CONSIDÉRÉ CHEZ L'ADULTE
Si le croup est une maladie assez commune dans l'enfance , il est si rare après la puberté et dans l'âge adulte, que beaucoup de praticiens ne l'ont Jamais observé , et doutent encore de son existence à cette époque de la vie : aussi les observations de croup chez des sujets qui ont dépassé l'âge de la puberté sont rares , et tellement , que les recueils de médecine en contiennent à peine trois ou quatre exemples bien constatés dans les quinze dernières années. On a dit à la vérité que depuis assez peu de temps on l'avait observé en Amérique , mais nous ignorons si les faits à l'appui de cette assertion ont été publiés, et dans tous les cas nous ne croyons pas avoir à craindre le reproche de surcharger la science de détails inutiles , en offrant ici quelques cas de croupi chez l'adulte.
Des huit observations que nous rapportons, six ont été recueillies à l'hôpital de la Charité ; savoir, cinq par nous dans le service de M. Chomel , et une par M. Peidagnel , dans le service de M. Fouquier ; les deux autres l'ont été à l'hôpital Necker et à la Salpêtrière , par MM. Collin et Foville. La plupart se présentent, non comme des faits simples , mais comme
des accidens survenus au miiieu d'affections plus ou moins graves , pour lesquelles les malades étaient venus chercher des secours à l'hôpital. Cette circonstance , loin de diminuer la valeur de nos observalions, leur donne peut-être ^ comme on le verra, plus d'intérêt, en ce qu'elle montre l'uniformité de l'affection , soit qu'elle soit simple ou compliquée ; et parce que les malades dont il s'agit ayant été atteints de croup après leur admission à l'hôpital , nous avons pu l'observer dans tout son cours, et en avoir l'histoire complète, ce qui n'était pas possible pour ceux qui en avaient été atteints avant cette époque. D'ailleurs nous avons passé légèrement sur tout ce qui n'a pas un rapport direct avec le croup , nous bornant , dans l'exposition des symptômes de la maladie primitive , à ceux qui nous ont paru indispensables pour la faire connaître.
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î" Observation.
Croup surrenu dans le cours d'an typhus.
Un domestique , âgé de vingt-trois ans , d'un tempérament bilioso-sanguin , fort , large , bien développé , non sujet aux maux de gorge, fut admis à l'hôpital de la Charité, le 2 août 1823. Il était malade depuis trois jours pleins ; sa maladie avait débuté , sans cause connue , par un léger mal de gorge, bientôt accompagné de fatigues dans les membres, d'anorexie , de douleurs à l'épigastre , et de dévoiement; puis il s'y était joint des frissons suivis de cha-
CHEZ l'adulte. 2o5
leur et de sueur , du découragement et une diminution considérable des forces.
Nous vîmes ce malade le jour même de son admission; il avait la figure médiocrement colorée la tête lourde, un peu d'abattement, des douleurs dans les membres et dans les reins , la langue grisâtre , la bouche pâteuse , la soif vive , la déglutition facile , la gorge indolente depuis quelques heures seulement , et aussi sans rougeur. L'appétit était nul , le ventre souple et mou; il y avait eu, la veille, deux selles liquides : la chaleur était douce , et le pouls battait soixante-seize fois par minute, sans offrir de caractère particulier : toux rare.
Le lendemain, au moment de la visite, les symptômes étaient encore les mêmes , à part un peu plus de chaleur et d'accélération dans le pouls. On prescrivit dix-huit sangsues à l'anus , trois pintes d'eau de riz gommée, et la diète.
