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esprits. Imaginez qu'après une déclamation de la dernière violence contre les aristocrates, qu'on présente au peuple comme, se disposant à s'a*breuver de son sang , on lui fait y avec la plus stupide platitude ^ et la plus palpable invraisem*blance , le récit fabuleux d'un tragique événement arrivé à Rome, dont personne ne sait un mot f et qui surpasse en absurdtié les contes bleus dont on berce les enfans,
On parle d'une fête donnée à Mesdames par le cardinal de Bernis , le 23 avril ( c'était le samedi-saint ) ; on y fait trouver le pape ; on y place M. et madame de Polignac ( ils sont à Venise); on dit que les plaisirs de ce jour se sont prolongés jusque dans la nuit (c'était la nuit de Pâques, belle circonstance pour le souverain pontife et pour la piété de Mesdames ) ; on représente le pape conférant avec le chef de trois cents Français sur les moyens d'enlever le roi de France (chose facile, vu que de Rome à Paris il n'y a qu'un saut); on nomme ce chef des conjurés. C'est, dit-on, le sieur Jarry, fils d'un négociant de Lyon , qui après s'être
Dtl PÂRB LENFANT. 67
^ait passer pour noble afin de savoir les secrets ^e madame de Polignac , qui lu! confia celui <l'une contre-révolution , se déclare enfin le vengeur de sa nation , trahit la duchesse ^ fait jfea sur tous les convives, tue les gardes du pape, ^t ne laisse échapper que lui et Mesdames, qui luient à pied la nuit, et par une porte détournée, loin des murs de Rome. L'histoire ne finit pas là ; on se saisit du cardinal, qu'on promène pendant trois jours sur un âne ; on met M. et ma« dame de Polignac dans un sac qu'on fait coudre , et on les jette dans le Tibre. Avez-vous jamais entendu les rèvcs de quelques malades en délire , ou de quelqu'un de ces insensés qu'on sépare de la société , qui soient comparables à ce que je vous marque par forme d'analyse: voilà l'humiliant échantillon des produits de la philosophie régénératrice de la raison française. J'ai lu, oui, j'ai lu ce matin cette incroyable narration, dontia capitale éstinondée et dont l'esprit spongieux du peuple va s'imprégner. Combien Dieu est terrible lorsqu'il livre les hommes à la honteuse misère et à la flétris*
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santé bassesse de leurs idées ! J'ai voulu vous faire part de cette féroce ioTention, non à raison de son importance 9 puisqu'elle n'est digne que de la pitié du mépris, mais pour vous peindre les brillans progrès des nouveaux enseignemens«
i5 mai. Les protestans ont dû prendre aujourd'hui posseslon de l*église de Saint-Louis du Louvre pour y établir un prêche. Il y a sur cette église l'inscription suivante : "Édifiée eonr- $aeré à un culte religieux par une société particulière. Paix et Liberté. Il eût fallu ajouter piifir tes protestans , car les catholiques ne l'ont pas. Sur le frontispice de la nouvelle église de Sainte* Geneviève, au lieu de l'inscription ordinaire qui désigne un temple dédié à Dieu, oa lit ces mots : Aux grands hommes ^ la patrie reconnaissante. C'est là en effet que reposent les cendres venimeuses de Mirabeau, à qui on a proposé de réunir les restes pourris de l'impie Voltaire , et des gens de sa sorte ; ce qui me fit dire hier par une femme pleine d'esprit et de piété, que la vraie inscription de cet édifice
profané devait être celle-ci : Voirie naiionah. On avait dit, et Ton dit encore, que madame ^e Lafayette projetait de partir; on le croit ^lussi de mesdames de Broglie et de Lameth: ^'où Ton concluait qu'on était menacé asses ;2>rochainement 'de quelque danger;; mais ce SI 'est qu\iD bruit , et je vous le donne pour tek Çle qui paraît plu3 sur , c'est la division qui s'in- 'troduit dans le chib des Jacobins, et même <ntre les béros Barnave et Lameth. Il n'est pas douteux aussi que l'Assemblée nationale ne soit dans de très grands embarras. Un de ses zélés partisans disait hier qu'elle ne sait ce qu'eUe fait; aujourd'hui CAmi du Roi dit clai-> rement qu'elle est aux expédiens ; que M. Camus insiste sur la nécessité d'établir l'impôt dès ^ mois prochain ; que la caisse de l'extraordinaire est aux abois, etc. ; en un mot, gare la banqueroute.
La rareté de l'argent est à un tel point, que bientôt il ne sera plus possible d'avoir un écu ; c'est la plainte et la frayeur de tout le monde. Hier, sans le secours très prompt et très fort de
la garde nationale , deux de ces vendeurs d'argent qui sont au Palais-Royal , eussent été pendus par le peuple. Ils furent saisis dans la cour qui est devant Téglise des Petits -Pères; l'un d eux était au moment d'être accroché k la grille , lorsqu'il fut délivré et conduit au district ; on Taccuse d'avoir ouvert l'avis de faire perdre aux assignats douze pour cent 11 ma été dit qu'ils perdaient jusqu'à neuf, et l'on prévoit qu'à Tavenir leur discrédit sera bien plus graud.
M. l'abbé Maury a réuni ces jours derniers les suffrages du côté droit et du côté gauche. Son discours à l'occasion des colonies, des blancs y des mulâtres et des nègres , a fait la plus forte sensation ; on l'imprime. Cet excel- 1 ent homme a été embrassé par les gens du peuple ; celui-ci commence à dire que s'il eût été secondé , il aurait empêché bien du mal.
Un homme bien pensant, bien instruit, et que je crois du nombre des députés , a dit à quel* qu'un de qui je le tiens, que les lettres qm
BU PÉBE LKNFANT. 7I
^^enneat des diflférentes provinces sont étOQx^antes par le mécontentement qu'elles ezpri* muent. On les dit excédées de tout ce qui se asse , et cela s'accorde assez a?ec ce que dit 'abbé de Fontenay dans le journal du 14» et «lont il promet aujourd'hui un déyelopjpement.
li'intrus de Cambrai traversant la place qui ^st devant l'église où il allait prendre possession de l'épiscopat volé, fut environné d'une foule obscure et d'un nombre d'enfans de a même classe , qui demandèrent à l'usurpateur de signaler sa libéralité. 11 répandit la valeur de deux louis. Aussitôt partirent de toutes partsces cris redoublés: ViveCapostall Ces cris le suivirent jusqu'à l'église, d'où sortirent tous les honnêtes gens au moment où il entra; c'est ce que marque une dame française qui est dans une ville voisine.
