‹ Memoires, ou, Correspondance secrète du Père Lenfant, confesseur du roiChapitre 8 sur 17 · PENDANT TROIS ANNÉES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PENDANT TROIS ANNÉES DE LA RÉVOLUTION

a4 Avril 1791.

Je croîs, monsieur, qu'il est prudent de prévenir les inquiétudes que pourraient vous donner les bruits publics , dont on m assure que plusieurs papiers font mention ; comme plusieurs vont dans votre voisinage, et qu'il est fort question de Toncle de madame voire épouse, je croîs rendre service à tous deux en vous mettant au fait de l'événement. Lisez-moi sans frayeur. L'orage est diminué, et il y aura lieu

d'espérer qu*il n'aura pas de fâcheuses suites. II. 1

a CORRESPONDANCE SBGRÂTB

Vous avez dû entendre dire depuis plus d'un mois que l'abbé L.... était nommé confesseur du roi. Tout Paris 9 toute la cour, le publiaient Il était presque le seul à nier la chose et à n'en rien croire. Dimanche 17, il lui fut dit à luimême d'une manière si affirmative qu'il avaiV en effet confessé le roi , qu'il prit ombrage d cette affectation à assurer comme vrai ce qu' savait clairement êtrefaux, et il soupçonna que^ que méchanceté sous le voile de cette no velle. Ce fut ainsi qu'il s'en expliqua le so même du dimanche, mais sans effroi, ne* pr voyant pas les suites. Cependant la multitude

les brigands , les gens sans culottes, imbus 1 h

cette erreur, formaient à son insu contre lui i^""^^^^ motions les plus violentes au Palais-Royal aux Tuileries. Son nom retentissait de tout« parts avec fureur; on parlait d'aller chez lui ^ on demandait où était sa demeure , quelle était sa figure , et l'on joignait à ce5 questions tout ce que la haine et la rage peuvent ajou* ter d'injurieux. Il était alors fort tranquille

dans son appartement. Le lendemain, sur les

DU PÈRE LBNFANT. 3

dix heures et demie, comme il allait sortir, le ^crétaire de son voisin commence à lui parier , et il lui fait part des mouvemens et des desseins tumultueux dont il est l'objet L abbé i^épond avec tranquillité, et demande ce qu'on Jui reproche. C'est, lui dit-on, d'avoir confessé M.^ roi, chez lequel on affirme vous avoir vu eu* ^.rer huit jours de suite, pour avoir avec Sa <Alajesté de très longues conversations , dont J'effet a été de l'engager à aller à Saint-Cloud, ^t de le détourner de faire ses Pâques à sa paroisse. A ces accusations , l'accusé répond en «ant, et conclut par demander si les bonnes ^ens ont perdu la tête , vu qu'il n'a pas mis le pied au château , qu'il n'a jamais eu l'honneur de parler au roi^ et que tout ce qu'il entend a l'air d'un rêve. L'auteur amical de l'avis convient de la solidité des défenses et de l'évidence de l'imposture , mais il insiste sur la réalité de l'émotion populaire et de ses dangers. L'abbé prend son manteau, va dire an voisin, déjà instruit , ce qu'il vient d'apprendre ; et, par égard pour la sûreté de sa maison , qu'il ne veut |>as

4 CORRESPONDANCE SlCllÉTlt

plus exposer au pillage que lui-même à la lanterne 9 il est convenu qu'on lui fera avoir un passeport. C'est d'ahord pour Bourbonne qull le prend ; il chanpje ensuite d'avis, sur les relations qui peignent cette ville comme très dangereuse, notamment pour lui : il apprend que des personnes qui devaient y retourner von ailleurs prendre les eaux , et que ceux même qui n'ont pas été exposés à la censure du Bou bonnais, se défient du local, et sont décidés aller ailleurs. D'après cette circonstance , qui sait de plus d'un endroit , l'abbé sort à son or dinaire, roule son faubourg pour y prend conseil de ses amis et leur faire ses adieux Il rentre chez lui ; il hésite s'il y dînera pou faire sa malle l'après-midi. Comme il était prè de deux heures, ne pouvant pas faire dire à I personne qui l'attendait ce qui l'empêchai de s'y rendre, il prend un fiacre, et il arrive après avoir vu au Carrousel et aux environs un foule immense , parce que c'était le jour où I peuple apposait aux Tuileries le sceau bîe public de la captivité du roi. En arrivant dan

DU PÈRE LENFANT. 3l

Msk. maison où il devait dîner , il s'annonce en f^Jaisantant comme un homme qui file sa corde i iX raconte son aventure : elle parait sérieuse, et ^ans le fond elle n est pas très gaie; on To-

i^lige à ne pas retourner coucher chez lui : il béit. Il est depuis lundi en maison étrangère t garde l'incognito* Heureusement son appétit, ^n sommeil et sa gaieté lui tiennent fidèle com-

I^^agnie , et d'ailleurs il en a une excellente.

"XToilà son état. Le peuple , à ce qu on dit , est ^^n peu moins ai^dent; la vérité commence à se ^aîre jour, et d autres obj^»ts ont pris la place du ^^oi-disant confesseur. Cependant il paraît dis* ^osé à saisir l'occasion d'aller en terre étrangère. dleJle-ci devient chaque jour moins sûre pour, tes ecclésiastiques, et je ne sais si bientôt le^ Ranger ne sera pas* plus général. Au moins est-il "%rraî que la désertion est grande, et que plu- -^^ieiirs familles considérables vont se gîter aîll^iir pour un temps. En cas que l'abbé parte, il "^ous en instruira. Il pourrait arriver qu'il voyageât avec gens de connaissance. Vous saurez tô^ ^Du tard ce qu'il y aura de décidé.

b CORRESPONDANCE SECRÈTE

Avant-hier, h Saint-Cloiid, un prêtre qui Tenait de prêcher la passion, fut attaqué, et presque assommé , uniquement parce qu'il est prêtre. On vint à son secours ; il déclara quil avait juré : il en offrit la preuve ; rien ne put 1 empêcher d avoir le bras cassé en trois endroits et la jambe aussi. D après de pareilles douceurs, on peut sans pleurer quitter la France, sauf à y revenir quand elle sera guérie de son épidémique férocité. Le mal n'est peut-être pas sans remède.

On a contraint aujourd'hui le roi d'aller à Saint-Germain-rAuxerrois, sa paroisse. Il passe pour constant qu'il fit ses Pâques dimanche dernier à six heures du matin dans sa chapelle. Les citoyens en ont été et en sont encore très mécontens. On parlait encore hier de l'obliger à recommencer, et à se confesser en public à M. le curé de Saint- Eustache.

L'audace et la corruption sont au dernier degré ! on ne craint pas de dénoncer au peuple le roi lui-même. Les districts le disputent à l'Assemblée nationale en voie d'autorité et d'à-

nu PERE LBNFANT. 7

surpatîoD. On ne sait qu augurer ni que craindre, et la consternation, l'indignation réunissent à peu près tous les honnêtes gens. Par bonheur ces deux sentimens n'excluent ni la résignation ni l'espérance. Ces deux vertus soutiennent et consolent.

Nous ignorons si M. de Lafayette a repris, comme on lavait dit d'abord, le commandement. On croit qu'il persiste dans son refus. Quelques uns disent qu'il met à son acceptation des conditions justes et importantes, qu'il veut, par exemple, que le culte soit libre aux catholiques (c'est bien le moins).

Un grenadier des anciennes gardes françaises eut l'impudence, lundi 18, de mettre la main sur le bras du roi , en lui disant : « Non , vous ne partirez pas. •• La troupe, à ce qu'on prétend, exige qu'il soit puni. Il y a, je crois, matière à punition , du moins on l'aurait pensé autrefois.

Le département fit a£Bcher il y a deux ou trois jours un arrêté pour se plaindre des violences exercées par le peuple contre le roi. Hier

8 CDRRESPONDÂNGE StCRÉT£

le club des jacobins y liposta par un autre arrêté contre le roi et la municipalité , qui a Taîr de proléger le monarque. Aujourd'hui , Paris a été tapissé d'un troisième arrêté , aunora d'un grenadier qui prend ouvertement la défense de Sa Majesté ;, qui déclare que le club des jacobins renferme dans son sein lesprit de Ravaillac, et qui dit nettement qu'on veut assassiner le roi. Il appert que ce club est plus dangereux pour la constitution que le clergé, la noblesse , en un mot que tous ceux qui sont appelés aristocrates» dont il dit cependant du mal. De tout cela il résulte que la division se met parmi les citoyens, et qu'il y a deux partis bien décidés et fort opposés l'un à l'autre. Le parti royaliste est , à ce qu'on assure, très considérable, et l'on s'attend d'un moment à l'autre à quelque explosion.

