Paris se sont arrêtés en route : j'en ai eu la preuve aujourd'hui même.
ÙV PERR LCNFANT. I sS
Il in est tombé sous la main un extrait de la feaillede Marat, intitulée l'Ami du peuple. Ma plume n'ose vous retracer les conseils sanguinaires qu'il donne au peuple, d'abord contre les tètes les plus respectables et les plus sacrées, ensuite contre les nobles et les prêtres, qu'il exhorte vivement à égorger : il faut, selon CAmi de ce monstrueux folliculaire , abattre aujourd'hui vingt mille tètes, tandis qu'il y a un an cinq ou six cents eussent pu suffire; ainsi le premier conseil qu'il eût pu donner , n'eut été que celui de la pitié et de l'humanité.
Je ne puis vous dire l'impression que fait sur tousles gens de bien , et même sur la saine partie du peuple , le scandale des prêtres qui se sont conformés à la loi du serment. Un protestant disait ces jours derniers, en blâmant la tyrannie de la loi , qu'il ne pouvait que mépriser la conduite de tout ecclésiastique qui aurait la faiblesse d'y souscrire. En revanche, l'estime du public vertueux dédommage de leur sacrifice les généreux confesseurs de la foi qui préfèrent leur âme à leur fortune.
12^ COntlCSPONDÀNCE SÉCRÉTÉ
On vient de me citer le cure d'une paroisse considérable qui déménage et qui compte partir demain.
11 a été écrit ici de Troyes, u une dame de votre connaissance, que le peuple avait voulu que messieurs les chanoines de cette ville se rassemblassent pour faire loOice divin ; que ce même peuple y a assisté avec respect, et les a garantis de toute insulte. Je ne serais pas étonné c(ue letat actuel du clergé déplut à bien des gens, et , à en juger par quelques mots répétés dans la dernière classe du tiers, il y a lieu de croire que ce dernier décret n'est pas généralement appnmvé.
liiAmi du Rai 9 que je viens de lire donne, sinon à entendre clairement, du moins à craindre, que le même serment ne soit exigé des prêtres qui ont des pensions. Je l'ai pensé , et je crois que , dans ma dernière , j'avais eu soin de vous le dire. Si le cas arrive , me voilà réduit à zéro. Ne croyez pas que je m'en afflige ; j'ai de quoi vivre une année , et si cet intervalle de temps ne change rien aux affaires ( ce qui peut arri-
DU PRRS LKNFAMT. tàj
Ter), je ne rougirai poiot d une indigence qui sefa la preuve de mon attachement à TEglise» et presque le seiil sacrifice que j'aie eu le bonheur de lui faire.
La parenthèse que je viens de faire pourra Yoiu donner Tidée de mon opinion. Elle n'a poiot changé quant au fond, mais je sais tant de circonstances au milieu desquelles je vois oui et non , que je ne puis avec prudence af-» firmer ou nier. 11 est des faits incontestables poarle oui , il y a des embarras multipliés qui ûîorisent le non.
A Gouixlon 9 dans le Quercy , les brigands ont forcé une communauté de religieuses. Ceg pauvres Glles, consternées, se son t réfugiées dans le chœur, doù d'honnêtes citoyens ont eu 1 adresse et le bonheur de les faire sortir : on 'es a conduites dans des maisons séculières , et le lendemain elles sont rentrées dans le cou- ' vent.
Les détails d'Aix et de Perpignan font fré- °^ir. Une lettre de cette première ville dit î^e M. de La Roquette^ dont la mère est une
12$ COKKËSPONDAXCK SECKÂTK
Castellane , a été pendu aux fenêtres m< de sa mère , qu'on n'a pas laissé sortir de appartement ; la tête du célèbre M. Pas a été coupée , ainsi qu'une autre , et pori Marseille, où l'on ne l'a pas laissé entrer. . n'égale la fureur, l'audace, la scélérate qui régnent avec impunité. Voyez si la reli était un beau présent fait aux hommes, et si mérite leur respect !
Le prédicateur du carême prochain cour mettra ses soins à éviter cette commiss il y a quelque espérance de réussir; qui d'ailleurs si ce ne serait pas une raison d' ger son serment ?
DU PERE LENFAKT. I519
33 Janvier 1791.
On commeuce à parler moios haut de la déclaration de l'empire dont la reine est l'objet ; les uns l'ont très positivement assuré , d'autres la contestent. 11 en est qui regardent comme politique de le nier, je ne sais qui a raison. Une autre nouvelle a succédé : c'est une lettre écrite par l'empereur ciu roi de France; cette Ic^ttre est dans des papiers publics, et dans le ttioment présent on en garantitlacertitude. L'em* (>ereur mande à Louis XYI qu'il est le garant des traités dont les princes d'Allemagne réclament l'exécution en Alsace et en Lorraine ^ ^t il demande que dans ces provinces les choses Soient rétablies dans l'état où elles étaient airant le 4 août lycSg ; on dit cette lettre très ibrte, et je compte la lire bientôt.
l30 CORRESPONDANCE SECRÂTE
J ai TU un monsieur de Lyon qui dit des choses fâcheuses de cette ville; vingt mille ouvriers mourant de faim, le peuple mécontent et inquiet, y font craindre quelques mouvemcns. MM. de Saint-Sulpîce, chargés du séminaire de Saint-Irénée, viennent d'en ôtre renvoyés pour avoir refusé le serment; et, en général, il parait qtle les municipalités du royaume secondent très bien les vues de l'auguste sénat. Celui-ci néanmoins, à ce qu'on prétend, n'est pas à soû aise, et malgré la frappante rapidité de ses opérations, il n'est pas complètement assuré da succès. Tandis qu'on poursuit dans presque toutes les provinces les prôtres qui ne veulent pas être Jureurs, trois mille citoyens d'Alsace viennent de déclarer traîtres à la patrie tous les ecclésiastiques qui feront le serment. On ne peut donc pas dire avec la chanson : C'est ici tout comme là. On persiste à croire que l'arche- Têque de Sens ne jurera point, et l'on prête à l'évftque d^Autun d'avoir répondu a un nou^ Teau promu à l'épiscopat , qui espérait obtenir et recevoir de lui cette plénitude de saèerdMti
DU PiRS LSNFANT. |3l
Vauemblée nationale a ordonné de Jurer et non de iacrer.
Le séminaire de Clermont, composé d'enTi-
roD cent séminaristes , a été fermé au point de
s'en aller entièrement, sans qu'il en restât uh
seul, plutôt que de déférer aux intentions mtt«
nicipales ; c'est de M. l'évèque de ladite Tille
C]ue je l'ai appris.
Il y a dans ma dernière lettre une erreur dé nom que la précipitation a occasionée. JU onfondu Reines et Sens y dont les prélats sont V)rt distingués l'un de Tautre.
Il se commit avant-hier un assassinat, entrt ix et sept heures du soir, dans là petite deê^ ente de la rue Neuvc-des-Pctîts-Champs att 3?alais-RoyaL Là se réunissent les vendeurs dV^ ^ent, et comme un jeune homme assez bien ^nls se récriait sur ce commerce d'agioteur, îl fut frappé d'un poignard, et tomba mort : nou^ vivons ici que d'aventures tragiques* Maame de Yatimini^ûgée de vingt-trois ans, etsœttf ^c majiame Panse, fermière-générale, fut assasninée dans son-château à quatre à cinq lienes dt
\52 CORRESPONDANCE SEGRÂTE
Rouen , il y a huit jours à peu près , par des voleurs qui lui croyaient de l'argent et des bijoux; cette jeune dame nourrissait son enfant.