Llntrus de Pérîgueux a excommunié le véritable évèque. L'armement de l'Angleterre inquiète fort nos législateurs, que nombre d'au-
très circonstances ne peuvent guère rassiirer.
Je compte aller demain dans une autre demeure; soyez tranquilles, Dieu veille sur tout.
DU PÂBE LENFAirr. ^5
19 Mai 1791.
Ces jours derniers il y a eu de nombreuses et violentes motions faites au Palais-Royal contre l'Assemblée nationale. Son crédit perd avec les assignats, et par les murmures dWe partie du peuple, qui devient aristocrate par force j il Ta se plaindre des bienfaits par lesquels on a voulu capter sa bienveillance et ses suffrages, La suppression des barrières commence à lui déplaire. Comme le public depuis cette époque veut acheter les provisions à très bas prix , les mai^cbands trouvent qu'ils n ont pas gagné par lexemption des droits ce qu'on veut qu'ils perdent à ce titre. D'ailleurs ceux qui entraient par contrebande/ se voient frustrés du profit illégitime que leur procurait cette fraude, et ils regardent comme un malheur de ne pouvoir plus être fripons. Joignez à cela lexcessive di-
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sette du numéraire qui devient effrayante , le trouble habituel de la populace , la fréquence et le danger des attroupemens , les divisions entre ceux qui divisent eux-mêmes tout le royaume, et par-dessus cela les horreurs et la persécution qu'enfante le schisme; vous sentirez aisément que tant de maux réunis ouvrent peu à peu les yeux d'un grand nombre de personnes qui ne peuvent pas en bénir la source.
Les dernières nouvelles de Brelagne annoncent que le feu est dans une partie de cette province. Les paysans d'un village , lassés d'attendre le bonheur qu'on leur promet , et de ne pas même en apercevoir un léger prélude, ont dit qu'on se moquait d'eux, et ont déclaré nette* ment qu'ils regrettaient l'ancien régime. «Nous avions, disenUls, des seigneurs qui nous proté* g^ent I qui nous aidaient, qui nous donuaienti et noua n'avons rien qui nous dédommage* »
Ils ont été indignés de voir que les bancs de c^s i^eigneurs avaient été ôtés de l'église , et remplacés par ceux de la municipalité , de manière qu'ils ne pouva lent pas même y trou-
DU PÈRE LENFAMT. ^5
ver place : alors par voie de fait ils ont enlevé les bancs de messieurs les municipaux. Ceux-ci en ont été piqués. 11 y a eu de fortes querelles, et elles ont été si furieuses, que le maire, en voulant défendre ses droits, a perdu la vie. On lui a coupé la tête , qui a été envoyée au département. Treize à quatorze villages sont dans le même genre, et la guerre s'établit dans ces cantons. Le. régiment qui a eu ordre d'aller mettre la paix , a protégé les paysans , parce qu'il n'est pas dans le sens de la révolution; liussi Ta-t-on rappelé pour y substituer un régiment patriote. Je tiens ce récit d'nne personne qui, lundi 16, l'avait reçu elle-même par une lettre de Bretagne. Mardi dernier 17 , )'en ai lu un venant des frontières d'Espagne , qui dit bien positivement le formidable rassemblement des troupe* de ce royaume , et qui ajoute qu'on n'en est pas effrayé, l'intention u'étant pas de les traiter en ennemis. Un homme qui était présent , demande de quel endroit venait cette lettre, et lorsqu'on luieutrépondu> iJ dit en avoir reçu une lui-même d un canton
76 CORRESPONDANCE SECREIt
différent, mais toujours sur les frontières, par laquelle on lui marquait la m&me chose , ce qur confirme la vérité de la nouvelle
J'entends répéter qu'il y a un grand mécontentement parmi le peuple , que chaque jour il devient plus fort , à mesure que la difficulté d'avoir de l'argent devient plus grande , et que l'Assemblée nationale est dans les plus grandes inquiétudes. La sœur d'un des çnragés disait, if y a peu de jours , que tout était perdu, qu'ils avaient voulu faire le bien , mais qu'ils n'en avaient plus le moyen. Je vous laisse le soin d'apprécier ce langage, et d'estimer le bien qui peut résulter d'une opération qui est visiblement la source abondante de tous les maux. Le dernier ouvrage de M. Necker , que je n'ai pas encore lu , a de la réputation , et l'on prétend qu'il est un des plus favorables aux douze cents, et que personne ne les a plus maltraitée. La fin de cet ouvrage est , dit-on , singulière^ ment touchante , parce qu'il peint aux Français ce qu'a de monstrueux la manière infôme dont on a osé insulter les sœurs de la charité.
Après avoir réfléchi et tout examiné , j ai pris le parti de restera Paris. Le public m'a oublié; il est trop occupé d'assignats^ d'argent , de bruits de guerre , etc. , pour penser à moi , et je ne cours d'autre danger que le danger général de la haine universelle de toute la canaille philosophique contre les prêtres.
Il y a quelques jours que M. Gobet , évèquc de Lyon, alla faire visite à M. de Montmorin , ministre des affaires étrangères. Cet évoque intrus prit mal son temps , tous les ambassadeurs étrangers étaient alors chez ce ministre. Celui-ci reçut très froidement la petite , très petite grandeur , et elle dut être fort humiliée du dédain que lui marquèrent les ambassadeurs; leur air d'indifférence fut très remarqué, et nommément celui d'Espagne parut le toiser d'une manière peu flatteuse.
Nous acquérons tous les jours de nouvelles preuves qu'on soudoie le bas peuple pour agir dans le sens de la révolution , insulter les prêtres, etc., etc. £n attendant, ceux-ci ne touchent
7 8 CORRESPONDANCB SECKiTB
pas un Bou, du moins plusieurs » et votre ami est du nombre ; on travaille pour lui depuis deux mois, et rien n'arrive : il n en est pas moins calme et espérant
A l'instant j'apprends que le faubourg Saint- Antoine, dont je suis voisin, est de très mauvaise humeur contre TAssemblée nationale ; il se plaint de ce qu'on les a trompés, et de ce qu'on meurt de faim. Les assignats perdaient hier quinze pour cent ; je vous avais demandé « il y a longtemps , si vous vouliez que je les fisse changer lorsqu'ils étaient à cinq et à six. Votre silence sur l'article m'a décidé pour la négative ; aujourd'hui l'on présageait que bientôt ils perdraient vingt-cinq.