Il est répandu parmi les citoyens que les troupes étrangères menacent le royaume, et de là les fureurs de quelques écrivains dont les feuilles sont plus que brûlantes : c'est vraiment l'expression de la rage.

Samedi, c'est-à-dire hier, les sections as-

DU PÀHE LENFANT. 9

semblées ont décidé que le roi écrirait à toutes les puissances pour leur notifier qu'il s était fait dans ses Etats une révolution glorieuse ^ dont il est le chef. La lettre est écrite ; on la crie déjà dans les rues de Paris , et on la dit si forte , si outrée , qu'elle doit produire un effet contraire à celui qu'on désire. Il n'est pas possible que les cours de l'Europe n'y voient la preuve frappante de la fion-Uberlé du roi , surtout après les détails de la journée du 18 de ce mois, qui furent envoyés le jour môme aux provinces de France , et à tous les souverains. Ces délails , au reste, suivant le rapport d'un fort honnête député, renferment ces horreurs, qui surpassent celles des 5 et 6 octobre.

Madame Elisabeth a tenu ferme , et n'est point allée à la paroisse schismaliqne, malgré les menaces d'insulte que la plus effrénée licence a affichées à sa porte.

Une lettre de Poitiers adressée à un gentilhomme qui tout récemment en est arrivé , contient le fait suivant. L'évéque intrus de celte ville fit fenner toutes les églises, ce qui indigna

10 CORRESPONDÂNGB SECRÂTS

le peuple, qui courut en foule à une église dans laquelle est enterré un de ses anciens évèques , mort en odeur de sainteté. Ce jour-là, ou le lendemain , l'intnis rassembla tous les prêtres fureurs et constitutionnels, leur fit servir une collation très abondante, et se mita table avec eux. Quelques instans après, la paralysie et l'apoplexie le frappent : il tombe au milieii d eux , et la lettre qui le marque dit qu'au moment où Ton écrit , ledit prélat est mourant , ce qui a frappé bien du monde.

Madame votre sœur me marque qu elle a vu arriver le curé de Saint-Laurent de Strasbourg et un respectable prêtre conduits à Orléans par six cavaliers de maréchaussée. Leur crime est que le nouvel intrus a été insulté par le peuple dans l'église quand il est venu en chasser ce digne pasteur. La canaille de Nancy les a insultés ; cette ville est à peu près dans les même» horreurs que la capitale.

DO PERS LBNFAlfT. 1 |

>6 Avril 1791.

Vous seriez effrayée , madanie , des scandaies en tout genre donl je vous épargne l'horrible récit. Ils sont tels, que je les regarde comme un remède à nos maux, l^e diable est un sot qui ruine sa besogne à force d accumuler les excès dont elle est la source. Ils ne sont pas croyables. On dirait que ceux qui s'y livrent sont payés bien cher pour décréditer l'œuvre à laquelle ils sont employés Encore une fois, ayez courage, et soutenez les rigueurs du moment par Tespoir d'un meilleur avenir , qui peut-être ne se fera pas attendre. La confiance en Dieu en attire le secours.

M. de Lafayette a enfin repris le commande^ ment de la garde nationale , et j'entends dire que le grand nombre dans Paris en est fort aise, parce que le défaut de chef faisait redouter les

lu CORRESPONDANCE SECRETE

plus aflreux malheurs. J'igaore encore les coi>dilions qu'il a mises à son acceptation. Je les saurai peut-être avant que je cacheté ma lettre.

Les diverses conjectures qui se multiplient font regarder Paris comme pouvant être bientôt un séjour très dangereux ; aussi ne peut-on suQire à expédier les passeports à ceux qui le fuient pour aller en pays étranger. Je ne suis pas personnellement convaincu que le péril soit si grand, quoique je prévoie qu'il pourra bien avoir quelque explosion ; mais je pense qu*un peu de prudence pourra mettre à l'abri les gens sages. On dit communément que les proverbes sont vrais, parce qu'ils sont appuyés sur l'expérience ; s'il en est ainsi , l'état où nous som-< mes ne saurait être durable, puisque, selon le proverbe , tout ce qui est violent ne dure pas. Or vous pouvez juger par l'échantillon que vous montre votre intrus, ses consorts, et vos villages, de l'état où est toute la Fiance. Je comprends aisément que je serais mal à mon aise au milieu d'un tas de gens que la fureur enivre

De PERE LENFANT. |3

el que la stupidité aveugle; et comme presque partout îl en est de même , j'avoue que je m'expatrierais volontiers; et si cela se peut aisément , je le ferai ; je crains seulement, et non sans motifs, qu'il ne soit un peu tard, et qu'il n'y ait des obstacles de tout genre.

La peur ne raisonne pas : la lettre que le roi a fait écrire aux cours étrangères, et qui est imprimée par son ordre, en est la preuve. Jl n'est personne qui ne voie qu'elle est l'ouvrage de la crainte et le fruit de la captivité. Les quatre pages qui la composemt sont l'analyse et Té*» loge de la révolution : le monarque a l'air d'en être content, et c'est bien ici le cas de dire : Qui prouve trop ne prouve rien. Cette lettre, mal faile à tous égards, ne paraît propre qu'à opérer le contraire de l'eflet qu'on se propose , et les souverains qui la verront n'auront pas de peine à déchirer le voile qui couvre platement une vérité qui frappe les yeux de toute l'Europe. Tout est ridiculement extraordinaire dans nos manœuvres.

Les papiers nous ont appris tout récemment

l4 CORRESPONDANCE $£GRÂTE

que plusieurs députés, notumément le fameux Target , qui a accouché de la constitutioD , se sont fait recevoir citoyens actifs dans une ile de rAmérique près des insurgens. D'autres, à ce qu'on dit, ont fait proposer de l'argent à Londres. Les bons généraux doivent pourvoir à la sûreté de la retraite en cas de déroute.

Croiriez-vous qu on demande aux jésuites , pour toucher leur pension , qu'ils produisent la copie de leurs vœux ? Où la prendre « où la trouver cette copie des actes déposés dans les registres des collèges qui ont été détruits , et dont il ne reste rien ? Tous n'ont pas éprouvé cette difficulté , et j'ignore si celui qui o) 'intéresse fort l'éprouvera. En ce moment on agit pour lui. Il faut avouer qu'en genre d'injustice, les choses sont au dernier degré de perfection. Adorer les décrets de Dieu et se confier en lui, voilà , madame , la véritable ressource et le moyen de vivre en paix. La recette est sûn» , quoiqu'elle n'étouffe pas jusqu'à la racine toute sensibilité que la raison même voudrait justifier, mais que la religion réprime.

DU PERE LENFANT. l5

Un journal a dit que les cours étrangères répondraient à la lettre du roi et y croiraient lorsqu'elle serait datée de Metz, de Strasbourg, ou de Valenciennes.

Il y a eu une contre-révolution à Avignon. Les honnêtes gens se sont réunis : ils ont dissipé et écrasé la canaille. Le maire a été pendu. La chose paraît sûre, et l'on attend les détails. Cet événement donne beaucoup à penser.

Le roi, à qui Ton reproche d'avoir eu l'air d'un grand mécontentement à la messe de sa paroisse y le jour de Pâques, avait proposé à la gouvernante de M. le dauphin d'y accompagner la reine: elle l'a refusé , et Sa Majesté n'en a pa3 été fâchée. Madame Elisabeth est inébranlable ; Monsieur, frère du roi, et Madame, ne sont point ailés à Saint-Sulpice ; on leur en fait un crime ; peut-être on voudra les y forcer. On a dit que la tête de l'excellent'curé de cette paroisse était mise à prix , et on le croit parti. Cela n'est pas certain.

Si votre intrus vous fait le chagrin de vous visiter, ne lui donnez pas le nom de curé: il

l6 CORRESPONDANCE SECRÈTE

ne lest pas. Monsieur , tout courte est ce qu'il lui faut; ne lui parlez de rien: évitez toute discussion, et regardez-le comme un étranger. Si on vous demande le pain bénit, donnez au aiarguîllier l'argent qu'il doit coûter. Ne faites rien de plus, n'allez ni n'envoyez vos gens à la messe, aux ofiiccs , et même abstenez-vous d'aller à l'église. Cette dernière pratique ne vous sera pas pénible , mais elle ranimera votre ardeur pour le lieu saint , quand Tordre sera rétabli.

On dit que le peuple , instruit que Mirabeau laisse plusieurs millions, trouve que son amour pour la nation n'est pas tout-à-fait aussi généreux qu'il l'avait cru.

Toutes les gardes nationales sont en mouvement pour aller complimenter M. de Lafayelte.