Avant-hier on afficha dans Paris une invitation ,à tous les ouvriers de se rendre demain lundi au faubourg Saint- Antoine pour empêcher de vendre des marchandises étrangères. Ces affiches ont semé de grandes alarmes, et les gardes nationales sont commandées pour ce jour-là : elles le sont aussi pour aujourd'hui dimanche afin de protéger tous les curés qui n'ont pas prêté le serment, et qui, en vertu des décrets, ne devaient plus faire aucune fonction dans leurs paroisses. La difficulté de les remplacer , la crainte de l'impression que ferait la vacance de l'office divin, ont engagé les douze cents à mi« tiger la sévérité de leur arrêt et ils ont autorisé les pasteurs, malgré leur infidélité aux décrets, à continuer leurs fonctions. J'ai lu moi-même la lettre du maire de Paris h un des chefs de de la garde nationale par laquelle il lui repré-» sente l'extrême importance de veiller pendant toute la journée à la tranquillité publique et à
DU PERE LE11FANT. l53
la sûreté des prêtres. Il sera donc vrai que les écreviâses seront toujours la monture des sou* yerains.
Aujourd'hui, l'église de Notre-Dame^ devenue paroisse par la réunion de toutes les petites pa-* roisse de la Cité y en attendant que la communication rétablie par la construction d'un pont y joigne celle de Saint-Louis en l'Ile, a dû avoir ^and'messe , prône , sermon le soir, et béné* diction. On y a placé des fonts baptismaux « de Sorte que, d'après l'expulsion de tous les cfaa« Moines qui sont vraiment catholiques et par la ^^ule institution de l'Assemblée nationale, cette i^^ère église, autrefois l'objet de la piété des fi* 4èles, est décidément schismatique. Déjà de nouveaux vicaires y sont installés; on s'adresse ^ eux ; on va leur demander des permissions , ^es dispenses, et les grands-vicaires de M. Tar* olievèque, les seuls en qui réside l'autorité spi« x^ituelle, sont dispersés dans Paris. Voilà ce qu'on appelle la régénération des gens à serment , des intrus, ce qu'il y a de plus faible et de ucioins estimable dans le clergé. Tel est le pré-
|54 CORKBSPONDANCE SEClUàTE
aent empoisonne que le Manège fait aux (!•* dèles. Je ne saurais vous dire combien ils ea gémissent. On fuit cette église, on pleure sur elle,y et les chanoines eux-mêmes refusent d'y entrer. Jércmie pleurant sur sa patrie verserait encore bien des larmes sur la nôtre : cette idée ipe pénètre et me déchire. Qui oserait prévoir ee que Dieu réserve à la nouvelle Babylonc qui entasse crimes sur crimes ! Le peuple, qui voit allumer des cierges comme auparavant, ne croit pas que la religion soit intéressée au serment; c'est à la décision des perruquiers, tailleurs , ^vetiers et semblables gens. Cependant ce même peuple a vu avec plaisir les curés rendus provisoirement à leurs fonctions : il leur paraît attaché, et plusieurs femmes des halles ne vcu-lent pas souffrir qu'ils leur soient enlevés: chats et rats , c^est ce qu'on voit partout. Saint-Sul* pice a été fort tranquille ; il y avait une foule immense et pas de tumulte. Des hommes ont youlu arracher les aOichès qui annoncent la prolongation de service des curés. Les femmes les ont attaqués si vivement, que la garde natlo*
BU PÈEE LENrAKT. l5S
nile à pied et à cheval , dont Paria est inondé ,
ODt eu peine h les soustraire.
J'entends crier, i"" que les fonctionnaires qui
n'ont pas juré ne seront pas payés ; a* que les
prêtres d'Alsace ont conspiré pour faire égorger les protejstans. Jugez par cette dernière calom<« nie de la rage qu'on cherche à inspirer contre le clergé. Il est difficile d'être en plus mauvaise position. Cependant les effets ne suivent pas I«s menaces , et je connais quelqu'un qui hier soir était encore à près de neuf heures paisiblement dans les rues. Ce n'est pas, s'il avait de cjuoi vivre en pays étranger, qu'il n'allât y joindre quelques amis, car la France devient inhal^itable. Peut-être ne le sera-t-elle pas toujours, et si le schisme et l'intrusion ne sont pas dans vos quartiers , on vous prierait de recevoir un pensionnaire. Il n'hésiterait pas à préférer votre demeure si vous étiez plus riche et s'il y vivait sûreté d'être assisté à la mort par un vrai ministre catholique ; il est sage de penser k se ménager une retraite. C'est la précaution des f;énéraux avant le combat.
|36 CORRESPOMDANCE SECKilE
On assure qu'on a arrêté le scélérat qui a assassiné le courrier de Reims. Vous êtes heureux si vos assignats vous sont parvenus. Plusieurs courriers ont été volés depuis que cette monnaie va par la poste^ et Ton a même agité dans l'Assemblée les moyens de la mettre en sûreté. On en a proposé trois dont aucun n'est praticable ni efficace. Il est bon que vous soyez instruit de ces dangers.
Il parait qu'on commence à dire que Tarchevêque de Sens jurera et peut-être sacrera un des nouveaux évêques; voilà la stabilité des nouvelles de Paris : elles vivent à peine quatre à cinq jours, et font place à d'autres mensonges. Demain on met les scellés au Châlelct, qui est à l'agonie, et l'installation des nouveaux juges est prochaine : les voleurs sont en grand nombre, et ils l'exploitent de tous côtés.
Je croyais ma lettre finie, mais je la rouvre pour vous dire en substance ce que je viens de lire dans la Gazelle de Paris; le tableau qu'elle oQre des fureurs du peuple d'Avignon fait frémir. Après avoir fait un détail du nombre et des
DU PÈBE UBNFANT. li'J
qualités des factieux qui sont allés affliger Cavailhoà , après avoir dit qu'ils avaient enfoncé les écuries d'Avignon, et enlevé les chevaux pour traîner les canons , avec lesquels ils ont fait brèche aux murailles , elle ajoute : c Le •maire de Cavailhoh, précédé du drapeau blanc,
• se présenta pour demander la paix et souscrire
• i toutes les conditions que Ton pouvait accep-
>ler dons une position aussi cruelle : il eut la
•tête partagée en deux d'un coup de sabre.
•Les troupes entrèrent dans la ville , enfoncé-
•rentles portes des maisons et des églises :
•celles-ci furent profanées, toutes furent pil-
*l('s ; un vicaire expira sous les coups qui lui
•furent portés; bientôt la mort se produisit
•50US mille formes. On ignore combien de cî-
• Moyens ont péri : on a poignardé jusqu'à des
•^nfans au berceau. Le même coup en a mas-
•^'•cré dans les bras de leur mère expirante.
