‹ Memoires, ou, Correspondance secrète du Père Lenfant, confesseur du roiChapitre 7 sur 17 · la · texte numérisé non relu

la

•176 C0RKI8P0NDÀNC1 SSCKÉTS

arrivèrent lé soir incognito, ayant été atei^ties dfe 4a part du roi qu'il y avait un projet formé |>ôUr «lier ce matin les chercher à Bellevue, et les amener dans la capitale. Les sentimens tont partagés sur leur voyage h Rome ; on croît cependant en général qu'il aura lieu. Le peuple "ësl persuadé (et que ne luipersuade-t-on pas I ) que ces dames emportent avec elles douze millions en or. Ces augustes princesses , qui n'ont fait que du bien, participent aux malheurs com« tnuns : il n'est pas un seul être qui en soit •exempt.

INous sommes inondés de pluie depuis trois mois , ce qui, joint à la tristesse dont partout OE voit l'empreinte , me fait désirer les beaux jours du printemps , auquel nous ne touchons pas encore.

Si ma fortune me le permettait , j'irais les attendre hors du royaume , dans lequel je ne re- . viendrais pas , s'il m'était possible de vivre ailleurs. La perspective n'est pas agréable, et je- ne compte pas toucher un sou de cette année; du reste, je prends mon parti, et soit par

DU fin unriiiTt 179

Jnëcessité, soit par convenance , je ne pense pas à changer de demeure , à moins qu'nne circoti^ stance imprévue ne m'y détermine.

Les gazettes sont remplies du courage que

font éclater de toutes parts le grand nombre des vertueux ecclésiastiques qui refusent le

serment; ceux qui Tont exigé se sont trompés

dans leur calcul. On élut à force des évèques et

des curés : belle besogne !

iSo COK|lESPONDAN<:£ SEGEÊTE

17 fêftîti 1791.

La lettre de madame, en date du 11 de ce mois, m*a remis la plume en main ; dès que mes lettres arrivent , je ne pense plus à les supprimer.

11 se répand, comme bien fondée, une anecdote singulièredout je vais vous faire part; d'abord il faut vous souvenir que, lorsqu'un abbé fut et mourut empoisonné à Chambéry, il y a environ deux mois, il fut question d'une femme impliquée dans cette horrible histoire ;or voici à présent ce que j'ai entendu raconter. A Venise, où est madame de Polignac , et d'où M. le comte d'Artois est revenu à Turin, arriva une grande dame par sa naissance , et très séduisante, dit-on, par sou esprit et sa figure. Aussitôt elle écrivit à madame de Polignac , lui disant que , comme elle , ses malheurs l'avaient

BO PÉHS lENFANT. l8l

forcée à venir chercher un asile dans cette république. La correspondance avec madame de Polipjnac commença à devenir intéressante : de» lellres, on en vint aux visites 5 aux conversa* tions , aux liaisons , à l'amitié ; il fut conclu que ces deux dames se réuniraient dans le même hôtel. Bientôt la dame nouvellement débarquée fit bruit dans la ville par lassemblage de ses qualités. Survient quelque temps après un mem« bre du conseil des Dix de la république^qui^après s'être informé et assuré chez madame de Polignac que l'étrangère demeurait avec elle , demande à la voir. On la fait simplement inviter à descendre ; elle vient ; l'entretien est honnête; mais il finit par prier cette dame de permettre que le membre du conseil ait l'honneur de l'accompagner chez elle pour y remplir la mission dont il est chargé. On va de concert dans l'appartement: alors l'envoyé du sénat déclare en termes doux et pacifiques qu'il lui est enjoint de faire une visite exacte des meubles ou choses appartenant à cette étrangère ; celle-ci en parait Surprise , mais y consent. On ouvre les armoi-

lAa CORUiFOHDAHei SICRÉTE

res f les tiroirs, les cassettes , et l'inspecteur p»i^it à peine y jeter un coup-d'œil; cela fait, et lorsqde l'opération parait terminée ; i Madame ^ lui dit le monsieur, tous avez sûrement un nécessaire?! Cette première question fait naftre quelque embarras. La dame hé^te , balbutie ; elle avoue , mais elle se plaint de cet excès de curiosité et de recherches. Le nécessaire est vi* site superficiellement; les gobelets, les petits ustensiles I sont h peine regardés , et aussitôt oa le referme. • Un moment, madame^ dit encore le visiteur; il y a un secret dans ce secrétaire » et une manière de l'ouvrir. » Oh ! pour lors la dame éclate en murmures ; elle allègue qu'il y a des papiers dont les secrets ne sont pas les siens, et cependant elle finit par tout soumettre aut regards du commissaire, qui n'a pas l'air d'y faire attention. • Enfin, monsieur ^ lui dit la dame, j'imagine que vous êtes satisfait; et à moins qu'il ne faille vider mes poches y je pense que vous n'ave« plus de recherches à faire? — Edcore une, tnadame, s'il vous plaît : nous n'avons vu qu'un secret dans votre secrétaire ,

DU PÈRE LENFAflT. |S3

^t il y ea a un second qui dérobe h mes yeux ^«\)is boîtes dont il faut que je rende compte. » Cette parole fut un coup de foudre; la pâleur , 1^ crainte, la suprise , furent les avant-coureuri cle la découverte. Le monsieur exigea que la cSame elle-même mît la main sur Tendroit <^11 lui indiqua, et qui était efiectivement le point du ressort : il fut mis en mouvement , et les trois boîtes furent aperçues. Aussitôt l'on fait chercher un malheureux chien : on ouvré ^^jBe boîte à son nez, et à l'instant il tombe 'KDort. Voilà, monsieur, le fait qu'on assure i ^>D y ajoute que ladite dame , emprisonnée à "Denise , a déjà 'beaucoup parlé , et que M. lé ^^orote d'Artois avait été averti depuis assez long* ^emps de se méfier d'une femme, que sani ^oute on lui avait désignée. Je me ressouviens <]u'en apprenant laiTaire de Cbambéry , où xnourat l'abbé , on fit mention , dans le récit , <i'uBe femme à qui l'on donna l'épithète de scé^ lérate, mais je n'ai jamais rien su de plus. H faudra voir si celte aventure, qu'on dît vraie, dorh nera quelque éclaircissement.

Nous Tivons ici au milieu des horreurs qui rendent tout croyable ; on dit qu'il s*est fait des motions affreuses, jusqu'à proposer de délibérer si ce serait par le fer ou le poison qu'on se dé-* livrerait de quatre à cinq individus qui gênent les opérations. Je ne m'étonne pas que ces excès aient servi à ramener des gens à la vérité et au bon ordre. Le célèbre Marmontel est entièrement converti , et parait pieux comme un ange. Frappé, dit-on, des abominables suites d'une philosophie hideuse, il fait par ses regrets et par sa conduite chrétienne amende honorable à la vraie religion. Combien elle doit paraitr^e aimable à la vue ^ et par la comparaison de sa monstrueuse rivale! Les motions con* tinuent dans le même genre ; il ne s'agit de rien moins que d'égorger , et nommément les prêtres, désignés par le nom de calotins. Je regarde comme un prodige qu'il n'y en ait pas chaque jour quelques uns de massacrés : c'esl à eux qu'on attribue tout ce qui déplaît aux amis de la constitution.

Le sële que la Bretagae et TAlsacei ainsi que

DU PÈRE LENFAMT* l85

<I'ai]tres lieux de la France, témoignent pour la religion catholique, passe pour un soulève* ment excité parles ecclésiastiques , et Paris re* tenlit journellement de ces accusations.

Oq arrêta ces jours derniers une diligence ([tii portait trois à quatre cent mille francs pour le paiement des troupes. Cet envoi fut aussitôt ^l'avesli en manœuvre de contre-révolution de 'a part du clergé. D'autres ont été jusqu'à publier que Mesdames faisaient partir douze millions, et qu'elles ne quittaient la France que •Glissement persuadées par les prêtres que le ^ciyaume était menacé du schisme. On ne sait, ^^ reste , que dire sur le départ des princesses; 1 si entendu qu'il aurait lieu et qu'il n'au- ^5iit pas lieu : cette dernière opinion est celle ^^'un homme qui doit être instruit, puisqu'il se- ^•'ait du. voyage ; c'est quelqu'un que j'ai été ^5sez souvent voir à Versailles.

Il paraît sûr qu'avant de retourner à Turin, 3M. le comte d'Artois est allé à Vienne , où il a ^u une longue conférence avec sa majesté im- 2>érialef

l86 CORRESPONDANCE SECRETE

Les troubles d'Alsace ont fait ici très grand bruit, et l'on ne dit point encore s'ils sont apaisés. II y a deux jours qu'on annonçait une fermentation de la même espèce dans la -sdlle de Lyon. On parlait d'émeute ^d'attroupement, de cocardes blanches. Je vous donne ces nouvelles avec le ton du doute et de l'incertitude parce que je n'en ai pas la preuve.

Depuis quelques jours on a affiché et j'ai lu imprimé sur du papier rouge aux coins des rues de Paris un avertissement. L'intitulé est celui-* ci : Correspondance Nationale; les premiers mots sont : Citoyens , la patrie et la liberté êoni en danger. En conséquence on invite à être sur ses gardes , à veiller , à épier les mouvemens du dedans et dû dehors, à communiquer au bu*reau établi dans la rue de Condé les connais^ sances qu'on aura acquises. On prétend que c'est une nouvelle ruse du club des Jacobins pour éveiller le peuple et le tenir en haleine. Du reste, ce même club est vivement attaque. Le club monarchique , qui chaque jour devient plus nombreux et plus hardi , la Bouche de fer;

DU Peu lENFANT. 187

les ^rits même qui courent les rues , tout a Tair

d'être dirigé contre ces Jacobites, dont l'excès*

sive influence sur l'Assemblée nationale alarma

et désole Paris et les provinces. C'est, dit-on 9

dans ce club que se préparent et se rédigent

toutes les opérations des législateurs y de ma*

^îère que les décrets sont déterminés avant

9^ 'on en discute lobjel.

Les sermens et les jureurs sont toujours -■ "aliment des conversations ; le mépris, le blâme ^k ime sorte d'horreur, suivent les apostats. Il ^ faut pas cependant confondre avec ceux-oi * ^s ecclésiastiques qui ont excepté les objets ^I>î rituels du serment qu'ils ont prêté. Ils ont ^vi tort; je ne suis pas le seul à beaucoup près ^uî pense ainsi, et le serment purement civique ^^st mauvais; mais dèsqu'ils n'ont pas juré contre "^» droits et les lois de l'Église , on ne peut pas *^i.ir imputer des sentîmens schismatiques. ^^ ^est-ce qu'il y a de vraiment fâcheux pdur ^^Jx, c'est 1® de passer pour avoir fait le ser- ^"^cnt pur et simple; a° c'est d'avoir juré de ^^>ulenir ce qui, dans l'ordre même temporel,

est contraire à la justice; ô"" c'est d'avoir adhéré sans connaissance à une constilulion que ceux même qui en ont formé le iponstrueux assemblage, ne peuvent pas définir*

On parle d'un grand nombre de poignards saisis chez des couteliers de la rue du Bac. On les dit faits en forme de crucifix , de manière qu'un ressort mu au bas fait sortir le dard par l'extrémité d'en-haut. Si Ion en croît la rumeur, on en a déjà pris environ mille, et selonle langage du moment, ils sont destinés à être employés par les aristocrates. En supposant la vérité du fait, il serait plus vrai peut-être de dire qu'ils étaient préparcs contre eux.

J'apprends tous les jours de nouveaux départs pour les pays étrangers, et je n'en suis pas surpris.

Les gazettes vous apprendront la pétition de trente-deux sections de Paris adressée à l'Assemblée nationale pour empêcher Mesda-> mes tantes d'aller à Rome , malgré l'agrément du roi, et sa réponse à la municipalité.

Oo prétend que le prince de Condé^ dont

DU PÈRB L£NFANT« 189

Tabseoce et surtout la résidence chez des na« lions étrangères , inquiète un grand nombre de gens, a failli être livré à des ennemis entre les inaÎDs desquels il serait fâcheux de tomber. Ce Il est qu'un on diL

Trois évèques de Bretagne sont mandés à la barre de TAssemblée nationale, comme accusés rf avoir excité des troubles , précisément parce ^tic , fidèles à leur conscience, ils se sont montrés dignes de l'épiscopat.

C'est le fils d'un bonnetier de Rouen qui est i\\x à larcbevêché de cette ville , et le fameux Al>l)é Grégoire à l'évfiché de Blois ; ainsi des A^^ très. Ah ! combien on aurait à rire , s'il n'y avait pas tant de sujets de pleurer !

Des lettres de Chambéry disent qu'il y est

^f rivé nombre d'émissaires de la propagande ,

*îui, avec de l'argent , ont engagé le peuple de

^«tle ville à molester et huer les Français qui y

sont réfugiés, et qu'on y avait besoin d'ùtre

secouru par les régimeus du roi de Sardaigne^

qui maintiennent Tordre. De tout côté le mal

1^0 GOHMSPONDANGË BECRl^TK

français cherche à se répandre ; c'est vraitnent une peste.

Il s'agit en ce motnent de l'hôtel des Invalides, dont la suppression pourra grossir le monceau de ruines au milieu desquelles nous sommes ; U question est ajournée à mardi prochain.

Le roi n'a point encore sanctionné le décret du serment exigé des prédicateurs, ce qui tient tîeujc-ci en suspens et peut les jeter dans un grand embarras, vu que le peuple peut sanclionner avec la lanterne ce qui ne l'a pas été par la plume. Cependant il n'est pas bien sûr que la constitution civile du clergé ait autant d'approbateurs parmi le peuple que la liberté ; il se borne à dire que les ecclésiastiques sont des entêtés, qu'ils veulent rattraper leurs biens €t faire une contre-révolution. Il s'appuie sur Sa propre décision , en affirmant dans son nouveau catéchisme que le serment n'est poiat Contraire à la religion.

Je viens de lire la traduction littérale de la hdte présentée à la diète de Ratisbonne par lé

du PÉRI LlNFAlfT. iQt

COrpê électoral de lenipire, suivie delà seconde lettre de lempereur, du 29 janvier. J'en extrais UQ«ou deux phrases qui sont peu connues exicore 9 surtout dans vos cantons ; les toici t

c 11 paraît très important de considérer en <juel nom et en quelle qualité les députés aii^ nonces àRatisbonney comparaîtront. Seraientils envoyés par l'Assemblée dite nationale ^ il faïudrait en ce cas réfléchir^ avant tout, quelle conduite on aurait à tenir de la part de l'empire, pour ne pas reconnaître, même tacitement , la révolution arrivée dans la monarchie , et les pouvoirs illicites que ladite Assemblée nationale ft*^^l arrogés. Si lesdits députés comparaissent c&u nom du roi, il s'agira d'examiner si, eu égard ^ des suites plus graves , l'on pourra recevoir l^s députés d'un roi dépouillé de toute sa puit^ •«nce, et entrer en négociation avec un royaume '^^^ns lequel les limites du suprême pouvoir , '*• droits de majesté , et en général toute la ^ornae du gouvernement , sont dans la plus K^ande confusion , où tout ce qui a été ci-de- ^^ui légalement déterminé et reconnu par lés

igS COnHESPONDANCE SECBETE

autres puissances est renversé ; où la nouvelle constitution, enfin , n'est encore ni achevée, ni par conséquent adoptéepar les autres puissances. Des Etatsde l'empire, patriotiquement intentionnés, auxquels le bien commun de l'empire tient tant soit peu à cœur, sauront juger par euxmêmes combien ces considérations prélirainaires sont importantes, et ne se dissimuleront vraisemblablement pas que c'est ici le cas de demander comment à l'aspect de la situation actuelle de la France , l'empire peut demeurer indifférent. »

Je voudrais pouvoir copier toute cette note, qui est de douze pages, mais la chose m'est impossible. Je veux cependant vous faire lire encore ceci: «Il faudra donc opter de deux choses Tune, ou la réintégration du roi de France en ses anciens pouvoirs, et qu'à cet effet des moyens eflicaces soient employés, ou que 1 on se pourvoie de nouveaux garans. » Il s'agit là de la paix de Westphalie.

Les politiques rejettent Tidée de la guerre et n'y croient pas, d'autres prétendent que c'est

DU PERE LENFANT. I g5

yar un effet même de la politique quon tient <e langage : vous choiâirez.

Paris est toujours sourdement agité. MM. de JLafayette et Bailli ne sont pas, à ce qu'on prétend , sans inquiétude. Les brochures pleu?ent journellement. Il faut bien de l'argent pour tout -acheter, et bien du temps pour tout lire. Je tIs Werapnint à cet égard, et, sans bourse délier, j'ai de quoi me satisfaire.

On parle déjà d'excommunications lancées ar quelques évoques contre les intrus. Tout ;st dans le chaos , et je ne puis prévoir quel era le débrouillement.

Peu à peu les impôts vont s'établir. Il y a éjà un droit de patente qui consiste dans le ^rix d'une permission de vendre et de travailler, permission qui sera substituée aux maîtrises et «ux jurandes , dont l'abolition et le remboursement sont ordonnés. Le prix de la patente sera proportionné aux loyers des maisons, boutiques ou appartemens occupés par les rnar* chands, artistes , ouvriers, etc. C'est ainsi que l'explique rAmi du Roi. II observe qu'on 1- ...,.j 'S

compte retirer de cet impôt douze millions, et qu'il en faut trente-huit pour rembourser les maîtrises , remboursement qui n est peut-être que trop incertain. J'ai oui dire déjà que ce décret d'hier ne plait pas beaucoup au peuple » mais à moins que la grosseur des objets ne crève les yeux des Parisiens, ils ne T<Hent rien.

19 Février 1791.

Je regrette , madame , de ne pouvoir vous transcrire en totalité une lettre de M. Burke à un aide-major des gardes de Sa Majesté Britannique, sur l'abbé Maury , et de M. de Mmn beau. Elle est pour le premier un monument de gloire, et, pour le second, l'humiliante proclamation de son ignominie. Il faut le lire pour se former une idée de l'énergie et en même temps de la solidité qui la caractérisent.

DU PKR£ LENFANT. ig5

U est dix heures et demie du soir, et j ends crier sous mes fenêtres : Violence excitée Bretagne par le fanatisme. Il s'agijt du zèle 3 les peuples de cette province ont témoigné ^jr que les ecclésiastiques restassent fidètes à sreligion, et de l'intérêt qu'ils ont marqué à qui presque tous ont refusé de la trahir ■ le serment. C'est ainsi qu'on ne cesse d'aria la fureur stupide du peuple contre les très. Vous envoyez les échantillons dans vos <ttes, et nous le voyons ici de plus près. XJn homme de marque a dit aujourd'hui Clame une chose sûre, qu'hier, d'après le 1 ^vé fait des étrangers qui sont à Paris , il y en ^'^'^tît vingt-quatre raille de plus que le jour de *^ f<édération du \l\ juillet. Je ne sais pas iexî^*ic5ation de ce grand nombre , qu'on dît relatif ^ 1^ multitude et à la diversité des partis qui ^^vîsent la capitale.

On assure que Mesdames tantes partent décidément lundi ui ; demain, en fermant ma lettre, i^ vous dirai si la nouvelle subsiste.

Le prince évêqucde Bâie est tourmenté dans

igo CORBESPONDANCE SECRETE

ses tHats par l'effervescence de son peuple , qui singé celui de France. II a demandé du secours à l'empereiii', en qualité de prince de l'empire. L'empereur le lui accorde, mais les Suisses du canton voisin refusent le passage sur leur territoire. 11 est vrai , selon quelques UDS , qu'ils promettent de rétablir l'ordre.

La saisie des poignards est vraie; mais,outr« qu'ils sont en moindre quantité qu'on ne l'avait dit, on en sait la destination: c'est une commission venue de Bordeaux, et relative ii la traite des nègres.

Des relations venues de Carpentras , par gens qui étaientsur les remparts pour défendre cette ville contre les sept mille brigands venus d'Avignon , et qui déjà avaient dévasté la ville de Cavailbon, portent que les sept raille exigeaient : 1* quinze cent mille francs pour payer les frais de celte guerre ; 3° que les faabitans vinssent déposer toutes leurs armes à la porte de la ville ; .V qu'on leur livrât quatre bommes pour être pendus. Sur ces affreuses demandes , les habi* ans, quoique dépourvus d'artillerie, se lont dé-

DU PÈRE JUBNFANT. IQ^

és à se défeodre ; tout ce qui était en état de vter les armes $ est rendu sur les remparts, mme les murs sont bons, on espérait soutelattaque. Un beau matin la troupe ennemie ara : elle s'est développée, et s'est mise en de- ^^^i^^îr de combattre. Le temps était calme et se- ^^^^r £ n; le canon a commencé à tirer; au premier up s'est élevé un vent du sud des plus violens;*. ^iel s'est chargé de nuages en un instant, et orage le plus terrible a éclaté. La pluie était ^)ndante , et la grêle si terrible, que quelques iégeaos en ont été blessés; les canons, la udre, tout a été tellement inondé, qu'il a fallu ittreen retraite, et se retirer à lahâte. Comme le même temps les femmes, les vieillards, eofans, allaient en procession à une chapelle la Sainte-Vierge, dite Notre-Dame de Santé f k uelle depuis le temps de la peste on a la plus ode confiance dans Carpentras , on lui attri- ' cette protection , et cette pieuse croyance fondée.

maréchal-Kie-camp, de qui je tiens cette ^^odote, me l'a garantie aujourd'hui: il m'a

cité des députés de Carpenlras qui le disent hautement, et m'a ajouté qu'il avait dîné avec un abbé, dont le père, qui était lui-même avec un autre fils sur les murs , venait de lui envoyée un récit parfaitement le même ; depuis cet événement ladite vilk^ est tranquille.

Des lettres de Chambéry ont confirmé This- •^\re de la dame arrêtée à Venise , et elles disent qu'on a tout le fil de cette suite de manœuvres, parce que la prisonnière a beaucoup parlé, et croient que celte prétendue grande dame n'est qu'une /Z/fe, qui, pour mieux jouer son rôle, s'est décorée d'un grand nom , que même on nç cite pas.

M. l'archevêque de Paris vient de donner un, second mandement pour motiver son refus du serment sur la constitution civile du clergé, et déclare intrus, usurpateur, schismatique , et, sujet aux peines portées par les canons, tout évoque ou curé de la nouvelle fabrique.