Il part bien des gens pour le Brabant , et ce sont des hommes. On ne peut pas trop supposer que de leur part ce soit frayeur , c'est prudence, ou autre vertu , ou autre motif qui est secret. Personne aujourd'hui n'ouvre son âme: la mienne se borne à régler sa volonté sur celle de Dieu.

DU PÈRE lENFANT. 1

Les religieuses se couvrent de mérite aux yeux de Dieu et de gloire aux yeux des houv mes. De toutes parts il nous vient des relations de leur héroïque fermeté. C'est vraiment un prodige que le courage et la constance de cette ibule de vierges chréli<*nnc*s, dont la conduite et l'éloquence déconcertent les ennemis de l'Eglise. Je ferais un volume dos diflférens traits qui ont signalé à Paris ot dans les provinces ces respectables communautés. L'état religieux qu*on veut détruire ne mérita jamais plus l'estime et la considération, et je suis persuadé que cette persécution dirigée contre les cloîtres coutribuera dans la suite à les peupler. Que ne peut point la force de Dieu dans les amis fidèles à sa grâce ! Il y a plus de vraie philosophie dans ces saintes filles dédaignées par le monde, que dans tous ces aboyenrs de l'Assemblée, qui sont le fléau de la vertu et de la raison.

On dit maintenant qu'il n'y a pas eu de sang répandu à Avignon; que les révolutionnaires ont été désarmés ; que la contre*révolution s'est faite sans effort, et qu'on a replacé paisible*

l8 CORRBSVONDANCB SSCftÊTS

ment les armes du pape au lieu de celles de l^rance.

M. de Lafayette , après avoir repris sa place ^ a cassé la compagnie de grenadiers dont était llnsolent qui osa mettre ^ le iS, ta main sur le roi^ parce que ce coquin avait des complices dans là môme compagnie. Ce général veut que les catholiques ne soient pas inquiétés ; que leâ mœurs soient respectées, et que la troupe fasse un nouveau serment dobéissance.

Il y a les plus infâmes et les plus eiécrables placards , dont les plus scélérats qui ont éié ëcartelés seraient dignes d'être les auteurs.

line Hos premicTos visites que rempereiir a faite.'i in Venise a été chez madame la duchesse de Polignac , où se trouvait le duc de Guicfae , qui fut témoin des crimes des 5 et 6 octobre. Il en fut question en présence de l'empereur; ce prince témoigna des sculimens qu'il est aisé d'imaginer.

La municipalité de Paris demande la diminulion de la liberté de la presse , dont les funestes effets deviennent chaque jour plus

DV PÈRE UNFANT. |^

Le curé intrus de Saint*Sulpic« a eu Taudactt de se présenicr chez Madame^ belle-sœur du roi. t Je sais, lui a dit noblement cotte priu* cesse , à quoi il faut s'attendre, et je m attends à tout, mais jamais je ne vous rcconnaitrai pour mon curé.» II est sorti.

Il passe pour certain que des pr<&tres qui ont remplacé à Saint-Sulpice ceux qu'on en a expulsés, ont dit à des gens qui venaient s'adresser à eux: «Ne vous confessez pas , nos absolu tionA seraient nulles; attendea quelques mois pour que les ohoses s'arrangent, i Je crois d'autri part vous avoir marqué qu'on offrait da l'argaDl aux gens du peuple pour qu'ils eussent Tâir d'entourer les confessionaux , ul par U aeer4« dîter les ministres schismatiques. Quelle b«f* sogne ! quels moyens 1 quelle horreur !

On criait ces jours derniers dans leâ ru^i do Paris ; P^oilà la grande arre$ialion du roi.

Des lettres de Provence donnent une nôiH velle version plus rapprochée de lapremièro: elles disent qu'il y a eu grand nombre de g^oA tués de part et d'autre à Avignôo ; qao les

mesdii pape, qui avait été replacées, ont élé arrachées une seconde fois, et que la victoire est restée indécise.

Il y a eu aujourd'hui une fermentation des p^us fortes dans tout Paris à l'occasion de la compagnie de grenadiers cassée par M. de Lafayelle. Les ruesmCfme étaient pleines de groupes échauffés, ainsi que le Palais-Royal, et lesTuileries. On prétend qu'on en voulait au général jusqu'à demander sa ttle. D'autres prenaient vivement sa défense. L'état habituel est celui d'une confusion effrayante et dont les suites peuvent devenir très funestes.

A Versailles les femmes n'ont pas voulu laisser partir pour les frontières le régiment de Flandre,malgré les ordres du ministre. Une dame qui arrive de Saint-Cyr aujourd'hui a dit que le tumulte était si grand à Versailles, qu'elle a eu peine à y passer ; qu'à midi on y avait sonné le tocsin, et qu'il y avait eu des coups de fusil tirés. Quelqu'un a ajouté que le régiment de Flandre était eu effet parti pour aller coucher à Saîut-

is, mais qu'ua nombre de soldats étaient

DU PERE lENFÂKT. 9t

Tcventid à Versailles, Excellente discipline pour des troupes réglées qu'un dérèglement de celte nature! On ne sait plus où l'on en est.

11 court en ce moment un bruit qu'on a arrêté l'auteur de l'A mi du Roi, à l'imprimerie du* quel s'est imprimé le bref du pape ; qu'on est allé y saisir les exemplaires de ce bref, etqu*on les a brûlés. Imaginez un excès dont la France ne soit pas le théâtre, et indiquez-le-moi : je le cherche inutilement.

Ce que j'ai appris encore ce soir, c'est quela frayeur se répand de plus en plus, et que l'on déloge le plus qu'il est possible. Les conjectures qui naissent de la frayeur servent à l'augmenter^ et c'est actuellement une malad^ie épidémique. Il serait facile d'en donner l'explication sur l'état des choses et des têtes.

On vient de me dire qu'il y a eu du monde loé à Versailles; une partie de la garde nationale s est déclarée pour les femmes , et l'autre contre. Il ne serait pas fort étonnant qu'on vît la même dissension dans celle de Paris à l'ocpasion UeM. deLaf£iyetle,dont le^ uns disent des

•a eoMEiMiTBAvei nscntn

horrevTBf et que les autres dcfcndcat. C*egl ua chaos.

L'c'iflaire d'Avignon est annoncée aujourd'hui d'une façon bien plus tragique : ce sont les horreurs d'une guerre civile , et l'on parle de6 cruautés qui en ont été la suite. Il y a aui^i plas de détails des troubles de Versailles; mais à peu de cLose près, ils sont tels que je vous les uiarqoiiis hier. Ceux de Paris vont en croissant. I^ fureur conlre M. de Lafayette est extrCine; le* écriis des divers partis sont c^*une chaleur, ou plutôt d'une i*age qu'on pe saurait peindre, il y

/PO a contre le duc d'Or qui font frémir.

Sa Majesté elle-même est indignement o^ tragée, les prêtres sont horriblement menacés : tout est en combustion , et mfime dans la gar4€ nationale , les esprits sont fort divisés.

Ce matin le ministre des affaires étrangères a fait part à l'Assemblée d'une lettre officieNe du ministre dT^pagne, qui lui annonce que Sa Majesté Catholique garnit de troupes les frontières {>mir empocher toute communieotifm 4ts f ranç^ii , dont il n^esUme pas la nottrelle

constitution. Je doute encore si je voyagerai : il est des gens qui croient le voyage plus dangereux que le séjour , à raison des lieux par où loîi passe« Quant à vous, je n ose vous donner de conseil, si ce n'est d'avoir Tœil à ce qui s'annoncera , d'ôtre pr&t à fuir le danger, et d'avoir de l'argent en cas qu'il faille partir.

Les assignats perdent huit pour cent; ils sont en danger de perdre plus encore. Ne m'envoyez poînl d'argent; si j'en ai besoin. J'emploierai vos papiers.

Je suis plein de confiance en Dieu et fort tranquille , mais reclus.

^4 COKAC8PONDANCE SEClukTK

^o Avril 1791*

La fermentation dans Paris se soutient, et augmente même. Le serment exigé par M. Lafayette en est Toccasion, et l'on ne peut prévoir quelles en seront les suites. Demain est le jour où cessent les entrées. Oo prépare à ce sujet des fêtes pour le peuple ; la musique de la garde nationale est commandée , et en même ti^mps il y aura des de tacliemens préposés à empêcher que le peuple dans son ivresse ne brûle les anciennes maisons des commis , ainsi qu'il annonce vouloir le faire.

Versailles est en ce moment tranquille ; un homme qui en revint hier nous assura qu'il y avait eu trois personnes tuées , mais que le calme était rétabli. Il nous affirma que des femmes môme mariées avaient suivi des soldats. On nravait dit la veille qu'ils avaient laissé quatre cents mères de plus , et qui ne devaient

DU 1>£KE LfiNFAIfT. S5

pas encore rôlrc. Les mœurs et la religion ont ordinairement la même destinée , c est une ancienne vérité que Ton a prèchée souvent, et que chaque jour lexpérience conGrme.