*Une jeune femme nouvellement mariée avait
* ''^Qfermé son mari dans une armoire , les as-
* ^^ssins sont entrés, elle s est jetée à leurs pieds ;
* "s allaient l'égorger ; alors le mari s'est élancé
l5ft CORIIESFONDINCDI 8EGliTE
»tBtr6 eUe et les barbares, il a été pereé cUi
• coups de baïonnette. Sa malencontreuse
• femme est tombée évanouie, baignée dei
• flots de sang de son mari, qui est mort quel*»
• ques instans après. • Le gazetier , avant de rapporter ces borreurs, nous dit que M. Bou* che a demandé la parole pour justifier les sol-» dats qui ont ravagé les villes du Comtat. Ah l fut'il jamais une apologie plus éloquente de la religion , que le vice des excès monstrueux auquel conduit rimpiété ?
VAmi du Roi roule sur TartiGce de Tinstruction de M. Mirabeau relative à laconsti* tution du clergé. Cette instruction, revue et corrigée par le comité ecclésiastique, est un tissu de ruses et de faussetés. L'abbé Maury l'eût foudroyé , s'il était permis aux défenseurs de la vérité de se faire entendre. 11 a parlé avec force; mais les clameurs et les murmures l'ont fait descendre , et la fameuse adresse ou mandement de l'Assemblée va infecter les provinees«
En Bretagne, un vicaire qui a prêté le ser*
DU FÈnS KENFANT. l$§
ment a été honteusement fustigé par des femmes, qui, après lavoir châtié lui ont criézaVa, pellt gueux : si ta mère avait eu soin de te corriger dans ton enfance , tu ne serais pas un jiireun » L'anecdote est dans l*Ami du Moi, qui, en même temps , ne craint pas de dire à l'Assemblée nationale, que le clergé leur a ap-pris qu'ils n'étaient pas des dieux , et qu'il a dit à leur ambition insatiable : « Tu iras jusque là, et là tu briseras tes vagues orgueilleuses. bLc fait est que la grande majorité des prêtres courageux par conscience force les douze cents à une reculade, dont eux et leurs partisans sentent et craignent les conséquences.
Adieu , je frémis d'horreur de mes récits.
l40 CORRESPONDANCE SECftiTE
a FéTrier 1791*
Je TOUS félicite 9 madame, de l'arrivée de l'estimable pasteur , qui préfère de quitter son troupeau à Tiofamie de le séduire : je respecte sa conduite, et elle ne m'étonne pas. Depuis long-temps je connais son attachement à la sainte doctrine , et j'aurais affirmé qu'il en donnerait une nouvelle preuve dans cette occasion; elle est d'une importance qui doit échauffer le zèle et doubler les forces ; je vous prie de lui témoigner les sentimcns de mon estime et de mon respectueux attachement.
Vous me demandez , madame , ce que je pense du serment : mon premier mot, auquel mon dernier ressemble fort, est qu'il n'y en a aucun de bon, et que je suis fort d'un sentiment très répandu ici parmi des gens éclairés et vertueux, ravis que la formule proposée par
M Tin tSNFANT. l4l
H. l'érèque de Clermont n'ait pas été acceptée. Ce prëlat , que j'ai l'honneur de connaître et de Toir souvent , est un digne évèque , plein de foi , et d'une régularité de mœurs angélique : il me dit en dernier lieu , avant que le serment fût proposé par lui à l'Assemblée , qu'il le proposerait de manière à n'être pas admis, ce qui en effet est arrivé; mais bien des coosidérations , j'imagine , l'auraient décidé à le refuser simplement, s'il en avait prévu les suites* A présent , puisque vous voulez savoir moaavis, le voici : je vois dans ce fameux sermeatcivique, tel qu'on l'exige aujourd'hui, trois branches, que je divise : i*" jurer fidélité à la nation ; à la loi et au roi ; a** jurer de soutenir (car ce n'est pas seulement se soumettre ) la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée parle roi ; 3^ jurer en particulier de maintenir de toutes ses forces la constitution civile du clergé. De ces trois parties, la dernière est schismatique et hérétique ; la ^conde est absurde , imprudente, et scandaletisement téméraire , insensée* Je reste dans
l4a CORBXSMNDANGË SlGlàlB
la premièrei que je ne jurerais pas y depuis qi
je vois avec éyidence lé sens dans lequel € exige le serment* Si| comme autrefois^ le r était à la nation ce que ma tête est à mon corp je nliésiterais pas à promettre fidélité àcesdec êtres coalisés en un ; mais, démontré comme l'est que la nation et le roi sont non seulemti séparés p mais opposés , témoin la mort d Mé de Favras et les prisonniers qui sont en i moment à labbaye de Saint-Germain poi avoir voulu soustraire le roi à la captivité et l'oppression ^ comment jurer de défendre Pier contre Paul , Paul contre Pierre? etcomint) accomplir en partie son serment sans manqo< à Tautre ? U faut donc de toute nécessité d restrictions ; mais si l'on excepte de l'objet é serment tout ce qu'il faut en retrancher , <m I réduit à rien. Dès lors ce n'est plus qu'une foi mule vague, indéterminée, insignifiante, Sa1 objet De bonne foi peut-on invoquer le no; de Dieu , prendre Dieu à témoin pour pareil ehose , et si ceux qui exigent le serment t eoaiiaiitaîentlanatureet lavaleur> s'ibcroyaiei
DtJ PiRl LSNFÂNT. l43
à la sainteté et aux vengeances de ce Dieu dont 00 prostitue le nom , oseraient-ils en irriter là {ttsiice par ces occasions de parjure qu'ils pro« d^aent ? Je ne pense pas davantage qu'il suffise d'eicepter ce qui regarde le spirituel et le gou«- Temement de l'Eglise. Il y a dans la matière temporelle des choses évidemment contraires à la justice , aux droits , aux propriétés. Ua Mirage récent et court en fait un détail dont toas serez frappée : il prouve que la constitU'* tioQ nouvelle dépouille la nation de ses droits^ itroideson autorité, la noblesse de son essence^ les provinces de leurs traités , le peuple de ses {âges y et chaque particulier de sa sûreté indi* vidaelle. Il reprend chaque article , et il pep>» toade de bonne foi. Peut-on s'engager devant Dieu à maintenir une œuvre de cette nature ? Une autre observation se présente , relative aux exceptions qu'on a faites, et d'après lesquelles on chante victoire : i^ l'Assemblée nationale ^y^nt déclaré qu'elle n'admettait pas les ser-^ B^tns avec restriction, après les avoir publique» i^At rejelés y ocamie en dernier lien celui dâ
l44 COKRXSPONDÂNCE SECRÂTE
cardinal de Bernis , tous ceux qu'elle admet de la sorte passent dans le public pour avoir été faits purement et simplement , ce qui devient alors un scandale , d où je conclus qu'il faut une mention expresse et publique des restrictions quand on les a mises; 2"* on dit assez généralement aujourd'hui que, vu la grande résistance d'un grand nombre de curés dans les campagnes , l'Assemblée se contente , ou du moins a enjoint de se contenter dessermens restreints, parce que dans ce cas-là elle persuadera plus aisément aux peuples que son décret du 27 est généralement observé, ce qui augmente le scandale : d'où je conclus encore qu'il faut «'expliquer si clairement et à si haute et si intelligible voix , qu'on ne puisse pas confondre les ecclésiastique^ à bons principes avec les jureurs. Du reste , je ne puis vous rendre avec quel mépris ces derniers sont traités. S'ils n'ont pas les remords intérieurs de la conscience qu'on découvre même dans plusieurs , ils sont assaillis au dehors par l'opprobe qui les suit. Quant à la formule que vous m'avex envoyée ,
DU PÈRE LENFANT. l45
elle paraît renfermer une intention bonne, mais elle est mal conçue et gauche. L'Eglise, suivant la remarque d'un homme très savant et très ingénieux f ne permet point qu'on approuve ni Icscon jurations ni les décrets tendantau schisme, double caractère de la nouvelle constitution. Je vous dirai donc en dernière analyse , que s'il s'agissait de moi « je croirais devoir refuser net tout serment , parce qu'étant supposé le faire suivant le sens de celui qui le commande p je mourrais plutôt que d'adhérer ou de paraître adhérer aux monstrueux principes qui sont le fléau de la religion , et dont , par le secours de Dieu , elle triomphe avec éclat.