Le régiment de Flandre, qui était h Versailles, en est parti. pour Saint-Omer; accoutumé à manger du pain blanc, il ne veut point de celui de munition.
11 faut que le bruit de l'arrivëe des troupes étrangères commence à se répandre, car les babitans du faubourg Saint-Antoine ajoutent
DU PÂRK UNFANT. 'JQ
à leurs plaintes qu'on parle beaucoup de guerre, et qu'ils en sont bien aises, dans l'espérance de voir les choses se rétablir comme elles étaient auparavant.
80 COBRESPONDANCI SEORÈTE
ai Mai i79i<
J*ai lu, et Ton a crié de toutes parts avec la plus éclatante publicité, avant-hier et hier, un ar* rite du parlement de Paris séant à Toumay^ qui casse et annuité la nouvelle constitution française; dénoncé à C Assemblée nationale. Cet arrêté est fait de main de maître , et très conforme au style et à la manière des pariemens. Ainsi en jugent ceux qui connaissent ce genre ; et un de mes amis , ancien conseiller au parlement de Paris, me le disait hier, il est difficile de prononcer si celte pièce est supposée ou réelle. L'avis qui est aubas de Timprimé porte que c'est par subtilité qu'on a dérobé aux magistrats cet arrêté, qui ne devait pas encore paraître, mais que c'était leur projet de le publier. Il suffit pour supplier le roi, de la part du parlement , de dissoudre l'Assemblée , et de convoquer les états-
DU PÉnE LENFANT. 8l
généraux selon la forme ordinaire. Les molifs renfermés dans celte formule , Considérant , considérant, etc., etc. , sont lanalyse la mieux faite, la plus précise, et la plus énergique, des maux qui désolent et anéantissent le royaume , et le tableau raccourci de l'état déplorable auquel il est réduit. Si cette pièce est supposée , ainsi que le manifeste de Tempereur , ce qui est aussi fort bon en son genre , on serait tenté de croire qu'on veut sonder et préparer les esprits en les accoutumant à voir les nouvelles décorations du malheureux théâtre sur lequel est le peuple , et le prévenir sur la future chute du Manège , sous lequel bien des gens croient qu'une trappe prête à s'ouvrir couvre un précipice« J'avoue que cet arrêté m'a fait une forte impression de respect. «
La fameuse lettre de M. Montmorin aux ministres des cours étrangères , pour leur prouver la liberté du roi , trois jours après qu'il fut re^ tenu aux Tuileries , a occasioné une brochure de la plus grande force , intitulée : Réponse (Tan miniêtre étranger à M* le comte de Montmorin^
lU 6
8â GORRBSPONDANGB 9EGAéT£
Il faut le lire pour sentir là déâft^rénlënt <}tl{ en est résulté pour ledit comte. Il était facile de prévoir que rien n'attesterait plus efÛcàeeipent la captivité du mona que, que les pretlféa affectées d'une liberté hautement déiûédtié pa^ révidence des faits. L'areuglement et le déliré sont à leur comble. On me disait tout récem<ment que les yeux du peuple commen(îetit ce^^ pendant à s ouvrir , et que la démocratie pétd presque en proportion des assignats; cea dei^ niera peuvent causer bien du trouble et adéé- Ijérer de grands évèneraens. En voici un t^ nes\ que plaisant, et dont des letlrea Venues c(e l'endroit même assurent la vérité. M^ lé comte de Mirabeau^ qui est au-delà da Rhin > fit la gageure avec quelqu un de ses amis qdlk passerait ce fleuve, et qu'il viendrait faire itaptl* néxpent un tour datis la France. La gageait laite et acceptée ^ on voulut dissuader le ficomla de (a iréalis^r , en lui faisant envisager le danger auquel il s'exposaiL II persiste , ef a'embarqot sur. un batMtf, ayatit à son chapeau une côoai^ bUnchei laïkin large et biftti visibkë Â mi
DU viKE LBNFANT. 93
qu'il s'approche du rivage fraaçais , où étutent une seulinelle et un corps- de- garde, qq lui crifi : •Qui va là» ? II répond fièrement : 9EnttemL* A ce mot^ le corps-de- garde décampe ^ va perléf l'alarme dans les villages voisins et chercher du renfort. La sentinelle seule reste à son poste et attend l'arrivée du militaire étranger* Celui-itî aborde le soldat avec gaieté et bonté, et luidilït «Tun'asdoncpaspeur? — Non, lui répond Uiea*^ tinelle , car je suis du parti de ceux d'auprèft desquels vous venez. » Alors ils s'embrassent, et se donnent rendez-vous pour aller boire en* semble à la santé du roi et des princes ; ce qui fût ponctuellement exécuté suc la fin do ]Quti Alors, après avoir garni le local du corpa'de* garde de cocardes blanches , et fait illfiminet son bateau, le vicomte repart, et traverse là Rhin à la vue du nombre de personnes que le curiosité ou l'esprit patriotique avaient attirés i et il gagne pleinement sa gageure. De cette plaih si^terie on tire deux réflexions: i"^ la fuite pré«* cipitée du corps-de-garde au seul ootn de l'eii»> p^fpi qui approche i %"" la ^iâpMitiem ymk
hostile de la sentinelle donne l'essor aox conjectures que chacun fait à sa manière.