Il paraît une nouvelle lettre du docteurBurke bien digne de sa sœur aînée ; elle est moins lon«î:ue, n'ayant que quatre-vingt-dix-buit pages, inaîs elle est d'une vérité et d'une force qui saîsîl ; je l'ai dévorée. Jamais on ne peignit mieux l'état de la France et le caractère de ses réformateurs. Si je reste à Paris, je tâcherai de vous la procurer.*

Une dame de considération par ses vertus , fton âge, sa naissance, et son mérite, avec qui j'ai fait connaissance il y a deux mois, et qui s'en i*etourne dans une belle terre près de Poitiers, doù elle compte revenir passer l'hiver à Paris, fîî'a offert, et plus d'une fois, de m'emmener avec ?lle. Ce matin mt^me elle est venue me faire les ïins aimables instances. Je mV serais rendu si 'étais sur qu'elle sera au«si tranquille que par e passé. Elle l'espère , mais sans pouvoir en revendre. Elle ne s'est pas bornée à ces offres i et

#4 CORBEfPONDiNCS «EÇHiTS

H a'a tenu qii a moi d'accepter de t'^rgeat dont elie soupçonnait que je pouvais n*êire pas fort pourvu. J*avoue qujc j'ai été on ne peut pas pluf sensible à un procédé s\ honnête et si gcnéreu^L; m^is eu exprimant de mon mieux ma reconaaissance, je n'ai eu garde d'abuser de ses bouicSi dont je conserverai un éternel souvenir.

M. de La Pcrrirre , nommé président de la douane nationale parl'As^sembléCy adonné sn de* Q)îsslon : eile a été acceptée, et )*on a donoé la place à son gendre , ce qui me f^it ua vfr^i plaisir.

Madame d'Asleld est partie pour Trêves.

Bientôt il ne restera à Paris que le peuple ; loul les gens d'uB autre état sont effrayés.

Le roi d'Espagne a fait dire secrj^enaeiil qu'il recevrait volontiers dans ses Eluts Icf pribr? très et Les i^ligieuses qui auraient refusa !• sermeoL

Si les nouveaux évëques ont la curiosité de Kre M. Burke , ils auront peine à so.ute^jr le ton sur lequel il parle d'eui, et l'idée qu'il ea doi)Be. Je B0 s^QOBS^iê rien de pljiis ibi^wHiMit «

N fin fjmfkwr. s^

^ finit par offrir à la nation le rebut de ce cpiK "^r a de juifs en Angleterre pour venir remplie lei sièges épiscopauxVle France,

Ce que dit M. Bruke dans sa lettre sur Tintérèt qu'ont les souverains à soutenir ceux du roi de France y est d'une grande sagesse et trM bien vu. Sûrement si son conseil est suivi', leé diverses cours de l'Europe auront à cœur la sî* tualion de Louis XYL

Comme les domestiques des Français qui étaient à Chambéry ont été les auteurs déê troubles de cette ville , le roi de Sardaigne n*e«i veut souffrir aucun ^ et Tondit que M. Tarche- Tèque de Paris et madame la prineesse de £onli n'ont pas même ^eu la permissitm de gar^ der les leurs 5 ce qui engage x^te pridcessie à se retirer à Modene. Burke est bien instruit', ear il traite l'article des domestiques à aer- ▼eille, et il les présente comme très dangereux, ce que tout le monde avoue. II y a quelques exceptions à faire, mais peu. Heureusement le mien est de ce nombre , et j>ai Téus6^ à fSn- 0lruire : on 1 ^ veptNMke mtiQie paroM ses cama-

fl8 COBKBSPONBANCE SSCIÂTI

rades le péché d'aristocratie. Il y a un club de doiuestiques sous celui des Jacobins, et On rappelle le club de la Société fraternelle.

On vient de donner une nouvelle pièce rela* tive à la révolutionne est ^cnri f^///, et elle est tombée en paraissant, suivant le rapport des spectateurs. Il n'est sorte de moyens qu'on ji emploie. Pièces de théâtre , chansons dans les rues, papiers imprimés et pleins d'impostures , argent donné, menaces et insultes, tout est mis en œuvre, et ce sont les moyens même qui publient la perversité des agens ainsi que la monstruosité de l'opération.

On avait dit que le roi irait mercredi à Saint- Cloud, mais on dit aujourd'hui le contraire'^ «ans qu'on en apporte les causes. Peut-être ne .veut-il pas s'exposera 1 aventure du ii5.

J'ai lu le bref dû pape qui condamne for<mellement et en détail les principaux articles de la constitution du clergé. Dans tout ce bref il règne une grande modération , et tout est solidement appuyé.

Je voudrais- regagner mou gîte ^ malgré Tab-

nu PERE LENFÂNT. 90

trait de celui que j'habite, mais les frayeurs du "Voisin me gênent. Je vais lui faire part de moit dessein, et je verrai quelle sera sa réponse. Il parait que l'erreur du peuple est dissipée , du xnoins en grande partie , et que je n'ai à courir cjnc le danger commun à tous. Cette position ^st embarrassante. Les frais de l'expatriation sont considérables, et ne peuvent être faits quepar nécessité : en cas que je sois obligé de quitter Paris, je serais tenté d'aller à Amiens, où peut-être le péril sera le môme, mais d'où l'on peut gagner promptemeut la Flandre autricliienne. On commence à parler assez ouvertement du nombre des troupes étrangères qui y sont rassemblées , et les papiers publics s'expliquent d'une manière qui donne h penser k bien des gens. Je ne me pique point d'entendre la politique, et j'abandonne aux experts dans ce genre les raisonuemens et les conjectures. 11 y en a de toute espèce sur cet objet. Les uns croient la guerre très prochaine, d'autres n'y envisagent que des précautions.

Je vous envoie deux images du cœur de Jédus^

3q correspondance SECRiTK

uae pour tous , une pour votre mari. Portez-les sur TOUS» Un événement miraculeux arrivé à Nantes tout récemment , et donl)*ai vu le récit bien authentique de la part même des témoius^ accrédite la conGance, et plusieurs faits Tautorisent. Ces images ont été uo préservatif contre les dangers. Je n'ai pas le temps de vous faire des détails , mais la dévotion au cœur de Jésus fait de grands progrès.

m PARS UKFART* 3f

4 Mars i;'9i.

Je suis bien touché , monsieur ^ et très re-^ éonnaissant de Tintérôt que vous prenez à moi. Je désire qu'il u aille pas jusqu'à troubler voire tranquillité , et que vous puissiez partager la mienne. Grâce à Dieu, elle a été à peine altérée ; l'airegardécetteeflcrvesceDce populaire comme ce.4 orages dont la violence fait augurer le peu de durée , et dans Ut fond je le crois fini. Ma prudence u a pas soiunieillé : je me suis mis eu sûreté, mais c'est par prudence même que je ne me suis pas mis aussitôt en route. Il eût été plus dangereux alors de trouver des gens dont l'espril patriotique eût été excité à seconder les fureurs parisiennes. Depuis qu'elles paraissent calmées et que l'eflet des feuilles qui sèment rimposture dans les provinces est moins à #raiiidre , j'ai examiné quel parti je prendrais ^

3s CORRESPONDANCE SECRÈTE

et de quel côté je dirigerais ma marche. Il n'cs^ pas possible d'aller vous joindre, d*aprës ce que voys me marquez des troubles qui agitent yos cantons. D'ailleurs il faut traverser d'ici chez vous plusieurs villes dangereuses. Cette consi* dération m'a fait jeter les yeux sur la Flandre. Autre embarras : i" pour trouver des logemens, vu la multitude innombrable de réfugies; 2*à raison des frais considérables que le voyage et le séjour 9 s'il était bien long , occasioneraient; 3* parce qu'il y a inconvénient d'y aller dans ma voiture 9 et qu'il est dangereux de se réunir à gens de toute espèce dans les diligences. J'ai conclu à rester ici jusqu'à ce que la Providence me décide par quelques circonstances à m'en éloigner. Ce n'est pns la faute de mon voisin si je n'en suis pas déjà parti. Il s'obstine à ne pas vouloir que je rentre chez moi. Il e.st persuadé que le feu couve sous la cendre , et ii a l'air de croire que je pourrais monter en voilure de l'endroit où je suis. Alors, sûrement elle serait légère, et ce serait la première fois qu'on eût