La Gazette de Paris est singulièrement intéressante , et console dans ces circonstances. L'héroïsme du clergé se confirme. Le trait de Al. l'archevêque d'Embrun est avéré , et peut faire honneur aux premiers siècles de l'Eglise, Ce prélat , menacé de la lanterne , par des furieux qui le conduisent à l'église , s'il ne fait pas le serment, monte en chaire, et s'attendant H mourir, il fait sa confession publique, s'adresse
l46 CORRÈ!)POifbÂNCE SEËÂÂTE
à uû prêtre qui était dans le chœui^, lui détttftiidé rabëolùtioiij se met à genoux pour la ]*ecéVôi^, se felèye, déclare que sa conscience ne lut kissd entre le serment et la mort que la hé» eedsit^ de mourir. Alors le peuple ému d'adtni'* tàiiojk et de tendresse , s'écrie d'une cdnltilUilé Voix : « Non ^ non, ne faites point de sermétlt , ikOtLà tous défendrons. § Aussitôt on Fentoure^ ëti l'enlèré , et on le porte en triomphe dftné son {)alais Je ne puis suffire à tous détaillef tout ce que je sais d'admirable dans ce genréi Il est visible que les cris affreux des persécil«* teurë ont réreillé la foi , et il est bien satisfaisiitil d'apprendre par les faits qui ont lieu de toutèl pttrtsf^ qu'elle exerce un grand empire dans le royaunde , ttialgré les ravages dé Tirapiété^ Je ci*ois que les suppôts d'enfer ont mal calculé^ et l[Ue la rage qui les anime sera un mojen qui contrariera leurs vues.
Une i'aiton personnelle m'a engagé ce matid à aller au château des Tuileries , et si VôUs aviél la bourse du bourgeois gentilhomme , avec sa ièlMi taûité^ je poUirais attil^r quelques UÛÈ dé
BU PiRX ilNFÂHT. li^'J
Tos éciis dans la mienne , car il est très vrai que j'ai parlé de tous dans la chambre du roi» M. le comte de Rastignao m'a demandé de ydi nouvelles. J'étais en bonne compagnie^ à raisoa de la procession des cordons bleus. Us n'étaient enloutque yingt-six ou vingt-huit Unechose m'a frappé sans me déplaire : M. le duc de Chartrei»' chevalier des ordres du roi, et Gis aîné du famMX duc , est arrivé. Dès qu'il s'est approché de la cheminée ^ tous les chevaliers se sont éloignés sans mot dire , et le nouveau venu , comme s'il* eût été infecté de la gale ou de la peste, est resté au milieu de la multitude , dans une solitude totale. Je l'ai observé pendant environ Une demi-heure^ on me Ta fait remarquer aussi » et j'ai vu de mes yeux payer le tribut proportionné à sa réputation. Si j'eusse été au^si délaissé, et d'une manière si marquée ^ j'en aurais été déconcerté.
Le départ pour Rome de Mesdames tantes^ est la nouvelle du jour ; les papiers le disent ; ils assurent même que leur passeport est déliirrtfo D'autre part on en doute , et comme Mjoiif^'
l48 CORRESPONDANCE SECRÈTE
d'bui tout est croyable , on prétend que leur ptojet est contrarié par le club des jacobins. Ce club est, comme vous savez, en guerre ouverte ne6 celui qu'on nomme monarchique, et la fermentation des esprits est grande.
Si Ton en croit une autre nouvelle, que je ne garantis pas , hier est arrivé un bref du pape , dont le précis est : i® qu'il condamne les opérations de l'Assemblée ; a*" qu'il se plaint des atrocités que la plus criante injustice a fait commettre dans ses Etats par les Français; 3"* qu'il se pourvoira auprès de toutes les puissances de* l'Europe, dont il adroit d'attendre des secours, pour obtenir justice et réparation des to)*tsde la France à son égard.
On parait s'occuper de la guerre ; on pense à envoyer des troupes , à faire marcher les gardes nationales , dont quelques unes , à c& qu'on dit , n'ont aucun désir de la gloire militaire , et seront fermes , mais sur leurs foyers.
On élut dimanche dernier pour successenr du .curé de Saint-Sulpice. le supérieur de l'Orrtotre de la rue Saint Honoré. Brisard le corné-
nu PERE LENPAirr. i49
dien fut un des électeurs^ et il passait pour ud ardent révolutionnaire. On va travailler au remplacement des autres curés. La besogne est diflicile et le succès fort incertain.
J eus ces jours passés le plaisir d'embrasser M. labbé Maury chez M. le nonce , où j avais dîné, et je lui exprimai mon admiration. C'est vraiment un homme étonnant , et dont la réputation , bien acquise , passera à la postérité» Les opérations journalières de rAssemblée» dont Mirabeau est président, y passeront aussi sous un autre point de vue. Les décrets, qui rapidement se succèdent^ pénètrent d'horreur et d'effroi. A chaque lecture de T^mi du Roij je frissonne et je ne puis concevoir l'excès de démence et de dangers où nous sommes parvenus. Aussi vicus-jede lire une brochure in-/|.* de 19 pages ^ intitulée : Dénonciation à iouM tôê puissances de l'Europe d'un plan de conjuration contre la tranquillité générale , par une associa* lion formée à Paris sous le nom de Club de la. Propagande, Cette brochure récente rappelle tous les traités et les conditions imposés à la
1^0 COKHESPONDANCE fiECKÈTE
France. De toutes paris on gémit , mais en secret; les vezations, les emprisonnemens, lot cruautés 9 les meurtres , les ioceodies, tout a encore aujourd'hui un libre cours, et rien n'c* gale nos malheurs, auxquels Dieu seul peut mettre un terme*
Un de mes amis médit hier avoir lu imprimée une lettre au pape et au roi, par laquelle les habitans de Strasbourg , au nombre de trente mille , protestent ne pas vouloir qu'on exige le
serment des ecclésiastiques , et les luthériens eux-mêmes sont les défenseurs des catholiques. Nous avons fréquemment des rétractations de la part des jureurs. M. l'archevêque de Sens vient de grossir le nombre de ces derniers ; mais le scandale qui en résulte a perdu de sa force par l'idée qu'on avait de cet apostat pourpré. Je n'y vois de mal que pour lui , et il était peu inté* ressant pour l'Eglise qu'il en défendît la cause. Quand on ne jouit pas de l'estime publique, la défection ne peut nuire à la vérité qu*on trahit
On paraît douter si le nouvel intrus nommé
DU PÈRE LSNFINT' l5l
à la cure de Saint- Sulpice a accepté. Le cardinal de La Hochefoucauld y archevêque de Rouen j fut remplacé dimanche par un curé des environs de Paris , nommé à cet archevêché. C'est ce que j'ai entendu crier ce matin aux Tuileries. Il doit y avoir eu le même jour d'autres personnages de ce genre promus à Tépiscopat. Nous n'avons sous les yeux que la désolante image des plus ridicules désordres , et jamais on ne réussira à peindre au naturel l'horrible confusion dont nous sommes témoins. Les églises ne sont presque plus que des théâtres.