Hier, les murmures, les motions contre TAssemblée étaient peu favorables aux augustes; les ouvriers faisaient grand bruit, ils se plaignaient d'être moins bien payés que ne le sont ces hommes oisifs employés aux ateliers de charité , qui ne font rien , et qui ne servent qu'à former l'armée des pillards et à être reffroî des honnêtes gens. D'autre part , les maîtres de ces ouvriers gémissent de ce qu'ils ne peuvent plus les retenir , les fixer au travail , et de ce que l'ouvrage languit. Par-dessus cela , hier H ne fut pas possible d'avoir de l'argent, au moins publiquement. Ce ne fut qu'en secret qu'on parvint k changer quelques assignats, et il ne perdirent que sept h huit pour cent. On annonce que désormais ils ne perdront que trois ou cinq au plus , mais je regarde cette espérance comme l'illusion du moment, pour apai- -«er le peuple. Il est certain que le numéraire diminue. Les uns le cachent^d'autres l'emportent itapays étranger, et ces jours derniers on a
DU pArB UBNFA!IT. 66
donaë jusqu'à cioq francs par louis pour en avoir. Les gens du côté gauche , persuadés que leur édifice s écroule , sout , à ce qu'on dit , iott occupés de faire leurs préparatifs de départ, et contribueot fort à faire disparaître les espèces pour voyager. Comme la pauvre fille du fameux Target commence à éprouver des convulsions , tous les parens de cette infortunée et contrefait^ créature veulent s épargner le chagrin de voir <e3 derniers momens. Ce qui se dit assez géxiéralement , c'est que les enragés eux-mêmes avouent , dans leur désespoir , que tout va mal et que tout est perdu : je lentends répéter de toutes parts , mais j'attends , pour y croire bien décidément , que l'expérience démontre la solidité des raisonnemens que les apparences et surtout les désirs ne cessent de reproduire. L'armée avignonaise est , à ce qu'on prétend, sans ressource, et Carpentras est triomphant. Il paraît vraiment que cette ville a été singulièrement protégée du ciel. Le pape a adressé un manifeste aux Avignonais pour leur repré* senter leurs torts, les inviter à résipiscence, en
S6 CORHkSPOMDANCB SECmiTE
Imxf promettant le pardon. Il leur fite un ternie ■près l6^ti«l il leur déclare qu'il fera tisage d#§ forcés qu'il a en mains. On croit les troU^ •pMtispagnoles et les douze mille Piétnontafs, qui iMjii ont descendu lés Âlpés, destinés à cet %ËéU Nos savans législateurs avaient demandé » il y a quelque temps , si quelque traité particulier Assurait au pape la possession du comtat , é% il fut répondu que M. de Montmorin n*en DOniiaissait point (c'est peut-être une réponse qu'on lui prête). Or, on dit aujourd'hui, et Ton affirme que tous les souTerains sont garans de eette propriété du souverain pontife.
Jjè bref arrivé en dernier lieu , et que vous devei; avoir reçu , fait éclore de tous côtés des rétractations. Le nombre en est si considérable, que c'est une forte raison pour TAsSemblée de ne pas en dire mot. Depuis quelques jours on laisse en repos les prêtres, parce qu'on West occupé que de la rareté de l'argent. J'ai peine à croire que ce calme soit durable; cVst Un nouveau lièvre lancé devant les chiens , et qui les détourne un moment ; mais ils reprea>-
DU PEUX iBMPANT. 87
dropt Mentôt le preuiier ; la haine de la reli- Hiou est un sentiment trop dominant dans les impies > et dans les hommes corrompus , pour qu'ils lui accordent une longue trêve; il n'ap^ partient qu'à Pieu de lui donner la paix; il faut )a lui demander, et lespërer de sa bonté.
If^ petit journal dit ^iijourd'hui que le club des JacpbiAS se rcpent d'avoir fait publier l'a^ fêté 4u parlement de Paris, parce qu'il a r|é veillé dans un grand nombre l'ancien attache* w^çnt à ses magistrats; et moi, je vis hier mon ^mi de la rue Thérèse, avec sa femme, qui vinrent me faire visite et qui me dirent que cet arrêté^ que le mari avait eqtendu crier, était en effet écouté très favorablemi-'nt du peuple* Cela le dispose à ce qui peut arriver.
Ce soir on nous a dit qu'il y avait eu grande fumeur parmi le peuple, dont le mécontentement croit à vue d'œil , et l'on présage qu'avant peu il y aura quelque nouvelle explosion. On a l^etraucbé le paiement à plusieurs de oeex qu'on employait aux ateliers de charité , et l'ofi ep diminue le nombre faute d'argeoL
as COBBXiMNDANCI BtWirt
Ce n'est qu'aujourd'hui que les protest&ns ont dû entrer en possession de l'église de Saint- Louis du Louvre. On parle de tant de choses, et l'on débite tant de nouvelles vraies ou fausses, que l'imagination en est accablée.
On croit le roi de Suède à Work, où l'on attend M. le comte d'Artois. On cite une lettre de M. de Maillebois écrite il y a deux jours k sa^emme pour l'engager à quitter Paris. Le bruit est que le premier président du feti parlement de cette ville a été mandé à Tôurnay ; qu'il est parti , et que là sont réunis tous les principaux membres des anciens parlemens de tous les coins du royaume.
Le triomphe de Carpentras est complet; les assiégeans ont perdu beaucoup ; les bourgeois sont presque tous des protestans.
Dans le seul diocèse de Chartres, il y a cent trente-trois rétractations du serment ; à Lisieux, sur quatre-vingts jureurs, soixante-dix-neuf se sont rétractés, et le quatre-vingtième a ét^ pendu deux jours après par le peuple, on ne dit pas pourquoi. Telle est la nouvelle. Il ne
njy fin UN PAiiT# 89
reste dans Lyon que trois jureurs. Cette ville, àce qu'écrit une dame^deyient si aristocrate, que l'apparence d'un sentiment contraire serait mal accueillie. Comme je croyais finir ma lettre, est arrivé dans mon aimable domicile un homme qui venait exprès y apporter des nouvelles. Il garantit celles qui sont l-objet du moment, parce qu'il en connaît la source; je me suis proposé de vous les communiquer.
J'oubliais que des maîtresses d'école de Paris qui n'ont fait le serment qu'avec restriction, ne pouvant obtenir qu'on leur en donnât copie, parce qu'on le transcrit pur et simple sur les frauduleux registres , ont été chez l'abbé Royon pour le prier d'insérer leur façon de penser dans son journal. L'abbé le leur a promis, mais il leur a dit qu'étant accablé du nombre de ceux qui se rétractaient, et ne pouvant y suffire, il fallait du temps pour faire face à tout: c'est l'effet du bref.
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90 GORUIFONDiNCI fEClÂTK
lll»l ■■■■lll»l m MMM — MI lippilJ»! Il ■■!»