remisa faire sa mal}e après le départ. Celasqr^it

DU PÈRB LENFANT. 53

boa si ie coupe-tête était à ma porte , mais il ert actuellement occupé à commander les bri« gands d'Avignon , qui ont été se faire battre devant Carpentras. Je rends justice à Tamitié de ce respectable voisin ^ mais à ce premier sentie* ment peut se mèlcf un peu celui de la peur. En ce moment même , }e reçois une invitation k dîner de madame la marquise de Juigné, qui sûrement ne désire pas pour moi la lanterne^ ce qui prouve qu'on ne croit pas mon danger fort grand. Cependant je nuirai pas, de peur qu'on ne m'accuse de témérité. Voilà, mon* sieur, ma position , dont le plus fâcheux est la peur d'^utrui » et qui d'ailleurs est bien adoucie par les bontés de l'excellente hôtesse qui fait pour moi la contrebande en dérobant ma tète aux amusemens de la nation. Il peut se faire que je parte si j'en trouve une occasion favorable. Il peut se faire aussi que je reste au mi* lieu du débordement du fleuve sans me noyer. Je sais que Noir est étourdi et bavard, mais il m'esH attaché et fait à mes usages ; il est doux^

et s'est conduit à merveille dans cette cireaa«« n. s

S4 CORRB$^ÔNi>AN(!S SSCKtTE

ItaneCi Jetier^u^rpas courir le risque d'en frôH"^ Ter qui seraient moins sûrs , et je serais fttchi de le voir sur le pavé. Si vous eussiez éle à portée^ nous nous serions réunis , mais In positioQ dc^ rail périlleuse.

Le pape , dont on n brûlé rcfligic on Palal«r-* Royal, après la réception du deuxième href j rappelle son nonce, et né veut point de M. de Ségur, qui a prêté le sornaent, pour remplace? M. le cardinal d^ Bcrnis.

Hier il fut décrété qu'Avignon ne serait paé réuni à la France; comme M. de" Clermonl* Tonnerre avait parlé fortement polir s'oppo* sera la réunion que voulait le côté gauche , il fut menacé de la lanterne en sortant de TAs* semblée, el déjà sa maison était investie ; sans lil secours de la garde nationale, elle eût été pillée,' mais elle a été préservée. Aujourd'hui grande rumeur parmi le peuple ( s'entend les gen^ payés pour faire changer le décret qui laisse Avignon au pape); en conséquence,' ledit décret est envoyé au comité de constitution , pottf le retnettré sous les yeux dé l'AisSe'thbliîé

«pres-demain. On prdnd pour pnUektd qu« Il Question a éli mal posée. Yoilù dono la MabU» Ii(<î djs décrets! Sur quoi compter? Corpentrai ^'est défetidii à mervoille : :l y a lieu de croire ^u*on ne réussira pas ù le prendre.

Je ne p^iis vous dire le nombre de ceux qui

<lcpuis quinze jours s'éloignent de Paris ;ill

^ont dans les pays étrangers. Les bruits qui

c^ommenccnt à se répandre et à s*acortidittr

<i'une coalition unirersello pour rétablir la piiix,

causent les plus vives alarmes. Mon voisin a un

genre d*anii(ié qui me met dans la position la

plus pénible. Dans sa frayeur il ne veut pat

que je motte les pieds dans la rue où je loge^

mOirke en voilure et le soir. D'un autre côté , il

décire que je parte. Or» je ne puis pas partir

sans argent ni hardos. Il faut donc que j'aille me

pourvoir, et c'est Ji quoi il s'oppose avec une

obstination incmyabloi Je prendrai le parti d'y

aller à son insu , et si je pars, je suivrai peul»

être l'avis du marquis et delà marquise de M...

D...9 qui partent eux mêmes demain.

M. de Moutmoria , selon la feuille du jour^ a

écrit à M. le nonce du pape que le roi n'entendait rien à la lettre que lui a écrite le souverain pontife pour se plaindre du changement d'ambassadeur, et il ajoute que si Pie YI ne revient pas d une conduite aussi légère , la France est déterminée à se séparer de Rome. Sûrement l'ouvrage est bien avancé , et si Dieu n'y met la main (j'espère qu'il l'y mettra), nous touchons aux derniers crimes et aux derniers malheurs.

Tous les ofGciers du régiment de Beauvoisis sont allés joindre le prince deCondé; on dit qu'une grande partie de Colonel-Général in« fanterie en a fait autant.

Ma position m'empêche de vous faire passer le bref et Burke. C'est le sort des prisonniers de ne pouvoir agir par enx-m&mes.

L'état des choses n'offre rien de sûr. La Flandre regorge de réfugiés. On ne peut ni rester ici , ni aller ailleurs aisément. Il faut se résigner et avoir confîance.

DU rtBS UNFANT. 5j

6 Mai i70i«

Mes dépÊclies seront bientôt faites; vous avez lu les dernières gazettes , je ne vous les envoie pas; les nouvelles sont en pelit nombre. Il est dit seulement qu'à Paris on continue à vouloir le jugement du Châtelet sur TafTaire des 5 et 6 octobre; que la ville de Rouen a renvoyé les quatre cent mille francs eu assi* gnats dont elle ne veut point.

Les gazettes reçues aujourd'hui vous apprendront lundi que le feu est allumé dans la Normandie. Vous en verrez le détail par l'adresse de plusieurs endroits, de Dieppe et autres lieux, envoyée à l'Assemblée nationale.

L'assemblée des capucins se soutient ; comme elle s'était d'abord réunie à l'hôtel de l'Université , on a fuit avertir le propriétaire qu'on y mettrait le feu. Il s'est moqué de l'avis, a reçu

99 COKBE^FQNI^iNCS 9ECBÊTE

ces messieurs , cl sa maison n'est pas brûlcc.

L'opinion de M. le mar(]iiis de la Guenille, dont je vous ai fait lecture, a été vendue au peuple à un sou. Les poissardes eu ont été si contentes, qu*e|leii voulaient aller présenter un bouquet h ce digne député; mais elles ne l'ont ptffait, parc<^ qu'on leur a repré^erlp quo ce •eraÎL l'exposer à Olr^ lanterné, • Ah ! s'il était en dituger, quon nous le dise, nous vo|eron»Ji $ù défense ! • Il y a peut-être quelque opération qui eilge qu'on inspire de la peur, auHsi (aitoii dire u M. de Lqfayette qu'il omint pour Paris, vu le nombre de pauvres et de gens à pgure ftxi traordinaire qui remplissent les rues.

Oa 0 oQTert è M. Tabbu Maury eent iDllle écu% pour ehanger de parii , et l'on ajoute qu^ «Ht 2)bb4 90 faire imprimer 1 oiTro e| \q$ eir? eoQilnnces.

. Le mémoire de M. de Favras n'est point 4o Qçrgï^se i pQ l'imprime , dit-ron « en pays étran*

ge?f ^1 l*Pn débite qu*on eu a déjà intercepta q^el^Mfls fenJUe^ '^ |a poste, C*çsi à ^. le vi-

DU péhb lenfant. Zg

gçuT Français vient de fuiro la flcnoncîaticii d|i sieur Cuniille Desmoulins, auteur d'unt feuille inlilulée le Courrier du lirabanL Les ciilrails qu*il cite contre les rois eu général et cuntœ Louis XYl nommément, excitent un% iocllgpation qu'on ne saurait rendre.

Il me revient dans IVsprit que le club jactt» l>in9 do concert avec les di^lricts, demande que le Chalelet juge les coupables des 5 et 6 octo^ l>rc; que ce tribunal ayant député cbei la reine pour lui demander ce quelle pourrait déposer dans cette affaire, celte princesse a répondu généreusement: « J'ai tout su, j\ii tout vu, jaî tout enlendu , mais j ai tout oublié. » Cette réponse lui a fait beaucoup d honneur , et avec

raison.

La mort de M. Target, la tenture de sa maison et l'arrivée des prêtres, ne sont qu'une fable imaginée par quelques plaisans; mais celle farce n'a pas eu lieu.

On cbasse les j'iifs d'Alsace tant qu'on peut, malgré la proleclion des douze cents.

Madame Laclos est, dit-on , arrivée d'Angle-

4o COBUESPONDANCB SECKiTS

terre, et en a apporté de l'argent; gaie qui] n'y ait quelque nouvelle machination. Ce M. de

Laclos est l'homme du duc d'Orléans*

II a paru récemment une lettre anonyme imprimée et adressée à M. le comte d'Artois; on l'invite à venir se mettre à la tète d'un nombre de braves, et on lui promet conseils et bras. On dit cette lettre bien faite, et l'on n'en désigne pas l'auteur.

^es lettres de Paris disent qu'il n'y a rieo encore de neuf pour le parlement et le conseil du roi.