■ ■• 'Vf
l5a CORKESPONDÂNGE SEGRÈTE
3 Février 1791.
lien est, monsieur, de la capitale comme des théâtres qu'un coup de sifflet fait changer de décorations. Celle du 24 février oQVait le palais d'un roi que la noblesse environne par amour et par zèle ; celle du lundi 28 a présenté le séjour du désordre et de la confusion jusqucs aus pieds du trône. Un très grand nombre de gentilshommes s'était réuni auprès du monarque, uniquement à dessein de veiller à sa sûreté en cas d'émeute. Après un certain temps , la plus grande partie sortit du château ; il n'en resta , selon le rapport commun, qu'une quarantaine. Soit que la garde nationale n'écoutât que le sentiment d une odieuse jalousie , soit , comme bien des gens le pensent , qu'elle fût excitée par des impressions étrangères, et soudoyée par des gens à mauvais desseins , elle menaça la
DU PiK£ ISNFANT. |53
noblesse qui ëtait dans les appartemens , et voulut s'emparer de leurs armes. Le roi, toujours pacifique , parla doucement à ces bourgeois militaires^ et «en même temps il pria la noblesse, qui depuis long-temps ne marche point , et surtout ne va point aux Tuileries sans être armée, de déposer leurs armes chez lui. On dit que M. de Foucaud , parent d'un député de ce nom, dit à Sa Majesté qu'il n'était point d'usage que la noblesse rendît les armes, mais qu'elle obéissait à sa volonté. Les pistolets furent en eflet remis chez le roi ; cela n'empêcha pas les soldats nationaux de fouiller ces messieurs lorsqu'ils sortaient, de les injurier ouvertement, de maltraiter même , jusqu'à tirer par les cheveux M. le duc de Prienne , fils de M. le duc de Villequier. Cette scène plus qu'indécente, et horriblement scandaleuse , prouve , comme on l'assure, que la garde nationale était plongée dans l'ivresse. Elle fut terminée par l'emprisonnement de six gentilshommes, et depuis on n'a cessé de la représenter au peuple , par les cris et les récits les plus insolens , comme la décou-
l{i4 COKRC^PONBANeS $EGtÉTE
yçrte d'une conspiration des aristocratei poiiv eplever le roi, ce à quoi personne ne peosait.
La Gazette de Paris du i'' mars vou^ apprendra aussi l*arreslalion d'un chevalier do 3aint-Louis , qu on n a pas manqué de dënoa^ cer à la multitude comme un assassin. D'ua eôté on dit que la noblesse combat pour le roi, de l'autre qu'elle en veut à sa vie , qu'importe la contradiction ? le peuple ne la voit pas, et avale tous les morceaux qu'on lui jette, et il ne digère rien. Ce malheureux événement a fait la sensation la plus fâcheuse à tous égards. La noblesse en est humiliée, irritée et en partie découragée. C'^st bien le cas de dire qu'il ne faut pas se presser de chanter victoire. On croyait le trône à l'abri des insultes, et il n'est pas sans vraisem-v blanee que c'est précisément le zèle qui l'avait défondu le ^4 qui a provoqué les outrages <la 28. On est vraiment consterné.
Je n'ose vous garantir ce que l'en attrihae k M. de Lafayette , qu'on accuse d'avoir félicité la garde nationale du patriotisme qu'elle a nipntré dans cette circonstance, et de lui avoir
PV PÂBR lENFAlfT, l9S
OU distribué ou laissé les armes des geotils-
bomme$ , après quoa a eu l'audace d*aller les
prendre jusque dans la commode de la chambre
du roi. Ce sont là des faits si menreilleux et si
prodigieux dans leur genre , qu'on hésite à les
croire. Je chercherai à m en assurer avant d$
finir ma lettre.
Le même jour a8, il y eut grand mouvement au faubourg Saint-Ànloine , qui se porta ea foule au château de Yincennes pour le démo-* lin II abattit en effet le haut du donjon , mais le nombre de la garde nationale qui y fut eiiif ▼oyé arrêta le cours de l'entreprise, et quarante des destructeurs ont été arrêtés. Le motif de cette démolition est que le peuple, après avoir applaudi à celle de la Bastifle , se plaignait de voir cette prison remplacée par une autre. Aussi , peur calmer ses murmures en éclairant son intelligence , Ion a affiché au coin des rues une proclamation qui laverlit qu'on ne fait réparer les prisons de Yincennes que pour empêcher que quelque maladie pestilentielle n'infecte les autres prisons , trop peu spacieuses peu»
|56 CORftESPONDÂNGE SECKiTE
contenir la multitude des coquins que les circonstances ont produits , et que l'inaction des tribunaux n'a pas permis de faire juger.
Voilà, monsieur, une légère esquisse de l'état actuel de la bonne ville de Paris , où , d'ua moment à l'autre , et presque journellement , on craint de voir éclore quelque monstrueux événement. Il est heureux d'en être éloigné » mais il le serait plus encore d'être loin de la France. Ce qui m'étonne et en même temps ce qui m'afflige singulièrement , c'est qu'au milieu des plus grandes et des plus palpables calamités, on voit d'une part la froide insouciance du peuple , et de l'autre les joies déplacées de ceux qui ont le plus de faculté pour réfléchir. Les spectacles , les bals , tout est presque à l'ordinaire , et comme on méconnaît la main qui lancé les foudres , je tremble qu'on ne réussisse pas à la désarmer. Il est vrai qu'un nombre , et même un grand nombre, sont aux pieds du Seigneur , et ce sont eux qui nous donnent de l'espérance en ses miséricordes; quant aux autres , ils ajoutent à nos maux. Un enfant qui
DU PÈRE LENFANT, l57
rit quand on le reprend et qu'on le punit, n annonce pas un heureux avenir , et je ne sais que penser d'un peuple que rien ne corrige.
Il se répand dans Paris que les protestans ont crucifié deux catholiques à Usez; je le tiens d'un homme en place , et je lai ouï répéter à bien des personnes, horresco referens. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que tout va de mal en pis; que le chaos, loin de se débrouiller, s'épaissit , et que Dieu seul connaît jusqu'où les malheurs doivent s'étendre et quand ils doivent finir.