' Il y ft pIms 4^' d^ux uioi^ qu un boipme d» marque , et fpf ( ioistruit défi affaires politique ni*avait donne lefi plus solides espérances 4^ k paix dans le INord ; au^i^ malgré le journ^J» Qft aujourd'hui du même avis , ji4 n'fii pas Ugé vos frayeux*s > et journellement m^ ospé runçes s'accroîs^entt ^e suis persuadé qu^ |'$4)bé Font^nay , en rapportant la réponte du prîpce de Hohenlobe vous donnera Texpiioalion de^ ca que j'écrivais dernièrement Depuis lors j'ai e^ la confirmation de la même oonfelle. Le temps précis ne peut pas se (itxeri je m'en tiensà ce q;ue me dit, lundi ;23, un homme au fait deee qui se passe dans un autre pays que TAUeiBagne, à qui je fis la question sur l'avenir , en lui disant: « Sera-ce bientôt? — Ce sera tôt, me répondit-il j si ce n'est pas bientôl. * J'incline fort
' w fin îMnvàMté 9)
I regarder lé ihois de juin comme fatt^ssàntr Vous mettez tout en œuvre, inônrieur, pour iùé fhire redouter Paris; je eommenee pur trouer que n'eh ai pas une id^e différente: dé la TÔtre , et qu'il se peint à mes yeux ^one les mêmes traits; reste à savoir si U oiroulatioa du lAème eii^rit dans les provinces ne peut pas 7 attirer les mêmes vices. La cause en sera diffé*rente à la campagne , mais Texpérience de deux années nous a appris ce qu'il y avait à^sraindre des paysans ! on les agite , on les excite^ on les dénature facilement , et dans nn village où Tin*eendie gagne , on n'a pas les mêmes défenses et les mêmes secours* Si Cfaàtiilon avait voulu tme certaine tète qu'on avait Tair da demàiider k Paris , il n'eût pas été si aisé de la dérober kl la fureur populaire. Chaque jour je suiji té^ moin des terreurs que la capitale inspiré, et ehaque jour je vois des gens qui la regardent somme le plus sur asile i ces deux opinions peu-*- ^ent se soutenir. Il y a de fortes raisons pour H Contre.
Ces circonstai^ees mettent la religion et rimr
Qia GOUBflPOWDillCS MGftin
piété dama leur vrai jour. Combien cette dernière est hideuse et effrayante! Dans l'autre , que de charmes et d'attraits! Le diable a bien tort de se démasquer; la laideur empreinte sur le front des monstres ses enfans décréditera ses leçons y et j'espère que son triomphe du mo« ment lui enlèvera à l'ayenir bien des con« tjuètes.
Rien n'égale la di£Gculté d'ayoir du numé* raire. Des lettres annoncent la marche et la prochaine arrivée d'une grande multitude d'é* trangers empressés de voir Paris. Cette recrue pourra occasioner de la foule et des mouvemens dans cette capitale , qui s'attend à les recevoir ; mais aussi il est des gens qui en sor« tent; l'un d'eux avait donné son départ comme le signal d'un événement , et il est parti la nuit dernière. L'honorable membre Chapelier , interrogé par une dame bretonne sur la retraite qu'elle projetait , l'exhorta , il y a qMelque temps, à une tranquille sécurité. Il vient de lui écrire qu'elle et son fils n'avaient pas un moment à perdre ; tous les imprimés parlent uê9M
nu PÉRB LENFANT. gS
laut. Il en parait un qui donne le signalement, ït prononce la condamnation des factieux ïl régicides; il est terrible : n eussent -ils à (obir que cette humiliation , elle est vraiment jn grand supplice.
Ecoutez*moi , voici du neuf dont dç toutes parts on garantit la certitude. La^aix est très décidément signée; ti*ente mille Prussiens sont en marche. Hier est arrivé un courrier du roi 3è Prusse, qui promet de prendre en main la cause des princes de Tcmpire. Ces nouvelles ont effrayé le côté gauche d'une manière sensible ; ce matin on a décrété que l'élection pour une nouvelle législature devait être faite avant le 5 de juillet prochain ( elle n'aura pas lieu à ce qu'on croit). Le côté gauche cherche à entrer en négociations avec la coar; on les soupçonne de vouloir réparer le mal , en envisageant celui qui les menace. Un des plus ûers enragés disait hier qu'il y aurait des évènemens , et que pour tout l'or du monde il ne voudrait pas en ce moment acheter des biens nationaux ; qn'il pouvait se faire que kur be-
sogne M tiût pas long-temps ) ils sont surtout efirajës de la bonne volonté du roi de Suède. Une personne écrit des pays voisins de la France, avoir dîné avec M. le prince de Wurtemberg , beau-frère de M. le comte du Nord , qui doit comn)anderlesRusses;il en est dé jà arrivé quatre mille 9 et il en vient un nombre plus grand. Un de mes amis vient de me dire qu'il avait reçu d'un des siens qui est en Allemagne , une letlre dans laquelle il lui marque qu'il a vu dans tous les cercles de l'empire des camps formés , dirigés à un même but ; le même a une lettre récente des frontières d'Espagne , qui lui apprend que le nombre des troupes espagnoles augmente; qu'il y a une nombreuse cavalerie , à la nourriture de laquelle les villes voisines cherchent à pourvoir. Une autre lettre m'annonce que le Danemarck, la Suède, la Prusse, la Russie» en un mot que toute l'Allemagne et le Nord sont ébranlés pour venir au secours de la France, et il y a sur ces divers objets des détaib inléressans. L'histoire du vicomte de Miral>eau -tA tré« vraie ; on tient la relation d'une lettre
DU PilX LBNFllIT; gft
^e lui-mÀifae a écrite. Il avait trente hommes
lorsqu'il a passé le Rbin par gageure. Sul* le
Ixird étaient deux cents hommes de garde qui
ont pris la fiiite pour aller sonner le tocsin. Jjl
senlinelle seule est restée, et a fait laréponsQ
que je TOUS ai mandée. On criait hier au Palais^
Hoyal une brochure intitulée le Régicidei Je
jie garantis pas la vérité du crime , mais on m*a
affirmé celle de l'accusation intentée (on atait
en effet doublé la garde) d avoir eu de sinistrei
desseins, il y adeuxjours, contre le roi. L'auteur
de la brochure annonce qu'il le nommera ^ e|
que s'il y a désormais la moindre apparenoe
de péril pour Sa Majesté, un nombre très gttod
de sujets fidèles voleront à sa défense, et la vea^.
geront sur la tète du coupable qui oserait le (wi
cralndfe.