•mmt

DU Tin tïOTAKT. 4^

8 Mil 1791.

Je suis encore dans la capitale , et je vous ai

marqué les misons qui me font hésiter à en

sortir; si lexeiuple est une règle sûre, celui du grand nombre oblige à s'en éloigner; d'un

autre côlé , on prétend qu'il faut , ou quitter la France, ou ne pas quitter Paris, où l'on convient cependant qu'il est très possible d'avoir et des dangers à courir et des jours fâcheux à passer. Ce dernier avis porte sur des conjectures, et il est vrai que ces conjectures ne sont pas dénuées de fondement. Il parait toujours plus certain que les orages se préparent; de toutes parts on les annonce, et l'on ne diffère guère que lorsqu'il s'agit du moment où on les verra éclater. Les uns les croient prochains , et les autres les fixent à une époque moins rapprochée , quoique peu éloignée. Si vo«s et moi

4 s CORRBSFQ^fDANCE SlECHl^TE

eussions pu nous réunir , il eût été plus facile de concerter nn arrangement et à moins de frais. Toutes ces considérations ont ralenti ma marche, et la crainte d'avoir tiop long temps à séjourner dans un pays étranger, d y faire pendant quelques mois une dépense, après laquelle je me trouverais au dépourvu, prolonge mes incertitudes. Si j'eusse été à la portée de I9 Suisse, elle aurait Cxé mon choix; mais jq ne ¥6is que la Flandre, et des différente.^ villes dç Flandi^, on dit que c'est Ipres qui est le (icu le moins cher. Peut-être aussi )es malheurs qu'on nous présage, ou que du moins oq nous Ibit craindre, n'arriveront pas. Voilà, madame, une source triste et fécpude de perplei^itc. Yqiis Aies peut-être dans le même cas, mai^ v^i^s avez Tavantage d'avoir plus près de voq^ uq |j^p d^asile. J'espère que la Providence v^illçrn ftlir Doun, et je me confie en elle.

Les quatre assignats de cinq cents francs chacun que M. de Meyrour a remis à monsieur votre* l^eau -frère ne purent être changés pour de l^pgent sans perdre du mpios §ep| et d^o^î pour

cent I encore les espèces sonUellesfort r^ire^, ^t ^ifljcilesà trouver. Une personne amÎQ m'a prpliiis de nie faire avoir plusieurs asslgntiU àp ipoinclr^ valeur poqr un de cinq cenLs, et çn fai- 4»anl cet échange, on pourra perdre moins^ Vqm^ wpyeis qu*à tous égards, et pour toute sorte 49 personnes, Téiat çles choses ne se ressent paf Xeaiiqoup du bonheur qu'on nous a promis.

La persécution se soutient et s*acoroit: il içs| difficile de s*en former une idée, Elle f>eten4 ^n ce moment sur les religieuses, qqe Ion jnv <[Miète, qiio Ion inlimide, et que l'pn D)Qnace, I^enr courage et leurs yorlus sont un spectaq|ci qui édifie et qui atlendrit. Généralem6ptoi| es| frappé de leur coriduite qui, par h grâce d? P^y t

peut être regardée comme universelle et dign^ de4 plus beaux jours de TEglise. Nombre deQr çlé^ia^îli jues rétractent leurs sermens, mais eq n'a garde de rendre ces rétractations aussi piibUr ques que Tavaient été les parjurea- LadiOicuUé do fréquenter les sacremons et dcntendre la me^se est (oqjours très grande, e( la ^ilnalififldcs catholiques dans ce royaume très chrétien

44 COBUSPOMDANCnB SECHiTS

VOUS ferait croire que tous èles transportée dans l'empire de la Chine , où la lecture des Lettres édifiantes vous a montré la gène et les dangers des fidèles au milieu des idolâtres ; les philosophes seraient aussi redoutables , et plus peut-être que ceux-là, s'ils pouvaient se livrer à leur fureur contre la religion. Il entre dansFeur système d'en conserver les dehors pour en détruire plus sûrement la substance ; à la faveur des apparences qui le séduisent , le peuple ne voit pas les hérésies que couvre ce masque, et à moins qu'il ne soit docile à l'autorité de l'Eglise, dont la voix peut et doit être son seul guide, il confondra toujours les loups avec les vrais pasteurs, Cepeudant ceux qui, à ses yeux, enva* hissent le bercail, ne viennent pas sous la peau de brebis, et il en est plusieurs dont la réputation est elle-même un avertissement bien clair, et devrait être un préservatif très eMcace contre le danger de la séduction.

Les deux brefs du pape répandent déjà d lumières; il y a lieu de croire qu'elle! ramé

DU Hke lenfant. 4^

leront dans la voie de la yériié ceux qui ne *en sont écartes que par erreur.

M. le comte de Staël, ambassadeur du roi de Miède , a reçu ordre d'aller rejoindre ce mo* larque à Spa où il doit arriver incessamment *il n y est pas.

On m*a dit que les puissances étrangères reîisaient de recevoir lés nouveaux ambassadeurs issermentés. Je vous Tai déjà marqué de la cour ie Rome y et le fait est de la plus grande certitude. M. de Ségur , qui déjà s était mis en route pour aller remplacer M. le cardinal de Bernis, a été obligé de rebrousser chemin. L'empereur, le roi d'Espagne, le roi de Danemarck, le roi de Suède, le roi d'Angleterre, agissent de môme^ et Ton dit que les divers ambassadeurs de jces cours vont partir. Celui d*Angleterre a fait ses^ préparatifs de voyage , et il y a deux jours que Tambassadeurd'Espagne étant au jeu de la reine, annonça qu'elle-même se disposait à quitter Paris. Si , comme on le dit , tous les ambassadeurs se retirent , cela fait craindre des suites f&cheuses pour la France , où Ton croit qu'ai»

4tf conKES^ôitftàhdfi ftfecAtTE

iHanifeste ne lardera pns beaucoup à faire ton— naître les siijels de plaitites. Ces plaintes ptrU-J^ téni fitre suivies de quelques ariesd'hoslililo.-* -^jf Le nombre et la valenr des citoyens nouvelle — ^^ ment armés ne produisent pas une sécurité en**— -^ licre, et l'on craint que des militaires aguerriâ^iH ne *se montrent plus actifs que cette milice d€^ A ùoavelle institution.

Ce que je ne crois pas , quoiqu'on le débile c'est la nomination du curé jurour de Saint Eustache h la place de grand-auuK'^nier, et d madame Pasloret à celle de gouvernante dc^ ^-J-" enfans de France. Entre madame la comtessŒ^-^ de Marsan et celle qn on dé.signe pour lui suc — ^^' céder, Tinlervalle est considérable. Il est vrar M'^ que le décret du ig juin a été destiné à I^^ ^^ combler, et qu'aujourd'hui t«»ul est possible* ^^^x*

Vous avez su la fuite du vertueux cur:î d^^ -■* Saint Sulpice, dont la tute avait été mise à prix- -S^» Aujourd'hui se répand la circonstance qui 1^ ^c détermine h s'ex|)alrîer. Son fid le domestiqua e vint hhi!, et lui cria en lui sautant au cou :* Ab / ttibtt;te$))éc table maître, qu'il eâl heureux qa ^

eétle lettre s'adresse à moi ! lisez-la et partes.» li la lui remet, et il voit quoD oOTre douze ceiitK jfraucs à cet estimable serviteur. Il fait aussitôt lîrtr copie de la loUre, qui était, je crois, sanU liignatdré, et il envoie l'original à la municipalité. Dès ce moment il se dtfcide a parllr, il se dt^guise et gagne Bruxelles, Le lendemain du jbiii* où il y est arrivé , il a reçu la visite du général Bender, qiii Ta comblé d*honn6tetéil. Tous les Français réfugiés dans cet te grande vîlltf sont venus le voir, lui marquer leur intérêt et leur estime, et presque tous ont voulu recevoir la communionr pnscale ^e sa main. L'incroyable bi($toirede rafTreuse révolution fournira bien ded traits de ce *<*nre.

• Un souverain fuit écrire par son ministre des affaires étrangères à son ambassadeur en Franoe: « Partez sans prendre congé; vous devriez sané doute notifier votre départ au roi de Franco ) mais les fers dont il est chargé ne permettent pas d*avoir accès auprès de lui. i II parait en tfict, madame, qu*il n*a plus autour de sa

48 C0RBE9PONDANCE SECKÉTE

personne que ceux qu'il plaît ù ses gouteréneurs , jadis ses sujets, de lui donner.