A dater du premier mai prochain , les droits d'entrée de toutes les villes seront supprimés ; cet avis a été adopté. Mais les impots dont on

pu PÈRE LEMFANT. I99

paraît noua décharger me font craindre ceux ^'une autre espèce donl on nous accablera; car ^ofio il faut de l'argent, et il y aura bien des oliosesà i^mplacer, la gabelle, le tabac, etc. ^ussi parle-t-on déjà de nouvelles impositions, que la crainte des murmures fait diiférer ; on 2^ muse le peuple, on le gagne pour entretenir ^n lui Tamour du nouveau régime, amour cependant qui diminue un peu dans ceux qui ^voient un peu plus loin que lepaisse multitude, ^i facile à émouvoir et à séduire , et si difficile ^ détromper. On dit même qu'il est quelques -^odividus moins éblouis qu'auparavant.

Mesdames partirent hier soir, voulant sans

^^ute que. leur départ ne se fit pas aux yeux du

«uple! Cependant il en eut connaissance, et

algré toute la légitimité de cette conduite , des

oissardes en grand nombre se mirent en mar«

Jie pour Bellevue où étaient depuis peu de jours

^8 princesses. Il leur fut envoyé un page pour

s prévenir ; il alla en poste , et traversa la foule

ui cheminait On dit même qu'il courut des

-^^sques , et que son cheval eut un coup de ss^

bre. Il arriva; Mesdames hâtèrent leur départ ^ et la troupe tuffiultueuse ne vint que deaaiheure après que les princesses eurent délogé. Ces malheureuses femmes des halles se soûlèrent à Bellevue , entrèrent dans les apparie^ mens , se couchèrent dans les lits de Mesdames f et se montrèrent avec Tinsolence digne d'un tel bataillon. Ce matin le roi a écrit à l'Assemblée nationale pour lui donner avis du voyage de Mesdames; et si tout n était pas croyable aujourd'hui, croirait^^on que le sieur Camus a osé faire la motion de punir ces augustes princesses, de ce que le roi leur donne sur sa liste civile.

La suppression des droits d'entrée fixée au 1^ mai a commencé dès hier, et Ton a déjà fait entrer des marchandises avec une franchise anticipée. Tout semble annoncer l'accélération de la banqueroute , qu'on regarde comme inévitable.

Je ne sais pourquoi l'on a doublé aujourd'hui les gardes au château et ailleurs ; craindrait-on que Leurs Majestés n'aient aussi envie de s'expatrier ? Ce serait une fausse alarme. La lettre pas-

DU PKRE LENFANT. 301

torale de l'archevêque de Paris fait une vive

^nsation sur le côté gauche de rAssemblée^ on est allé chez Tirapriroeur pour en saisir les exemplaires , parce qu'on en craint les effets ; on n'a pu en prendre que quarante , mais il y ^n a environ dix tnîlle de répandus. M. l'évê- ^uedeCIermont, dont la lettre est dansle même goût, reçut, il y a peu de jours, une lettre de l*oralorien nommé à son évêché. Cet intrus lui itpart de son élection en lui annonçant qu'il prêt à lui rendre sa place lorsqu'il se sera îs en règle et qu'il se sera montré bon pacte en faisant le serment. Je vous garantis ce feiit et le suivant. Un apothicaire du Mans, député ^ J'Assemblée, croyant que l'évêque de cette ^ille , que j'ai eu l'honneur de voir ces jours ^^rnîers, n'était pas, dans le moment encore , rendu au Manège , monte à la tribune pour y ^^noncer au comité des recherches une lettre pastorale adressée aux électeurs du département. Aussitôt M. l'évêque du Mans se lève, interpelle par son nom ledit apothicaire , qui est le sien, et il lui dit : « Monsieur, il est inutile de

faire des perquisitions sur la lettre que vousdé-r noncer ! elle est de moi. Je suis le pasteur de mon peuple : j'ai et j'aurai toujours le droit de l'iostruire, quoi qu'en puissent dire tous te$ap(H thicaires de France, i L'application de cette fa* çon de parler triviale et assez usitée fit rire biea des gens , et engagea le dénonciateur à déguerpir promptement de la tribune après le mince succès de son expédition.

L'abbé Grégoire , que je vous ai mandé être élu à l'évèché de Blois, a eu l'honneur^ ou plutôt l'opprobre, d'être nommé à quatre évècbés différens , nommément au Mans. Quelle somme de mérite dans un seul homme ! Quel curé que celui dont on peut extraire quatre évèques.

L'abbé Goutte, qui de dragon est devenu curé, est aussi évêque , ou d'Autun ou de Tarbes ; on varie sur le lieu ; mais sur quoi je ne puis varier , c'est sur l'idée que j'ai de ces opérations bizarres; c'est vraiment une farce mêlée aui^ terreurs de la tragédie; c'est le diable qui parodie, par de telles créations , l'œuvre admirable de l'institution de l'épiscopat. Ce n'est pas

DU PERE LENFANT. 2o3

9vi'uo excellent curé ne puisse devenir un bon év ^que , mais les Grégoire et les Goutte , de juxeurs métamorphosés en successeurs des 'ôtres 9 c'est une petite pièce composée par icifer. On a souvent réduit en abrégé plusieurs *os volumes, hé bien ! dans les deux dernières axiDées, je retrouve le sommaire des crimes, des attentats, des absurdités et des ridicules de ilî-xhuit siècles.

On disait ce soir dans une bonne maison que -^'- de Montmorin irait incessamment faire part ^ i 'Assemblée nationale de la réponse des princes d'Allemagne, qui ne veulent point entendre ^^x indemnités, qui veulent absolument qu'on *^i.ir rende justice, faute de quoi ils eatreprea- ^•*oxit de se la faire.

Al. le comte d'Artois n'est point encore de Retour à Turin. Des lettres arrivées avant-hier ^^ cette ville disaient seulement qu'on ly at- ^mdail.

Si une motion faite au club des Jacobins réus« sit à l'Assemblée , on ne dira plus un chevalier 4^ Saint-Louis, le terme est trop aristocrate;

on y substituera cet élégant titre : c Militaire pùrte^croix. •» Hé bien ! avons-nous de l'esprit et de l'invention pour nos dix-huit francs par jaur ! je vous en fais juge.

On parle de l'érection d'un nouveau club dont j'ignore la dénomination : nous en aurons beaucoup plus que nous n'avions de chapitres, et l'olBce n'en sera pas tout-à-fait le même.

J'ai omis de vous dire que Mesdames étaient si déterminées àpartir, surtout madame Adélaïde, qu'elles ont dit ouvertement que si elles étaient arrêtées et ramenées à Paris, elles en repartiraient aussitôt, et que les obstacles multipliés qu'elles rencontreraient serviraient à manifester à toute l'Europe la liberté dont on jouit en France. On a voulu persuader au peuple qu'elles devaient considérablement ; c'est une fausseté : il est constaté qu'elles ont donné ordre à leur trésorier-général non seulement de tout

payer, mais de continuer leurs œuvres de cha-»

rite, qui mêmesontaugmentées. Cequi inquiète le plus le côté philosophe de l'Assemblée , c'est qu'on croit qu'elles quittent la France

DU PERE JLENFANT. 20.)

pat l'horreur qu'elles ont du schisme qui s'y

mtroduit, et que ces messieurs, vrais loups mal

/nasqués sous la peau de brebis, affectent de ne

pas vouloir toucher à la religion, tandis qu'ils

•s'efforcent de ladëtruire. Il est certain d'ailleurs

7 m^jie cette expatriation des tantes du roi fera,

^ «=ae impression fâcheuse pour les douze cents

is dont le règne tyrannique fait détester le

yaume.

Je m'aperçois souvent que mes lettres sont

atôt remplies de petites anecdotes que de

andcs nouvelles; mais ces dernières sont plus

res et se lisent dans les gazettes, que je ne

ux pas copier. Il est d'ailleurs des détails qui

uelquefois peuvent intéresser, et comme mes

tires sont le supplément des conversations,

^i imaginé pouvoir suivre ma méthode. Si ce-

endant elle devenait trop dispendieuse , je me

"^reprocherais: je veux vous amuser et non

^ous ruiner.

Ayez soin de me marquer de temps en temps si mes lettres vous arrivent exactement.

StO'y COHHESPONDANGE ftECKÉTI

io Février 17^1.

]N 'aurons-nous donc jamais de tranquillité? Avant-hier, pour avoir témoigné des craintes sur letat du roi, un homme faillit être pendu dans les Tuileries ! On le tira avec peine des mains des brigands y qui sont toujours ici en grand nombre. Ce même jour , fécond en émotions incendiaires occasion ées par le départ de Mesdames, fut terminé par une scène dont le ridi • cule égale la violence. J elais chez quelqu'un qui, effrayé pour moi, me força à prendre un domestique pour me reconduire , précaution inutile , parce que tout était fini dans mon canton.

Il était huit heures du soir lorsqu'une foule de quatre à cinq cents personnes vinrent tumultueusement au Luxembourg. On avait fait courir le bruit que Monsieur, frère du roi, qui y loge, méditait une fuite; que les voitures

DU PÈRE LÈNFAlfrT. 207

étaient chargées , et que la nuit même il décamperait. La nouvelle était de toute fausseté ; n'importe, on arrive chez lui, on l'amène, siinsi que Madame, aux Tuileries avec une escorte à laquelle il ne manquait que des têtes sur des piques pour rappeler le 6 octobre, ^es gens du peuple étaient aux deux portières de son carrosse ; des gens à cheval les précédaient ; des cris affreux se faisaient entendre. I-opsque ce convoi futarrivé aux Tuileries, le roi dît à la troupe conductrice qu'il répondait que *^n frère ne s'en irait pas. Sur cette parole , on *^ ramena le même soir au Luxembourg, où il y ^ l>onne garde pour empêcher l'évasion. Vous voy^j , monsieur, que de toutes parts éclatent **^s preuves de liberté : celles du bonheur sont ^^ même genre.

I^'abbé Fauchet, dont l'extravagance est à son

comble, a été nommé à l'évêché de Nevers. Si

^a Prance ne peut pas tomber en quenouille ,

soTi épiscopat prétendu tombe visiblement en

démence.

Toulouse marque une opposition frappante

â08 CORRESPONDANCE 6ECRÂTE

au serment exigé par les décrets. Le peuple a menacé de mettre en pièces les prêtres qui le feraient et la municipalité qui 1 exigerait. Aussi, cette dernière n'a-t-elle pas même osé faire afE* chérie décret. A Coutance, sur cent vingt ecclésiastiques, pas un seul n'a prêté ce détestable serment. Cela met en fureur ceux qui lont prescrit , et en conséquence rien n est épargné ici et ailleurs pour animer contre le clergé. On ne cesse de lui prêter les intentions les plus odieuses et de le représenter au peuple comme la source de tous les malheurs.

Jusqu'à présent les nouvelles de Mesdames n'annoncent pas qu'elles aient trouvé de grands obstacles sur leur route. Elles ont passé par Sens et s'y sont arrêtées pour aller au tombeau de leur frère , le feu vertueux dauphin. Elles y ont répandu des torrens de larmes , ce qtii en a fiadt couler des yeux de tous les assistans. Gela fait , elles ont donné de grandes aumônes^ et, pour première récompense , elles ont recueilli les plus abondantes et les plus éclatantes béné*-

DU PKRK LENFANT. 20g

La fabrique des évèques et des curés va grand

^^ain ; bientôt la France sera couverte d'intrus,

^t les peuples seront sans pasteurs. Ceux

^^i ont prêté le serment avec restriction

*^ront bientôt dans lembarras, car, ayant ex-

^^^pté de leur jurement ce qui regarde TEglise,

ils ne pourront ni reconnaître levêque posti-

<^lie que leur envoient les usurpateurs de l'au-

^C3rité légitime , ni les restrictions ou extensions

^e paroisses, et il doit arriver qu'ils soient tour-

xxient^s de manière à se retirer. La persécution

^st complète : il n y a que du courage , de la

patience et des prières à lui opposer.

L*a multitude des étrangers est sensible. Les li^ôtels garnis regorgent , et Ion voit dans les x'-mies des figures inconnues, à ce que disent bien .es gens. D'autre part, une quantité d'hommes .e tout âge et surtout jeunes s'expatrient. De là que l'Assemblée nationale s'occupe en ce xiQoiDent des émigrans , qu'elle veut , dit-on , Ou forcer à revenir, ou priver de leurs biens, ^Nouvelle preuve de l'usage qu'on peut faire des roitsde l'homme.

Il n'y aura plus ni bancs particuliers , ni chapelles dans les églises. L uniformitë est la passion des lëgislatcurs qui nivèlent le moral du royaume , et réduisent tout à une superficie parfaitement plane ; il n'y aura de montagnes el de tallées qu'au physique. Tel est leur système, qu'on croit peu solide et peu durable» On les dit inquiets de certaines nouvelles que les ba«vards répandent , mais la peur la moins fondée agite les âmes faibles , et l'on en compte plus d'une dans les douze cents. Il n'est pas jusqu'à la sortie de l'escadre anglaise qui ne les mette en souci. On la dit supérieure à celle qu'ils eavoient je ne sais où^ et ils craignent la destination de sa rivale. Le célèbre Burke a fait une nouvelle lettre , plus ample que celle dont je vous ai parlé dans ma dernière , et en ce mo* ment on la traduit.

On annonce deux nouveaux ouvrages conti*e le clergé et la noblesse : les plumes sont decoa» cert avec les glaives.

Depuis hier grande rumeur. Je l'ai observé ce matin en traversant les Tuileries , où les

DU PERE LENFANT. 2 i 1

»es étaient multipliés. J'ai été frappé du

locnbre de gens que j'ai vus, et cela m'a con-

irmé ce qu on m'avait dit de la foule des étran-

;ers. Du reste , on ne les croit pas venus à

lauvais desseins, à en juger par la qualité de

plusieurs d'entre eux.

J'avais appris avant ma course que Mesdames

^^taient arrêtées, à Arnai-Duc. M. de Nar bonne

^^st venu en apporter la nouvelle , et M* de

IZ\foDtmorin en a fait part à l'Assemblée. Celle-

(i en a renvoyé l'examen et la décision au pou-

roir exécutif, et le roi a déclaré que ni lui ni

l'Assemblée nationale n'avaient le droit de s'op*

»oser à leur voyage. Quand le peuple a appris

îette décision , il a paru fort mécontent , et au

^^tnoment où je vous écris , il y a de grands mou*

"^remens auprès de la demeure du roi. Paris m'a

»aru dans une très grande agitation. Les gardes

lationales que j'ai rencontrées sur le Pont*-Neuf,

^^noi étant en voiture , marchaient très vite , et

^n général on a l'air d'éprouver une convulsion.

^n ne sait qu'augurer et que prévoir. Il peut

faire que nous soyons à la veille de quelque

trouble auquel tout parait se disposer. Vous êtes fort heureux d'être éloigaé de ce ûux et reflux continus , dont je ne puis vous donner qu'une idée légère. Les motions font horreur. Imaginez ce qui peut arriver de plus fâcheux , à rexce|)tion du meurtre ; c'est ce que Ton propose 9 et la place la plus élevée semble provoquer le désir d'en procurer la chute. La manière dont on traite les plus grands personnages ajoute à l'insulte. On a fait la marche du Luxembourg aux Tuileries à pas d'ambassadeur ; elle a duré cinquante-cinq minutes. Les femmes de chambre de Mesdames et leurs équipages sont retenus à Bellevue, et six chemises sont tout ce qu'elles ont dans des sacs de nuit avec autres nippes de cette nature. On a beau voir ce qui se passe , la raison répugne à le croire , et je n'imagine pas que dans les contes des fées on en ait jamais produit une assez méchante pour opérer autant de maux.

Paris est plein de familles ruinées. De grandes dames vont à pied y et la splendeur ancienne a presque totalemen t disparu. Je fermerai ma lettre

DU PERE LBNFÂNT. 2l3

soir^ et peut-être que demain avant qu'elle arte il y aura du neuf. Quelqu'un m'a paru ou ter du passage de Mesdames par la ville de ens ; on dit cependant , comme je vous l'ai landé , que des lettres en font le détail. Depuis une demi-heure j'apprends que le eu pie veut qu'on fasse revenir Mesdames ! u'il y a une grande effervescence aux Tuileries, u'on y fait amener des canons, outre ceux qui sont toujours , qu'on a déployé le drapeau '«uge ! Je n'en sais pas davantage , si ce n'est u'on eriait obligeamment qu'il fallait exterminer tous les prêtres. J'espère, par amitié pour «X , que demain on aura changé d'avis. Ces "^Drtes de menaces deviennent ordinaires , et "^^on s*y accoutume.

On crie en ce moment sous mes fenêtres *'^u'restation de Mesdames et ce qui a rapport à ' ^tte audace ! Nous sommes assassinés jourillement de ces cris , dont l'objet , le ton , ^ ^insolence, sont un supplice.

Le bruit des dissensions , ou plutôt de la "^^ K^uelle guerre qui commence en Languedoc

ai4 CORRESPONDANCE SECRETS

entre les catholiques et les protestant , se répaud et s'accroît depuis quelques jours.

aj Février 1791.

Le grand tumulte de jeudi ^4 ^^ termina par la fermeté des gardes nationales , qui se montrèrent Traiment zélées pour le roi; elles étaient accourues en plus grand nombre qu'on ne les avait demandées^ et on les fait montera plus de dix mille. Outre cela, il s'était réuni dans la grande et immense pièce qui précède la chambre du roi au moins quatre à cinq cents gentilshommes; les autres avaient trouvé la grille fermée du côté des Tuileries et du Carrousel contre l'inondation des femmes et des brigands. On ne sait pas au juste combien étaient ces derniers. Ils criaient que le roi devait faire revenir Mesdames. M, le maire leur parlait avec ime douceur très inefficace , car il fut menacé

DU PERB LENFANT. 2iS

ar eux de la lanterne. M. de Lafayette, irrité de 1 9 mollesse des harangues du maire, lui dit : • F. . • ^xionsienr, ma vie n'est rien , mais mon honneur ^Xi est beaucoup ; votre f.. . municipalité peut sa- ^>rifier le sien, mais il faut que j'agisse. iCela fut ^1 it à haute et intelligible voix en présence du {Peuple. Alors le maire consentit qu'on emlojât la force ; et, sans tirer un coup, mais avec es bourrades, les factieux furent dissipés. Ce i^yur ne fut pas heureux pour M. Bailli. Etant ^%ionté chez le roi et le félicitant de ce que des ens doux avaient tout calmé, le roi lui dit u'il était temps de ne pas confondre la faiblesse vee la douceur; propos remarquable à bien des ^ards. Les divers membres de la noblesse qui CaieDt dans les appartemens dirent, comme par ^claaiation , et cependant chacun en détail , au , que sa tête en répondrait. La paix étant «tablie , le roi vint témoigner une grande senil>ilité aux gentilshommes , et leur dit qu'on 'avait rien à craindre quand on avait une pa* K^^ille garde. Il chargea aussi M. de Lafayette de s M marquer à la garde nationale combien il était

ai6 CORRESPONDANCE SECRÈTE

satisfait et reconnaissant de leur conduite. On convient généralement que la soirée de ce jeudi fit vraiment reparaître le caractère français; que le roi avait un ascendant si marqué alors sur la multitude qui l'environnait, qu'on eut dit qu'il en était maître.

L'opinion est que le club jacobite perd journellement et sensiblement de son crédit et de sa force ; et, à s'en tenir aux discours qu'on entend dans la société , ses influences seront peut* être moins funestes que par le passé. La reine, dit-on, avait jeudi un air radieux, charmée sans doute de voir l'intérêt public se réveiller enfin en faveur de la cour. Un événement qui n'a à celui-ci aucun rapport , avait mis de l'humeur dans le peuple. Les forts de la halle venaient de perdre un procès qu'ils avaient avec un commissaire nommé Serant. Celui-ci, très honnêtehomme, avait perdu des droits sous l'ancien régime, et les forts de la halle voulaient qu'ils leur fussent restitués. Le commissaire a pleinement justifié l'usage qu'il en avait fait, et l'autorisation de l'ancien gouvernement de ces

nu PÉRE LENFANT. 217

<'i:"^its revenait à M. de Crosère et à M. Lenoir. procès a été jugé , et les forts de la halle c<«i:^nclamnés aux dépens. Ce jugement, trouvé Ac^ rt juste par le public , a déplu aux perdans : il ^ ont fait tapage, et même encore hier, ce qui 2B. fait dire que les nouveaux tribunaux en im* ^)saient moins que les robes rouges. Voilà, de- «jis qu'ils sont établis, la première fois que j'en ^ Kitends parler.

£n ce moment , on crie un nouveau décret '"^^iatîf aux juges de paix : il est, je crois, ques- *^*oa de leur costume. On veut peut-être qu'ils *^^îent aussi panachés.

Je me rappelle à l'instant que la séance de ^^^ttdredi 2*5 de l'Assemblée nationale^ a été sin- S^^lîèrement orageuse, et d'une indécence, à ce S[^^*on ajoute, plus forte que jamais. M. Barnave ^ <iît que l'état actuel était en péril. Il s'y est ^6i de la famille, ou , comme on parle aujour- ^^ -t^iii, de la dynastie régnante; on cite un pro- '''^^ de décret touchant la liberté qu'elle peut ^"^^ir de voyager hors du royaume. Nous ne ^^nronsque lundi ou mardi, si Ton croit ce qui

2l8 CORRESPONDANCE SEGRÂTX

se débite en attendant. Les fonctionnaires publics , dont le roi et le premier , perdront leur place s'ils la quittent. L'héritier du trône sera obligé aussi à résidence , et en cas qu'il soit mi* neur par la mort de son prédécesseur , La mère du jeune prince et le premier prince du sang seront tenus à ne pas désemparer. Toutes ces idées sont venues à l'occasion du départ de Mefr* dames, lesquelles, parparenthèse, n'ont pas encore avec elles leurs femmes de chambres, retenues par le peuple : il y a du moins trois jours qu'elles n étaient pas encore parties.

La fameuse Mademoiselle héroïque, qu'on dit être très au fait de la révolution et de ses circonstances , vient d'être arrêtée à Bruxelles avec beaucoup de papiers ; on l'a transférée ailleurs , et il y a apparence qu'elle donnera des lumières sur plusieurs objets.

M. le cardinal de Rohan a été empoisonné. ' En mangeant un morceau, il s'écria : « Ah 1 que cela est mauvaii ! i Heureusement cette répugnance le fit vomir presque aussitôt et rejeter le poison. En ayant donné à un chien , il périt

DU PÂBE LENFANT. 2\g

dans peu de temps. Le cuisinier du cardinal est €u prison , et comme ce n'est pas en France , il 7 aura plus de liberté pour la justice : les belles actions 9 comme vous voyez, madame, se multiplient

Le petit journal fait mention du discours du Toi à M. Bailli, leâ4 ^^ ^^ mois : on convient généralement que le monarque s'est montré ce jour-là avec une fermeté qui lui est peu ordinaire. Il a plus fait : il a parlé avec sensibilité et bonté ; enfin, ^pour tout vous dire , il y a eu utwMe satisfaction générale.