Du 1 5 au 1'^, la diarrhée continuant, on réitéra deux fois l'application des sangsues , et le dernier jour il n'y eut pas de selles. Dans la nuit du 17 au 18 épistaxis considérable, douleurs de gorge. Le 18 au matin , ces douleurs subsistaient , le voile du palais était rouge, sans enflure, la déglutition gênée ; il y avait un sentiment de chaleur et de picotement dans la partie enflammée , le pouls était assez large , plus fréqueijit que la veille , à quatrevingt-huit ; la chaleur médiocre, la faiblesse moins considérable que les joui's précédens; le malade n'éprouvait ni céphalalgie , ni douleurs dans les membre^ , ses facultés intellectuelles étaient dans un état convenable. ( Eau de riz , julep. )
2à6 DU CROUP,
Le 19, la douleur de gorge continuait, on voyait sur les amygdales et sur les côtés de la luette , qui était rouge et infiltrée , une fausse membrane luisante , incomplètement opaque , qui tapissait aussi le pharynx ; la voix était légèrement altérée , il y avait une sorte d'embarras dans le larynx et dans la trachéeartère au moment de la déglutition , la soif était vive et le malade craignait de la satisfaire à cause de la douleur de gorge qu'elle exaspérait; il avait eu quatre selles et une sueur assez copieuse pendant la nuit ; son pouls était un peu petit, battait quatre-vingts fois par minute ; sa physionomie exprimait le malaise et l'abattement, on voyait quelques taches typhoïdes sur le ventre. (Vingt sangsues aux mâchoires. )
Le 20, l'abattement était moins considérable, la physionomie beaucoup plus naturelle , la fausse membrane bien plus opaque que la veille , la voix altérée comme dans l'angine gutturale , la région laryngée un peu sensible à la pression ; la respiration se répétait dix-sept fois par minute , la malade se trouvait moins bien encore qu'à l'ordinaire. ( Vingt sangsues au cou , petit-lait. )
Le 2 1 ( les sangsues n'avaient pas été appHquées ) , la fausse membrane enveloppait toute la luette et s'avançait un peu au-delà ; la déglutition causait des picotemens et des déchiremens insupportables à la gorge , la respiration était à vingt-cinq, le pouls à quatre-vingt-dix, les autres symptômes comme la veille. (Vingt sangsues au cou , frictions au cou avec quatre gros d'onguent mercuriel , deux pilules de mercure doux , dix fois ; gargarisme adoucissant , petit-lait. )
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Le 22 f haleine fétide , voix croupale, comme si elle eût passé par un tuyau d'airain ; déglutition impossible , parole très-gênée , espèce d'embarras inexprimable , sans douleur véritable , à la gorge ; à peine quelques traces de sensation pénible au larynx et à la trachée-artère ; fausse membrane un peu plus avancée que la veille sur la voûte palatine , insomnie , plaintes, gémissemens, air d'inquiétude ^ pouls régulier, à quatre-vingt-deux: il y avait eu un peu de délire pendant la nuit. ( Solution d'acide muriatique pour toucher le pourtour de la fausse membrane. )
Le soir, l'aphonie était complète , la toux peu fréquente , il n'y avait pas de sifflement trachéal , mais on entendait, à une certaine distance, une sorte de tremblement qui semblait se passer dans la trachéeartère ; la déglutition était impossible , et quand le malade essayait de boire, les boissons sortaient par le nez : il était très-inquiet de son sort, bien qu'il n'eût pas éprouvé d'accès de suffocation. — La nuit, nouveau délire; il parcourut les salles en chemise, maïs on le reconduisit sans peine à son lit. A six heures il en descendit pour se jeter sur son voisin , qu'il pressait si vivement, que trois hommes eurent de la peine à l'en arracher, et un quart-d'heure après il expira.
Ouverture du cadavre vingt-quatre heures après la mort.
Etat extérieur. Roideur cadavérique extrêmement difficile à vaincre.
Tête. Veines cérébrales gorgées de sang, pie-mère
très-rouge , substance corticale rosée dans toute son étendue , substance médullaire très-injectée ; deux cuillerées de sérosité dans les ventricules-latéraux : le cervelet dans le même état que le cerveau.
Cou. Les glandes cervicales étaient triplées de volume, d'un rouge cramoisi et d'une bonne consistance. Une fausse membrane tapissait le pharynx , la luette, le voile du palais, l'épiglotte et le larynx : trèsadhérente à la partie supérieure du pharynx , elle l'était d'autant moins dans le reste de son étendue, qu'on s'approchait darantage de l'œsophage ^ où elle s'arrêtait. Son épaisseur et sa consistance diminuaient aussi bien dans la même proportion : d'un tiers de ligne sur l'épiglotte, elle devenait tout-à-coup moins épaisse et moins consistante sur le larynx , deux pouces au-dessous duquel elle finissait insensiblement. La membrane muqueuse du pharynx était plus ou moins rouge, et cette rougeur était comme plaquée ou mise avec un pinceau; la même coloration existait, mais moins vive, dans la trachée-artère, et surtout dans le larynx. Les follicules muqueux du pharynx étaient considérablement développés ; son plan charnu avait trois lignes d'épaisseur dans sa partie la plus élevée , était un peu moins épais ailleurs, généralement trèsferme et un peu pâle; mais par places, et surtout dans le voisinage de la membrane muqueuse , il offrait des espèces d'ecchymoses. L'ouverture du larynx était seulement un peu moins large que dans l'état naturel.
