‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 10 sur 30 · DE L INTESTIN GRÊLE. I · texte numérisé non relu

DE L INTESTIN GRÊLE. I

rations était coupé net, non en dédolant, comme si elles eussent été faites par un emporte-pièce ; aucune n'avait l'aspect ni l'odeur des inflammations gangreneuses, en sorte que la destruction des tissus semblait avoir été, en grande partie, l'effet de l'absorption.

Ainsi , les plaques qui existent dans l'état naturel sur toute la longueur de l'intestin grêle , étaient le siège des ulcérations, à quelque degré qu'elles fussent (1). Celles qui n'étaient point ulcérées offraient quelquefois, dans une partie de leur surface (obs. iv), une couleur plus ou moins rouge , accompagnée d'épaississement et de ramollissement ; cet état de la membrane muqueuse était le même au pourtour des ulcérations , en sorte que bien évidemment l'inflanamation était la première cause de la lésion qui nous occupe. Toutefois il convient de remarquer que dans plusieurs cas la membrane muqueuse n'était pas primitivement affectée, qu'elle ne l'était que consécutivement au tissu sous-muqueux. Cela était évident chez les sujets des quatrième et neuvième observations, où

(1) Nous insistâmes beaucoup sur ce point quand nous publiâmes notre Mémoire en janvier i823. Alors nous n'étudiions très-attentivement l'intestin grêle que depuis quelques mois, nous ignorions ce que certains auteurs avaient dit au sujet des glandes agminées de cet organe, nous croyions que les plaques dont il s'agit étaient une disposition morbide. Mais ayant examiné depuis cette époque , avec l'attention la plus scrupuleuse , le canal intestinal de tous les sujets que nous avons ouverts , nous n'avons pas tardé à reconnaître que ces plaques existaient dans l'état naturel , et c'est le résultat de nos recherches à eet égard , et non l'extrait d'autres ouvrages ( comme quelques personnes ont paru le croire ) que nous avons publié dans notre ouvrage sur la Phthisie , pag. 76 et suiv.

le tissu cellulaire sous-muqueux qui correspondait aux plaques présentait une lésion 'organique grave, dans des points où îa membrane muqueuse n'était pas sensiblement altérée.

Les ganglions mésentériques avaient chez tous les sujets un volume supérieur à celui qui leur est naturel , et généralement une couleur d'un rougs plus ou moins obscur et foncé. Ils étaient plus ou moins ramollis, et dans un cas il y avait au centre de quelques-uns d'entre eux r'i petit foyer de pus. (Obs. VIII.}

Le plus ordinairement , la membrane muqueuse du gros infestin était saine. Elle n'offrait aucune altération appréciable chez quelques sujets dont la diarrhée avait été forte et non iaterrompue.

Quant aux désordres consécutifs à la perforation , nous nous bornerons à remarquer: i". que le péritoine, en même temps qu'il était recouvert par une fausse membrane, avait une couleur rouge , plus ou moins foncée , ce qu'on n'observe pas toujours , comme on sait , à la suite de l'inflammation des membranes séreuses ; 2°. que dans cet état on pouvait l'enlever assez facilement sans le rompre ; 3". que le liquide épanché dans la cavité de l'abdomen contenant une certaine quantité de matière qui provenait de l'intestin grêle, avait par cela même des caractères diflérens de celui qui est le résultat d'une péritonite ordinaire , et une odeur spécifique qui nous a suffi quelquefois pour reconnaître la perforation de l'intestin, chez des sujets que nous n'avions pas observés pendant la vie.

Les lésions que nous avons décrites, à part celles

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qui étaieat le résultat de la perforation, et spécialement les ulcérations de l'intestin grêle , le gonflement, la rougeur, le ramollissement plus ou moins marqué des glandes mésentériques , l'état analogue de la rate; ces lésions ne diffèrent pas de celles qu'on voit le plus ordinairement à la suite des fièvres graves : elles rapprochent , par conséquent , les sujets chez lesquels nous les avons trouvées, de ceux qui succombent à ces dernières maladies, et sous ce rapport on sent tout l'intérêt que peuvent offrir les observations qui précèdent; mais nous nous contenterons aujourd'hui de ce simple rapprochement, et nous finirons en remarquant que sept de nos observations ont été recueillies dans le service de M. Chomel, et dans une période de temps qui n'a donné au même service que quarante-cinq sujets morts de fièvre grave sans perforation , à une époque plus ou moins avancée de la maladie ; et qu'en faisant la part du hasard , on peut croire néanmoins, comme nous l'avons déjà dit, que l'accident que nous avons tâché de signaler est beaucoup plus fréquent que le silence des auteurs ne semblerait l'annoncer (i).

(i) Envisagées d'une manière générale, c'est-h-dire dans tous les organes où on les observe , les perforations peuvent être regardées comme une des lésions les plus fréquentes. Sur quatre cent cinquante sujets que nous avens ouverts, neuf étaient, comme nous venons de voir, des exemples de perforations aiguës ou chroniques de l'intestin grêle ; un autre offrait un cas de rupture d'un kyste dans l'abdomen. Chez un sujet âgé de ti'ente ans, nous avons observé un abcès du foie, dont la marche avait été très-rapide, et qui s'était rompu dans la cavité péritonéale. Huit fois nous avons rencontré la perforation du parenchyme pulmonaire chez des phlhisiques ; c'est-à-dire que sur quatre cent cinquante sujets, dix-aeuf ont succombé à une lésion inévitable-

SOa PERFORATION DE L INTESTIN GRÊUE.

ment mortelle et qui l'est devenue très-promptement chez presque tous ceux qui en ont été atteints , plusieurs fois en un ou deux jours. Et si nous ajoutons à ce nombre déjà si considérable , deux cas de rupture d'une poche anévrysmale placée sur le trajet de l'aorte abdominale, et qui n'avait donné lieu à aucun symptôme capable de la faire connaître , nous aurons vingt-un cas de perforation , ou environ un sur vingt-un des individus qui ont succombé.

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