La Gazelle de Pans du 6 de ce mois a dC^ vous développer des idées qui sont les vôtres et celles de toute la terre. Lyémidu Roi avait déjà commenté à merveille , et d*une façon dif* férente, la fameuse lettre du comte de Montmorin aux cours étrangères. Un homme de mérite, et que bien desgens regardaient coinrae très propre à une ambassade, disait il y a peu de jours à un ami qui lui en parlait: • Comment voulez-vous qu'on puisse aller dans une cour étran* gère aprèscette lettre qui nous déshonore! Quoi ! nous disons à un souverain que le roi de France est heureux. Il nous répondra que deux jours avant que ce monarque lui notifiât son bonheur et sa liberté , il savait par son propre am-> bassadeur ce qui s'était passé le 18 avril aux Tuileries. «En eflet, cette nuit même du 18 au 19, chaque ambassadeur expédia un courrier à sa cour , et envoya le récit bien circonstancié et bien positif de l'évidente captivité de Louis XYI.

Eli même temps que Ton débite le départ jirochain des ambassadeurs, on croit voir dans les étrangers de divers pays qui viennent à f aris depuis quelque temps , de fort honnêtes espions qui rendront compte de Tétat des c^hoses.

A en croire certaine rumeur , le club des Jacobins et le côté gauche sont inquiets et alarmés. Quelqu'un de leur bord disait ces jours passés qu'ils perdaient la tête, et que celle de Mirabeau leur manquait. Ils craignent que le côté droit ne prenne de l'ascendant, ils craignent plus encore. On m'a dit aujourd'hui que quelques uns d'eux, nommément le sieur Target, pensaient à déloger. Serait-ce que ce père infortuné voulût s'épargner la douleur d'assister aux funérailles de sa fille ?

On a remarqué que l'officier de la garde nationale qui commandait lors de l'assaut livré à la maison de M. de Clermont-Tonnerre, avait parlé aux sans-culottes avec un ton menaçant, et en donnant à sa petite troupe des ordres

qui en imposèrent enfin aux brigands. Ceux-ci II. 4

5o CORBESPOMDANCB SEGRÂTE

ToyaDt arriver M. Bailly, voulurent se plaindre de ce qu'on insultait des citoyem. A ce mot^ le maire, au lieu de les qualiGer, comme fois, de bon peuple , leur dit nettement qu'il n* avait aucun d'eux qui eût droit à ce titre; ce qui fut remarqué et ce qui a été narré par ur^ chevalier de Saint-Louis, que la curiosité avaie attiré, au moment du tumulte , pour voir corn* ment la chose se passerait.

Les nouvelles vous auront appris l'arrivée de Mesdames à Rome; la visite du pape» ce qai est sans exemple , et la communion qu'elles ont reçue des mains du souverain pontife ; mais une lettre particulière nous apprend que Mesdames ayant été invitées à un feu d'artifice à l'occasion du roi et de la reine de Naples , elles ont répondu que dans Tétat où elles étaient , elles ne pouvaient point assister à des fêtes, ce qui a été trouvé très sage.

Le sieur Thévenin , et ses nombreux consorts ne sont pas solidement assis , et an des effets des premiers mouvemens qui agiteront Tair sera de faire renverser les trônes portatifs

JOU PÈttK LKNFANT. 5l

que leur multitude avilit. Cet événement est plus que conjecturé , et est annoncé expressément; mais il faut l'attendre en silence ; je le garde moi-même sur bien des choses que j'enlends et qu'on assure^ parce qu'on n'est bien certain qu'après les évèneraens.

J'apprends à l'instant que l'Assemblée a décrété que les prêtres qui n'ont pas prêté le serment auront la liberté de dire la messe dans les paroisses et oratoires nationaux. Le ci* devant évêque d'Autun, ce monstrueux apostat^ a plaidé pour la liberté. Il a prétendu prouverensuiteque la nation n'était pas schismatique, et la preuve est qu'elle ne veut pas l'être. Il attribue à la vieillesse et aux préjugés du pape ce qu'il prononce du schisme que renferme la constitution civile du clergé ; ce qu'il a dit est un tissu de déraisonnemens fort opposés à la saine doctrine. Il a été déclaré très formellement, ou par lui, ou par Tabbé Sieyes^ que la nation ne voulait point de patriarche. Il n'en eat pas moins certain que le schisme résulte évidemment des opérations de la nation sur le clergé.

On regarde comme une terreur panîqtie ce qu'on vient de me dire au sujet d'un manifesie de la part des princes. Ce n'est pas que depuis long-temps on l'annonce , et qu'on en rap^ porte même la substance ; mais on devance probablement le jour et l'heure. Ce qu'il y a de plus vrai, selon le rapport des gens sensés , c'est que la confusion commence à gagner parmi ceux qui l'ont fait régner dans tout le royaume, et qu'ils ne savent où ils en sont. Le décret même qu'on vient de rendre sur la liberté du culte et des opinions religieuses indique la peur. On a vu que l'excès de la persécution irritait les esprits les plus indifférens. C'est aussi Teffct qu'ont produit les insultes faites au pape, et l'on observe avec consolation que la fureur de l'impiété ouvre les yeux et ranime le zèle de bien des gens pour la religion.

L'on a heureusement découvert une immense fabrication de faux assignats , dont la France allait être inondée. L'on assure qu'il ne s en est répandu aucun , et la découverte a paru sî intéressante 9 qu^on voulait porter la récom*

pense des dénonciateurs jusqu'à vingt-cinq mille livres. On a modéré cette générosité. Il en résulte que ce genre de monnaie est bien dangereux, et je vois qu'on redoute fort l'émission des assignats de cinq francs , qui est décrétée. Les louis sont si rares, qu'on les paie quarante sols, et même un écu,hier quatre francs, pour en avoir lorsqu'on part : chacun en cherche pour voyager.

Il y a une dénonciation très forte de MM. de Lalayette et Bailly, par une des quarante-huit sections ; c'est celle des Cordeliers, dont est hà violent M. d'Autun. Je vois que la division gagne parmi ces messieurs des communes, et que le respect pour le commandant et le maÎTe diminue.

L'archevêque de Tolède, suivant une feuille publique, offre de la part du roi d'Espagne à tous les prélats de France qui sont exposés à (a persécution un asile dans les Etats de oe monarque.

Le petit journal d'aujourd'hui a l'air de con- Grmer ce que je vous marque du refus des

54 GORRESPONDANCB SECRÈTE

ambassadeurs par les cours étrangères. On croit que l'argent qu on distribue aux brigands pour les faire agir devient moins commua, ce qui diminuerait les insurrections. Il est à craindre que M, de Lafayette n'en éprouve une, vu qu'on l'accuse aujourd'hui de trahir la nation et de vouloir favoriser l'évasion de la reine, qu'on dit très effrayée des évènemens qui se préparent.

On dit aussi que l'Assemblée , intimidée à son tour de l'idée générale où sont les puissances que le roi est captif, 1 ui a fait proposer de mettre à exécution la déclaration qu'il donna le 23 juin 1789, pendant qu'il était encore libre, aGn que- celte opération, quoique retardée, devînt une preuve de sa liberté. Il a évité le piège en demândaut la restitution des biens du clergé , le rappel des parlemens, le rétablissement des évêques dans leurs sièges, en un mot, ce qu'il prévoyait ne lui être pas accordé. J'ai douté de cette nouvelle, et Ton me l'a fortement certifiée. Il en est une autre qu'on affirme aussi, et qui donne l'explication de ce qu'on disait de l'ar-

mée d'un manifeste. On assure^ en effet, qu'il est arrivé un courrier du prince de Condé au comité diplomatique, hier ou avant-hier, porteur des intentions du prince. On ajoute qu'il a dans une armée à ses ordres quinze mille soldats français et douze mille officiers de la QQ^me nation prêts à le suivre.

56 CORRESPONDANCE SECRÂTE

»i Mai 179 »•

Ce n est point, madame, une fausse nouvellecjue la lettre de M. le prince de Condé au corps diplomatique, quoique jusqu'à présent on en ignore les détails. On sait seulement qu'elle a été examinée très sérieusement par ces messieurs; qu'ils y ont répondu de manière, a ce qu'on dit^ à ne point irriter cet illustre correspondant.

Une gazette qu'a lue uu de mes amis , dit que le sieur Cagliostro, dont vous avez appris la condamnation à mort , a obtenu grâce de la vie pour avoir déclaré le complot général formé contre la religion et tous les empires. Il ne s'agissait de rien moins que d'établir universellement l'absurde et impie doctrine de l'athéisme, de détrôner tous les souverains, et de bouleverser ainsi tous les Etats. Ou se persuade

aisëmeotquetelétaitrobjetproposéjorsqueron considère les moyens qui oui été employés ; ils sont très analogues , c^ très proportionnés à une si exécrable fin. Je ne dis rien de la gloire et du mérite des auteurs d une pareille entreprise : une langue mortelle n'a pas assez d energie pour en exprimer l'horreur, et c'est à Dieu seul qu'il peut appartenir d'absoudre par une incompréhensible miséricorde, ou de punir par une justice éclatante des scélérats d'une si monstrueuse espèce.