Poitrine. Les poumons remplissaient exactement la cavité de la poitrine ; un peu violacés en arrière , ils avaient une couleur naturelle antérieurement, étaient
CHEZ L ADULTE. [iog
d'un rose vii et parsemés à l'intérieur d'une infinité de taches qui étaient distinctes du tissu qui les environnait, par leur fermeté , leur aspect grenu et leur couleur rouge , qui allait en augmentant d'intensité du sommet à la base de l'organe. Le cœur était sain , l'aorte présentait quelques plaques rouges.
Abdomen. Le foie était un peu mollasse, la ivési-^ cule biliaire très -volumineuse , distendue par un liquide roussâtre et clair ; le pancréas un peu rosé, la rate très-ramollie , couleur lie de vin , triplée de volume. La membrane muqueuse de l'estomac offrait plusieurs vergetures rouges : celle de l'intestin grêle avait généralement le double de son épaisseur ordinaire, et une couleur rose dans différens points. La membrane muqueuse du cœcum était rouge , celle du colon épaissie , ramollie et rosée dans une petite étendue. Les glandes mésentériques correspondantes à la fin de, l'intestin grêle et au cœcum étaient rouges et volumineuses.
Dans cette observation , la progression de l'angine couenneuse du pharynx au larynx et à la trachéeartère, est évidente. Après avoir accompagné le typhus à sa naissance, la douleur de gorge disparaît pour quelques jours , et alors la maladie qui avait conduit le sujet à l'hôpital, semblait, vu la bénignité des symptômes^ devoir se terminer heureusement ; mais bientôt l'angine se réveille , le pharynx et l'isthme du gosier deviennent rouges , la déglutition est difficile , et le lendemain de l'apparition de ces symptômes on observe une fausse membrane sur la luette
et sur le pharynx. Cette fausse membrane, mince et incomplètement opaque le premier jour , acquiert promptement beaucoup d'épaisseur et d'opacité ; la voix est légèrement altérée , mais le malade n'éprouve encore de gêne et d'embarras dans la tracliée-artère et dans le larynx, qu'au moment de la déglutition; deux jours après , la voix prend le caractère croupal , celui qu'elle offre quand une fausse membrane occupe le larynx, il y a de l'inquiétude et de l'anxiété; vingt-quatre heures après l'apparition de ces nouveaux symptômes , le malade meurt après beaucoup d'agitation et d'angoisses , et à l'ouverture du cadavre , on trouve une fausse membrane plus épaisse et plus dense sur le pharynx que dans le larynx et dans la trachée-artère ; la rougeur de la membrane muqueuse y est aussi plus considérable, les parties qu'elle revêt ont participé à l'inflammation beaucoup plus qu'aucune autre : en sorte que si, d'une part, l'observation attentive des symptômes pendant la vie montre que le développement de l'angine s'est fait de haut en bas, l'examen anatomiquedes organes le confirme, et suffirait , jusqu'à un certain point , pour le démontrer.
Nous observerons les mêmes lésions et la même succession de symptômes, dans les observations que nous allons rapporter. La suivante sera, en outre, un exemple de l'inflammation couenneuse étendue aux cavités nasales.
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IP Observation,
Croup survenu dans le cours d'une pleurésie chronique.
Un commis marchand, âgé de dix-neuf ans, d'une constitution assez forte, sujet aux maux de gorge et au catarrhe pulmonaire, éprouva, sans cause connue, une douleur fixe au côté droit de la poitrine, accompagnée seulement d'une légère diminution d'appétit et d'un peu de toux. Deux semaines après son début, la douleur cessa ? il y eut tous les soirs un mouvement fébrile bien prononcé, la toux devint plus fréquente, l'anorexie complète, et la diarrhée parut quelques jours avant l'admission du malade à l'hôpital de la Charité, le ^4 juin 1S20. Alors l'affection avait un mois de durée, et offrait la réunion de presque tous les symptômes qui caractérisent la pleurésie chronique; la figure était médiocrement colorée, la bouche pâteuse , le ventre souple et indolent, le pouls très-accéléré , la chaleur élevée ; il y avait eu la veille plusieurs selles liquides. (Saignée de dix onces, tis. de chic, avec le sir. de g. , pot. gom. , vésicatoire sur la poitrine pour le lendemain.)