Il est heureux dans ces circonstances que les prédicateurs de l'Evangile aient bouche close : on ne les écouterait que pour leur nuire.
Voici le moment critique où , par l'élection du nouveau soi-disant évêque de Paris , va commencer l'expulsion des anciens curés et Tintnision des nouveaux. Ce temps peut devenir orageux : il sera du moins très triste pour les gens de bien , et très inquiétant pour la ma« nière de se conduire. Heureusement leslumières
1^9 CORRESPOrtDANCB taCtlÛàTE
56 rëpatident en proportion des ténèbres dont on obscurcit toutes les vérités > et chaque jour nous voyons paraître d'excellens ouvrages sur les matières présentes. Mais la persécution qui Ctôtt chaque jour , fait chaque jour aussi daitre de nouvelles diflicultés.
L evèque d'Autun est encore ici > on dit que dans peu il ira à Londres.
Avant-hier j'entendis dire à une maréchale dô France, qui est fort liée avec la cour, que Mes« dames écrivaient d'Aunay-Ie-Duc, où elles sont peut-être encore, qu elles jouaient au tric-trac, au piquet ( je crois avec ou chez le curé , dont elles font Téloge ) ; que pendant qu elles dor« maient la nuit, on faisait blanchir leurs chemises, ayant à peine de quoi en changer. Quelle gloire pour la nation , à la vue de Téclat où elle réduit les tantes de son roi ! On croit rêver et on frémit en voyant qu'on ne rêve pas. La ma« réchale ajouta que la ville de Lyon avait invita ces princesses à y passer , qu'elles y seraient reçues avec les honueurs qui leur sont dus , et t[ÙLOtx leur fournirait une escorte qui les
eonduirail jusque dans le pays étranger.
On ne cesse de crier à tue*tète que la cod« spiralion nouyelle a été décoiiterte par M. de Lafayette« Cette fable produira une réalité, qui sera un grand mécontentement de la noblesse contre ce général , déjà en butte à plusiéûH membres. Nous vivons dans le sein de Timpo^-^ tnre et des calomnies de toute espèce, dont lé peuple se repaît et dont il n est pas possible dé le détromper. A cet instant même , je suii étourdi par deux ou trois braillards qui hurlent des mensonges sous mes fenêtres. Si vos paysani TOUS laissent tranquilles , bénissez votre sort , tous n'entendez pas les milliers d'horreurs Verbales qui en présagent d'uqe SfUtre sorte.
Les rues sont pleines de garde.<(, parce qu'oA Tient d'en faire la revue. Je ne sais si leur gou'> rage répond à leur plumage ! celui-ci est bien| et si les apparences peuvent suffire , elles sont belles.. .. mais....
J'entre chez moi , partout j*ai eu la confira ination du bruit général qui s'est répandu conirt Uk 46 Lafay^tte , dont on est fort méoonteAt
l6o COnRESPONDANCE SECRÈTE
Les preuves ne soat que dans des récits. Il so dit que ce général a pris lui-même les armes déposées chez le roi j ce qui passe toute pudeur comme toute vraisemblance. Deschefsdela garde nationale m ont assuré qu'il n y avait pas eu moyen de contenir les soldats, et nommé* ment une compagnie des anciens grenadiers des gardes françaises ; tous les officiers, jusqu'aux caporaux, ont fait de vains efforts. Les drôles étaient payés et ivres. On croit que cette beso-* gne vient du club des jacobins ; ce club est fameux par ses affiliés dans tout le royaume, qu'il ravage.
M. le président de Frondeville , député , n'a été sauvé de la lanterne que. par ce titre et par la bravoure d'un grenadier honnête homme. Cinq à six des gentilshommes sont encore en prison , et cette aventure agite tout Paris.
Hier le prince de Broglie dénonça à l'Assemblée quatre armées prêles à entrer en France. Il eut la bêtise de dire , après avoir nommé le prince de Condé , le prince de Brunswick , et le prince de Hohenlohe pour tes trois
DU PÈRE LENFANT. l6t
généraux , qu'il avait oublié le nom du qua-* trième. Aussi tôt il s'élève des voix qui ajoutèrent : C'est monsieur votre père. Il fit mention de MM. Frenet père et fils , arrêtés à Strasbourg à cette occasion , et accusés d'avoir confié ce secret dans une lettre portée par un déserteur, ce qui fait regarder la chose comme ou faussci ou exagérée , ou dénaturée.
Mesdrtmessont encore à Arnay-le-Duc. M. de Narbonne qu'on dit être en prison dans cette pe* tite ville, a failli y être pendu, la commune l'ayant soupçonné, à son retour de Paris, de rapporter une fausse permission de sortir du royaume à Mesdames. Il est arrivé aujourd'hui de leur part un nouveau courrier , pour qu'elles puissent enfin continuer leur route , qui sera longue , si elle trouve souvent de pareils obstacles.
Un député bien pensant a assuré qu'enfin l'Assemblée nationale s'occupait à réprimer l'ef* fervescence du peuple, dont les fureurs deviennent chaque jour' plus sensibles. Ce matin il y avait au Palais-Koyal des motions pour pendre
le même homme dont hier on chantait les I. Il
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louanges. C'est vraiment Timage de 1 enfer que Paris, on peut lui appliquer ce que dit un Père de ces lieux de supplice : Ubi nullus ordo ied sempiternuê liorror inhabitat.
A Février 1791.
Peut-on se dissimuler que cette constitution qu'on s'engage par serment à soutenir , n est ' autre chose qu'une conjuration ouverte contre l'autel , le trône , toutes les vertus religieuses et morales même. Je ne taris pas sur ce dujet, parce que vraiment la seule idée d'un serment révolte lorsqu'on est déjà indigné du fond de la chose.
Il règne ici une grande fermentation et beau* coup de craintes; mais c'est surtout dans Paris et pour Paris, qu'on est alarmé. La frayeur des troupes étrangères s'affaiblit ; on dit même assez généralement qu'elles ne sont point destinées
à entrer, et que le Brabant est leur unique objet. Les gens qu'on nomme aristocrates ne doivent pas se bercer des espérances qu'on leur prête et qu'on leur suppose : voilà ce que j'ai entendu répéter encore aujourd'hui dans plus d'une bonne maison. D'un autre côté» le départ de Mesdames tantes , auquel le club des Jacobins a enfin consenti malgré les réclamations de la municipalité de Sèvres et de quel* ques sections de Paris, inspire des craintes. On ne sait que prévoir et qu'imaginer en détail , mais, en général, je vois qu'on augure et qu'on redoute quelque triste événement. Toutes les îtnaginations sont rembrunies : on trouve Paris beaucoup plus agité et plus dangereux que l*année dernière. Le résultat de tout ce qui se <lit est qu'on ignore totalement ce qui se fera ^u milieu des opérations de l'Assemblée , des élections de curés etd'évêques, en un mot, des {Progrès rapides que font chaque jour les nouveaux législateurs. On affirme qu'ils sont pé- «métrés de terreur; que M. Bailli surtout est clans les plus grandes agitations; que lui et M. de
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Lafayette sont menacés; on dit aussi que le clergé et la noblesse courent des risques. Il est un nombre de gens, au contraire , qui paraissent tranquilles et rassurés. Comment dans ce chaos démêler le vrai et vous instruire ?