La multitude énorme de brigands qui paraît s'accroître chaque jour et dont Paris est inondé , commence à eûrayer la municipalité elle-même; on la dit occupée à trouver le moyen de s'en débarrasser. Il n'est pas facile, et au cas qu'on en vienne à bout, ce reflux causera dans la France et sur les routes l'effet que produit sur vos prés le débordement des rivières qui l'entourent ; il répandra au voisinage le vil et pernicieux limon du crime dont la capitale est le lit habituel.

J'ai oui dire que, depuis le 1 8 du mois passé ,

jour fameux , le roi n a pas voulu mettre le pied dans le jardin des Tuileries, voulant, disait-il, être prisonnier toralegient, puisqu'on avait exigé qu'il le fût.

Comme nous sommes dans un temps où Von imprime nombre de choses favorables à la reli-> gion , telles que des brefs du pape , des leUrea d'évêque , des ouvrages instructifs sur le schisme , le serment, les intrus, etc., les garçons imprimeurs ont ëté séduits : ils ont signifié aux libraires qu'ils voulaient un tiers en sus d'augmentation, et une ou deux heures de travail de moins. L'un d'eux, plus honnête , a découvert le secret d'une manœuvre à laquelle il n'a pas voulu se prêter, et l'on a su que pour les empêcher d'imprimer, on leur donnait cinquante sous par jour pour ne rien faire. Avouez que l'opération de nos réformateurs forme un ensemble dont toutes les parties sont assorties au mieux.

Les papiers démocrates parlent des Français réunis à Worms auprès de M. le prince de Condé : ils ne sont pas effrayés du nombre, qu'ils

jportent environ à cent cinquante; comme ce :Bombre est écrit en chiffres, il peut se faire que par erreur on soit loin de compte.

Il est grandement question des preuves d'amitié que vient de donner le roi de Suède en concourant à rétablir la paix dans le royaume. S'il est un grand nombre de gens qui la désirent , il en est aussi qui la craignent ; on prétend même que Tindrce de leur frayeur est peint sur leurs physionomies. Je n'en sais rien , car je n'en vois pas ; mais j'entends dire de toutes parts qu'il règne une grande inquiétude dans le Manège et au club des Jacobins. N'étant point versé dans la politique , je ne puis que vous dire l'effet, en voua laissant le soin d'en expliquer les causes.

Je ne sais d'où partent les bruits qui dans cet instant redoublent les frayeurs. On craint, et l'on craint très prochainement , quelque événement propre à les inspirer. Ma situation devient singulièrement embarrassante, et j'incline fort à quitter Paris. Si , comme je m'y att(endais^ vous m'eussi<^z écrit, et que vous m'eus-

siez averti du parti que vous prenez, j'aurais pu moi-même eu prendre un décidément; ie plus sûr serait d'aller en pays étranger; mais comment y vivre si le séjour se prolonge , vu la diminution des espèces françaises en Flandre , où 3 francs ne valent que^ 2 sous! S'il n'y avait pas dans vos cantons un danger imminent , je ferais mieux d'aller vous joindre , sauf à nous réfugier ensemble dans la Suisse , dont vous u'ôtes pas fort éloignée , et peut-être me verrez-vous arriver dans peu , ne pouvant pas rester à Paris . à raison de la peur des autres , car jusqu'à présent je n'en ai pas eu ; la preuve en est que je suis resté; cependant voici des momens où il #est, je crois, prudent de déloger.

J'ai lu un prétendu manifeste de l'empereur à toutes les puissances de l'Europe ; il est écrit noblement et avec une grande fermeté. On s'accorde à le croire supposé, «quoique plein de dignité , de raison et de force. Veut-on sonder le public avant que paraisse le manifeste réel, qui indubitablement existe? Veut-on irriter lepiiblic par certaines expressions qui s'y trouvent •

ou PÈRE LENFANT. 6l

eo xiommant despotique la vraie autorité des monarques? En un mot, cet ouvrage est-il le produit de Taostocratie , ou une ruse de la démocratie ? je Tignore.

Il paraît constant que soixante membres de» divers parlensiens du royaume sont en ce moment réunis à Bruxelles, Sont-ce des membres éparSy ou destinés à former un corps ? on croit le dernier.

On m'a dit qu'il devenait très difficile de sortir du royaume ; qu'une dame venait d'être arrêtée sur les frontières, et qu'on l'avait fouillée très sévèrement pour qu'elle n'emportât pas du numéraire hors de France. On ne laisse, dit-on, aux voyageurs que six cents livres : on leur fait un billet de l'excédant. Quelle oppression sous le nom de liberté !

Les assignats perdent huit et huit et demi pour cent. La rareté de l'argent est toujours plus grande.

Ne soyez point en peine de moi : il vient de se faire un arrangement qui me coûtera quelque argent, mais qui doit assurer votre tranquillité.

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Je ne sortirai pas de Paris , et j'en suis ravi, car ces voyages en pays étrangers étaientdifBciles et ruineux. Si monsieur votre mari se ressouvient de la demeure d'un homme de nom, qui obtint de M. le ducde Penthièvre unepermission de chasse pour votre voisin, il saura la mienne ; je m'y rendrai danspeu. Du reste, la fermentation qui vous a effrayée ne subsiste plus ; et ce qui par-dessus tout m'importune , c'est la frayeur de mes amis ; parmi ceux-là, le grand nombre est aussi rassuré que moi ; vous sentez bien que je fuirais le danger s'il était autre part que dans les imaginations.

bu PÊRK LBNPANT. t)3

■4 Mai 179 t.

Ce n'est pas ma volonté , c'est la circonstance qui n'est plus la même; ma marche n'est point celle que ma dernière lettre vous a indiquée. Je quitte mon domicile pour en prendre un chez les personnes qui m'ont reçu souvent à la campagne, et où j'allais chaque année. Les raisons du changement de projet tiennent à la nature des choses présentes^ qui varient journellejnent. Je crois pouvoir vous invitera être tranquille, je le suis pleinement ; d'ailleurs il n'est presque aucuu moyen de quitter la France. Une dame de ma connaissance, avec laquelle je serais peutêtre parti, si j'eusse été averti plus tôt, et qui n'est en Flandre que depuis quinze jours, a dû à l'honnêteté du postillon qui la conduisait à la frontière, d'avoir sauvé l'argent dont elle s'était munie pour vivre en pays étranger. Ce brave

homme l'avertit à temps qu'on luî prendrait, après l'avoir fouillée , ce qui excéderait la somme de six cents livres : il lui offrît de cacher dans ses bottes les louis qu'elle portait. Elle fut en effet visitée et fouillée sans miséricorde, mais les bottes ne le furent pas, et elle-même écrit ce trait de loyauté du postillon y qui n y aura rien perdu. Puisqu'il est nécessaire de rester en France, Paris, en raison de sa grandeur, offre plus de ressource que les villes ou villages. C'est le parti que je prends*

Hier, en envoyant à monsieur votre frère les assignats que j'ai annoncés à madame, je l'ai prié de faire acheter le premier et le deuxième brefs du pape , de la meilleure traduction, que je voulais vous faire parvenir par monsieur votre fils , et que je lui rembourserais. Ces deux pièces, qui ont déjà fait faire bien des rétractations, peuvent en produire beaucoup dans les campagnes. Ayez soin seulement qu'après avoir circulé, elles vous reviennent. Si, d'un côté, le pape a ouvert les yeux à un grand nombre de gens disposés au bien, de l'antre la fii-

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Yetir des mécbans a redoublé d'activité. Les ^aais sont tapissés d'estampes infômes dont le diable seul a pu fournir le modèle , et la canaille porte rimpiété à un excès qui révolte ceux mê-^ mes qui sont le moins sensibles aux intérêts de la religion» Une demoiselle anglaise écrivait ces jours derniers que l'Angleterre voyait avec admiration la conduite des évèques et de la très grande majorité du clergé de France. En parlant du respect dont on y est pénétré pour le pape, elle ajoute: « Si dans les malheu«»

• reux temps de Henri YIII nous avions eu 9 un Pie YI y le schisme ne se serait pas établi

• parmi nous. »Ce quelle dit de la manière dont ses compatriotes voient l'état de la France et des intentions amicales qu'ils ont pour elle , est vraiment étonnant. Cela s'accorde avec les discours qu'on prête au célèbre Pitt.

Je ne sais ce qui se {>asse à Paris en fait de mouvemens et d'explosions, mais la feuille qu'on crie aujourd'hui avec une voix et une affectation singulière , ne paraît avoir d'autre but que de souffler le feu et incendier les

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