On parlait hier de vendre lès diamans de I4 eourouile , cela se criait dans les rues ; on enolt que le projet n'existe pas, et Ton re§a«d9 comme une maladresse d'en donner l'idée i ^iii est aussitôt suivie de celle de là banque^ oiité. U paraSt ua troiaièilie bref dii pape relatif 4 Af^
96 COARBSPONDANGB SEGRiTE
gnon.Oa le dit très bien fait et trèsfortySa Sainteté parle en souverain quia les forces ou da moins les secours sufiisaus pour soumettre les rebelles. A en juger par tout ce qui se dit, le moment approche et le théâtre va changer de décoration. Si I on en croit des lettres du Languedoc » la scène est déjà changée à Toulouse , où la garde nationale a été battue , les municipaux maltraités^ et où le peuple a crié qu'il voulait un Dieu y une foi, et un roi.
Il m*a été dit que dans leflroi qu'éprouve rAssemblée nationale, dont on assure que quelques membres songent à déloger, notamment M. Duport, elle a décrété aujourd'hui, presque sans examen, quatre-vingts articles relatifs à rimpôt. A loccasion de ce mot , quelqu'un dit avoir reçu des lettres qui racontent qu'un village ayant reçu des rôles d'imposition , en avait fait un feu et dansé autour. On l'avait prévu, et Ton ne sait pas comment on pourra percevoir ce qui sera taxé et exig^.
L'impiété se débite ici en chaire sans ménagement ; il y a des catéchismes aflireuz p des
DU PiRB LENFANT. 97
ëvèques et des curés de la constitution qui sollicitent par leurs désordres les secours de Dieu sur son Eglise; j'espère qu'ils vont lui être accordés. Je regarde ces nouveaux inlrus comme une drogue sortie de la boutique infernale d'où les hommes l'ont tirée , mais dont Dieu se servira pour effacer les taches qui obscurcissaient la splendeur du clergé ; ainsi , pour éclaircir et puriGer certains métaux, on les couvre d'une matière dégoûtante ! on la jette ensuite, et ils recouvrent leur éclat.
On commence à croire que le manifeste de l'empereur et l'arrêté du parlement de Paris, séant à Tournay , ont un fondement de réalité; ce parlement est comme le résultat de tous ceux du royaume , parce que les principaux membres de chacun y sont réunis.
Si l'on peut ajouter foi au petit journal ,
M. l'évêque d'Orléans a dessein de rétracter
son serment; il ajoute par plaisanterie que le
duc du même nom rétracte aussi le sien, qui
était de payer ses créanciers. Le même journal
disait que ces jours derniers l'Assemblée, après II. ^
avoir traité les blancs comme des nègres , venait de traiter les nègres comme les blancs , par son décret sur les colonies.
Outre les trente mille Prussiens qui viennent à grande hâte , vingt-mille doivent les suivre : nous serons fortement environnés. Sur dix-huit mille hommes armés dans un département, on n'a pu enrôler que trois hommes pour aller s opposer à l'entrée des troupes étran* gères.
DU PÊHE LENFANT* gg
mtmmmmmmmmmmmmmmmmm^m^H
!*■ Juin 1791*
Au défaut d'argent et vu la stérilité des assigoa^ts, il court des billets d'un autre genre. En voici un : «A vingt jours de date, je paierait
• Tordre du roi de C'i*ance la somme de tout mon
• sang pour le recouvrement de sa liberté et de »sa couroune , sans préjudice au droit de punir »les coquins qui Tout humilié, les scélérats qui
• l'ont outragé, et les Jacobites qui ont voulu
• l'assassiner. A Bruxelles, le 26 mai 1791; » êigné Bender. » Une lettre de Chambéry , cofi^ signée dans un papier public, dit : « Je dois
• vous prévenir, malgré les dangers que je cours à
• vous découvrir ce qui se passe ici , que Torage » est prêt à fondre sur la France ; la coalition
• des puissances étrangères est certaine. Lëo- ^pold en est le chef. Toutes les négociations
100 CORRESPONDA?fOE SECRÈTE
• à l'appui desquelles on a levé tant de troupes > sont factices. Au mois de juin, n en douiez pas» »le fait est incontestable, quatre cent mille
• hommes doivent entrer en France de difTérens «côtés. II y a quinze jours que Léopold était à
• Turin, et toute TEurope Ta ignoré. •
L'Âlsacc est dans ce moment très violemment agitée et en pleine insurrection contre les lois nouvelles; les prêtres non jureurs, les biens d'Eglise , sont ouvertement sous la protection du peuple , qui a ']iour soutien le régiment même du vicomte de Mailly; deux ou trois cents villages n'attendent qu'un signal pour se soulever.
De toutes parts viennent les nouvelles d'un grand et prochain événement. La terreur se répand dans l'Assemblée, sur laquelle l'opinion change, à ce qu'on dit, visiblement. Nombre de petits détails confirment cette idée, qui est celle de bien des gens.
Il y a environ six semaines qu'un seigneur partit de Paris à dessein d'aller voir par luimême ce qui en était des troupes étrangères
DU PÈRE USNFAflT. |0l
qu'on disait être sur les frontières de France , et dans l'intention de tranquilliser une dame très démocrate de cette capitale. Les deux premières lettres de ce noble courrier dirent à cette poltronne qu'elle n'avait encore rien à craindre; une troisième lettre, arrivée il y a deux ou trois jours. Ta avertie que le temps pressait , qu'il n'y avait pas celui de délibérer. En conséquence ladite dame, partit dimanche dernier, ^9 de ce mois.
Il y eut une grande rumeur le 3o à l'Assemblée, sur les mouvemens de l'Alsace , à l'occasion d'une lettre du département de cette province, qui est la demande d'un prompt secours contre le danger prochain qui menace. 11 fut question^ à ce qu'on prétend, d'y envoyer cinq mille hommes des gardes nationales , faible renfort , si toutefois elles veulent marcher. Il parait que l'Assemblée doit peu compter sur les troupes de ligne, que plusieurs nouvelles disent devenir royalistes.
On m'a dit que les murmures des poissardes avaient changé d'objets, cl qu'ils s'adressaient
directement aux douze cents; cela peut être si, comme le rapporte le petit journal , il y eut, samedi 28, au Palais-Royal, la motionla plus claire et en même temps la plus violente contre nos augustes. L'orateur, parlant bien et homme de bonne mine, osa dire que les ëcorcher tout yifs pour les maux qu'ils avaient faits à la France, serait un supplice trop doux. L'auditoire se contenta de ne rien dire, ce qui fait dire à Tauteur qu'on ne peut à présent s'expliquer sans sVxposer à être pendu , et si le fait est sûr, c'est un changement bien marqué.