L'expulsion des curés et l'intrusion des nouveaux occupe beaucoup ; Tévènement seul nous apprendra ceux qui auront accepté ou refusé. On a déjà nommé des évêques à Rouen; c'est un curé à Rouen, à Fréjus, etc., etc.; mais il faut attendre pour être sûr de ce qui est.
Les incendies de châteaux continuent en Bretagne. Celui de M. de Boishu étant attaqué ou plutôt menacé, ce gentilhomme envoya demander du secours à la ville de Lamballe. La municipalité ayant fait sa réquisition , un ca* pitaiue à la tête de cinquante dragons de Conti, se mit en marche. Les brigands , au lieu de répondre à l'olBcier^ qui leur demandait ce qu'ils venaient de faire, tirèrent quelques coups de fusil sur la troupe, et cela à deux reprises. Au* cun des soldats ne fut blessé par ces maladroits. Alors la troupe fit feu à son tour, tua onze bri-
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gandsy en sabra une vingtaine, en fit plusieurs prisonniers , et le reste se dissipa. Un détachement de Royal-Pologne en a fait de même dans le Quercy.
Vous aurez su l'aventure de madame de Constable, chanoinesse de Poussey , qui a failli être mise à la lanterne à Besançon , d'où Ton dît que trois cents gardes nationales l'ont emmenée prisonnière à Baume-les-Dames. Elle était accusée d'être en relation avec M le comte d'Artois. Ce prince, que M. l'ambassadeur de Venise, avec qui je dînai chez le nonce, me dit, ces jours derniers, être à Venise, doit, selon les uns, aller à Vienne, et, seloh d'antres, à Milan. M. le prince de Condé était sûrement en Suisse il y a quelque temps.
Depuîs long- temps M. le maréchal de Broglie est à Trêves.
Si Ton en croit les bruits publics, bien des sermens ont été payés. Hier le curé de Saint- Sulpice m'assura que , dans son église , un fort de la halle , habillé en ecclésiastique ^ a prêté le sien.
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Oa parle de huit millioQS .portés en Alsace par les commissaires que ('Assemblée naticoale yient d y envoyer, à dessein de gagner, et cette province, et les princes même qui y réclament des droits ; on ajoute, il est vrai , que cette province est en feu , et que jusqu a présent lesdîts commissaires n y ont pas de succès; mais Tar^ gent estune redoutable artillerie, plus puissante souvent que le bronze ètTairain.
M. le duc de Richelieu mourut hier chré-^ tiennement.
M. de Bullières, député, qui faisait uqe excel-^ lente histoire de la révolution, est mort subitement, et fort regretté.
Les réparations qu'on feit à grande bât^ aq château de Yincennes intriguent fort.
J'aurais pu dès hier vous mander la division de la paroisse Saint-Sulpice en trois , par la séparation qu'on en fait. On en érige une aux Jacobins de la rue Saint-Dominique, qui consciencieusement la refusent, et une seconde à l'abbaye Saint-Germain, dont probablement aussi les Bénédictins ne voudront pas. H va ré-
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siilter de ce nouvel ordre » ou nouveau désor*dre, que, de trois paroisses, il n y eu aura pas une : l'iatrusion des curés les anéantit.
Hier soir il fut décrété par la très pieuse Assemblée qu'aucun prêtre ne pourrait prêcher sans avoir prêté le serment. Le prédicateur de la cour n'est sûrement pas excepté ; et en conséquence, étant invinciblement décidé k ne jurer ni simplement, ni avec restriction quelconque, en un mot, à ne souiller en aucune manière, pas même par une légère apparence» sa conscience, son attachement inviolable à la foi, son véritable honneur, il n étend ses regrets que sur le malheur des peuples, qui seront privés d'une instruction salutaire, et qui n'auront à entendre que les leçons empestées des orateurs impies et fougueux qui déshonorent les chaires chrétiennes.
Lorsqu'on a décrété que les prédicateurs feraient le serment , il s'est élevé une voix pour que les prêtres fussent obligés de le prêter , faute de quoi iU ne pourraient pas dire la messe; ce serait là un nouveau geure do persécution ;
l68 CORRESPONDANCE SECRETE
il est vrai que cette motion a été regardée comme uo persiflage.
11 y a ou il y aura une députation de la mu-^ nicipalité de Paris au roi pour l'engager à s'opposer au départ de Mesdames. J ai peine à le croire » quoique , de la part d'un sot et d'un énergumène, tout soit croyable; mais on l'assure, et l'on dit que les billets imprimés en font foi.
L'abbé Fauchet fit avant-hier dans Téglise schismatique de Notre-Dame un sermon à sa manière, et dans le sens de la révolution , tendant à prouver que le peuple ne peut être heureux que sous un gouvernement démocratique. Ce sermon eut lieu à l'occasion de l'anniversaire du 4 février 1790, jour mémorable par le serment civique et la présence du feu monarque à l'Assemblée; on ajoute que le soir de ce même jour, c'est-à-dire avant hier, ledit abbé Fauchet donna un bal à la Bouche de fer^ ou cirque, qui est au milieu du Palatslloyal. On y invita les amis de la révolution , qui donnèrent chacun six francs, et il s'y trouva mâles et femelles. On prétend qu'il y
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avait des demoiieilen parmi ces dernières. Voilà bien évidemment la religion ramenée à sa beauté primitive, comme on ne cesse de nous le répéter : jugez , monsieur, d'après cet échantillon , de l'état de la capitale.
On parle encore du Brabant comme d'un
pays sourdement agité par des mécontens qui
cherchent à ranimer des feux mal éteints. Vingt
mille hommes sont en marche pour grossir le
nombre des troupes qui déjà y sont rassemblées;
les pluies et les difficultés d'une longue route
ont fort incommodé les soldats; l'armée parait
cependant en bon état.
On applaudit à la manière dont le fameux Mirabeau commande sa troupe, dont il était digne d'ôtre président.
Le prince de Condé est à Stuttganl ; on croit le comte d'Artois parti pour Vienne.
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Il Février i79i«
Les papiers publics , madame , ont pu vous apprendre la résolution fixe de Mesdames d'aller incessamment à Rome. Cette détermiuation, contrariée d abord pardes sectionsde Paris, le fut encore dimanche dernier par une adresse de la municipalité de cette ville au roi, tendant à ce qu'il s opposât au départ des deux princesses. Le monarque, qui parait avoir une réminiscence de son ancienne autorité, eut le courage de faire valoir d'un ton assez ferme la déclaration des droits de lliomme , qu'il rappela avoir. sanctionnée. Or, en conséquence de la liberté qu'elle laisse à chaque particulier de vivre où il lui plaît , il conclut ne pouvoir empocher Mesdames ses tantes de passer en Italie. H s'agira à présent pour elles de disposer de leurs voitures, qu'on dit être arrêtées à Ver-
DU PÈRIi LENFANT. I7I
sailles parle peuple. Ainsi dans ce beau siècle de liberté il n'est pas jusqu'aux êtres inanimés qui ne subissent la loi de lesclavage. On croit cependant que le voyage aura lieu, selon les uns» le 14 de ce mois, et selon d'autres, le 2 1 •
Là fermentation ne fait que s'accroître dans la capitale , 011 les esprits sont très échauffés. La diversité des clubs , leur animosité réciproque , la multitude et la variété des factions entretiennent les alarmes, etlelTet naturel qui en résulte est d'inviter lies habîtans qui peuvent ▼ivre en pays étrangers à ne pas demeurer ici. Aussi les émigrations continuent, et si elles sont moins fréquentes, c'est qu'elles l'ont été prodigieusement jusqu'à ce jour.