LeBrabant, suivant \si Gazette de Leyde, fait * 1 empereur des demandes pour une nouvelle ^«■ganisation des États des Pays-Bas ; et il tes ^^sire formés sur le modèle des États-Géné-

'^^X de France , c'est-à-dire que si l'empereur '^ y prenait pas garde, il pourrait laisser intro- ^uife dans ses provinces le mal français. Heusement il peut s'éclairer par l'expérience de Voisins, et il y a un grand nombre de troupes ^^>:às le pays; d'ailleurs il paraît que la requête sentée àLéopold a singulièrement pour motif

220 CORRESPONDANCE SECRÂTE

• la jalousie des d^ux partis qui ont été opposés l'un à l'autre dans les temps de trouble. Le général Bender n'a point quitté le Brabant, ou du moins il n'est point allé à Vienne. On disait , il y a quelques jours , qu'il était au Luxemboui^. Je crois vraies les différentes anecdotes que je vous marque et que les gazettes ne vous disent pas.

On assure que toute négociation avec les princes allemands au sujet des indemnités est rompue , et que les trois commissaires envoyés en Alsace n y ont pas eu le succès qu'ils désiraient.

M. révoque d'Aulun , Tévêque de Babylone et révêque de Lydda, ont sacré jeudi matin Tabbé Expilli pour l'évêché de Quimper, et l'abbé de Marolles pour Tévêché de Soissons. Après le sacre, Tévêque d'Autun, dont les chevaux étaient prêts, est monté en voiture pour aller à Londres, où il porte son infamie. Les deux nouveaux évêques ont eu l'audace d'aller le lendemain chez le roi, et l'un d'eux lui a dit : « J'ai été nommé par le peuple , c'est un bon

il choix que celui du peuple. » Il faut ^ madame , <ba$ le temps où nous sommes, nous accoutumera tout entendre , à tout voir, à tout souffrir.

Je rentre chez moi, et avec la confirmation

de ce qui me fut dit hier; je vais ajouter un

développement qui vient de témoins oculaires.

I^ansla séance de vendredi dernier, que je vous

^i dit avoir été fort tumultueuse , on avait dit

{ue le roi devait être emmaillotté par la loi ;

7U*il était le premier fonctionnaire public, que

1^ dauphin était son suppléant , et autres choses

i^ cette nature. Ces discours enflammèrent le

*èle et l'éloquence de M. labbé Maury, de Caza-

lèsetded'Epréménil. Ce dernier ayant protesté

1^1 'il était et serait toujours pour le roi, tout le

^ôté droit s'est levé : la noblesse a mis l'épée

^ la main, et des cris de vive le roi ! se sont fait

^o tendre de toutes parts. Le côté gauche est

'^sté confondu, les galeries dans la stupeur, sans

^re mot; le président, M. Duport, a été me-

*^^cé;etron prétend que si le côté enragé avait

*^t la grimace , c'en était fait de lui.

2âa CORRESPONDANCE SECRÂTK

Le roi , ajoute-t-on, s'est acquis depuis jours bien des amis. La noblesse se rëveiil elle lui est dévouée. Dès qu'on apprit jeudi q son château était menacé, TOpéra, la ConiédSi. Française et Italienne, la loge Olympique, où . y avait bal , tout fut déserté , et les apparte^ mens des Tuileries remplis de gentilshommes ^ ayant chacun six coups à tirer. Le roi parcousLi rut tous les rangs , parla à tout le monde "ts marqua qu'il sentait ce qu'on faisait pour lui i et par là il quadrupla sa force. Aussi le peÛMJ journal dit-il aujourd'hui dans une chanson sui cj l'air de Joconde :

Aux cartes dame Nation

Joue avec la noblesse ;

La noblesse est en grand guignon ,

L'autre triche sans cesse.

Quoiqu'elle soit dans le malheur.

Pour elle je parie ,

Il ne lui faut qu'un roi de cœur

Ponr gagner la partie.

Le discours du roi à M. Bailli est plus surprenant que je ne l'avais dit. Il témoigne être

DU PÈRB LBNFANT. ^^5

*u bout de sa patience , et semble annoncer de Isi rigueur. Amen. Au sortir de chez le roi , où l'on dit qu'on voulait introduire quarante à cinquante femmes ( des demoiselles de Saint* HoDoré), ce qui fut empoché, un brigand se jeta sur un des chefs de la garde nationale, le terrassa , et se disposait à Tctrangler , lorsqu'un membre de la noblesse vint à son secours ^ le délivra , et somma M. le maire de le faire arrêter. Celui-ci dit qu'il allait prendre les ordres du roi. Le roi répondit ; c Vous avez des lois, faites-les exécuter. «Finalement le coquin «1 été arrêté , à ce qu'on dit.

C est le général Bender qui a fait emprison- "^crla Fameuse.

L'empoisonnement du cardinal de Rohan est ^rès vrai ; le prince son frère , qui est ici, l'a Confirmé , et il n'est pas rassuré sur les suites relatives à sa santé. Le départ du jureur et sacreur d'Autun n'est pas si sûr. Il y a eu ce matin un nouveau sacre ou sacrilège à Notre-Dame ; chaque jour voit éclore de nouvelles horreurs. Jamais on ne sent mieux le prix du soleil que

224 CORBESPONDANCE SECRÈTE

lorsqu'on est dans le sein des ténèbres au milieu des précipices ; c'^st aussi lorsque dans l'aveuglement des passions on se voit entouré de crimes, qu'on apprécie les utiles beautés de la religion.

On est encore incertain sur le succès du voyage de Mesdames ; elles ont écrit , ou plu* tôt elles ont signé sans la lire , une lettre écrite au président de l'Assemblée, qu'elles terminent avec l'assurance de leur respect ; malgré le décret, du 19 juin j cette formule a paru extraordinaire.

On dit qu'hier on a appris que le camp de Jalès était en mouvement , et l'on envisage avec frémissement les maux que peut occasioner une guerre plus que civile , si c'est une guerre de religion , ou pour mieux dire dlrréligion.

On doit , dit-on , s'occuper incessamment à l'Assemblée de la régence duroyaume. Je n'entends pas que ce puisse être pour le moment présent, malgré l'audacieux délire qui a osé en faire mention dans quelque club particulier. C'est donc afin de faire des règlemens

DU PÈRE LENFANT. 2â5

pour Tavenir. On présage bien du brait lors de

ces discussions ; il y en eut beaucoup hier au

sujet des émigrans,donton fixera le sort demain

o^a après.

Jliëvôque de Soissons continue à donner les

ï>«'euves du courage le plus héroïque. Sadou-

tïre, car il n'a point de successeur , fut seule-

^nl installée de jeudi dernier , et déjà Ton a

it: Tider l'évèché à Soissons; on en aôté les

subies 9 et le légitime prélat , retiré dans son

Kioinaire , a reçu ordre d'en sortir et de s'é«

^^5çner; il a parlé avec une fermeté et uneonc»

^*^^>nqui ont déconcerté les porteurs d'ordre. Il

L toujours à Soissons.

Jeudi matin, après le sacre, une vieille femme

peuple ayant vu entrer dans rAssem-»

fée les deux nouveau-nés et bâtards de Tépis*

»pat , vit ensuite arriver M. 1 evèque du Mans:

^Ulh! monseigneur, lui dit-elle, vous allez tron-

r deux nouveaux évêques; ils viennent d'être

'^créspar un cocher de fiacre, i Le mot est cer-

lin ; jugez de la vénération du peuple.

On a fait une pétition à TAssemblée pour que 1. il

il)6 CORRESPONDANCS SIGRKTE

M. le grabd^aumôniér perde sa place : soâ erU -

me est de n'avoir pas prêté le sermeât » de ne ^

pas noâiaier un prédicateur qui ait juré , et de

n'avoir pas présenté au roi les deux sucoéasenrs

potiches des apôtres.

.. Il y a eu aujourd'hui grand monde à la cour.

I^a reine l'a remarqué et l'a dit d'une manière . obligeante qui a fait impression. Jeudi soir il y • en avait plus encore ; l'intérêt qu'on a marqué à la cour parait avoir produit un grand effet ,et la reconnaissance de la cour en produit un aussi tr^ visible ; les cœurs sont bien réchauffés, ' et vous seriez touchée des détails qu'une lettre ne peut contenir.

. On ne peut plus sortir du royaume avec de r^irgent Madame la comtesse de la est^

pjurtie pour Tournay avec quatre sacs de i ; aoo ' francs ; on lui en a laissé un pour achever sa-, rpute » et retenu trois. Même accident est arrivé à madame la princesse de Cholais, quivient^ «le retourner en Suisse ; on lui a ôté 5o louis ,« ne les jugeant pas nécessaires à son voyage. C'e^t; qu'on se plaint de ce que le numéraire spf t,^e

I-^r^nce. Il faut doHC y rester au uiilieq deadm** ers de toute eapèce , ou aller mpurir de failli iliçurs. Telle est la douce alterualive que proose la sage buiuanité des douze cent^.

Je laUse à la Gazette de Paris le soin dciTQUff. nstruire du rapport et du jugement du Ti^fJairQ e ^îîmes. Ils sont dans l'ordre du jour.

On a répandu, il y a quelques jours, que

reulesix mille brigands épars dans Paris se pro-

osent de piller les maisons, celles surtoutoù Ton

eut soupçouner de l'argent ; on les dit armes

caunes à dard et autres instrumens propres

soutenir leur opération. Je mets cette frayeur

u rang de celles qu'on procure aux enfans par

vieux contes sans vraisemblance.

J'oubliais que la blanchisseuse doit remettre

^:hez le boulanger Mercier un petit paquet à

^otre adresse : il contient l'instruction pastorale

^e M. l'évêque de Boulogne , adoptée par un

%rès grand nombre des évoques de France, au

sujet de la constitution civile du clergé. Si cette

érudition théologique ne vous amuse pas » elle

pourra plaire et être utile à des ecclésiastiques

ja8 CORnESrONDANCE SECHÈTE

de Yotre connaissance , et je vous invite à ne pas la perdre , elle est vraiment estimable. - Prévenez madame Aloudon , en cas de fuite en pays étranger, de ce que je vous mande sur la difficulté bien réelle d'emporter avec soi du numéraire en grosse quantité.

DU PiRE LE5FART. ^ 3 30

6 Mars 1791.

La scène du a8 février qui $e passa aux Tui* leries a jeté dans la capitale une consternation dont on paraît très vivement et très tristement occupé. Je suis persuadé , madame, que ce ré* cit aura fait sur vous une impression semblable* On n'apprend pas sans émotion que la noblessç entourant le roi ait été humiliée et avilie jusque dans son palais. Il existe une lettre im* primée de M. Yillequier et de M. le marquis de Duras à M. de Lafayette, qui annonce , quoique dune façon modérée , leur grand mécontentement. On y relève l'expression dont ce gér néral s'est servi dans une proclamation à la garde nationale , qui qualiGe de gens suspects quel<^ ques uns des gentilshommes qui se trouvaient dcns la chambre du roi , sans les désigner. 11 est une autre expression qu'on n a pas goûtée davantage. Le général s'exprime ainsi en pelant

sans doute des gentilshommes de la chambre : Le9 ehffê de la domeuititi da rot. Yous sentes combien ce langage a dû déplaire ; aussi ai-je cru remarquer qu'il avait fort déplu, et que cette circonstance n'avait pas girossi le nombre dès aitlié du gëhéral. Ce qui est certain , c est t[ûé là jôUMée du 28 a produit le plus tnaiiVàift tWH. La ûôblesse en gémit , le peuplé en trlôm**» phe, el l'on craint toujours plus quelque fu^ iieste ttplosion. Il m'a été dit aujourd'hui qtié eent sept pas^ports avaient été. signé* depuis lundi.

' Paris détient chaque jour plus redoutable ^ ti Cependant , à en juger par ce que m'a dît> \\y a vingt-quatre heures, un homme arrivé àè Xybh parla diligence, on est peut-être ici plui Tranquille qu'ailleurs. Il a néanmoins ajouté qu*on était si effrayé des agitation^ de la caprlàle ) quil avait fait la route absolument ^eut \ qu'on lui avait dit à Lyon que personne né d«mandait des places pour Paris , et il a fini par m*assurér que Lyon était depuis quelque temp^ ÀNané démocratie iticroyàble , ipr^s à^roif éié

DU PARE LENFÂNT. j)l

.d'iiQ sentiment tout oppose. Cela me fait réTOguer en doute l'invitation faite à Mesdames de France , dont on n ose encore affirmer le départ d'Arnay-le^Duc. Il y aurait sur cet objet de trop longs et de trop tristes détails.

. La ville d'Aucb , à ce qu'on prétend , vient de se déclarer hautement et fortement pour son . archevêque , qui s est conduit de la manière fa plus épiscopale et la plus courageuse. Elle rent .#]>5olument le conserver , et déclare qu'elle n'ea recevrapoint d'autre. La milice nationale est pour lui, et tous ont juré de ne souffrir aucune atteint^ k la religion catholique. Il est encore dans plusieurs endroits des fidèles qui lui sont attachée et qui ne veulent pas entendre parler du seiw ment.

MM* de Lafayette et Bailli n'ont pas eu honte de faire demander aux religieuses de l'abbayé de Panthemone leur église pour le sacre d'un Qouvel'évèque, et leur réfectoire pour le repaa« Ces dames ont opposé un refus&rmel, malgré> le danger des circonstances. i

. a. Je ne sais que vous dire du Brahant ; ^ on^dils

j|3a CORRESPONDANCE SEGRÂTE

qu'il y a toujours du mouyemcnt et de la fermentation , mais on n'articule rien de fixe; même incertitude sur le camp de Jalès , dont tAmi du Roi regardait hier l'existence comme douteuse, après l'avoir annoncée deux jours auparavant. Il m'a été dit par plus d'une personne que des lettres particulières en faisaient mention , et qu'on ne diflerait que sur le nombre plus ou moins grand de troupes. On parlfe de l'Alsace sur le même ton , et les nouvelles sont telles , qu'on ne peut prudemment ni les garantir ni les rejeter.

Dans mes petites courses de la soirée , j*ai appris que le roi était dans son lit avec un pea de fièvre , mais sans danger.

Le véritable et respectable évèque de Vannes, mandé devant l'Assemblée nationale, ainsi que les évêques de Treguicr et de Saint-Pol-dc- Léon , est arrivé à Paris escorté par deux gardes nationaux. Celui de Saint- PoI*de«Léon 8*est échappé de sa ville , sachant que le peuple voulait le défendre , et craignant qu*il n'y eût du sang répandu. Celui de Treguier n'a poiùt en*

DD rÈRE LENFANT. d33

cote paru. On fait actuellement le procès aVé' ir^ue de Dole pour une cause qui l'honore. Tîn certain abbé Latnourelle remplace monseigneur Tarchevêqua de Lyon ; j'ignore le nom de celui qui est nommé à Rennes. Dans le fond el à tous égards , ces noms sont très peu intéressans ; ils le deviendront pour l'histoire, qui perpétuera leur infamie en faisant les détails d'une persécution qui le dispute à celles que l'église a essuyées de la part des païens.

Madame la comtesse de Marsan se proposait d'aller bientôt aux environs de Bruxelles. Je ne sais si elle exécutera son dessein. D'après une lettre arrivée hier de celte ville , et dont j'ai entendu la lecture dcins les derniers jours du mois passé, il s'est élevé un mouvement violent parmi le peuple , qui, après avoir insulté les geus tenant les états dans le lieu de leur assemblée, les a forcés d'en sortir, et même de la ville; quelques jours après, le tumulte a recommencé , et ce pays n'est pas tranquille. Quelques personnes croient que ces manœuvres sont moins dirigées contre le souverain que contre

i^34 GOREESPONDANCE SEGftàTE

les anciens étaU dont on veut réformer la coVd— .position. On yamême jusqu'à dire que Tempe* reur n'est pas fâché de laisser faire cette besogne par le peuple » sans avoir lair de s'«a [mêler.

On craint que demain 7 , nous n ayoïis

. aussi quelque agitation , parce que la garde n^

tionale a ordre de se tenir prête. Cependant

-l'objet des discussions pour ce lundi n'a rien

d'intéressant , et c'est au mercredi des Cendres

.qu'est renvoyé l'examen de ce qu'il faudra régler pour les émigrans. £n attendant , on a affiché au coin des rues une proclamation du .département , signée par M. de Larochefou«> cUuld^ président , et que j'ai lue. On y exhorte jes habitans qui ont commencé la révolution par leur courage , à l'achever par leur soumis* sion aux. lois 9 et l'on convient qu'il est naturel qu'on cherche à quitter un pays où ne règne pas la tranquillité ; cependant où l'on ne laisse sortir qu'avec beaucoup de difficulté , où Ion saisit le numéraire qu'on trouve sur les voyageurs après les avoir fouillés^ .et 00 remplace

^^suîte cet argent par des assignats. Ainsi en ^^Wl à regard de madame la comtesse de la Watk allant en Flandre.

Quelqu'un de ma connaissance, et très digne

de foi , a écrit de Genève le détail des troublée

^\\\ ont agité cette république. La marche a été

à peu près la même îçpi'en France ^ mais on f

a été plus sage et plus heureux; la bourgeoisie

s est conduite de manière à apaiser les esprits «

et elle n'a pas imité la folie d'ÂTignon en se

donnant à la France. Je soupçonne que le pro^

jet était de Vy engager, ne fût-ce que pouf

mieux garnir le royaume de protestans. Il paraît

clair que le but est d'étendre cette secte, de la

mendre dominante, et d'écraser, autant que

faire se pourra , la religion catholique; -

Le nombre des maréchaux de- France serfc désormais fixé à six, et leur traitement, qui n'était que de douze mille livres , sera de trente.

Le Journal de Paris avait annoncé le 4 de ce inois que le roi avait donné à M. de Lafayettè Id surintendance dé la domesticité de sa MÉtisôi^;

â36 CORRESPONDANCE SECRÈTE

d autres papiers avaient dit nettement des Taleti Aujourd'hui le même journal annonce une ré« clamation de M. de Lafayette contre cette nouvelle , et il en promet Tcxplicalion dans une des feuilles suivantes.

On avait annoncé pour aujourd'hui la nomination du nouvel évêque de Paris (car le titre d'archevêque est supprimé ) , mais elle n'aura lieu que dimanche prochain. Messieurs les électeurs ont craint que leur ouvrage n'eût Tair d'une pièce de carnaval. Ils n'ont pas tort , et déjà l'on a dit, en parlant de la promenade faite à pied par les nouveaux évèques en rochet et en camail , qu'on les faisait courir comme le bœuf gras. Il est difficile de mêler plus d'absur* dites et de ridicules aux manœuvres déplora* bles qui amènent le redoutable fléau du schisme. A propos de schisme, je vous crois assez instruite pour savoir que vous ne devez point re«-' connaître l'évêque intrus nommé depuis peu dans la partie du diocèse de Besançon , auquel vous appartenez toujours, pour ne lui demander ni en recevoir aucune permission , pour ne

DU PiRE LENFANT. 20 J

communiquer jamais avec lui in diviniê , cela

veut dire dans les choses sacrées et relatives aux

sacremens , au culte , pour regarder comme

nuls ses ordonnances^ ses dispenses , ses rè«

glemens, etc. Tout reste pour la conscience

dans le même état , malgré les suppressions et

réunions de paroisses. Lisez M. l'évoque de

Boulogne ^ vous en retirerez des lumières.

Je ne puis prévoir ce que je ferai. Je suis encore dans de profondes ténèbres , mais non sans une grande espérance d'un temps plus calme et plus heureux.

Vous vous intéressez au cUrgé , eh bien ! vous saurez qu'on exige pour le payer, quoiqu'on ne le paye pas, un certificat de vie, l'extrait baptistaire, la copie légalisée de tous les titres de bénéGces , pension , etc. , qu'il faut aflranciiir le tout en le mettant à la poste.

!^S CORI^K«FOND4NGB «EGI^TE

lo Mars i79>t.

Monsieur, le plaisir que peuvent causer les nouvelles à des solitaires est sûrement bien tempéré par la nature des évènemens qu'ib ap*r prennent. Mes dernières lettres n'étaient pas réjouissantes , et il m en coûte toujours de prévoir, en vousécrivant» qu'il n'y aura de momeqt agréable que celui d'une impatiente curiosité qu'on satisfait , et auquel succède celui des plus tristes réflexions.

Je vous mandai, le 6 de ce mois, que le roi était' légèrement indisposé. Aujourd'hui voussaurez qu'on craint pour lui une maladie grave. On disait mardi dernier que le danger u'^xîstait pas , mais qu'il pourrait y en avoir/ Depuis on a- annoncé du mieux, mais ce mieux n'était pas encore le bon. Sa maladie est une fièvre catarrheuse avec des redoublemens et une toux considérable. A voir la structure de ce monarque.

" DU pAbs lknfant. ad^

OQ juge facilement qu'il y a place pour bien des humeurs ; et à suivre le cours de 0a vie , qu^ n'hésite pas à croire qu'il y a dans son âme bien descbagrina. Je né suis pas éloigné de penser que la journée du à8 février , dont je vous ai dit un ; nH)t, a fait sur lui une impression profonde. i>msolente stupidité de quelques personnes du peuple ne rougit pas d'en accuser la noblesse i - ^ais celle-<:i , nullement coupable et plus; ^<^lairée y sent combien ce qu'elle a éprouif^é; ^hez le roi a du retentir au cœur du roi lui-^ ttéme. J'ai remarqué qu'aucune des feuille^ -^Ovinètes et raisonnables na fait mention d^- ^*tie hideuse aventure , et elles ont agi sagf-* ^^^©m , car il n'y aurait pas moyen de narrer \m: ^'ît do cette espèce* Je vous en épargne les t\^ ^*îciiles et honteux détails.