On pratiqua encore deux nouvelles saignées les trois jours suivans, mais le pouls conserva en partie sa fréquence. L'état de la poitrine s'améliora d'une manière remarquable pendant le mois de juillet , et la diarrhée fut presque continue; on tint le malade à la diète, et l'on joignit le diascordium à la tisane indiquée.
On remplaça celle-ci dans le mois suivant par la décoction blanche, et si l'on en excepte la suppression du dévoiement, qui eut lieu du 17 au 27 août, les choses en restèrent à-peu-près au môme point. Le 27, le malade toussait à peine deux à trois fois en vingt-quatre heures, la bouche était pâteuse, l'appétit peu considérable , la faiblesse assez grande , les pieds presque toujours froids; Ife pouls conservait sa fréquence, et, comme depuis le début de l'affection, il y avait dans la journée et dans la nuit de légères épistaxis.
Les 29 et 3o, nous remarquâmes dans les crachats, devenus plus abondans depuis quelques jours , des lambeaux de fausses membranes jaunâtres ; qui nous firent penser à l'angine membraneuse ; mais nous oubliâmes de revoir le malade après la visite, et l'observation fut perdue pour ce jour-là. Le lendemain, il se plaignit d'une douleur de gorge qui existait depuis douze heures , et nous observâmes sur la luette, le voile du palais et les amygdales, une fausse membrane bien humide et demi-transparente ; la douleur se répandait , de chaque côté du cou, aux angles de la mâchoire, et ne s'étendait ni au larynx, ni à la trachée-artère; la voix était peu altérée, la respiration n'était ni sifflante, ni plus gênée que de coutume; la déglutition était facile, la salivation abondante. (Yingt sangsues au cou, gargar. acidulé avec l'acide muriatique, solution d'acide muriatique pour toucher le pourtour de la fausse membrane , frictions ie long du cou avec quatre gros d'onguent mercuriel , vésicatoire à la nuque. )
Le soir, la douleur du cou avait un peu diminué,
le malade se plaignait d'avoir le nez bouché , mais la respiration n'était pas plus difficile qu'à l'ordinaire ; la fausse membrane tapissait tout le pharynx, les amygdales et le voile du palais, et au-devant d'elle il y avait, dans la largeur d'un demi-pouce, une rougeur assez vive. Le pouls battait cent vingt-cinq fois par minute, la chaleur était peu élevée.
Le i". septembre, la fausse membrane devenue plus opaque était un peu plus avancée sur le voile du palais , la douleur du cou était accompagnée d'un léger boursouflement de cette partie, la respiration plus libre quand la tête était étendue en arrière , la voix plus altérée que la veille, mais non croupale; la déglutition assez facile : il n'y avait pas de sifflement trachéal, la respiration et la circulation étaient peu accélérées.
Le soir, le gonflement du cou était un peu augmenté, la voix oflVait la même altération que dans la matinée , et la fausse membrane qui tapissait le voile du palais ayant été enlevée en partie , la membrane muqueuse, devenue libre, parut d'un rouge assez vif; le malade se plaignait d'un sentiment de gêne trèspénible au-dessOus et au niveau du larynx, témoignait beaucoup d'inquiétude sur son sort, avait le pouls faible et très-accéléré. A neuf heures , sa voix était rauque, sa respiration sifflante , il eut plusieurs accès de suffocation , et à une heure du matin il expira.
3l4 DU GROUP,
Ouverture du cadavre trente heures après la mort.
Etat extérieur. Quelques vergetures autour du cou y deuxième degré de marasme.
Tête. Cerveau mou et injecté; une demi-cuillerée de sérosité dans chacun des ventricules latéraux ; cervelet ramolli au même degré que le cerveau.