Il y a peu de temps qu'il a été donné Tordre de fabriquer un million de cartouches , ce qui semble annoncer qu'on prévoit bien des coups à tirer.
La persécution de l'Eglise va son train : on ne parle que de sermens , de destitutions d'év6qoesf et de curés remplacés par des intrus. Cette besogne , dont chaque jour de nouveaux
ouvrages démontrent très clairement rillégitimité , ne laissera pas que d'être difficile : Tin-constance et la bizarrerie du peuple , qui d abord lui font adopter tous les changemens , le rendent quelquefois subitement à ses premières idées ; et il ne serait pas étonnant de voir rejeter honteusement dune paroisse le mèmehorame qu'une élection tumultueuse avait appelé à la gouverner.
On parle avec une sorte d'efiroi des meuve* mens de TAIsace , qu'on dit fort considérables, et en vue de s opposer aux décrets de TAssemblée relatifs à TEglise et à ses ministres. L'j4mi du Roi rapporta hier lextrait d'une lettre écrite de Toulouse, qui exprime If s mêmes dispositions de la part du peuple : les uns disaient en parlant des douze cents : « Ces b.. . là,
• croient que nous voulons changer de religion,
• ils nous prennent pour des huguenots; hé » bien^f...! qu'ils s'avisent de toucher à nos cu- » rés! • Un autre disait : • S'il y a quelque coquin ■ de prêtre qui s'avise de jurer, qu'il prenne " garde à lui ; il faudra bien qu'il se rétracte,
• comme les curés de rAsseinblée. tha lettre ajoute qu'il y a eu des déclamations contre ceux qui ont ordonné, et contre ceux qui pré* teront le nouveau serment. De tous côtés , Ion apprend ici le généreuiL refus que font dans les provinces le grand , le plus grand , et le très grand nombre des ecclésiatiques.
Je viens de lire une petite feuille , où Ton compare le serment prêté par le trop fameux cardinal de Loménie, archevêque de Sens, avec ce qu'il dit en 1765 à l'Assemblée du clergé: ilselevaavec force contre la doctrine qu'il jure aujourd'hui de soutenir. Sa désertion le comble d'ignominie « et ne fait aucun tort aux vrais principes.
Une autre petite feuille très intéressante consent le parallèle de la doctrine de Marsile de Padoue , de Luther, de Calvin , et de quelques iameui jurisconsultes, avec la nouvelle constitution civile du clergé : le fond est clairement ^^ évidemment le même que celui de ces faux docteurs, tous condamnés par l'Eglise. Ce rapprochement, que j'avais déjà vu , est frappant.
Jugez , madame , de la nature dn serment que l'Assemblée exige , et de l'infâme 14cheté qnll y aurait de le prêter. Fallût-il perdre la vie , il n y a pas à délibérer. Il y a, de plus, dans les er* reurs qu'on veut accréditer, le motif visible de l'impiété la plus ouverte et la plus furieuse , qui veut combattre et anéantir toute vérité; c'est aussi une protection bien caractérisée de Jésus- Christ sur son Église , que cette résistance des > évèques et de la bien majeure partie du clergé du second ordre. J'ai eu occasion de voir plusieurs évèques , dont le sentiment et le langage m'ont singulièrement édiûé. J'aime ce brillant réveil de la foi , et je le regarde comme un bienfait de Dieu , plus grand encore que ne le sont les maux qu'il permet ; ceux-ci cependant sont incalculables, et je défie qu'on trace un tableau exactement ressemblant de l'état oA nous sommes, des horreurs que nous voyons, et des affreuses suites que peut avoir l'iufernale législation qui ensevelit toutes les bonnes lois. Espérons en la miséricorde de Dieu et en sa providence, et par-dessus tout attachons-nous
à lui plus fortement à mesure qu on redouble d acharnem*ent pour nous en éloigner.
Les finances sont dans un état de plus en plus fâcheux. La banqueroute paraît décidément inéritablc, et c'est de plus d'un député ([ue je le tiens. Il en est surtout dont les lumières ren-dent cette prophétie plus effrayante. Nous vivoterons cette année, mais en 1792 on s'approchera du tombeau ; ainsi le disent bien des gens. L'argent est singulièrement rare : les billets, à ce qu on m'a dit , perdaient il y a quelques jours jusqu'à cinq, et six et demi pour cent.
Les nouvelles de ce soir sont, que les mouvemens deJ'Âlsace, et surtout la pétition de Colmar, dont parle la Gazette de Paris, et d'autres lieux qu'elle ne nomme pas, occupent fort TÂssemblée, qui ce matin a décidé que dans la journée quatre comités se réuniraient pour en délibérer. Les lettres d'Alsace ajoutent que les commissaires envoyés par l'Assemblée ont couru risque de leur vie , et l'on garantit ces faits comme certains.
Le restaurateur qui a fait le repas du ridicule et follement hérétique abbé Fauchet , a perdu quinze couverts d'argent à cette fête, où tout est insensé comme le héros.
Chantilly vient d'être dévasté par des brigands au nombre de huit ou neuf cents , qui, dit-on, avouent avoir été payés , et qui ajoutent qu'ils ont bien gagné leur argent ! On n a pas touché au château, mais les superbes jardins de Paris ont été entièrement ravagés.
Je me suis informé si les tribunaux nouvellement installés étaient déjà en fonctions, on m'a répondu négativement, à l'exception de quelques petits criminels honorés de la marque ; ce qu'il y a de vrai, c'est qu'on n'entend plus parler de grands procès , de mémoires et de plaidoyers.
On ne connaît plus la réputation des avocats qu'au Manège; elle n'est pas brillante aux yeux du public.
Un homme venu de Bourbonne a dit aujourd'hui mj&me qu'on y regrettait fort M. le curé, et qu'on ferait un mauvais parti, dans
celte ville à ceux qui Tont dissuade de faire le serment; on en jette le soupçon sur un marquis, et sur quelqu'un qui a vécu chez lui pen« dani plusieurs mois.
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Je reçois, madame, en ce moment rattesta* tion des inquiétudes que vous a causé mon prétendu silence; j'ignore entièrement quelle cause a empêché mes lettres de vous parvenir. Cet événement va ralentir mon zèle à vous xn^ struire des nouvelles, et puisque la poste n'est plus une voie sûre , vous n'aurez désormais que les gazettes. Il faut avouer que l'esclavage eut bien dur, s'il s'étend jusque sur la liberté de la plume , tandis qu'on permet celle de la presse; rien n'est plus dégoûtant que défaire ce qu'on appelle de la bouillie pour les chats.
Mesdames tantes sont à Paris depuis hier ; elles