Lr'abbé Ifarolles, jadis curé de Saint-Quentiaf [

^^^ fait évèque de Soissons , non par la misérw

divine et la grâce du Saint*Siége , mais

la permission de la redoutable, justi^ de

^^>^u et par l'impie audace de l'Assembl^ei e&t

^^'dao5 son piétendu diocèse, h^ jettjr^. qnii

corhespoitdaitcx secrète pic son entrt^e, dit qu'il a commeocé parse tdccralter,' qu'il est moott' dans «on palais, ; grand pour sa petite grandeur; que de Inlc maisons honnêtes qai sont à Soissons, In existe qu'une seule très rtivolutioaaaire ' lia porte ne lui soit pas fermée; au total, que It-iat, soi-disant i^Tëquc diocésain , a d(i fitrc Iflatté de l'accueil qui lui a* ûté fait. 11 a lé pire dans le diocèse de Laon, dont on lit une partie à celui de Soissons. A.u sortir ^

p église de religieuses qu'il venait d'euteo- .^

k:hanter au chœur, il s'est transporté au .cj

- pour visiter ses pieuses ouailles: elles ^• it fait dire qu'elles étaient toutes dans -^s lit. |<ebonex-curé n pu se rcj^arder comme ^^a

kjcstc ambulante, puisqu'à son approcha

lest frappé. Il a espéré qu'il serait plu^V-^i^

tux chez les frères des ■'■ — ' — '--'-iirnnn

Iccux-ci n'ont été ni plus curieux, ni plu^^^^^

Clés: iU ont fait répondre qu'ils étaîen^^^ '

:ciipés pour le voir. Le tout frais moa^ '

ir n'a pas pu se défendre alors d'un doute ■= '^f

en peut Ctre un que pour lui, et U a dit '

I K-ili

DU PE1\E LEKFANT.

c ne sais pas si j*ai bien fait d'accepter cette <€• •Voilà le sort qui aUend lexcroijsance Lscopale qui forme la grande maladie du rgé de France. Mais il guérira : le zèle et la jneté des véritables évêqiies attireront les sers de Dieu , et Timpudence sacrilège', des sieurs intrus ne pourra réussir qu'aux yeux ce qu'il y a de plus déréglé parmi les homs.

Osl révêque in parllbus de Lydda qui a été

oisi pour remplacer M. de La Luzerne. On

rit de Langres que les paysans, électeurs en

^^ ^'^ s grand nombre, avaient mal lu ou mal en-

^^^ ^îdu le nom de celui qu'ils devaient nommer.

'^ Vîssi l* Ami du Roi ne doute pas qu'on ne leur

^^l fait éKre, facilement, ou le pieux Mirabeau^

^U le catholique Bnruave : ce sont ses termes.

^1 présage une mauvaise réception à M. de

X,ydda.

Comme le décret qui exige le serment des prédicateurs n'est pas encore sanctionné , le très grand nombre de ceux qui devaient prêcher dan» les paroisses commencèrent hier leurs sta-

â|!3 CORRESPONDANCE SECRÈTK

lions ; celui de la cour n'aurait dû commencer la sienne que dimanche i5. 11 a dû vous faire savoir qu'ayant vu deux fois M. le grand -aumônier, et notamment lasemaine passée, il avait été dit que le roi s attendait que le prédicateur ne jurerait pas , et qu'en conséquence il avait été ajouté qu'il n'y aurait point de sermon. Cette décision annonce que le monarque sentait rin-» convénient de prêcher contre le vœu de l'As* semblée, qui, par prédilection, aurait pu inquiéter .par ses émissaires le prédicateur des Tuileries, Quant à moi, je l'en félicite, parce que, dans l'agitation où sont les esprits , il n'aurait fait aucun bien , et il pouvait se faire beaucoup de mal.

J'entends chaque jour des gentilshommes se plaindre de M. de Lafayette au sujet de la scène des Tuileries ; huit membres de la noblesse qui y furent arrêtés sont à l'Abbaye Saint-Germain. On parlait hier de lancer contre eux un décret de prise de corps, et môme de les envoyer à Orléans, où l'on vient de créer un tribunal provisoire destiné à juger les crimes de lèse-

nu P*TIR LEffFAWT. 245

nation. Ce tribunal sera composé de quinze membre^ , dont quinze districts du voisinage ^'Orléans fourniront chacun un juge. Du reste, M\\ le cHme qu'ils doivent Juger , ni la peine ^ont ils doivent le punir, ne sont énoncés n( connus; tout sera donc arbitraire. On prétend l'onder le décret de prise de corps contre les Luit prisonniers y parmi lesquels est un fils du malheureux M. Rerlier, sur une ancienne loi du temps de Henri IV ou de Louis XIV, qui défend d'entrer chez le roi avec des armes. Je n*ai pas l'honneur d'être ou avocat, ou avoué, mais |e crois qu'avec un peu de sens commun dans l'esprit, de droiture dans l'âme , et d'amour de la justice dans le cœur, on établirait démonstrativement la diflerence d'aller en armes chez le roi ou d'être admis chez lui , pour lui. Le règne de la raison et de l'équité s'est évanoui avec le trône de France. Il n'existe plus dans Ce royaume dévasté que la calomnie et la violence ; pour être coupable , le crime n'est pas nécessaire, il ne faut qu'avoir un ennemi qui lui-même soit criminel.

5^44 COTIBESPONDANCE SECBÉTE

On continue à régaler les riches du doux espoir de voir piller leurs hôtels; on donne ce moyen comme le dernier essor, et en môme temps comme le plus sûr appui pour achever et étayer la constitution. L'appât du gain excitera l'ardeur des brigands , auxquels on devra en très grande partie le brillant succès de la révolution. Elle vient de reproduire ses fureurs enPicardie,où môme la marquise do LaMire a essuyé unchoc aflVeux de la purt des paysans, qui lui ont mis le pistolet sur la goige et le sabre sur la tète, pour lui arracher des renonciations à ses droits, et dos billets portant une promesse considérable d'arirent.

J'ai appris que le roi était moins mal , mais qu'on n'était pas rassuré. On craint qu'il n'y ait de la malignité ou de la putridité dans sa fièvre : il a craché trois fois du sans.

Vous avez pu entendre dire ce qui court tout Paris depuis doux jours , et que je ne vous rapporte que d'après les bruits et h*s papiers publics On répand rentrée, ou faite, ou prochaine, du prince de Condé en Alsace ^ selon les uns

avec six, et selon d'autres avec huit mille hommes. Si vous voulez ce que disent ios politiques, ou la nouvelle est fausse, ou il y a un plan inconnu : cela paraît juste. Comme M. le marquis d'Aulîchampest un des chefs à la suite du prince de Coudé , on a fait arrelcr il y a un ou deux jours àon secrétaire, qui est à Paris, chez lequel on n'a rien trouvé. Les observations du Poslil* Ion (c'est le litre d'un imprimé qui tous les jours rend compte des séances de l'Assemblée nationale) disent aujourd'hui que le premier coup de canon tiré sur nos fronlières sera le signal du pillage général de toutes les maisons des ci-devant nobles, et l'on ajoute dans le public qu'ils seront égorgés. Selon moi, ce sont des gens qui ont peur eux- mêmes , et qui veulent eflVayer. Je ne puisiien vousgarantir , si ce n'est que ces briiils sont fort répandus et qu'ils commencent à s'accréditer. Il y a sûrement des lettres particulières qui les autorisent ; il en est d'autres qui ont l'air de les infirmer. Celles de Nancy sembleraient préparer à croire ce qui se dit depuis plusieurs semaines. J ai entendu

246 CORRESPONDANCE SECKETE

des choses relatives à ces assertions , mais vous savez que je ne crois plus si aisément depuis que j'ai été si souvent trompé. J'attends.

On m'a dit aussi que Mesdames avaient passé par Lyon, dont elles ont eu lieu d'être contentes, et on les croit hors de France et sur le point d'en sortir.

Madame la comtesse Jules de Rochechouart ayant demandé une audience à M. de

Lafayette par intérêt pour le ûls de M. Bertier ,

dont on la dit parente , le général est venu chez elle. «Ce n'est point, monsieur, luia-t-elle dit, pour vous demander une grâce : je veux savoir seulement de vous si vous donnerez à M. Bertier

le fils les mêmes juges qu'a eus sou père.» Le général a été déconcerté delà question ; il a repoussé l'accusation comme ne lui étant pas personnelle, et a parlé de quelqu'un dont il a mis en avant ta faiblesse, t La faiblesse des uns , le sommeil des autres, a repris la dame, voilà, messieurs, ce que vous vous passez réciproquement.!

On dit les deux Lameth un, peu déchus dans 'opinion publique et chez le peuple. On les

croit brouillés avec Mirabeau, et celui-ci passe pour s'êlre n-clamé du côté opposé à celui dont il a été jusqu'ici. Je no crois plus en ce genre que ce qui m'est démontré.

On n'est point revenu sur la loi des émigrails contre lesquels Mirabeau s'est élevé avec force , et Ton pense qu'il n'en sera plus question. Cedit seigneur vise , dit-on , au mi* nistère, et promet la tranquillité dans Paris. 11 a besoin de ce miracle pour établir sa réputation en genre pacifique. Dans le fait, c'est un homme bien extraordinaire dont on n'est pas tenté d'envier le mérite d'après l'usage de ses talens.

Je viens de lire une lettre de cinq pages d'une brochure in-i 2, de M. du Portail, ministre de la guerre à l'armée française. Elle a été singulièrement applaudie à l'Assemblée, qui en a ordonné l'impression. Je ne m'en étonne pas : il n'y a rien de si manifestement et si platement constitutionnel. Ce serait un excellent exotique pour tout aristocrate sensé. Cette lettre, écrite dans la circonstance , fortifie un peu la rumeur

a48 CORRESPONDANCE SECRETE

publique sur la prochaine arrivée des troupes.

Aujourdliui lo , la Gazette de Paris parle pour la première fois de la journée du 28 : ce qu'elle en dit justiGe le silence de ceux quî n'ont pas osé en parler. Elle est éuergique, et , dans le vrai, l'espèce d'excès dans lequel l'indignation la jelle est pardonnable.

Je répondrai h madame sur son invitation à retourner chez elle. Je lui alléguerai les raisons pour et contre; probablement la .circonstance se réunira à mon amitié poiuMue Gxer à la campagne ; mais je ne veux ni jureur, ni intrus. 11 faut d'ailleurs essayer d'avoir des assignats.

DU PÈRE LEKFANT. ^49

i3 Mars 1791.

Je VOUS sais très bon grc, madame , cleloirre que vous me faites d'aller chercher la tranquillité dans votre solllude avec un de mes amis. Je serais peu éloigné de prendre, ce parli, s'il ne rencontrait pas des obstacles. Mais i^cet ami 9 décidé à vivre à la campagne , nest pas facile à trouver, li* Le moment actuel de crise laisse prévoir bien des difficultés à la campagne, et mt^me plus qu'ailleurs : je veux voir comment les choses pourront s'y arranger. 5° Les bonnes âmes de Paris dé.sirent que les personnes qui ont le bonheur de n cire pas schismaliqucs ne disparaissent pas du milieu délies en môme temps que l'unité de l'Eglise. Il est vrai que le secours est partout nécessaire dans ce malheureux temps 9 mais j'avoue qu'il l'est plus encore dans les villages^ où l'embarrassera bien

â50 CORRESPONDANCE SECRÈTE

grand. 4"" ^^'^^ î^î u'> emploi qui , quoique sans exercice , ne me permet pas de m'éloigner avant le temps , pour qui] soit dit qu'au premier signal j'en remplirais les fonctions. 5"* J*ai des dettes fort exigibles,- et en même temps très incertaines. Je dois me résigner au nonpaiement, mais je ne veux pas pouvoir l'imputer à ma négligence, et je fais actuellement des demandes qui , étant peut-être inutiles , sont cependant nécessaires.

Paris, que les uns regardent comme le lieu le plus sûr , et qui parait à d'autres pouvoir devenir le théâtre des plus affreux désordres , est vraiment fatigant. Les cris journaliers des vendeurs de poison imprimé , les tambours, assiègent les oreilles; les habits bleus, les cocardes , les médailles, blessent les yeux ; les impostures, les horreurs qu'on attribue avec une stupide audace aux gens les plus vertueux, révoltent l'âme , et je vous félicite , malgré les dégoûts rustiques auxquels vous êtes exposée , de n'être pas témoin des scènes ridicules en tout genre qu'offre presque journellement laça-

DU PÈRE LENFANT. â5l

pilale. Je sais et j ai vu ce qu'est une municipalité villageoise ; mais si vous étiez à même de ^oir une Assemblée nationale , et par-dessus tout le cortège déguenillé et nombreux qui en propage la terreur, vous applaudiriez à votre i)onhcur. Je ne sais pas comment vivent ici ceux ^ui ont la faculté de vivre ailleurs. Je dois , Malgré cet exposé ûdèle , vous assurer que ma ^Qté est bonne , que je passe une partie de 'ïïa vie avec l'élite des gens vertueux et aima- *>les qui nous restent, et qu'en totalité je con- *^ais des personnes beaucoup moins heureuse» H^e moi.

Voici des jours superbes , et le printemps a devancé l'époque ordinaire de son arrivée. Depuis huit à dix jours , les rues sont pleines de maquereaux qui ne viennent dans les années cooimunes qu'au milieu ou à la (in d'avril : y aurait-il eu aussi quelque révolution dans la mer ; quelque assemblée de crocodiles , de baleines , de monstres marins; aurait-elle jeté répouvante parmi les timides habitans deseaux?

253 CORRESPONDANCE SEGRÂTE

Quont-îls gagné en s'cxpatrîant ? Ils ont éié dévores dans une terre étrangère. Il n'en est pas ainsi de nos réfugiés ; ils en sont quittes pour beaucoup d'ennui , el c'est en partie ce qui peut nous en ramener quelques uns.

Mesdames "sont enfin hors de France! Des lettres de Chaœbéry bien sûres 1 ont annoncé: elles y ont été reçues, par ordre du roi de Sardaigne , comme il convenait de recevoir les filles et les tan les de deux feu rois; elles n ont fait que passer à l.yon, où Ton dit qu'elles ont été fêtées à leur passnge. Elles sont arrivées bien portantes , mais bien fatiguées. Leur sortie a été une victoire remportée sur le club des Jacobins.

L'élection du nouvel évêque de Strasbourg a été faite par les luthériens. Il est douteux s'il y a eu quelques catholiques parmi les électeurs. Trois cents des vrais fidèles sortirent de l'Assemblée à la suite d'un paysan honnête et éclairé qui déclara, pour l'acquit de sa- couscîence , qu'ayant un évèque lég'lime, celui qu'on nom-

DU PÈRE LENPANT. a53

ferait serait schîsmatiquc ; qu'il ne pouvait ni ï^o voulait y consentir. Cela dit, il se retira. Apres rélectîon , les catholiques et surtout les dilTcrens corps delà ville auxquels on lannonça, ï'cfustTent de le reconnaître : ils Font délégué ^t abandonne aux luthériens dont il est 1*011vrago.

A iNîmes, ce sont aussi les calvinistes près* ^we seuls qui ont nommé Tévôqué de cette ville. Le choix est tombé sur un du Mouchet , rccleur de Tuniversilé de Paris , qui s est déshonoré, et qui a vainement essayé de faire part de sa honte à funiversité par la prestation du serniout. Ce M. du Mouchet n'était pas plus connu à Nîmes, que M. de Lydda à Langres , ot 5l. Laraourette à Lyon , où respectivement il>onl obtenu K- siège épiscopal, qui, comme je l'espère , ne les empochera pas de siéger par ferre. Peut-il C-lnî plus évident que l'Assemblée dispose de tout dans le royaume; quelle fait jtïouvoir par une baguette dont lor fait Tenchaotemcnt, cette multitude d'ùtres imbéciles

qu'elle a rendus ses esclaves sous i'insidieuB prétexte de la liberté?

lé Ami du Roi nous annonçait hier que tout s«h pacifiait à Bruxelles , dont on attribue ici les. niouveuiens à une politique de l'empereur, ^ il ajoutait qu'on venaitd y arrêter douze França occupés à débaucher les troupes impériale^B ils étaient munii^ d'une somme qu'on fait mo^ ter à vingt-cinq millions , lesquels ont été saisi

Depuis plus de quinze jours on nous fait e -^ pérer la pi'ochaine arrivée de la réponse du paf^ sur les affaires présentes, et nous l'attendoi^ encore. En attendant , le schisme étend &es r""^ yages, les évêques intrus se multiplient, \^^ profanations ravagent le lieu saint. Heureuse ment .la nature des élections est une espccr d'antidote aux maux qu'elles causent, et 1^ choix des sujets vérifie ce qui a été dit , j^ crois , par le petit Gauthier. Il prétendait que l'Assemblée nationale avait mis au creuset le clergé de France , et qu'il ne lui en était resté que la crasse. Cette dernière expression n'est pas sans fondement.

Di: FÈRK LEiXFANT. 255

Si ce qu'on dit des dames de Troyes dans un ouvrage que j ai lu esl vrai , leur conduite est l^elle et touchante : au moment où a été rendu 'o décret qui ordonne le serment , elles ont renoncé au jeu, aux spectacles, pour en employer l'argent à soulager les ecclésiastiques ÎUe leur ûdélité rend pauvn»s. Il y a dans dif- ^*?t'enles villes de province nombre de traits * peu près semblables.

àSi j'étais avec vous , je ne sortirais pas da * ^sceiatcde votre habitation. Vos chiens, vos «J>îns, vos poules, vos pigeons, vos cochons ^*^^me , fixeraient mes amusemens.

Ne tardez pas à vous munir de toutes les permissions de chapelle et au très dont vouspourriei ^voir besoin auprèsd'un grand-vicaire de M. l'ai^ chevèque deBesançon; l'ancien s'entend, et non de ce petit bossu de Seguin que j'ai vu enfant , et dont les parens sont vraiment respectables. On dit le roi hors de danger et sans fièvre. Les huit prisonniers arrêtés le 28 aux Tuileries sortiront demain de prison , s'ils n'en sont pas sortis ce soir. Les difficultés qu'a éprouvées

256 CORRESPONDANCE' SECRÂTS

leur délivrance font horreur lorsqu'on les compare à Tabsolutlon prononcée sur les rebelles de Nancy, sur les brigands de Toulon , les assassins de Nîmes , sur les parricides des 5 et 6 octobre. Je suis encore ému de ce qu'en dit l'j4mida Roi, avoolant de force et déraison.

L'évoque de Lydda vole de siège eh siège : il vient d'ôtre nommé à celui de Paris; c'est la nouvelle du jour. Il y a apparence que la capitale fixera ce prélat, auquel s'adresseront les postulans de mitres , bien plus dignes d'ôlre simplement crosses. La rélraclalion du curé du Choîsy-Ie-Roi,nomniéàrarchev6ché de Rouen, est certaine. Ce pauvre homme, dont on détaille les séductions , fait pitié. C'est la crainte de la lanterne qui Tavait décidé , et aujourd'hui moins effrayé , il renonce formellemeait.

Après avoir quitté Lyon , Mesdames ont été accablées d'injures jusqu'à l'entrée de la Savoie. Alors, saluées par une artillerie majestueuse , escortées par de superbes régimens , elles se sont retrouvées princesses , et le regret de quitter la France n'a pas dû en sortir

nu PÈRE LENFANT. StS'J

uyec elles. Quelle nation ! quelle nation ! Su- Uinie philosophie , vois tes œuvres , et ose encore vanter tes leçons !

Avant-hier les assignats perdaient six et demi j)our cent.

M. de Montenon a lu ce matin à l'Assemblée une lettre qui dit que tout va s'arranger avec les princes d'Allemagne. J'ai entendu fortement contester la vérité de cette nouvelle du ministre.

a& coiMifëflftAliCi siâkin

16 M«ii 179 >•

Vos commissions y madame, toujours idlé- Irtssantes pour moi , le deviennent à tm nou^ veau titre lorsque votre zèle pour la religion et Ses dignes ministres vous engage à me les donner. J'avais prévenu vos désirs à legarddeM. lecuré de Bourbonne y qui sûrement sera secouru. J*ai parlé aussi eu faveur du très respectable auteur des écrits que vous m avez envoyés. Si le besoin de ce dernier était pressant , marquez-le-moi. Instruisez- moi aussi de h situation du digne et vertueux curé de Bourbonne. Ce dernier a un titre spécial aux soins de la dame charitable , puisqu'elle le connaît. Mais j'ai promesse qu'on aidera l'un et l'autre. On veut seulement , ce qui me parait sage 5 ne donner que lorsque la chose est nécessaire , afin de pouvoir soulager

f)liisieurs. Oh Veut aussi que tous ayed l'air dtt faire remellre ce seeours avec uti secret qrti laisse ignorer doù il vient. Ce désir est très louable dans la personne dont la maiti se cachc^ iDdis je ne vous ferai pas un cas de eonscienscs do laisser entrevoir la bienfaitrice; l'embarraé sera de vous faire parvenir l'argent. Si les aâ^ ftlgnats ne perdaient rien ou perdaient peu 4 \à chose serait plus aisée. Voyez, examinez , con<$ éultes monsieur yotre mari^et marquez-moi lea résultais. En attendant, si les besoins du pair* leur étaient urgens , vous pouvez lui faire par^ irenir par emprunt ou par yous-mème , quatre louis^ que du premier mot la dame m'a prômif J Elle est ici surchargée par le nombre.

Nous voici dans de nouveaux momens d% érise. Demain , à ce qu'on dit 9 le nouvel aillH archevêque de Paris est proclamé. On annone« tnCnne une illumination ; la mienne ne me rainera pas. Il est vrai que pour en pallier Tim^ pie 911 le ridicule , on croit qu'on prétextera la eonvalf scence du roi , qui en eOet est biea» doit se (aire l'ioatallatioa des anli*

Jl60 COEEESPONDANCS SBCRilB

curés. Toutes ces opérationsi^chaufient les tètes et font craindre quelque tapage.

J'ai lu ce soir une proclamation du département de Soissons qui fait horreur : c'est le tocsin le plus marqué et le plus furieux contre les prêtres, à l'occasion du vérit&ble et vénérable évèque de cette ville, comparable aux Hilaire et aux Âmbroise. Le curé aposlat qui a usurpé non sa juridiction , mais sa place et son palais, recueille déjà de la part du public les hommages que mérite son infâme intrusion. Il en sera de même partout. J entends donner des ordres aux suisses des grandes maisons et consigner aux portes, et Tévêque postiche de Paris , et les soi-disant curés ; mais le peuple est si égaré, il est en même temps si bête y si bête , si bête, qu'il n'y a pas d'expression qui en rende la stupidité.

- Hier soir l'Assemblée nationale a prolongé sa séance jusqu'à minuit et demi pour y faire ia cruelle opération qui ôte plus d'un million de rente à M. le prince de Condé, en déclarant que le Clermontôis, qui avait été au grand Çoodé ,

DV PiBE LENFART. d6t

et dont la donation a été confirmée par des traités de paix, notamment celui des Pyrénées, appartenait à la nation.

Ce matin les Tuileries retentissaient des cris de Findignation publique : on dit que tout le monde était révolté. Pour consolation, Ion an* nonce que les quatre millions que demande le duc d'Orléans lui seront donnés. Non , mada* me, il n y a pas d'exemple d'une audace, d'une injustice , d'une extravagance de ce genre. On se regarde, on est dans une stupeur qui paralyse la langue , à mesure que l'improbation est plus vive. On ne saurait croire ce qu'on apprend^ et chaque jour on apprend, sans compter ce qu'on apprendra.

On dit l'impôt décrété , mais on n'a pas encore une idée bien nette de ce décret. J'ai oui dire seulement en passant que les propriétaires seraient autorisés à réclamer si leurs impositions excédaient le cinquième de leur revenu franc. Si cela est vrai , vous saurez à quoi vous en tenir lorsque la chose sera constatée.