Cou. Veines jugulaires très-volumineuses, ganglions cervicaux très-développés, médiocrement fermes et rougeso Une fausse membrane tapissait les mêmes organes chez le sujet de la précédente observation, s'étendait dans les cavités nasales, et finissait dans la trachée-artère sous forme de mucus partout continu, membraniforme. En grande partie détachée du pharynx, de la partie postérieure du voile du palais et de la luette, cette fausse membrane avait une demi-ligne d'épaisseur, était ponctuée de sang, par intervalles, à sa face interne , et un peu infiltrée sur la luette. Plus épaisse sur l'épiglotte que dans le larynx, elle rétrécissait un peu ce dernier, déjà fort étroit naturellement. A la base de la luette, là où elle était détachée , se trouvait déjà une autre fausse membrane mince , demi-transparente et sèche. La muqueuse qui tapisse ces organes avait d'ailleurs exactement le même aspect et les mêmes nuances de rougeur que dans la précédente observation. Le cartilage de la cloison des fosses nasales offrait, à sa partie antérieure, un trou de deux lignes et demie de diamètre, autour duquel la pituitaire était décollée dans une petite étendue , rouge et comme frangée.
' Poitrine. Le poumon gauche était un peu engoué
CHEZ l'adulte. 2i5
inférieureinent, et sa couleurgénéralement d'un rouge vif. Le droit était grisâtre , mou , d'un petit volume , recouvert dans toute sa périphérie par une fausse membrane de huit lignes d'épaisseur au moins , séparée en deux feuillets, dans une partie de son étendue, par une matière plus ou moins rouge et gélatiniforme.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac offrait quelques vergetures rouges près du cardia, était d'ailleurs parfaitement saine : celle qui tapisse l'un et l'autre intestin était un peu épaissie et ramollie. Le pancréas était rouge, la veine cave inférieure vide de sang. Les autres viscères dans l'état naturel.
Malgré la persistance de la fièvre, le malade semblait en voie de guérison d'une pleurésie chronique, quand se manifestèrent les premiers symptômes du croup, dont la marche a été évidemment la même que dans l'observation précédente. Dans l'un et l'autre cas , en effet, le larynx et la trachée-artère n'ont été atteints qu'après le pharynx, qui paraît ne l'avoir été lui-même ici que postérieurement aux cavités nasales ; celles-ci avaient probablement fourni les concrétions membraniformes observées dans le crachoir du malade, et cela est d'autant plus probable que le jour même où nous vîmes sur la luette et sur le voile du palais une fausse membrane, elle était encore fort mince, et que cependant le malade se plaignait d'avoir le nez bouché, sans doute parce que la fausse membrane qui tapissait les fosses nasales était déjà fort épaisse. Ces considérations se trouvent en quelque sorte fortifiées par la maladie du cartilage de la cloison^ qui existait depuis plusieurs
âl6 DU CllOUP,
mois et devait être, pour la pitiiitaire, une source perpétuelle d'irritation. Nous verrons d'ailleurs dans l'observation suivante, un exemple incontestable de cette même marche de TajOTection.
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IIP Observation.
Croup survenu dans le cours d'une inflammation de la muqueuse gastro-intestinale.
Un homme, âgé de vingt-neuf ans, d'une constitution faible , d'un tempérament lymphatique , vint à Paris se faire traiter d'une maladie qu'il faisait remonter à quatre ans. Elle avait débuté par des douleurs successivement étendues aux genoux, aux cuisses, aux coudes , etc. , qui s'étaient renouvelées de la même manière chaque année , ne laissant un peu de répit que pendant l'été.
Le 23 septembre 1823, quand le malade vint à l'hôpital de la Charité, il avait du dévoiement, ses douleurs étaient fixées au ventre depuis vingt jours, l'anorexie était complète , la langue humide et blanchâtre, la soif nulle, la respiration et la circulation en bon état, les facultés intellectuelles intactes et développées, les forces très-diminuées. (Tisane d'orge avec le sirop de gomme , bain de vapeur, diète absolue.)
Le 00, la diarrhée devenant plus considérable, on ordonna la décoction de riz avec le sirop de gomme , et un lavement émollient.
Du 10 au i4j les selles qui avaient toujours augmenté de nombre malgré la décoction blanche , l'eau de riz acidulée avec l'eau de Rabel et une applicà-
lion de quinze sangsues à l'anus, cédèrent à l'opium en lavement j uni aux tisanes précédentes , et on permit quelques légers alimens. Mais le 19, céphalalgie intense, figure animée, chaleur générale, pouls fort accéléré. (Limonade, lav. de lin, diète.) Dans la journée , vomissemens de matières verdâtres et amères. Le 20, hoquet continuel , sans mouvement fébrile ; le 22 , persistance du hoquet, langue humide, appétit, douleur épigastrique ; quelques frissons dans la journée.