J'ai eu l'air de douter de la motion que je viens de vous marquer : je n'en doute plus en ce moment ; un homme digne de foi en a entendu une autre de la même force, et je la tiens de la personne même à qui il l'a racontée. Vous voyez que ce ton hardi indique une grande diminution de respect pour les législateurs ; leur décret idolâtre, sur la translation des restes infects de la carcasse de l'ante-Christ Voltaire n'a pas un succès général, il s'en faut, sansparler des gens religieux et honnêtes qui voient
nu PÉRK LSNFANT. .103
iveo une indignation mêlée de mépris les fanatiques excès de délire que Timpiété étale ; '\e peuple même en grande partie en est irrité, )t l'imprudente fureur qui poursuit si ourertement la religion, en réveille le sentiment.
Dimanche dernier, 29 du mois, la chapelle des Tuileries était pleine de monde pour les vêpres et le solut ; le roi , la reine y étant, il arriva un potît événement que je tiens d'une personne qui en fut témoin. Au moment ou le père Feuillant était prêt à donner la bénédiction , on ehanta le verset ordinaire , Domine êalvum fac fêgêtn ; une voix très forte ajouta par tpois fois êi reginam; cette addition frappa tout le monde et la reine s'évanouit , se croyant menacée de quelque danger. C'était uniquement le zèle inconsidéré d'un grenadier, homme remarquable par sa taille. On le fit sortir de l'église, et on |ui demanda à quel dessein il avait causé ce trouble dans l'assemblée ; alors il se contenta de montrer son cœur, et de dire: f C'est de là qu'est parti cette exclamation.» Un cles bons papiers qui raconte cette anecdote
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dit qu'il est fâcheux de ne pouvoir pas approuver ce qu*on admire ; et apostrophant ensuite ce grenadier, il lui dit :• Généreux grenadier, vous êtes vraiment Français, et le cri de votre eœur a retenti jusqu'au fond des nôtres. • Je vois en effet lamour de nos souverains se réchauffer d'une manière sensible. Soyez sûre, madame , que s'ils ont des scélérats pour ennemis, ils auront un grand nombre de gens honnêtes pour défenseurs. On s'occupe sérieusement de leur sûreté , et sur cet objet il est des précautions que la prudence dicte , que la bravoyre réalise , et qu'une lettre ne peut ex^» poser puisque sa brièveté ne le permet pas. La noblesse parait se ressouvenir de son ancienne énergie, et je ne serais pas étonné que, dans son genre , elle imitât celle que le clergé a donnée par sa constance.
Je ne sais pas si je me trompe , mais je crois voir s'amonceler les nuages de toutes parts, et lorsque le fameux Raynal improvise lui-même publiquement les rois à la douzaine; lorsque l'pn d'^ptre e^ixdit clairement en pleine assem-
DU Tin tSNPANT. io5
blée qu'elle est épuisée , qu'elle touche à un âge où les forces manquent, qu'elle est environnée d'ennemis ; lorsque le peuple se plaint assez hautement^ qu'il murmure sans ménagement; lorsque tous les jureurs des différens j^artis annoncent clairement que la France est en danger, par l'arrivée des troupes étrangères ; lorsqu'on donne des détails circonstanciés sur l'uniforme même de ces troupes ; lorsque l'espoir des opprimés se ranime ; lorsque , etc. , on peut croire que l'état des choses est au moins différent^ s'il n'est pas encore totalement transformé.
Le Journal général vous apprendra le départ de M. de Noailles pour l'Alsace , et en même temps les causes de son voyage; mais il ne vous dira pas ce qu'on disait hier dans un club , et que je vous répète sans le garantir : c'est qu'on avait envoyé, d'après les fâcheuses nouvelles qu'on venait d'avoir de l'Alsace , un courrier à la suite de M. de Noailles avec injonction de faire la plus grande diligence pour atteindre peltc fraction de monarqqe , et l'avertir dq
I06 CORKSSFOHDÂRCX SIGUÂTE
n'aller pas en avant , parce qu'il pourrait a?oir, en courant, les honneurs de la lanterne. Ce àéfaut de respect pour les majestés patriotes leur inspire , dit-on y beaucoup de terreur , et ayec d'autant plus de raison, qu'ils voient approcher le temps où leur inviolabilité finit, et qu'ils craignent d'expirer avec elle.
Une lettre de Bordeaux, écrite à un homme de ma connaissance par quelqu'un qui lui assure la vérité du fait , et qui l'exhorte à le certifier et à le répandre, contient un événement qui y quoique naturel en lui-m(^me , ne l'est pas totalement pour tout le monde. Un jeune chiroglen de Livourne, à ce que je crois, sage et bien pensant , ne voulant pas reconnaître les intrus, fut saisi par une vingtaine de Jeunes impies qui lui reprochèrent son aristocratie (c'est le crime qui les renferme tous ). Ils le conduisirent au district; les membres de ce district, moins écervelés, prononcèrent qu'il fallait le reiftcher; mais leur avis fut inutile. On résolut de 1^ mettre en prison le soir du même jour, qui était un samedi ; de le garder jusqu'au
DU Fini miFAiiT. 107
lendemain matin pour en faire un exemple » et l'accrocher. Un aubergiste qui faisait partie de cette bande d'assassins , demanda Thonnear de faire l'exécution , et s^en chargea avec coraplaU sance. Crainte d'être privé de la gloire d une pareille expédition, il monta lui«mème la garde h son tour pendant la nuit ) il alla ensuite pren«? dre des forces dans quelques heures de som** meil. Le matin il se lève y et fort dévotement va à la messe pour se préparer pieusement à la bonne œuvre : il en sort , il vient ^ il arrive , il tombe mort , le prisonnier est délivré , This*toire finit , et la chose est attestée.
Ceux qui veulent des louis pour voyager donnent 5 livres la sous, en sus des 4 ^^ns de 6 francs, et s'ils échangent avec des assignats 9 ils paient 5 francs par louis. Bientôt on se mettra à genoux devant une pièce de u^ sous. Jugez du soin avec lequel on conserve l'argent monnayé. Ajoutez à cela que les choses sont encore bien chères ; nos richesses, notre liberté, notre bonheur, tout va de pair, grâec au bienfait de la régénération qui tend à
|08 CORRBSFOKDAlfCX SEClliTX
nous enlever jusqu'à la foi et aux bonnes mœurs.