Vous verrez dans la Gazelle de Parié là réo«

tOa C0RRBSPONDAMG& SECBÉTE

nioa des tribunaux dans le palais pour juger las criminels détenus dans les prisons. On ea porté le nombre à dix-buit cents , et M. Du<port dit Ces jours derniers à l'Assemblée qu'il avait connaissance d'une coalition de trente à garante mille brigands dont le dessein était d'exercer leur métier dans Paris. Voilà sârclaent le club le plus nombreux, mais je crois éelui des Jacobins beaucoup plus redeiitable» Il agite, il ravage tout le royaume.

. La paroisse de Saiiit-Sulpice est divisée en (rois, les églises de TAbbaye et des Jacobins de 1^ rue Saint->Dominique ont chacune un nou- ¥epu curé. Autrefois il n'y avait que la foire de Saint Germain , à présent il y a foire de mitres, foire d'intrus, foire dejureùrs, et le tout ?îent de la grande foire d'impies dont Paris est inondé. {I est vrai que les malheurs de l'Eglise en rc- .veillent les enfans ,et ma lettre serait longue ai je vous détaillais les vertus que font éclore parfiii eux les ministres du diable.

L'évèque de Lydda a été proclamé ce matin ^iqstnllé i^ Notre-Dame avec grande pompt et

bu PÈRE LENFANT. j63

au grand scandale de tous les gens de bien. Ce même évêque apostat opina, le i*'de jiiin de Tannée dernière, que la constitution du clergé faite par TAssemblée est opposée aux principes et aux lois de l'Eglise , tellement qu'on ne peut la mettre en pratique sans blesser sa conscience. Il cita le concile de Trente, il dé« clara qu'il fallait recourir à lautorité spirituelle. Il fit imprimer son opinion que j'ai lue aujoup« d'bu! même. Mais la vue et le désijr d'un faux épiscopat ont fait dans son âme une révolution dont il veut le proQt au prix de la honte, de Tignoroinie et du salut. Ce monstrueux prélat, que M. révoque de Bâie ; dont il était grand-Ti« Caire, a interdit il y a deux mois pour avoir prêté le serment , part demain pour aller chercher à Sens une institution canonique que le cardinal jureur ne peut pas lui donner. La première dé« marche qu'il fit après son électron fut d'aller au club des Jacobins lui faire ses remerciemens. Ses discours ont été aussi plats que sa conduite est scandaleuse. Cependant il y a aujourd'hui iiluminatianf soi*disant pour le roi, et dimanche

a64 correspondance SECRiTE

on recommencera sous le même prétexte. Il eût été mieux d*étendre un crépc sur la porte des églises et de revêtir de noir et de pleureuses tous les catholiques.

Un député m'a dit cet après-midi que Ion paierait le sixième de son revenu franc. Le dé* cret venait d'être rendu.

L'affaire du prince de Condé fait toujours grand bruit. On réduit seulement sa perte à six cent mille livres, et en tout, vu ce qu'il perd d'ailleurs, à un million.

Il est très certain que Mesdames sont parties de Chambéry jeudi dernier. M. le comte d'Ar* tois, qui est de retour à Turin, a dû venir au* devant d'elles.^

11 est onze heures du soir, et j'eutends crier des horreurs fabuleuses sous mes fenêtres. On parle de poignards envoyés ici par des étran* gers pour massacrer la garde nationale, et ensuite enlever le roi. On veut effrayer le peuple en lui persuadant qu'il y a un rassemblement de troupes en Alsace; on crie aussi le jugement du curé condamné à faire amende honorableicomme

DU VÈU LENFÂNT. ^65

'^ ^îl la Gazette de Paris. L'objet est de nour- ^'f une fermentation et des frayeurs qui, quoi- <I«e imaginaires, échauffent toutes les têtes.Croîriez-vous qu'on a poussé la scélératesse jusqu'à Taîre graver la forme d'un poignard à trois lames, «îtjî n'existe point, et à insinuer au peuple qu'on '*« trouvé, le a8, dans les poches des gentilshommes réunis chez le roi. Ah! madame, qu'il ferait bon être sourd au milieu des clameurs ^ont Journellement sont déchirées les oreilles! Disons des choses plus gaies; un petit jour* nsil s'exprime ainsi : • On mande de Soissous ^Uo le nouvel évoque, M. Marolles , vient de •"^riToyer son cousin-germain , ci-devant suisse ^^^ palais épiscopal, cet emploi devenant inu- ^^1^ par le parti qu'a pris monseigneur de n'y ^^trer que par la fausse porte. »

Une bouchère de Clermont, menacée de la

^^îse en prison pour ne pas vouloir approuver

■^ serment : «Vous me feriez bien de l'honneur,

'^épondit-clle , je me croirais un moment reine

^c France. • Vous voyez qu'il y a ici des gens qui

Irient de tout et qui entremêlent la plaisanterie

9(16 COREB^BONDiNCB âECWàlE

k des choses très déplaisantes. On se lami di toujours pleurer.

J>s vols sont sans nombre ! on a volé encon cette nuit Saint*Etienne-du*Mont. On prêtent que dans mon voisinage il y a un repaire de ce brigands.

Les curés jureurs sont dans un grand eni barras; plusieurs ne veulent pas reconnaît^ révoque intrus ; cela les eOraie plus que le ser* inent. Ils sont dans une position très fâcheuse D'un côté, TEglise et leur conscience qui le aceuse ; de l'autre , TÂsscmblée nationale qg les regardera comme parjures et perturbateur du repos public s'ils n'adoptent pas la cposti tutipn. Il n est rien de tel que d'aller droit ^ Ui n*est que par cette route qu'on arrive à l'hoa neur et à la paix de l'âme.

Adieu, madame. Mettez-vous dans Tespri que Dieu seul peut consoler ceux qui souffrent et laissez à la Providence le choix des moyens je ne vois de sûrs que ceux qu'il voiidr employer.

Dv yin UNIAR, «67

S0 If an 1791.

Il est de toute cerlitude que le pape vient

^'«i^dresser un bref au cardinal-ai-ehevèque de

^^Qs, et qu'il lui dît d'une manière paternelle

^^ forte qu'il lui accorde du temps pour Si|

•"^Connaître , et que s'il ne rétracte pas son seFr

^ont, il lui fera faire son procès pour |o di^

Fouiller de la pourpre. Tout Paris affirme ceM^

^^Uvelle; depuis a?ant-hier et aujourd'hui, 911

P'^tôt hier , elle a été consignée dans Cjémidu

lL.a Gazette de Paris vous développera l'af* ■^ît^c du prince de Condé , dont l'injuste et ré- ^^1 tante décision excite une réclamation gêné*

Xi'électioU et la proclamation du nouvel rque de Paris fait une sensation peu favpr ^Ic pour lui chez tou9 les gens, non^ulepieot

a6S CORnSPONDANGS SEGRiTS

religieux, mais honnêtes. On assure que pai lef curc^s jureurs il en est peu qui veuillent 1( reconnaître , et les voilà par conséquent dan» ^ l'embarras que vous avez raisonnablement J prévu. Chaque jour nous voyons se multiplieriez^' désordres et les ridicules de la nouvelle consti— J tution dont le tissu ne présente que des incon— véniens ^ des absurdités et des impiétés. Il pa»-^ rait impossible qu'une si détestable besogne se £ soutienne, et ce qu'elle a de plus raisonnable ^ contre elle , c'est elle-même. Il faut que les ^ remplacemens des prêtres fidèles à l'Eglise éprouvent bien des difficultés, puisqu 'avant-hier " on a prolongé de nouveau par un décret la per- ' mission qu'avaient les fonctionnaires publics ^ non jureurs de continuer leurs fonctions. Presque tous les prédicateurs exercent les leur peu* dant le carême. Il n'y a guère que celui de la cour qui soit muet pour des raisons particulières et très solides. Ceux qui s'intéressent à lui en sont bien aises , et ils le félicitent de pouvoir échapper au danger de la circonstance. Quelques personnes l'ont blâmé , parce qu'il avait

BU PÂRB LENFANT. il 69

socsecrel qu'il a pi^ enfin déclarer pour sa jus-* tiGcalioo , et qui Ta rendue complète. Il est très vrai que certains bruits sur son compte ont été généralement répandus , mais il ne l'est pas moins qu'ils n'ont aucun fondement.

Je ne serais pas éloigné de me rapprocher

de vous , mais j'envisage dans votre séjour , de

la part des habitans , des dispositions qui me

dégoûtent , et je ne sais pas si je jouirais de

la tranquillité qui est le grand objet de mes

désirs. Pour ce moment, elle est plus à la cam-

pagoe qu'à Paris , mais il y a aussi à Paris bien

plus de ressources contre les insurrections ;

^e qui y indépendamment de mon amitié pour

^ous et pour madame, pourra me déterminer.,

^Q sera la soustraction de mon revenu , car

Comment vivre dans une ville sans un sou ? Les

gens de mon état ne touchent absolument rien;

il faut donc attendre et voir.

Un député m'annonça avant-*-hier un projet désastreux sur la pêche , qu'on se propose d'ôter à tous ceux qui en avaient le droit, pour Je donner aux communautés , lesquelles l'affer^

niC^diit. Il èSf tel J^ârtieuliet* qui pixt èëMopSSm'A Hliôh perdl*ft quaràalé mille livras de Irèàtè. GëUM qui dnt la pèche du saumon sèréiot dëlîj Ce ces. Où voit le complot de inioer les riches sous le prétexte de soulager les pativres , et 8e^a Un coup fourré qui blessera mortellemen les uns et les autres*

D'après ce qui m'a été dit , les impôts se fént ctcessifs. Je tiens d'un député qu'un act ^asfté récemment chez un notaire a coûl^^-^ plus de deux mille livres pour les frais d'enre^- ^3 gistrement. C'était précisément un député diw^ ^ tôté gauche à qui arriva laventure* Il se récri fort sur le prix. Le notaire lui dit: «Mon— sietir, c'est la loi que vous avez faite. ^— Gom^*-.^^ bien cet acte eût -il coûté, dit le triste payeur^^ lOUs l'ancien régime? — Soixante francs, lui dî }ë notaire. Jugez de la valeur que nous avoD acquise parles hauts faits de nos législateurs, e èonnaissez le prix de leurs lois.

Je viens de lire le bref du pope au oafdinàK d«Loménie. Il est très fort et très modéré. Il fkwAB exactement dans ses dix pages des

^i^ches , des blâmes ^ une censtife positivé de

te conduite , une iiuprobation ùiafquëe et une

ûonduiii nation formelle de la Constitution du

êtefgë décrétée par l'Assemblée , des tiietiacei,

*l un éloge positif de J'union des éyèqueS ^ de

l^ur courage pour la bonne cause. On s*al*râ6he

ce bref, dont les exemplaires seront distribués

t>àr milliers. J'ai appris ce sôii* par dès dépblés

^[ii'on arait proposé une loi contre les écrite ,

'foiabdemeas, lettres, discours des évêqiîé^ ;

tiest pas là ce qui étonne, mais ce qu'il y a

surprenant , c'est que MM. Robespierre et Clli&pelier s'y soient opposés avec forcé , et Qu'ils aient fait abandotmer le projet.

11 parait depuis peu une drdonnaticé de M. l'évèque d'Amiens qui excommunie ip$d faùto ^oti successeur. Je l'aurai dans peu , à ce que K^spère^ Il parait que Cette marche sera celle ^Q tous les évèques, et cela ne formera pas titi ^^ible incident dans un besogne déjà fort càdti- ^t^è de sa nature.

Il s'est élevé ce matin dans la séance de VAitemblée une forto eonteétation dofitt je iiè

2^2 GOREESPpNDANGB 8EGRÂTX

sais pas clairement Tobjet ; je sais seuleme que le protestant Rabaud voulait faire pas^ un article favorable à sa secte , et que c'est Sfl rabeau qui a soutenu les catholiques. Cela ue rappelle le langage trivial du peuple , qui â quelquefois en parlant d'un homme souple -• adroit : II fait de son corps tout ce qu'il veut. Les pauvres religieuses sont mal payées. Il a quelque temps que les carmélites de la*rs Chapon ont été réduites à n'avoir à mang* pendant huit jours que des pommes de terr* Leur contentement y leur gaieté et leur alts chement à leur état , n'en ont pas souffçrt ce instant. On voit d'un coté des prodiges de ter veur et de zèle, pendant que de l'autre on ga mit des atrocités. En voici une bien réceûtea bien sûre dont je tiens le récit des députés qi ont prononcé sur l'aflaire. Il y a eu en dernifl lieu à Douai une émeute considérable occ sionée par un transport de blé de Douai Dunkerque , conformément au décret qui p6 met la libre circulation des grains dads royaume. J^e peuple de Douai s'est obstiné à j

DU PÉBE LENFANT. ^73

pas y consentir, malgré la dëclaration expresse dit département à la municipalité de cette ville, quiaffirme la légitimité du transport. La fureur du peuple s'est accrue , il a pillé le blé , il s'ei»t saisi d'un imprimeur capitaine de la garde nationale , et il Ta pendu. Il a si fort maltraité le marchand de blé , qu on a été contraint dé le trépaner la nuit suivante dans l'hôpital où oa l'avait porté. Ce pauvre malheureux n'en a pas été quitte : on est venu le lendemain l'arracher de son lit, et on l'a pendu. La municipalité a' constamment.refusé de requérir les troupes ctde' déployer le drapeau rouge. Les plaintes vien*** nent d'eu être portées à l'Assemblée nationale, et hier elle rendit le décret qui admet l'accusa^ tionde cette municipalité , qui l'envoie à On léans en totalité pour y être jugée par le nouveau tribunal , et qui prie le roi de la faire' arrêter. Voilà exactement le fait tel qu'il a ëtë rendu , il y a une heure , par uux membre de l'Assemblée , et dont je frissonne encore. On disait aujourd'hui que le nombre des

brigands était fort augmenté dans Paris; que les 1. 18

«74 COI^MSFONQAlfCl SICRÂTB

auberges en étaient remplies. Je ne saissit^Vst pour cette raison que j'ai lu ce ipalin , affichée 9fx coin 4es rues, une proclamalion qui défend l^s armes de toute espèce, môme les canqesà dard. J'ai lu aussi un avis au peuple de la part de la société civique des amis de la loi , pour avertir que les dimanches on fera dans Téglise d^s Théalins des instructions constitutionnelles en faveur des journaliers et autres qui ne peuvent pas se trouver aux assemblées générales. Qn craint quelque nouvelle explosion et le pillage de quelques maisons : voilà un échantillon de notre état ; il n'est pas couleur de rose. J'ai omis une circonstance sur l'horreur de Douai. Un soldat était en sentinelle vis-à*vis le malheureux homme qu'on pendait ; un officier a paru, et lui a dit avec ardeur et courage : tVenei avec moi et coupons cette corde. • Le co* quin de soldat lui a répondu : • Si vous y allei, je tirerai sur vous.b Voici une autre omission que je répare sur le bref du pape. Il annonce qu'il va adresser incessamment une réponse aux évâques de France , et l'on croit que dès ce

BU PÂnS ' LBUFAITY. 17!

momeat ellç est arrivée, et qu'on s'oocupe à li traduire ; on la dit très ample. Outre cela , il déclare expressément qu'il est obligé de prav Qonccr que sont schismaliques, et ceux qnl insliluentel ceux qui sont institués, et dé frappes de nullité tout acte exercé par les uns et par les autres, t Ainsi , ajoutc-t-il , que je lai déjà annoncé par ma lettre h notre très cher fila en Jésus-Christ , Louis XVI , roi de France , et aux ctchcvfiques de Bordeaux et de Vienne , en date des 8 et 9 juillet dernier. 1 Vous VQye^ qu'on a eu soin de tenir secrètes ces lettres. Oo no connaissait que celle de Tarcbevôque de

Vienne. Toula été dirigé à la ruine d^î Tégliis^» dont j'espère cependant que Dieu défendra le, caube.

La ferveur des jeunes ecclésiastiques est frap* pante. Hier M. l'tvôque de Clermont, diuo# part , et de l'autre M. levÊque de Chartres fai» saieut desordinations dans deux églises différent tes de Paris; la municipalité en eut conqais- •ance , et voulut interrompre ce dernier danf sea fonctions 9 mais en vain ; le nombre dei ofv

2'j6 COKKESPONDANCE SEGRÂTE

dînans élait environ de cent. On ne dira pas que la cupidité soit le principe de leur vocation.

L on a chanté ce soir le Te Deum , et selon VAmi du peuple, c'était pour célébrer l^heU'reuse tournure qu'a prise l* indignation de notre monarque. J'ai entendu lire sur cet imprimé C heureuse tournure de cette phrase. Le mâme auteur annonçait la conspiration tramée pour enlever le roi pendant le Te^Deum.Yous me prendrez pour un radoteur , mais croyez que ce n'est pas moi qui rùve.

Les évoques croissent à Paris comme les chcimpignons dans les champs; on parlait au* jourd'hui d'une fournée de vingt sacrés à la fois, je n'en suis pas sûr; celui de Versailles, qui se nomme l'abbé Avoine , a disparu; on dit que les chevaux de fiacre l'ont mangé. Comme il passait pour honnête, la réflexion et le remords peuvent l'avoir décidé à l'abdication.

Mesdames ont du arriver dimanche dernier à Turin; lorsqu'elles sont arrivées au Pont de Beauvoisin, dont une partie est France et l'autre

DU vint LENFANT. 277

Savoie, elles ont été accablées d'injures dans )a partie française 9 et à l'instant où elles sont en« trées dans celles du duché, elles ont été accueillies par les plus vives et les plus touchantes acclamations. Les ordres du roi de Sardaigne n'étaient pas les mômes que ceux du club jaco-* bile. Ce contraste a fait la plus forte et la phis naturelle impression sur l'âme des princesses; Elles ont fondu en larmes y et madame Adélaïde a resté quelque temps sans l'usage de la parole. Rien n'est plus aisé à comprendre pour ceux qui ont assez d'âme pour sentir. Le séjour de ces augustes et vertueuses princesses à Turin doit être de quinze jours : il est facile d'imaginer qu'en embrassant madame la princesse de Piémont et M. le comte d'Artois, on répande encore bien des pleurs de tendresse et de tristesse ; je ne m'étonne pas que notre nation soit en horreur, et qu'on eu redoute jusqu'au nom. Madame la comtesse d'Helmstatt n'a pu, en qualité de Française, obtenir permission d'aller à Naples, que parce que Timpératice, dont elle a été connue les années dernières en Toscane 9

978 CORKXSPONDÀNCX SECBETE

OÙ elle était grande duchesse, a repondu d*clle« Il n'y a qu'un cri dans ITurope sur l'aviFs^cment et la férocité d'un peuple jadis si brillant ; aveo la religion il a perdu sa gloire ^ et il est aux yeux des honimeft ce qu'il est devcmi aux yeux de Dieu.

Vous vous souyenex sans doute d*avoir tu dans la Gazette de Paris un discours du princo de Broglie à l'occasion de M. le maréchal coq père 9 pour lequel il demandait la conservntion de ce titre. Le maréchal a envoyé ime récla* malion aux auteurs de certains bons papiers publics; elle ne parait pas encore, mais ollo existe. VAmi du Roi la publiera dans peu, et je pense que la Gazette de Paris, très longue et peu intéressante aujourd'hui, vous en fera part. Vous ne sauriez croire dans quelle obseu^ rite sont tous les tribunaux. Les clercs de procu<« reurs étaient autrefois plus connus.

DU PÉRI LENFAirt. È'J^

»mm

t4 Mars 17^1.

Tout ici est dans une confusion et un dës6r« flre dont les détails sont inapossibles ; les persi^culeurs et les persécutés sont dans dé grands embarras ; ces derniers ont pour grande consolation la paix de Vbme\ et les premiers sem^ blcnt emprunter du trouble et du chaos de leur conscience de nouvelles fureurs pour pervertir eu du moins agiter ceux qui veillent sur la lenf.

Depuis dimanche dernier les scènes les plù% révoltantes ont mis le dernier sceau d'infamie à la manière d'outrager les catholiques; le pré*^ dicateur qui fait la prière du soir à Saint-Rôch fut assiégé de cris et de huées; on fit entendre comàie au théâtre l'ordre insultant à baSy à bas; forcé de descendre, il fut investi par un nombre d'hommes qui le conduisirent au district. Il eut une conférence avec le maire Bàilly, dôût h

â80 C0ERE8P01IIDANCB SECBbx^

petite et nouvelle grandeur ne l'effraya pas , et auquel il parla avec esprit et courage. Ce prédicateur, que je connais fort, et que j'estime autant, n*a pas pu remonter en chaire, au grand regret des bons paroissiens de Saint- Roch. Dans cette même église tous les confessionnaux ont été empreints des produits de la disgestion qui ne sont pas des produits nets. 11 ne manquait que ce trait aux opérations du moment ; tout devait y être vil à l'excès, et répondre aux âmes de boue qui tes dirigent.

J'ai fait mettre à la poste un petit paquet qui renferme,avec une lettre de M. Tévèque de Clermont aux électeurs de son département , un exemplaire d'un bref du pape à l'arcbevèquecardinal de Loménie ; ce dernier ouvrage, dont il y a déjà plus de quinze mille exemplaires distribués, vous donnera une idée de la position où se trouve le chapeau i*ouge , qu'on menace de teindre en noir. D'une part, le redoutable club des jacobins a, dit-on, fait savoir à son éminence que si elle rétracte le serment qu'elle a honteusement essayé de justifier j on

DU PERE LENFANT. dSl

ieodra sur son ancienne administration, qu'on épluchera avec un soin et des yeux auxquels rien n échappe. Ce cardinal vient de refuser à 1 *a postât évèque deLydda Tinslitulion qu 'inutile? inent il lui eût paru donner; I evcque d'Orléans ^o a fait autant^ et Tanti-archevôque de Paris re- "^înl hier matin de son voyage aussi dénué de I^oiivoirsapparens que de juridiction réelle. On F^^rle de l'envoyer à Viviers, dont l'évêque, qui croit pape, depuis plus d'un an que sa tète pris congé de lui , vient de donner la démis- *^Dn de son évêché , après avoir mis le comble à ^. folie par un nombre d'actes dont un seul lui <àt assuré un droit aux Petites-Maisons. Il ré- ^ilte de tous ces contre-temps qu'éprouve la ^>nstitution du clergé , que très probablement ^n dit même certainement) les choses reste- ^nt dans le mètne état jusqu'à Pâques; dès *^^rs tout y sera dans Tordre ordinaire pour les ^^urés légitimes et les fidèles. Ce mauvais succès, ^ui déplaît fort aux auteurs de la besogne, a ïbrt indisposé contre eux leurs frères d'armes, ^o ce genre de guerre contre TE^jise : on leur

reproche d'aToir donné un mauTais plan» et l* ifegarde le serment exigé, et même en totalité constitution cwile du clergé^ comme une maladie dangereuse pour la constitution politique. Ci0 sont deux jumelles qui peuvent mourir le jour. Les curés jureurs, si l'on en excepte neyeulent pas, à ce quolon prétendi reconnaitrè révèquc intrus; celui de Saint-Eustacbi doit donner dans peu de jours sa démission. I n'y a de sûreté et de loyauté que dans ceuxquii décidés à suivre l'exemple des évèques et U voix de l'église , ont refusé clairement de jurer tous les autres sont réduits , ou à revenir sur len pas, ou à se précipiter d'abîme en abîme.