Les 25 et 24 ? retour des mêmes frissons sans chaleur consécutive incommode , pouls calme , appétit , soif nulle. Le 25, mêmes symptômes, plus ou peu de douleurs de gorge; continuation de la céphalalgie.
Le 2Q, douleur de gorge augmentée, très-vive dans la déglutition ; rougeur , sans gonflement aux amygdales, au voile du palais et au pharynx ; espèce de traînée de matière purulente sur ce dernier , nulle douleur à Tépigastre, pouls calme.
Dans la journée du 27 , le malade eut, après s'être beaucoup mouché, un peu de toux, et rendit, à la suite d'un léger effort de vomissement , deux fausses membranes de laforme et de la longueur des cornets inférieurs du nez, d'une demi-ligne d'épaisseur au moins.
Le 28, les amygdales étaient volumineuses et blanchâtres à leur partie la plus^saillante; il y avait une chaleur assez vive un peu au-dessus du larynx , la déglutition était pénible , la respiration médiocrement gênée , la toux rare , l'exercice de la parole faligant, la voix un peu altérée, la chaleur générale douce, la faiblesse considérable. (Vingt sangsues âu cou, limonade, gaigar. adouc. , lav, de lin, pot. gom.)
2lS DU CROUP,
Le 29, altération plus marquée de la voix, déglutition plus difficile , fausse membrane plus ou moins opaque sur la luette et sur les amygdales , ardeur au gosier, crachats épais et verdâtres, peu de soif, assoupissement par intervalles. (Yésic. au cou.) Le soir, chaleur élevée , pouls fréquent , altération plus profonde de la voix.
Le 3o , elle était croupale , la luette et les amygdales dans le même état que la veille ; il y avait quelques plaques couenneuses sur le pharynx , de la rougeur au-devant de la fausse membrane qui recouvrait la luette : la respiration était plus gênée que de coutume , sans accélération bien sensible , sans sifflement : une partie des boissons sortait par le nez , le pouls était un peu accéléré , la figure pâle ; il y avait un peu d'affaissement dans les traits ; l'haleine était fétide, les crachats diffluens ; le malade disait avoir la bouche en feu. ( Orge miellée , potion gomm. , solution d'acide muriatique pour toucher le pourtour des fausses membranes.)
Le soir, la respiration devient successivement plus gênée , le malade est à son séant , assez calme néanmoins, se plaint d'une ardeur intolérable le long du cou, est persuadé qu'il ne passera pas la nuit , et il expire effectivement vers deux heures du matin , sans avoir eu , à aucune époque de sa maladie, d'accès de suffocation.
Ouverture du cadavre trente heures après la mort.
État\extérieur. Rien de remarquable qu'une maigreur assez considérable.
Tête. Veines cérébrales distendues, cerveau et cervelet un peu mous; deux petites cuillerées de sérosité dans chacun des ventricules latéraux du cerveau.
Cou. Il n'y avait aucune trace de fausse membrane dans le pharynx ou dans les voies aériennes ; mais la membrane muqueuse qui tapisse le pharynx , la luette et le voile du palais, était d'un rouge livide. On trouvait au sommet de l'amygdale droite une ulcération noirâtre assez profonde, de deux lignes de diamètre, d'une odeur gangreneuse. Les bords de la glotte étaient un peu œdématiés, la membrane muqueuse du larynx inégalement injectée et d'un rouge vif qui diminuait promptement d'intensité dans la trachéeartère.
Poitrine. Les poumons étaient crépitans, d'un rouge foncé , d'ailleurs sains ; et le droit adhérait à la plèvre costale dans toute son étendue. Le cœur et l'aorte étaient dans l'état naturel.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac était très-rouge et très-ramollie, au point de ne pouvoir fournir de lambeaux par traction , que dans une petite portion de la face antérieure de ce viscère et près du pylore. Celle de l'un et de l'autre intestin n'était pas moins ramollie et était fort épaissie. Les autres viscères dans l'état naturel.