Généralement on avoue que le jansénisme s'est totalement démasqué. La part qu'il a, pour la forme et pour le fond , à la constitution soidisant civile du clergé^ en est la démonstration. Ce n'était donc pas sans raison qu'on était alarmé de cette très perfide secte , suivant l'expression de Clément XIII dans sa lettre à Louis XY , lors de la destruction des jésuites , que j'ai la consolation de voir regrettés aujourd'hui plus que jamais , et dont l'éloquent abbé Maury dit que le rétablissement est absolument nécessaire^ et qu'il s'efiectuera.
Il y eut hier une très grande fermentation dans l'Assemblée, au sujet de l'adresse de l'abbé Raynal. Je viens de la lire en entier : elle est accablante pour les douze cents , et il faut que leur Besogne soit bien évidemment mauvaise pour s'être attirés des reproches si clairs et si énergiques , auxquels sont entremêlés quelques vains et fastueux éloges. L'abbé Raynal paraH ae reprocher k lui-même d'à-
voir pu donner naissance aux crimes qui cou* vrent la France de deuil , par les f^rincipes qu'il dît avoir été mal înlerprélés. Celle censure d'un des patriarches de la philosophie moderne est un grand coup porté au monstrueux édifice qu'elle a voulu construire, et dont on ébranle déjà les fondemens.
Je vais vous dire encore que la confiance aux petites images que je vous ai envoyées est à un tel point, qu'un seul couvent de cette ville en a distribué cent vingt-cinq mille , et tous eu distribuent. Il y a eu des traits de protection marquée, et les têtes les plus illuslres,Jes tètes même couronnées , sont munies de ce pieux bouclier. La dévotion qui a pour objet celui que ses images représentent est regardée comme devant être le salut de l'empire. Ce n'est pas sans doute une vérité de foi , mais la piété se nourrit de cette idée d'une manière frappante.
1 lO GORRE8P0NDANCS SEGRÂTE
5 Juin 1791-
On croit chaque jour , au récit des horreurs qu'on apprend, en avoir atteint le terme, et cependant journellement on les voit se perpétuer et s'accroître. 11 ne s'agit de rien moins que d'égorger tous les prêtres , auxquels on attribue tous les désordres et toutes les violences que des brigands soudoyés dirigent contre eux. II est vrai que l'on est si fort accoutumé i ces inf&mes propos, qu'ils n'inspirent que de l'indignation sans produire une égale terreur.
Le petit journal d'aujourd'hui annonce avec la plus grande clarté la coalition des puissances; on ne saurait le dire plus formellement. Quoiqu'un événement de cette nature ne poisse pas être secret , j'avoue que sa publicité m'étonne et me fait croire qu'il n'est pas fort éloigné. L'on prétend que ce mois-ci ne se pas-
DU Pini UlfFAUT. lit
sera pas sans qu oa voie le manifeste qui doit précéder les opérations. C'est , dit -- on , k Paris qu'on veut venir directement, par la Flandre d'une part , et de lautre par l'Alsace. Les provinces seront contenues par les troupes de diverses puissances, de l'Espagne, de la Sa* voie , des Suisses ; deux escadres considérables» l'une d'Espagne, et l'autre d'Angleterre, tiendront en respect nos villes et ports de mer. Tout sera combiné avec intelligence et dans des vues de paix. Ce que l'on redoute le plus, c'est l'explosion intérieure excitée par la rage. On ▼a jusqu'à craindre le pillage des maisons et le massacre des personnes dans le sein de la ca* {Htale. Cette idée, que je vois fort répandue et qui augmente chaque jour le nombre des émt* grans, ne me fait pas la même impression* Comme les loups ne mordent pas lorsqu'il sont pris dans le piège , je suis très disposé à croire que les crimes cesseront lorsque Ton saura l'approche des vengeurs. Je puis me tromper , du reste je serai à la campagne dans une maison ^e l'esprit des habitans^ fort paisible» et la
situation du local , rendent moins dangereuse ; ne soyez pas inquiet, monsieur, si vous n*avez pas exactement de mes nouvelles.
On disait » il y a quelques jours , que le club des Jacobins envoyait trento mille émissaires avec six cent mille livres à Tarmée du prince de Condé, pour essayer de la conformer à la révolution. Je doute du fait^ et s'il existe, je crois la manœuvre peu efficace par là même qu'elle est connue. Les lettres qui viennent des pays étrangers disposent à croire que bientôt nous verrons du nouveau ; quelques uns cependant sont moins favorables à l'impatiente ardeur des désirs. En examinant tout , et compensant les uns par les autres , il me parait en résulter que tout au moins la chose est certaine , et qu'elle ne sera pas fort différée. L'avis de bien des gens, auxquels j'adhère, est qu'on a mal fait de se presser pour avoir des églises où les catholiques puissent se réunir. Outre qu'il parait peu convenable d'avoir l'air de demander comme une grâce l'exercice de la seule religion véritable^ qui est celle de l'État , cela fait naître
DU PÈRE LENFANT. Il3
^m choc dont les suites peuvent avoir de funestes effets. Les esprits s'échauffent sensiblement , et le feu qui s'allume sera peut-être bien diffi* <îile à éteindre.
Je viens d'apprendre des traits de fureur tout sréceus , dans l'Alsace ou la Lorraine allemande ^ ^ui font frémir; quelques uns des auteurs de Cîcs cruautés étant pris et interrogés, ont témoigné du regret; ils ont eu l'air de se faire horreur à eux-mêmes , et ils ont dit qu'on les avait payés pour ces œuvres de la plus exécrable scélératesse.
Je suis heureux de n'avoir ni chevaux à ferrer , ni souliers à commander ; les garçons des maréchaux et les garçons cordonniers refusent le service, faute d'augmentation de paie.
Il y a une lettre en réponse à celle de l'abbe^ Raynal, mais qui n'est, à ce qu^on dit, qu'un pur verbiage , et qui n'affaiblit pas le coup de massue dent ce patriarche des philosophes a frappé ses enfans plus méchans que lui.
Il y a quelque temps que les sieurs Charles