Vous croiriez, et peut-être avec rai$oa » le royaume entièrement ruiné si vous saviex les sommes immenses qui ont été et qui sont en* core distribuées pour arriver \kux horribles uns qu'on se propose. Un bruit fort répandu est que. non seulement on soudoie de nombreuses troupes de brigands , mais qu'on a ach#té fort cher quelques personnages dont ou avait besoin , et qui sûrement ne valent pat l'argent

DU PÈRE LEHrANT. i83

cj\i'ih coûtent , par cela même qu'iU fe venr dont. Les assignats, dont on fait litière dans les €>ccasions , et qu'on peut multiplier au-delà du i^ombre de ceux qu'on annonce être brûlés , jxeufent devenir une source intarissable dé i:inoyens destructeurs. Il m est impossible, en oc rivant, de vous développer ce qui se dit, et mû me par des députés du côlé gauche , qui 4 pai^ i^ialadresse ou par un reste de pudeur, laissent entrevoir ce que Ton voit bien sans eux, mai$ ^u i donnent à certaines rumeurs une conCrma* ^ioti fâcheuse.

Blessieurs de l'Assemblée nationale ont été

^u repris de trouver en France un attachemeht h

^^ foi catholique qu'ils ne soupçonnaient pas aussi

^'^ncère ni si enracinée. Ils l'avouent, ils se rc^

pcnlent d'avoir cru trop facile l'ouvrage qu'ils

ont entrepris. Il est certain et même sensible , aa

milieu de l'inondation des maximes héréti^

qnes et impies qui ravagent la France , qu'on y

trouve un grand nombre d'âmes chrétiennes , et

l'on peut augurer qu'il y aurait bien des mârtyM

si Ton y mettait en liberté les bourreaux.

984 COMB8PONDANGC SCCftÂTE

^ Les galettes tous auront mis au fait de l'e crable atrocité commise à Douai; mais ce qu* les ne vous diront pas, et ce qui se dit ici, c' que la municipalité de cette mâme ville , peu être moins coupable. qu'elle ne le parait, a c^t--*^ être exposée à toute la sévérité des douze cent vu qu elle n'est pas dans le sens de la ré vol tion. Au moins est-il vrai que le redoutabl inquisiteur de l'Assemblée nationale , que le papiers publics vous ont si souvent nomme , dit hautement qui'l était injuste d'envoyer a tribunal d'Orléans ces officiers municipaux san auparavant les avoir entendus.

On répand comme très sûr que messieurs lev évèques légitimes de Saint-Pol de Léon et de Tréguier, mandés devant l'Assemblée nationale, ainsi que celui de Vannes, ont été merveilleusement accueillis a Londres, où ils se sont réfugiés. La manière dont on y traite les catholiques fait la honte et peut-être le malheur de la France, d'où la religion menace de s'exiler. A l'excep-* tion des places au parlement d'Angleterre , les catholiques jouiront des mêmes privilèges que

DU PÈRE LENFANT. a85

naturels du pays et d'une religion différente. On croit qae lai catholique touche à ce nio* xnent d'y avoir liberté entière; c'est, ajoute-t-on» l^avls de Pitt, Fox et Burke. Si la foi voyage, il est à craindre qu'elle ne nous quitte ; heureu«^ sèment il dépend de nous, avec la grâce de Dieu, de la retenir chacun chez nous, et c est le trésor cju'îl est essentiel de conserver.

Aux Prémontrés c'est un jureur qui prêche Je carême ; dix-sept personnes formaient hier son auditoire. En général, malgré la corruption du siècle , les sermentaires ne sont pas en S^^nd honneur. C'est un fond de droiture dans *^ public qui réclame encore contre Timpiéléy ^ont labassesse révolte.

Il y a ici une multitude de gens réunis dans ^es galeries de TAssemblée. Aux Tuileries , au Palais-Royal , et autres lieux où il y a du ta* page à faire ; on désigne ces diverses hordes de brigands sous le nom à' Armée de sans^culot" te9. Ce sont eux qui paraissent les auditoires des prêli;es citoyens. J'ai dans mon voisinage un club de celte espèce : il en coûte deux liar4s

a86 CORUSPONDANOl SEQRiTE

pour y Itre'adoiis» et je croU que la tfomme « cède encore la yaleur de ce qi) on y entend.

Le petit journal que vous connaisseï adoQfB ^f le 20 de ce tnoh^ une adresse des trois ords^ci réunis de la province du Languedoc , envo^ 'éà %VL roi le i^'inars 1791. Jai peine à en cro£r€ la réalité, mais je suis frappé de la noblesse, ^0 rénergie et de Tintrépidité quilacaractérise^mti c'est un chefi-d œuvre. Si j'étais sûr qu elle :^ùt Traie , je vous l'aurais envoyée : jugez par ^C2et échantillon :

fl Rompez , sire , les indignes chaînes dci— ^^^ TOUS Êtes chargé ; osez reprendre les rênes ^^ votre empire ; ralliez-vous à votre auguste f^* mille , à votre armée , à vos sujets fidèles ; ^^^^ rachez-vous à cette ville criminelle , qui tîci— ^^^ sans cesse le glaive levé sur votre tôte, et i-^ *" "faut périr , sachez périr en roi et braver '^ danger; croyez que le nombre de vos suj^^^ Hdcles est grand , et qu'à peine hors de vo^*'** Capitale, ils formeront près de vous et avec le«--"^ corps un bouclier impénétrable aux traits de ^^"OS Mehes assassins, t Ensuite et à la fin , ils diseai:

BO PÈRE UNFÀNT. è9j

Telles sont, sire, les dernières résoluUont BS habitans du Languedoc. Lorsque l'on ose n manifeetor de semblables, on les soutient isqa'à la mort. Nous jurons donc de périr lille fois plutôt que de vivre sous un desposm% sanguinaire ; nos sacrifices sont faits, et 1 justice de notre caus3 nous promet un beuini succès; mais si nos espérances étaient 'ompées , si nous venons à succomber , nous irons du moins la consolation de mourir vic^ nesde notre attachement à la religion sainte, à Hreroi, et à notre patrie ; nous ne verrons plus Ubleau déchirant des calamités sans nombre li dévastent tous lesjours la France, et qui fini* Ht enfin par anéantir ce malheureux empire.* I signature est celle-ci : t Tout le Clergé , la Q^lesse et le Tiers-Etat de la province du Lan- »edoc , à l'exception d'un très petit nombre ii>dividus des trois ordres , vendus à l'Assem* ée ee disant nationale.»

Veulex-vous une petite pièce sur un autre i)et? la voici : Une bonne femme qui assistait 1 saere du premier évoque de la constitutiMii

288 GOKRESPONDANCE SECRèTE

dans l'église de l'Oratoire , s'informait à qai cl vait servir la fiole qu'elle voyait entre les mai de l'évêqueconsécrateur. «C*est de l'huile b nite , lui dii-on , pour faire l'onctioa sain t* — Vous me surprenez , dit-elle , je croyais cf c'était du vinaigre des quatre voleurs. • Toi là i madame, comment en France on pleure ^^ l'on rit en même temps. Il y a malheureuses* ment de quoi pleurer amèrement, tandis qu*< ne rit que du bout des lèvres.

Vous pouvez dire hardiment que de tou parlsviennenten abondance des rétractations c9-^ sermens à l'Assemblée nationale, qui a graf^*-^ soin de u en dire mot.

Tenez pour certain que monseigneur le c3>: dinal de Bcrnis vient d'écrire à M. de Montnca' rin , ministre , une lettre de quatorze pag^< très conforme au sentiment du pape et du cler^^=^' et lui marquant qu'il n'est aucun chrétien ^^^^ puisse prêter le serment exigé par l'Assembla ^' Ce cardinal s'est conduit en bon prêtre dan-^ toutes les circonstances ; et comme il a refu^«^ ledit serment » il s'agit de lui ôter le Utré et

les fonctions d'ambassadeur , ainsi que son traitement. Les Anglais lui ont offert de le recevoir et de le traiter selon sa dignité ; ils ont plus fait , ils voulaient faire une souscription considérable pour lui former un gros revenu ; et de peur de blesser sa délicatesse, faire passer les sommes par le roi de France. On croit que l'Espagne , de son côté y lui donnera le proteclorvil de ce royaume. Toujours est-il généralement reconnu ([ue M. le cardinal de Bernis jouit d'une grande considération.

Les insultes prodiguées à Mesdames, au Pont* de-Beauvoisin, ont été si fortes, qu'on a eu peine à retenir la juste indignation des détachemens que le roi de Sardaigne avaitenvoyés au-devant d'elles ; peu s'en est fallu que dans Timpétuosité de leur ardeur à défendre ces princesses , les troupes savoyardes ne soient venues le sabre à la main réprimer l'insolence de la populace française. Ces dames lui avaient demandé avec douceur de quoi on pouvait se plaindre de leur , part. Avouez , madame, que le sang bouillonne

^1^ CORlUWnMMiXGft SECIÉTE

«a r^U <ie pareilles kovreors, et qu'A faut %i/te penser- i la k>i de la patience.

Uoit gentibbonnes arrêtés te -À^f aux Toile* pîet9 , ^9k iié mis en Kberié ; A Viea » oo disaU hier f|it'ane des aeetioas de Paris aroit llaspu^ deftce de detttaader qn&n les remît on prima , et qWoQ leur fît leur procès , Kes appelait tes cJberdâeFS dnPoîgBavd. Yoilà leffel desimpreft* aion». ^ on denae an peuple. D'autre pa»9y les TaittC{uetirs de la Bastille demandaîenH aussi itt« solemment qaoa élargit les prisonniers arr6« tés le jttAir qwW avait commencé ladémofilion du donjon de Yincennes. J'aime à croire ^le ee sont de faux bmifs, mnis on est forcé d^a^ voaev qu'aujourd'hui tout est Traisembhible. logez de la douceur du séjour de Paris , qne l'on déserte de plus en plus, dans l'idée de quelque triste érènement. Quant à moi, j'y reste, et au milieu de ces catamités générales ^^ jy éprouve' des bontés pFus que jamais. Me9 Mlations et ce qui s'ensuit sont doubBfés. fc ne» pei». presque* jaittBis dtoer chez ntàfr

DU pèRK LBirrAVT; dgt

et mon carènie n'est que trop ai.sé à faire* Si Ton en croit l'opinion du jour , M. le conté de Mirabeau a changé la sienne, et embrasM •un {>arti opposé. C'est sur ce point que je suis •incrédule.

Je ne tous parlerai pas des décrets sur It rt^gence, mais je tous dirai qu'on publie qt}«J|L Béancesurcet objet a été vraiment belle, el c][Ue^ pour la première fois, malgré son mérite nr% ^l connu , M. Maury a obtenu par son disoobrs 4'honneur de rimpi*ession.

Les gens À constitution et (^serment se tueU dédire que le bref du pape au cardinal est supposé ; je vous en garantis la certitude ^ et vdus pouvcs i affirmer.

On m'a dit ce soir qu'hier il y eut sut TviM^ ries de fortes motions contre le cardiuaUafcbe-* Tèque de Sens. Le refus de donner la préltii^ due institution canonique à l'évèque de Lyddà •a indisposé les partisans de la éonstittiUon. îfs regardent comme leur ennemi celui qtil né •trt pas à tous leurs desseini ; et si le ^pfidfl qui m'a été fait est vrai , le pauvre cardinal ft^jil

Ug2 CORRESPONDANCE .SECRETE

pas mieux avec le peuple qu'avec sa conscience; il pourrait trouver des bourreaux chez l'un et chez l'autre.

On porte l'ineptie jusqu'à nier la réalité de la réclamation de M. le maréchal de Broglie jconlre la pétition de son fils: que voulez-vous prouver à des gens en délire ? Comme de leur part tout est mensonge, ils ne reconnaissent aucune vérité chez autrui.

La Gazelle de Paris rapporte l'arrestation d'un grand nombre d'émissaires de la propagande envoyés à Vienne ^ où l'on dit que repose à i'ombre la *** de laquelle on attend beauçpup/de lumières. Il y a eu aussi plusieurs millions d*assignatsdestinésà soulever le peuple, 4ont on a fait capture.

/ Le roi^ à ce que l'on dit, répugne toujours à nommer le général Lukncr pour commander Jfes troupes dont on veut garnir les frontières. JM(. de Mirabeau 9 qui dédaigne les efforts imàgixiaires ou réels des étrangers, a montré cepen* 4ant un grand zèle à leur opposer de Ja résis* âaoce.

Dt P£B£ LKiNFAM. '2(JÔ

Je Tiens d apprendre par un Flamand , que Toa

avait chercbé en effet k perdre la municipalité

de Douai , parce qu'elle est composée de très

honnêtes gens , pensant trosbieu. Si elle eût

déployé le drapeau rouge , le maire eût été

pendu par le peuple , parce que les troupes

étaient gagnées, témoin le trait du soldat que

je vous ai marqué y et qui se confirme. C est uu

grenadier qui a coupé la tête de l'homme pendu»

et cela prouve l'accord avec le peuple dont on

attribue le mouvement au club jacobite ; il y eu-

a eu dans le même temps en divers lieux de la

Flandre. Du reste, les municipaux de Douai ont

pris la fuite et échappé à la vengeance de l'As-

semblée, ce qui fait grand plaisir auc gens de

Lien , mais c'est une perle pour la ville.

J'ai appris aussi par quelqu'un que la garde nationale d'Auch ne quitte point le palais de l'archevêque , que le peuple veut absolument conserver par estime pour ses vertus, et par reconnaissance pour ses bienfaits. Cette garde nationale a déclaré qu'elle obéirait à la municifpalité dans toM( le reste , mais que jamais i')l$

194 CORlUISI»ONDANCK SEGIBllL

ne souffrirait qu'un nouvel évêque remplaçât le respectable prélat qui gouverne le diocèse. Ces incidena multipliés , joints aux brefs du pape , embarrassent fort les insurgés contre l'Eglise, et chaque jour j'en acquiers la preuve i j espère que la religion sauvera l'Etat.

On parle d'une grande quantité de monnaie qui se frappe en Espagne; on la dit de cinquanl^ millions; cela vaut mieux que des^ assignats.

Le bruit circule aussi que l'empereur rassem* kle toujours de^ troupes dans les Pays-Bas, sans doute pour prévenir jusqu'à l'apparenoe d'un trouble.

On disait hier que l'évêque d'Autun, dont 1^ bref , à ce qu'on ajoute , fait une mention peu honorable , a été très pressé d*institoer le trop fameux Lydda , et qu'il le refuse. Le curé de Sainl«Àndré-des«4rtsa refusé l'évèebé d'AraienSw Il me semble que la grande convoitise de Vé^ pi^opat oommenee à se ralentir , et qu'insensi-* blement la honte gagne; mais ce qui augmenta chaque jour, o est le noQfibre des exceUentos lettres pastorales des légitimes évèqlies. Kll^

DU i»iis anfkwt^ t^S

portent le caractère de la tenté {Mir l'unité dieê principes, et l'on est forcé datouer qne ki haiit dei^é répare quelques torts des inditidaS par runanimité » l'érudition, le zèle et Téli^ quenoe de sa profession de foi. C'est un beau spectacle que celui que donne aujourd'hui k Tunirers l'Eglise de France. Toutes les nations en sont frappées; espérons tout du courage qu6 Dieu lui inspire.

Mesdames ont dû arriver aujôurdliUi i Parme. Il y a eu quelque tapage à Ghambél^, à 1 occasion d'un charivari donné à un FrançSiS qui a épousé en troisièmes uocéS une dame firaàçaise. Les troupes ont fait cesser l^ àt«* iroupemens ; il y a en quelques peHKôUttéS blessées.

EnGn , malgré les eflbrts des entiàg<!s , là nonserration des Invalides est dëerétëe à la grande pluralité des vott« On slipprime seule*ment Tétat^major » et l'on change l'adminiécra^ tion.

D'après ôaloul fait par gens dû tnéttér ^ ttk as«

^9^ CORRBSPONDANGË SECRÈTE

6ure que la justice coûtera plus aux plaideurs qu'auparavant; et en'pafrcourant chaque détail de la besogne des douze cents, il est peu d ar* ticles contre lesquels on ue réclame.

On ne peut pas se dissimuler le mauvais choix des nouveaux évêques; ilenestd'une réputation si publique et si mauvaise^ qu elle décèle l'œuvre de l'enfer et de ses suppôts. Les vices du dix-huilième siècle ne servent qu'à nous faire regretter les vertus des premiers , au lieu de nous y ramener, comme on a l'audace de le dire.

La réclamation du maréchal de Broglie a été dénoncée à dessein de retirer le décret qui lui conservait provisoirement son titre , mais elle a été ajournée. Le désastre du père est bien humiliant pour le fils.

Le député de la noblesse nous dit avoir été volé chez le roi , et il a ajouté que c'est chose ordinaire ; de toutes parts on s'en plaint.

Il existe une brochure intitulée; VÀS9a$$inat

DU PÉRK LE.NFAKT. ^97

d^ T'ai f par un ecclésiastique , qui a mis de la poussière de diamant dans &on café : voila les stnpides horreurs qu'on débite au peuple.

La Gazette vous dira ce qui regarde les régences et la majorité du roi.

t kifnï ijF9t<

Non seulement les prêtres approuves f> -^«r ^^

M. l'archevêque de Besançon le sont encore, nm ^^ îs yg il n'est qu'eux qui le soient. Dès que les aut v*^^s ne sont pas curés , et qu'ils ne sont autorî^ '^^

que par le nouvel évoque intrus , ils n ont ^^^ >,^

ne peuvent avoir aucun pouvoir. L'intrus est \m^M *• j,.^^

môme sans aucune juridiction ; il n'y a sur c^ -^^^ article aucun doute. Ainsi, madame, au mili^^^^ de tous ces changemcns et de tout ce chaos ^ met tout en confusion , soyez sure que relatif" ment au spirituel , rien absolument n' changé pour vous. Vous avez toujours mè diocèse , même paroisse , mêmes permissiorv mêmes défenses, mêmes obligations, etc^ et vous devez regarder toutes les ordonnan(? du soi-disant é\êque de Saint «Diez intriv comme vous regarderiez celles de Jean-Claud

l^^Grand ; encore cesderoièrea pourraient-eIl«$ ^oflucrsur le gouvernement de vos oocbons. Depuis deux jours , M. de Mirabeau le faeux est à toute extrémité ; hier soir on le ditit mort : on le dit encore viiraut aujourdhui* ^« saurai bientôt ce qui en est , et je tous le *Xianderai.

M. de Mirabeau est mort ce matin à dix

l^eures et demie , assisté de Tévèque d'Autun :

c^e qui met le combla à lediBcation donnée par

<Ges deux personnages. Le peuple est dans une

^lésolallon môiée de rage; il n fnit fermer les

spectacles. Demain on doit ouvrir le corps du

^éfnnt y que faussen>ent on soupçonne d'avoir

^tii empoisonné. li dit dans sa fureur que ce

sont les prùlrcs , et que si Tpa ttt)uve vestige

de poisofif il fbut les égorger tous, ainsi que les

nobles. Jugea de la fermentation! Mirabeau est

mort au moment où Ion sonnait dans les pa«

roisses pour rinslallalion des intrus, qui se fera

demain , et qui répand une grande oonsterua-

tion parmi les fidèles. Jamais on n'a vu rien de

pareil. Il {fut se soumettra , prier Hx^n tt es-

3qO COARESPOMDANCB SECRETE

pérer en lui dcins le silence de la résignation.

On a mis ce soir^ dans les prisons de TAbbaye-Saint-Germain , le secrétaire de M. Mirabeau , qui s*est donné à lui-même trois coups de canif , sans qu'on sache encore le motif de cette fureur. Est-ce douleur? est-ce désespoir? est-ce crainte? On Tignore.

J'entends crier en ce moment la mort de M.Mirabeau, ses dernières paroles, et ses derniers adieux au peuple. Tout est dirigé à entretenir la haine de celui-ci contre ceux quon lui persuade être contraires à la révolution. On faisait ce soir au Palais-Royal les plus furieuses motions tendant au même but. 11 est singulièrement dangereux de manifester une opinion qui ne soit pas dans Tordre du jour.

On a arrêté, il y a deux ou trois jours ^ un garde-du-corps nommé M. de Lacombe; il fut enlevé la nuit, et ion croit que c'est pour des propos.

A Amiens, où les gardes- du-corps sont eu quartier, on les moleste et Ton s'en méfie.

Hier, il y ept rassemblée du premier dip

tlfJ PERE LRNFANT. JOI

ïoois, qu on appelle Prima Mensis, en Sorboune. Lesdocleurs étaient au nombre de qualre-vingls ; tous, d'une voix parfaitement unanime, souscrivirent à une lettre écrite à M. de Juigné , pour déclarer qu'ils le reconnaissaient, et qu'ils ne reconnaîtraient jamais que lui pour le véritable archevêque de Paris. Les anciens et légitimes évêques sont en effet les seuls dont il faille écouter la voix.

Il n'y a encore rien de décrété sur Tabolilion des peines pour les crimes commis depuis viogt ans.

II parait une adresse à l'Assemblée nationale de la part des catholiques romains, pour que , conformément à ses décrets, ils aient la liberté de professer leur religion dans des églises qui leur seront assignées, ne voulant et ne pouvant communiquer avec les intrus. L'ordonnance de M. l'archevêque de Paris , conforme à celle de âoissons, d'Amiens, etc. , vous éclairera sur ces points 5 ainsi que l'avis aux vrais catholiques. On n'esl-pas content de la santé du roi: il m craché du sang il y a quelques jours; il

n„ a inst»»* " , . „ni 01* «"'"^

«ont»** ** • M«» ott e*^ * . ». Pa-

i ^«U huit loo« ®" ^^ 4tie» ^ F»

M PARÉ LtlItÂltf. Zo'i

9^ cbf£ tous : il né s'Agirait cjtie de descendre ^ft élàge. C'est bien à présent qu'on noas rt- '^ène à la primitive Eglise parles crimes des per* ^^tîtitetîr*, et par les Tertos des persécutés.

Eu deraié^ Héo, les travailleurs, qui ar« ^ngèateut oxi plutôt qui déirangeaient l'église ^« l'Abbaye, détèrrèretit un corps qui parut ^tte conservé au milieu d'un anias d'autre^ ^Orps, qui étaient totalement pourris et dissous* ^ei éièrttethent frappa la multitude, qui accoiinîl ^n foule, et à laquelle on a eu soin dedérob(*r t^rotnpteitiênf ce spectsele. Or, tous saUre^ d afirèsplà lecture que jefisfaiet' en bonne -et noni^ ï^rctjsé compagnie , d'une histoire de l'Abbaye , imprimée en 1724 , en un volume in folîO, qtié <;e corps est celui d'un abbé de ladite Abbaye , iïtmnaé Gtiftfaomé lll, qui gouverna sainte** tft€înt^ et tifotrrut de mette; il iHit composé sort 4pitaphe,trèsédi(Sailfe. Il mourut en t^\8. Son ÏOfps fut retfôdté entie^ une premièfe fol» kn iS30; fine déotidmé fois eu t645, ttne troisième en 1704, et enflft ées fours detûiëtÉ éb f^^t. te fotttrtté fftte frf etrtrtf fëé ttWins

7}0i\ CORHESPONDANCE SECRÈTE

renferme les procès-verbaux, et toutes les pièces les plus authentiques. Voilà le fait cer* lain.

J entends en ce moment le bruit des tambours : c'est le nouveau curé de Saint-Germain qui fait sa pi*omenade. C'est une partie de la farce que le diable donne au peuple, et celui-ci, toujours aussi ignorant que stupide , ouvre les yeux à l'illusion du spectacle , tandis qu'il ferme opiniâtrement les oreilles au langage de la vérité.

On dit M. le maire gravement indisposé ; cela me rappelle que quelqu'un me disait hier en parlant de la mort de Mirabeau : Dieu déploie le drapeau rouge.

On parle peu de guerre à Paris : il n'en est pas, à ce qu'on dit^ de même ailleurs, et notre sécurité parait étonnante : je m'occupe peu de ces bruits. Il peut d'ailleurs se faire que les gens du dehors soient plus instruits que nous qui sommes plongés dans les décrets, et absorbés par les maux intérieurs.

On assure la paix faite entre la Russie et li|

DU PÈRE LENFANT. So5

Turquie , les politiques sont ravis de cetle nouvelle, et en tirent bien des conséquences relatives à l'empereur et au roi de Prusse. Vous savez, madame , que je nie mêle peu de raisonner sur les intérêts de TEurope que je ne fais qu'entrevoir. Vous qui êtes plus habile , et qui avez la connaissance des mercurés, vous en conclurez se qui vous plaira.

M. Dandré a fait la motion fort applaudie de pensera convoquer une nouvelle législature, et le roi en sora supplié.

Le corps de Mirabeau fi été ouvert; je tiens tout le détail d'un habile homme de l'art qui venait d'être présent à cetle opération. Elle s'est faite dans le jardin de la maison. Il eût été impossible de la faire ailleurs, vu l'incroyable multitude de peuple qui voulait, disait-il, voir le corps de son père : il y avait sept cents personnes environ autour du cadavre , qui regardaient de tous leurs yeux,etqui épiaient surtout le momentoù l'on pourrait trouver quelque indice de poison. Il n y en a pas eu le moindre vestige.

3o6 CORRESPONDANCE SECKÂTl

Le malade, ëpuisé de débauches, à ce qu'on diU en tout genrç, avait fait une orgie dimanche dernier, et c'est le lundi qu'il se trouva mal. II est mort d'une maladie excessivement rare : c'était une inOammation au cœur et au diaphragme. Il était âgé d'enviroq quarante-trois ans. L'homme d'esprit qui m'a fait un ample récit de ce qui venait de se passer ne ppu^ vait pas rendre ses idées de surpri.se. Il ^ dit nettement que jamais monarque n'avait produit une sensation aussi étonnante. Outre Ie#

fi .

chirurgiens qui devaient opérer sur le cadavre, chaque section en avait envoyé un pou|: être témoin et lui rendre compte ; il y en avait par conséquent quaraqte-huit. La municipalité en écharpe, le département, et tout le tribunal de la section, avec ses panaches^ l'accusateur public, formaient la partie princi*pale de l'Assemblée. A la porte étaient des milliers de citoyens qui voulaient entrer. Il a fallu, pour les contenter, les engager à nommer des commissaires. Ils s'y sont introduits au nombre cIb six , parmi lesquels était un fort de la halle.

J «.>qi}(:l 9 ^emai^dé pe qu'il fajIaU 4ir§ è S«s com- .msietlan^; on lui a faitla|,eçpD qu'il a rendue Muof S a comprendre. Du ^npinp le né^uUat aiéié heu-% creusement que le défunt e^ jxvort uon de sa if //tf ^jwri ^ maîii dun^ ^ort naturelle. Lei epecia**.

^c^les ont été fermés encore aujourd'hui , et le .ff^eront demain, jour de l'enterrement. La muni- ^izipalité portera le deuil pendant trois jours, et ^ e département pendant huit. Comme on se persuadait que ce chef de révolution avait changé d'avis, et qu'il revenait au parti du roi , SI est des gens bien pensant qui le regrettent ; ^uant à moi, je vois le mal qu'il a fait, j'ignore ss'il aurait ou pu ou voulule réparer. Je laisse tout au jugement de Dieu, qui est bien effrayant, et Tnalgré les horreurs que je déleste , j'aurais déliré la pénitence du coupable. Dieu sait ce qui «n est.

Tandis que, d'un côté, on ferme les églises, il ■y a ,dit-on, des souscriptions pour la construction de vingt salles de spectacle; on en bâtit une dans la rue Saint-Martin , et une dans la rue Culture^Saînte-Catherine.

3o8 COBBESPONDANCS SECBin

Il n'y apas eu une seule voiture aux portes de Saint-Sulpice. Le sermon a manqué^ et a dû manquer à raison de l'intrus.

Voilà la mission des prédicateurs terminée : celui de la cour n'est pas dans cet embarras.

DU piRK unrAirr. -Sog

7 Afril 179t.

La Gazette de Paris vous donnera une idée < l'enthousiasme des Parisiens à Tégardde Miraeau. Son convoi ^ qui n'arriva que lundi à ainte-GenevIève , mit en branle toutes les ^^ loches et en marche tous les badauds. Il n'est orte d'honneurs qu'on ait imaginé de rendre cet homme, bien plus extraordinaire que rand , et dont la gloire atout l'air d'être aussi '^:^assagère que fausse. D'ailleurs fût-elle méritée ux yeux des hommes ^ qu'est-elle aujourd'hui a tribunal de celui qui n'avoue que celle dont 1 est le principe et la Gn? Déjà la réputation de « chef commence à baisser parmi le peuple , arce qu'on a , dit-on , trouvé chez lui une ^somme considérable en assignats. Je ne garantis as cette découverte , mais je sais que le brpi(

s'en est répandu , et que l'impression n'en est pas favorable au défuut. Il y eut des motions pour l'enterrer à Saint-Denis , et depuis il s'en est formé de trois diflerentes.

Je lis à présent un nouveau mémoire de M. de Calonne contre le décret rendu le 1 4 février, touchant la cure de Fcnestranges

donnée à M. de Polignac. Il est écrit sifpérieu-

liment 9 et il contient des morceaux dignes de Défnosthènés. J*aUrais été tenté de vous lô fdlrô parvenir , si je ne connaissais vos préventions contre cet ei-ministre^quiest, à mon avis, un des plus habiles hommes qui existent. L'Assemblée nationale a en lui un redoutable ennemi , et toute la puissance de ces douze cent^ rois n'en impose point à la force de son éloquence. Jamais crime de lèzc-nation ne dut paraître plus caractérisé que cet ouvrage que Ton s'arrache aujourd'hui. Je suis tâché, madame , de n'être pas de votre avis ; mais en lisant ce que M. de Calonne écrit , je sais ce que nous perdons quand il se tait » et s'il ne fallait que ma voix , il serait ministre demain.

DU PÉRÏS LÈNFANT. 3l l

OU8 penseriez peut-être comme moi, si vou| 1 c connaissiez mieux.

Les paroisses sont dans une solitude morne , îl n y entre plus que du petit peuple. Tout liomme instruit s'éloigne des faux évÊques et des faux curés, avec lesquels toqte communication dans le service divin est décidépient interdite. Les fidèles se dispersent , et les jours saints qui approchent redoubleront leur embarras; line très grande partie ont déj^ fait leurs Pâques. On les fait partout où Ton peut, et il est à craindre qu'il ne faille remplir en secret et dans les chapelles domestiques ce devoir sacré. La persécution est dans toute sa force ^ mais le courage des vrais catholiques çst aussi dans toute sa constance. Je connais d^s évèr ques qui n ont pas un sou de leurs aqcieps revenus , et qu'il faut aider. 11 en e^t de mèqie des pasteurs du second ordre.

Les gazettes vous instruiront de ce qui regarde l'Angleterre et )es autres pulissances ; je leur en laisse le soin. Je n*ai aucun projet ^ ni de départ , ni de séjour ici. Il faut attendre^

3ia COKKESPONDANCE SECKÂTE

Le voyage peut avoir de grands inconvcnicns : il y en aura peut-ôtre aussi à demeurer dans la capitale. Dans celte incerlitude , il est sage de ne se déterminer qu'au moment où Ion sera plus éclairé. Il y a ici tant d'idées différentes chaque jour, qu'on est toujours à la veille de craindre quelque événement, sans prévoir quel il sera. Je conserve mon âme en paix , je vis dans des sociétés '^qui dédommagent de tout par les douceurs et les charmes de la vertu , et je puis dire avec vérité que je n'ai jamais eu plus de chagrins et plus de consolations : nous en avons grand besoin.

Aujourd'hui le temps était superbe et digne du mois de mai, mais il s'en faut bien que le moral de la journée ait répondu au physique. Paris était remuant comme une fourmilière ; l'armée des sans -culotte était sur pied pour aller troubler la paix des religieuses ; celles de la Visitation, rue Saint-Antoine, les Annonciades, les Miramionês, l'abbaye Saint -Antoine, ont été investies de poissardes et de brigands. Il y a eu des femmes honnêtes et pieuse^

BU PÈRE LENFANT. 3l3

grièvement et très indécemment insultées. On paraît ne plus vouloir que les prêtres catholiques chassés des églises où sont les intrus disent la messe dans les églises des différentes cooiiDunautés, et y confessent. On voit avec rage 711 *il n'y a plus personne dans les paroisses. Celle de Saint-Pau! , où les premiers jeudis du ^oîs les quêtes montaient jusqu'à cent écus , a recueilli ce matin dix-huit sous. Celte diminu- **on, peu favorable aux pauvres , ne le sera pas pïiis à la nouvelle besogne, et la fureur s'ac- ^''^ît à mesure que l'argent est plus rare.

J*ai entendu crier très gaiement la mort de

**• de Mirabeau à deux liards, et, d'un autre

^^^<i , annoncer le don patriotique des exécu-

V^Urs de la haute-justice, qui consiste sans

*^ute dans la chevelure, les dents ou la graisse

^^ quelques pendus. J'essayerais en vain devons

tracer un tableau de Paris régénéré : c'est un

amas de méchancetés et de folies qu'on croit à

peine en les voyant.

Hier était dans Vjimi du Roi une nouvelle pétition des catholiques^ dont la société est trèf

âfl4 CORBESPOMDAMCX SECÈin

nombreuse , pour réclamer auprès de TAssemblée nationale la libert(^ des opinions religieyses, conformc^ment à ce qui est dëcrétc sur les droits de l'homme qui , depuis la liberté, sont visiblement métamorphosés en un sensible esclavage.

Ecartons l'idée de lavenir qui nous menace d'être de jour en jour plus aOreux , et ne nous laissons pas abattre par le malheur avant qu'il arrive ; c'est la morale que je débite à mes amis, et que je pratique pour moi-même.

Madame la comtesse d'Asfeld vient de partir pour Trêves , d'où je ne reviendrais pas si j'y étais. L'éch'psé de Saint-Sulpicc l'a décidée à aller chercher ailleurs les lumières de la religion. Dans le vrai , elle est si obscurcie dans la capitale , 'que le vœu du plus grand nombre de ceux qui y tiennent est de s'exiler d une terre ingrate , idolâtre et barbare.

«■te

tin îMikfti. St5

9 AfM 1791.

Tlîer les églises dés maisons religieuses de ^^tïimes ont été fermées par ordre de la muui- ^^pafîtt? , et lés pi^êtrés non fureurs, qui sont en gtand et très grand nombre , ont ité dans la nécessité de ne pas dire là messe. C'est là oe cjue le nouveau dictionnaire appelle la liberté des opinions religieuses! , et ce qui', dans lé siècle dTiumanîté, se nomnie toléradce. Sous ce mot eiîste la persécuf Ion la plus caractérisée et l«1 plus cruelle. A retfusiôD du saiig on à substitué les plus sànglans outrages, et Vous seriez révolté, monsieur, des horreurs qui se

sont («ômmises, si je n'atais pas dé la répugnance à en souiller ma plume. Tout ce qu'il y 3^ a de feïrirttes hoûhètès , efellei trtéitte qiiî lé Sôfit lemolQi, ftémf^âent dIndfgnAtlôfi. I! eA

eàt 4118 fcftt êi«ê»d1iMpmlJM«é «Ht MtftWtlléei

3l6 CORRBSPONDANCX SECRilB

à quitter la France, et je ne crois pas qall existe un lieu sur la terre où 1 on souffrit de pareilles indignités. J'aurais de quoi remplir ces quatre pages du détail des vexations qu'ont éprouvées toutes les communautés , jusqu'aux frères des écoles chrétiennes et aux maîtresses d'école. Un des nouveaux curés , aussi stupide qu'il est possible , a fait prêter serment à de petits enfans qui vont à l'école. La démence et la fureur vont de pair, et depuis l'enthousiasme qui a fait l'apothéose de Mirabeau , dont la gloire entre déjà dans l'ombre, jusqu'à l'insolent délire des poissardes, tout se ressemble, et, pour tout dire en deux mots , l'audace de l'impiété, l'impudence du libertinage, dont depuis long-temps on connaît l'étroite liaison , infectent ouvertement cette malheureuse capitale.

Il y a quelque apparence que la faveur de M. de Montmorin, le ministre , n'est plus la même auprès des douze cents. En ce moment même j'entends crier une improbation d'une lettre de ce seigneur , avec une dénonciatipn

DU PARE lENFAirr. 3l7

contre le ministre de la marine. Celui de la guerre n'est pas dans un état plus brillant^ de même que le chef de la justice, dont l'éclat n'éblouit point. Ainsi les nouveautés ont déjà l'sïîr de vieillir, et c'est peut-être le présage de la chute entière de toute la machine, dont on croit les fondemens peu solides.

Un député me disait aujourd'hui que la ban- ^tieroute n'est pas douteuse. Il ne s'agira que ^^ la forme qu'on lui donnera pour la rendre ^oios subite et moins effrayante. Selon lui, l'art ^^nsiste à la filer et à la faire en détail, de Manière que tout le monde en ait sa part. Belle Perspective !

La proclamation de la municipalité , qui

^^onne de faire fermer les églises, est schisma-

^^que en plein. Elle invite le prétendu évêque

^océsain à prendre des mesures le plus tôt pos-*

âble y pour empêcher que des prêtres réfrac-

taires à la loi et $an$ pouvoir s'immiscent dans

des fonctions publiques ecclésiastiques. Ces

prêtres^ qu'elle dit sans pouvoirs , sontpréci-

3l9 CO^lSMfiîipÀ^ifiM ^BCIÈTE

les exercer légilimemeot.

Je ne sais $i Top yei^t cpeltre riMemblée nationale à la ]e3$ive. maijs M. Cbdbroiideaest pommé présîdenf. Un df^put^ aJ9^.e| j'ai d^ mandç si .el)ç pouvait mU.ori^eir l'ordre tyran nique de la njqoipjpoljtc p.Qgr )a çI,?H^J^ 4^! cgliseç , m'a réppfidu <ju'il^r?it 4af)j^feu^ de lui en proposer la quesiioii , parcj^ 9V'^'!f P^'" pondrait probj^blement qu'il n'y ay^^ à ^F'^*" bérer , vu ^n^ cela pe |a re^ardaii pa|; t ef jjne cette réponse donnerait plys d'audace dux Jtfr cobites.

Déj^ on a dit des messes à Parj^ 49Si i^^ églises souterraines; déjà qft Ic$ dit ^ secjret et à la dérobée : déjà c$i ip^tin i'aî yu uu trcs « vertueux prç^tre en habit i^é.colîer^ jU a'f ^glfi$ * que le san^ des ^.cpléjsl^sjtiqi)^ è jsépjuwjbrg ^ cf qui peut-ûtne ne tardera pii§. Yoi^s 5*41^^ £9S d'idée dej^ ip(]^ni6,iti,QQs etd^5 ^^f?^}9!^ 4P9^^ $ont iourpellement l'objet* Hier ou alla ch^x une dame de .qualité ^uc je cojiv^^ et g»^j| retiré chez elle un grand-vicaire de Paris. Le

Commissaire qui] fit U visite ét^it sui^ri dç gardes oatiooaux : on lui reproche de tenir des Ji&9emblées d'évêques, ce qui est faux; de ne 2^lus^aUer àÇaint-Sulpice, sa paroisse» et cela est ytai' La damç répondit qu effectivement elle n'y allait et n'irait plus^ parce qu'elle ne connaissait

ni le prétendu curé ^ ni le soi-disant évêque

<le Paris ; à quoi elle ajouta avec esprit et courag^ : • La liberté des opinions religieuses est «décrétée. Si j'étais juive oi^ niusulmane;^ vou3 n'auriez rien à me dire. En qualité de cathp* lique 9 j'ai droit sans doute aussi de suivre les jprincipes de ma religion ; » et tout fut dit.

Touâ les couvens sont inquiétés^ et l'on nç peut prévoir où cela doit aboutir.

M. de Cheylas, évoque de Bayeux et oncU du chevalier d'Augard, Gt^ il y a quelques jours, son testament à Paris ^ se confessa comniepour mourir^ et partit courageusement pour son diocèse , n'ignorant pas les dangers auxquels chaque prélat est exposé. Arrivé à Bayeux , il y fut repavée applaudissemens par une grande partie du peuple* Alais Je li^P.^rteKnent lui fijt

320 COKRESPONDANCE SECUàTE

signifier de s'en aller, n ayant plus rienàyfai. puisqu'il avait un successeur. • J'ai plus à ^ faire que jamais, répondit le généreux ponlif(^^^ je dois y instruire, y encourager , et y préserve, les catholiques de la séduction de l'erreur. Di reste , messieurs , je me suis préparé à la mort, vous pouvez me la donner, j'y suis déterminé, mais je ne quitterai pas mon troupeau. • Déconcertés par cette réponse , les gens qui l'entendirent n'allèrent pas plus avant. Quelque temps après, le prélat reçut ordre de sortir de son palais. • C'est, répondit-il, une chose temporelle, j'obéirai. § Il sortit en effet, et se retira chez une respectable dame de la ville. Alors l'intrus qui avait pris sa place lui envoya à lui-môme sa démission.

M. l'évêque de Saint-Pol de Léon , obligé de fuir pour épargner à ses diocésains les hor* reurs d'un massacre, voyant que les uns le menaçaient , et que les autres voulaient le défendre , s'esquiva adroitement et alla se réfugier dans une barque anglaise. L'Anglais le reçut avec une générosité touchante p lui r^ondant

DU PÈRE LENFÂNT. 521

sur sa tète de la sûreté de sa personne. La circonstance lui fut favorable. Un vaisseau devait partir pour l'Angleterre : il s'embarque , mais sans argent et n'ayant que ce qu'il avait sur le corps. A l'instant où il débarque , un Anglais » homme de qualité, qu'il avait eu occasion de voir beaucoup en Bretagne 5 et auquel il avait renda bien des services , se trouve là et le reconnaît. Il l'embrasse .ivec transport , l'emmène dans sa maison , l'y relient , se félicite de l'avoir, et le traite de manière à n'avoir à se plaindre que de l'abondance en tout genre. A peu de chose près, M. l'évêquede Tréguicr est reçu de même à Londres. C'est là que notre patrie est transportée, tandis que celle dont nous avions cra être les enfans nous étouffe ou nous déchire. Si, comme on l'assure, la religion catholique a déjà, ou du moins est prête à avoir un exercice libre , ce sera sur les bords de la Tamise qu'il faudra aller recevoir nos derniers sacremens. Je ne sais si ces anecdotes sont de votre goût» mais j'ai pensé qu'elles avaient de quoi intéresser. J'avoue qu'elles m'intéressent mille fois

3d9 GORHS8PONDÂNCS 8EC&]àTE

plus que les fastidieux et pernicieux décrets dont on nous rassasie.

On commence à dire que le roi prendra pour confesseur monsieur son grand-aumônier , et je crois vous lavoir déjà marqué. Son Eminence a eu la bonté de permettre, en cas que les églÎAes restassent fermées , que votre ami allât dire la messe dans la chapelle de Sa Majesté. Il n'a pas encore été obligé de se déplacer.

Quelqu'un avait proposé de faire écrire sur la peau de défunt Mirabeau les droits de Thomnae pour immortaliser sans doute louvrage et Tauteur; quelques adresses fanatiques et ridicules par la forme et le fond, ont été envoyées à l'As-semblée pour y célébrer la gloire de ce héros révolutionnaire. UAmi du /{(^t, qui les dit fabriquées par le club jacobin , n'en fait pas une mention honorable. Ce club est, à ce qu'on dit, affaibli par ses divisions.

M. de Lafayette a donné ce matin le pain bénit à la nouvelle soi-disant paroisse de Sainte Thomas-d'Aquin , rue Saint -Dominique. Madame de Lafayette est allée de son côté avec ses

OV fin L^NVANT* S«3

^Dfans, dans deux voitures, à la messe aux Tbé%^ tios. Il faut en conclure que le mari est p9P ver3é dans les connaissances de la religion , et quç sa femme est meilleure théologienne quf U général. Je ne sais si je vous ai dit , oe qui passe pour très sûr^ que dernièrement cç commandant des bleus donna à dîner à Tintrus Pm ris-Lydda , et que madame refusa d'assister au repas. Le faux monseigneur ayant demanda h la voir , l'histoire porte qu'on fut obligé de lui énoncer clairement que madame ne voulait pas communiquer avec lui. Je ne serais pap étonné du fait, parce qu'elle est piçuse et m» struite.

Un des tourmens qui fatiguent , c'est la trèi grande stupidité des badauds de Paris, auxquels on ne peut pas faire entendre qu'ils ne peuvent point aller dans les églises où il y a des intrus* Ils disent que c'est le même office , qu'on y dit la messe , qu'on y prêche , etc. , et cea imbér ciles ne voient pas , malgré l'ordonnance de leur légitime archevêque , qu'il y a dans ces

3^4 CORRESPONDANCE SECRÂTE

nouveaux ëlus par le peuple des caractères de réprobation ; qu'ils n ont ni mission, ni juridic* tion, ni communion avec l'Eglise, dont ils abju* rent les principes., dont ils violent les lois, dont ils méconnaissent le chef, et que par conséquent cette nouvelle religion, ouvrage de la révolte et de l'impiété , n'est qu'une branche desséchée séparée du tronc , qui seul peut vivifier les branches qui lui restent unies.

Il y a une pièce nouvelle intitulé : les Viclimeê Cloîtrées, D'après une courte notion qu'on m'en a donnée , le dessein de rendre odieux les cloîtres , de persuader qu'ils ne renferment que des malheureux, et surtout la honteuse maxime qu'il n'y a de bonheur que dans la passion , m'ont paru le plan de l'auteur, qui sans doute voit le principe des destinées heu* reuses dans les boues de la rue Saint-Honoré, pour passer de là dans le paradis de Mahomet.

Quand je réunis dans mon idée tout ce que

le temps présent réunit lui-même d'abominable aux yeux même d'une raison honnête, je ne in*é tonne plus de l'excès de nos infortunes ; ce qui me surprend, c'est que la vengeance divine ne frappe pas des coups encore plus terribles.

MMSi

8l6 CORUBMllDiKOB BECtin

i5 Atril 179».

Le roi, indigné des excès qui ont déshonoré, ces derniers jours, la capitale , a écrit au maire, et s'est plaint de ce que la police ne les avait pas réprimés ; mais il n'existe plus de force publique : la garde nationale arrive lorsque le mal est fait, et l'on ne coupe la corde qu'après que l'homme a été pendu.

Des députés m'ont dit aujourd'hui qu'on se préparait à demander qu'on assignât des églises aux catholiques romains , ce qui annonce l'étendue du ravage qu'a fait le schisme; encore est-il douteux si le véritable culte de l'ancienne et seule religion divine ne sera pas troublé par le peuple, qu'on a l'air de vouloir contenir , tandis que sous main on le soudoie pour exciterdu tumulte.Yous seriez attendrie du détail des craintes etdesdanger^ des religieuses,

bîJ ^ÉMS LEIfFANT. 5M'f

Si TOUS pouviez tous procurer le Iroisiènoie Tolume de V Histoire ecclésiastique, par Fleurj, vous trouTerez au livre douze , page 29g , le tableau exact de ce qui se passe 9 dans rhistoire d'un nommé Grégoire, fameux intrus qui (ut placé sur le siège de saint Athanase. UAtni du Roi Ta indiqué , et je Tai vérifié sur-le-champ* La ressemblance est frappante , parce que le trait est singulièrement odieux. Ce ne sont pas des hommes qm* aujourd'hui nous gouTement f ce sont des tigres qui nous déTorent.

Depuis deux jours on crie à perte d'haleine dans les rues : i"" l'arrestation du Ticomte de Mirabeau renfermé dans une tour; 22° une grande insurrection et im grand massacre arriTës à Madrid. Ce matin , j'ai entendu le crieur dire à mes côtés qu'il y avait eu cent vingt aristocrates tués dans cette ville, et que la tête du grand*iti'quisiteur avait été portée sur une pique pendartt trois jours. Or , vous saurez qu'il n'y a ni vérité ni fondement à cette imposture ; c'est unique^ ment pour rallumer et entretenir la fureur du peuple. Un citoyen du Paris, homme bonttête

9l8 CORBESPO?fDAXCE SECKftTE

et courageux , a osé le reprocher avec force à ce crieur public , lui u donné le plus formel et le plus solennel démenti en présence d'une multitude à laquelle il en a imposé par sa fermeté et son assurance ; ce qui a produit un bon effet, si toutefois la multitude est susceptible dans ces momens d'ivresse d'une impression raisonnable et durable.

On est toujours dans le plus grand embarras à l'occasion des Pâques. Il n'y a plus moyen de se confesser dans un lieu public , et l'on est obligé de se cacher comme si on faisait un crime* Cet inconvénient déplaît fort aux dames qui ne peuvent parler qu'à la faveur de la petite grille.

Pour vous donner une idée de la douceur et de la bonne foi de ceux qui poursuivent les évêques à toute outrance , vous saurez que celui de Soissons, M. de Bourdeilles, homme respectable et vertueux s'il en fut jamais, est accusé en ce moment d'avoir donné cent écus pour faire assassiner le sieur Marolles qui est placé sur son siège. Lui-même mande qu'on entend les témoins 5 et j'ui vu la lettre. Cette

DU vin lENFANT. 5^9

accusation produit le double effet du rire et de rindignation. Il faut qu'une cause soit désespérée quand on emploie à la soutenir TabsurdHé de ces infâmes moyens, et voilà cependant où nous en sommes. L'imagination la plus (é^ conde ne saurait se représenter la variété , la fc^assesse et lexécralion des manœuvres qui nous deviennent familières.

Ke directoire du déparlement de Paris a tapissé les portes des églises d'un arrêté qui ferme celles des hommes comme celles des femmes, ^ t.113 petit nombre d'exceptions près. Dans ces ^^ocptions sont comprises les églises des reli- S*^uscs cloîtrées et non supprimées ; mais outre T^*^^ Viles ne seront ouvertes dans aucun cas , ^^c^ime fonction ecclésiastique ne pourra y être rcée que par ceux qui auront une mission liculière del'évêquede Paris ( Lydda ) visée le curé ( l'intrus) de la paroisse. Dans les "^ ^*oisses nationales on ne pourra pareillement * •^e aucune fonction ecclésiastique que par la P^m^ajission dudit évèque, visée et consentie par

S30 COKRSSPONDANCK 8EGBàn

le cuté , d'où il résulte avec évidence qiill ^'interdire jusqu'à la célébration de la mesK ou reconnaître les intrus. Ce qu'il y a de rii gulièrement détestable dans ce tjrranniqt arrêté , c'est la perfide audace avec laquel il y est dit < que la liberté du citoyen dada 1 opinions religieuses et dans tout ce qui i blesse pas l'ordre public , doit lui être garant contre toute espèce d'atteintes, t II est perti seulement d'avoir des chapelles.

Les catholiques sont dans la désolation , vous avouerez que leur tristesse est fondée ; < ne sent jamais mieux le prix d'une posseaaii que lorsqu'on la perd. Depuis long-temps religion, son auguste sacrifice , son culte, to était au moins négligé , s'il n'était pas entier ment abandonné ; à présent Dieu nous ôte se royaume , et il accomplit sur nous la menai de l'Evangile en le transportant ailleurs , car paraît que la foi qui déserte nos contrées, ^ en enrichir de très éloignées. Tout nouveU<

ment sont partiis des missionuaires demao<i<

DU ràRB CENFAMT. 33 1

pour un pays où la religion fait des progrès. Mon cœur saigne eu vous faisant ces confidences , et le sentiment que j'éprouve est ici fort général parmi les fidèles.

33a coauKPORDiHCE racBin

16 Atril 1791*

Le soi-disant évèque de Paris (M. de Lydda^^*) vient de donner , en façon de lettre pastoral un écrit plat , entortillé par la force de Te barras où il est , insignifiant et ridicule comm sa position. La Gazette de Paris daujourdliu vous fera part de ce qui concerne ce faux pas teur. Toutes les personnes instruites fuient le paroisses ; les gens de marque n'y paraissen pas , au grand chagrin des curés et de leurs fa bricateurs. Les femmes de qualité se réfugien dans les maisons religieuses , et je ne puis vous^» ^' peindre letat où sont les gens qui tiennent à la^^ ^ vraie et ancienne religion. Vous voyez que , ^ i malgré la protestation de tolérance , on leur in — - -*• terdit le culte , qu'on leur en fait acheter::^ ^ l'exercice , et qu'il n'y a que les catholiques^ ^ auxquels on en refuse la liberté ; voilà le fou

de la chose, mais la manière brusque, précipitée et cruelle, y ajoute des traits qu'oa ne peut pas rendre. Les districts, les sections, et autres cor* porationsde ce genre étalent contre tout ce qui appartient à la religion une rage qu'il faut voir pour l'apprécier.

Les curés vertueux et fermes qui ont refusé

le serment sont en butte à toute la violence

delà haine! On ne craint pas de les taxer de

scélératesse; on menace leurs jours, et on leur

^Qipute tous les maux dont ils ne sont que les

victimes. La protection de Dieu est caractérisée

p3r leur courage , mais je ne serais pas étonné

?ue la palme du martyre en fût la base et le prix.

^u je me trompe fort, ou letat présent des

choses ne saurait être durable, et la nature dt

■^ Crise que nous éprouvons semble en annoncer

Madame la duchesse d'Orléans est partie , et ' ^Cà parle sérieusement de la séparation de son ^^^u%ire époux. Il n'en est pas de même de ^^fayette, qui n'est séparé de la- sienne que par ^^ sentimcns.

334 ConiSfOVDAHCI sbcbâib

Le bref du pape n'a paa encore para« De. j en jour on nous le promet, Ton parle mèi d'un second, qui, comme les nuages dans é tempe orageux , sera charge de foudres. En àttec dant, on en a crié un cootrouvé ridicuieoienl

qui dit au peuple que Sa Sainteté approuve la coj stitution civile du clergé, et je ne voudrais pp

^SE^mer que ce stupide assemblage de sots et c^H^ brigands dont nous sommes inondés ne crC^il les crieurs sur parole.

Le départ du roi pour Saint*Gloud deTa^Mt avoir lieu demain , mais il est douteux que c^ et infortuné monarque en obtienne la permissior^ -n< Où veut , c'est-à-dire le parti qui arme la es — >* liaille contre la religion, qu'il aille faire fes Pftqu-* «< à Sainti-Germain TAuxerrois, sa paroisse, par^^ace qu'il y a un curé intrus. Il entre dans lesystèn^^^ nouveau d autoriser le schisme par l'exemple c ^u faible prince qu'on a forcé à le sanctionner. L — ^e projet est appuyé des plus audacieuses menac^^^» et l'on va jusqu'à parler de le déposer, s'il p^ssf" siste à s'y refuser, comme on dit qu'il l'a décla- Monsieur sera sans doute aussi vivement et pe^

hV HW LENFANT. 535

fttre tudacieusemeut iavité à aller à Saint-Sulpice; jamais oa ne montra tant de zèle pour les Paroisses. Jusqu'ici elles ont été fort abandonnées, et aujourd'hui même il n y avait que du Peuple et en petite quantité. C'est précisément ^^ qui irrite les fondateurs de lanouvelle religion. Ou ne cesse de la faire servir à la mémoire de -Mirabeau. Jamais lesservices ne furent prodigués ^vec cet excès, et ce qui prouve qu'on croit peu^ du plutôt qu'on ne croit point à ces auguste3 Mystères , c'est l'indécente apparence d'une Sausse piété à l'égard d'un homme qui a vécu et ^i est mort impie. Cet étalage de religion n'est €[u'unc affaire d'étiquette pour leurrer le peuple en lui persuadant que ce redoutable défunt était \ïn grand homme, etque les complices sont eux* mêmes fort religieux. Imaginez, monsieur, qu'à Saint-Denis on a fait pour lui un service , et qu'on a substitué sa représentation à celle de Louis XV.

Je tremble que la foi ne nous abandonne lorsqu'à tous les actes d'une démence sacrilège , je réunis le départ de aos saints solitaires de la

336 CORRESPONDANCE SECKKia

Trappe. La France s'est emparée de leurs bieo^ et le canton de Fribourg, en Suisse, les appelh Il les reçoit avec transport ; le conseil des deu cents leur donne une église etplusieurs bâtiment Toute la ville de Fribourg tressaille de joie, regarde Tasile qu'elle leur offre comme Taugiii — ^:*^ des plus abondantes bénédictions du ciel.

La (Confession générale de feu Honoré Riquet::^li ci-devant comte de Mirabeau , à son féal am^mi et digne collègue ïalleyrand , ci-devant évêqi»^ ne d'Autun^est imprimée, et il y a sui*ement matîèMK- =i*c d'absolution. Elle est sérieuse, bien faite, et biii ■ mn fournie de choses. Je vous envoie les vers d'iirsi ne dame sur ce héros du crime :

L'Eternel « fatigué des crimes de ce monde « Et TOjlant le punir par quelque grand fléaa « Becuetilit un instant sa sagesse profonde. Puis dit à Lucifer : « Engendre Mirabeau. • Le diable alors le fit à son imago ; D'une peau dégoûtante enveloppa ses traits , Il mit dans son esprit une infernale rage , Et dans son cœur plaça tous les forfaits. Il lui laissa l'éloquence en partage ; Mais parles charmes du langage,

DU PiRE LENFAHT. 337

Sur kf morts il eut tant de pooToir,

Que le démon » au désespoir »

Détruisît son plusbd ouTrage.

Il fit très bien » ce monstre insidieux

Aurait anéanti son père »

DeuTersé le temple des dieux ,

Et placé l'enfer sur la terre.

Je n'ose tous commuDiquer ce que dit aujourd'hui l'Ami du Roi, des excès de la semaine dernière. Ces détails sont si révoltans, qu'on n'a pas la force de s'y arrêter. C'est le tableau de notre infamie que celui de nos mœurs. Un homme d'esprit me disait , il y a peu de jours , que si ce qui arrive dans la capitale d'un royaume jadis nommé très chrétien s'était passé dans une ville de la Chine , l'empereur au* rait ordonné un jeûne général dans tout l'em pire pour en expier le crime.

Madame la duchesse d'Orléans^ décidée , dit-on , à se séparer de son mari , est déjà partie pour la ville d'Eu, où est M. le duc de Penthièvre, son père. On croit que de là ils iront en Italie. Heureux, mille fois heureux ceux qui y I. »

558 COBRESPONDANGB 8]$GBiTB

sont.On aanonce aussi, mais moins positivement » la séparation de madame la marquise de Lafayette, qui n'est pas de la même religion que son mari. Croyez , madame , que les richesses et les places ne font pas le bonheur. Le vôtre ne peut pas frapper les yeux; mais si vous enduriez une partie desmauxdontunyoilebrillantdërobelayue,vous béniriez la Providence de la me^diocrité gênante qui est votre partage. Je veux vous donner en passant cette fiche de consolation.

On parle d'une conspiration découverte à Malte pour égorger le grand-mattre , et Ton ajoute que huit chevaliers français sont dans les fers. Serait-ce que la peste gallicane aurait déjà passé les mers? on le craint.

Un journal dit aujourd'hui, et garaatit comme vrai, que le pape a demandé à la cour de Madrid des troupes pour l'aider à rétablir sa souveraineté dans le comtat; le roi d'Espagne a ac* cédé à cette demande. Il se propose de faii passer une armée à Avignon , et déjà son am bassadeur a demandé au roi de France le pai sage des troupes espagnoles dans ses Etats.

DU PÈRE LENPANT. O^Q

J oubliais que la mère de Mirabeau dernaude 1^ cassalioQ du testament do son fils, qui était **> Cerdit. Un autre des douze cents vient de faire ^ t: de déclarer sa propre banqueroute, en atten- ^*^nl celle du royaume.

j4<> correspondance SECRETE

ai Avril 1791-

Je ne puis, madame, vous faire le récit de ce qui s'est passé depuis dimanche dernier. Vous auriez peine à le croire , et je serais accablé sous le poids des détails affligeans, ridicules, atroces en tout genre. L'indignation et rétonnementsonldeuximpressionsdominantes, et quoique, dans Tétat actuel, on ne doit être surpris de rien , il n'est pas possible de se défendre d'une stupeur qui glace et qui hébète : le roi et la reine dans leur voiture pendant une heure et plus, sans pouvoir partir pour Saint-Gloud ; une affluence immense de brigands qui opposent à leur voyage le veto de la force ; des injures <Stes avec le ton de la plus déterminée insolence à Leurs Majestés, des menaces effrayantes.*, je n'ai pas le courage de vous en "^dire davantage ; ma plume se ressent de ma

^consternation , et je me crois en délire lorsque 3 e m'occupe des délires de la capitale.

Tout est dans la même proportion relative- "Knent à la relfgion et à ses ministres. L'une et l'es autres sont persécutés à toute outrance. Un <cerf poursuivi par des meutes réunies de chiens, xie Test pas plus vivement que ne le sont les ;|)rètres par les philosophes et les mécréans de '^out genre. Ils ne sayent où exercer leur ministère f où célébrer le saint sacrifice , et leur Jiabit seul est un signal qui enflamme la fureur ^e gens payés pour être furieux , et pour satislaire la haine de ceux qu'ils servent, sans quelc[uefois en partager eux-mêmes les scntimens , ou du moins les affreuses intentions.

On fait contre le roi des motions aussi violentes qu'elles sont insensées. Il passe pour constant qu'il a fait ses Pâques le dimanche des Hameaux dans sa chapelle , ne voulant point aller à Saint-Germain^'Auxerrois, paroisse des Tuileries, à raison du nouveau soi-disant curé, qui est un intrus. Voilà, madame , ce qui excite les transports du peuple : il ose vouloir que le

3j2 CORRESPONDANCE SECRETE

monarque soit forcé d'aller h Saint- Germain , qu'il y fasse de nouveau ses Pâques, et quelques uns ont poussé la démence jusqu'à exiger qu'il se confesse en leur présence à son ancien confesseur , M. le curé de Saint-Eustache , que le serment prononcé par lui a rendu un prêtre citoyen. Vous frémiriez si vous lisiez imprimé ce que j'ai entendu lire sur le compte du roi ; ja* mais il n'y eut d'audace plus caractérisée, dlnsolence plus révoltante , de conjuration:^ plus ouverte ; nous voici dans les derniers momens de la plus grande crise et de l'orage le plus effrayant* D'autre part on attaque le ministre des affaires étrangères, M. de Montmorin , et le comité diplomatique. On les accuse de négligence , et peut-être de trahison, pour n'avoir pas pris plus tôt des précautions et donné des avis.

On répand parmi le peuple que les troupes étrangères entrent ou sont entrées en France ; l'alarme et le trouble vont circuler dans la capitale , et il serait difficile de prévoir quelles en seront les suites. Ces jours derniers, la rumeur était général^ , et les rues de Paris au voisinage

Dt PERE JLENFANT. 345

^es Tuileries présentaient Timage de la confu* ^on morale quirègne dans lescsprits. Ondit que l'Assemblée nationale n'en est pas exempte; que le côté gauche participe lui-même à ces mou- Temens qui agitent toutes les têtes; et pour tout réunir dans un seul mot, il paraît vrai qu'on ne sait généralement où Ton en est. M. de Lafayette n'a pas pu se faire obéir de sa troupe; il a été menacé; on lui a présenté la baïonnette; il a voulu donner sa démission ^ on s'y est opposé, et il reste commandant Lui et monsieurle maireont été menacés; le roil'a été lui-même ; une partie de la garde nationale s'est tournée contre lui, et c'est à quelques membres de ce corps qu'on attribue le commencement , le progrès et les suites incalculables du désordre dont aucune histoire n'ofire l'exemple. Aussi faut* il convenir que jamais l'impiété ne fut poussée plus loin que de nos jours. Il n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure , la plus soutenue et la plus universellement reconnue , qui ne soit indignement outragée. Madame Elisabeth est dé*» chirée parles plus sanglanteset les plus absurdes

344 GOBEESPONDANCB tSCEÈTB

calomnies; on ne rougit pas de traiter cette auguste princesse comme des infimes ont osé le faire » la semaine ayant la dernière, à Té de femmes honnêtes , et si Tenfer pouvait no manifester ses noirceurs , nous verrions com

bien leur sont supérieures celles des hommes. Croyez , madame , que je n'exagère rien , qu j'emploie de faibles couleurs au tableau que j vous trace , et félicitez-vous d'être éloignée d Texécrable ville que j'habite. Par malheur , ce mortel venin se communique aux provinces ^ et je crains que vous n'ayez quelque éclaboussure des amas de boue qu'on remue dans nos murs.

Monsieur votre mari m'a marqué l'excédant de l'imposition actuelle de la Franche-Comté, qu'il dit être de 1 1 millions, au lieu de 3 millions ;

5oo mille livres les années passées. Cela cadre fort avec ce que ma dit un député en parlant de la Bretagne. Cette province, qui payait 1 1 millions , en payera 27 ^ mais nous avons de l'argent de reste. L'insurrection de dimanche , aux théâtres , coûta 1 a^o^o francs , et cel^e de

M «jndi f aux Tuileries , en a coûté 45>ooo ; iiis on les regrette quand on en voit le bon sage! Oh! madame, rappelons la foi parmi ous , ou attendons-nous à y voir tous les KKialheurs.

J'apprends l'impression fôcheuse qu'a faite sr.r les esprits de tous les partis diffërens le discours du roi à l'Assemblée , le 19. Ce prince avait parlé la veille avec une fermeté qui lui est peu ordinaire, et le lendemain il a changé si étrangement de ton , qu'on est étourdi de cette variation. L'infortunée reine es^ dans un état qui ferait pitié aux âmes des sauvages. Je suis à même d'avoir des détails de sa vie , d'où je conclus que si elle a été légère , elle a été indignement et manifestement calomniée : les preuves qu'on fournit de ces méchancetés à son égard sont de la plus grande force.

Il y a dans ce moment, c'est-à-dire à neuf heures du soir, une assemblée générale des gardes nationales à l'occasion de la démission que M. de Lafayette a donnée de sa place de commandant. Le peuple a arraché la guérite qui

346 CORRESPONDANCE SEC RATS UV PÈRE LBNPANT.

est à sa porte. On parle de promener sa tète , et en général la rumeur est grande; on craint qu'il n'y ait division parmi les gardes nationales: les uns veulent à toute force que M. de Lafayette reste, les autres sont d'un avis contraire. Si par malheur les têtes s'échauffent , la nuit peut devenir affreuse.

Je me garderai bien de vous faire part des motions atroces faites hier au Palais-Royal. Portez les choses au pire et au dernier degré de scélératesse, relativement à un être toujours respectable , et vous aurez deviné juste : j'en frémis d'horreur.

On vient médire que M. de Lafayette a repris le commandement 9 et l'on parait content.

FIN DU PKEMIER VOLLME.

ou CORRESP05iD\5KX SF.CRAtE

FUIE ILlËHfÂHir.

IMI'UIMËUIE DE LACIIKVARDIBKB

ki'K t){. C(>f.'iuri»R , 7ii}.

MÉMOUIES

OU C0RRESI>0!IDA3iCE ftlXA^TE

DV

PINDANT

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