Si , lors de l'examen du cadavre , nous n'avons pas trouvé de concrétions membraniformes sur la tunique muqueuse du larynx et du pharynx, nous en avons vu pendant la vie sur le dernier organe, et les symptômes observés, non moins que la rougeur de la mu-
queuse laryngo-trachéale , ne peuvent guère laisser de cloutes sur son existence dans le larynx, à la même époque. Il est probable que les fausses membranes avaient été rejetées par l'expectoration, et qu'elles n'auront pas été recueillies , ce qui doit arriver souvent dans les hôpitaux; en sorte que dans cette observation comme dans la précédente , nous voyons des fausses membranes rendues avant qu'on puisse soupçonner leur existence , se former dans les cavités nasales avant de se manifester ailleurs , puis se développer successivement sur le pharynx et sur le larynx. La maladie a donc encore marché de haut en bas. Par une inadvertance qui arrive quelquefois aux plus attentifs, nous avons oublié d'examiner les cavités nasales après la mort; mais la forme des fausses membranes observées pendant la vie ne laisse heureusement aucun doute sur le lieu de leur dévelopment.
Cette observation et la précédente prouvent d'ailleurs combien il importe d'examiner attentivement les excrétions des malades, puisque de leur examen, dans le dernier cas surtout, résultait la connaissance d'une inflammation couenne use dans les fosses nasales , et qu'à raison de la marche ordinaire de cette affection, on pouvait prévoir son développement sur le pharynx et sur le larynx, et que par conséquent on aurait pu l'empêcher, si la thérapeutique eijt été plus avancée sur ce point. La complication de gangrène mérite encore d'être remarquée , bien qu'elle ne paraisse pas avoir influencé sensiblement la marche de la maladie^ ni donné lieu à des symptômes particuliers, puisque la fétidité de i haleine se remarque
dans l'angine couenneuse dépourvue d^ toute complication.
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IV Observation.
Croup simple, (i)
Une femme, âgée de soixante-douze ans, d'une constitution forte , éprouvait depuis plusieurs jours les symptômes d'une angine , pour laquelle on fit une application de sangsues au cou. Le lendemain, la face était rouge , le cou tendu , les yeux brillaos , il y avait de l'anxiété, la respiration était difficile, accompagnée d'un bruit rauque , la toux courte et grave , l'exercice de la parole très-difficile , la déglutition impossible, le pouls développé, la peau chaude ; il y avait constipation depuis vingt jours. (Vingt sangsues au cou , lav. purgatif,- tis. délay. ]
Quelques heures après , on examina le fond de la gorge, et l'on vit, à la partie antérieure du voile du palais, une fausse membrane blanchâtre , qu'on souleva un peu, et au-dessous de laquelle la muqueuse était saignante; il y avait un peu de soulagement.
Le lendemain matin la malade était mourante , la respiration plus courte et plus rauque encore que la veille, et la mort suivit de près la visite.
(i) Observation communiquée par M. Rostan , et i-ecueillie par M. Foville. ,
Ouverture du cadavre.
Une fausse membrane très -épaisse et rugueuse tapissait les deux faces du voile du palais , était exactement moulée sur ces parties , s'étendait dans les fosses nasales , pénétrait dans le larynx, dans la trachée-artère et dans ses divisions, adhérait davantage au larynx qu'à la trachée-artère. Les poumons étaient engoués , les viscères abdominaux sains , le cerveau vivement injecté.
Quoique l'époque précise de l'invasion de la maladie ne soit pas indiquée , on doit néanmoins penser que sa marche a été rapide, et on le voit clairement pour ce qui concerne l'affection du larynx et de la trachée-artère; car si au moment où l'on appliqua des sangsues pour la première fois , les symptômes du croup eussent existé, on les aurait bien certainement notés ; ils n'ont donc pu précéder la seconde application de sangsues que de quelques heures ; en sorte que l'angine couenneuse aura été mortelle environ trente-six heures après son développement sur la membrane muqueuse laryngo- trachéale. Cette rapidité de la marche de la maladie , non moins que l'épaisseur de la fausse membrane et l'étendue des parties sur lesquelles elle s'est développée , méritent d'être remarquées, à raison du grand âge de la malade. Une autre circonstance digne aussi de quelque attention, c'est l'aspect saignant de la membrane muqueuse, là où l'on en avait détaché une partie de la fausse mem-
CHEZ LADUJLTE. 220
brane. Ce fait rappelle ce qu'on voit tous les jours à la surface des vésicatoires, où les concrétions membraniformes laissent quelquefois la peau saignante quand on les en a séparées : il indique aussi entre la tunique muqueuse et la fausse membrane , l'existence d'un moyen d'union , et confirme , sous ce rapport, ce qu'on sait de l'organisation de ces fausses membranes.
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,V* Observation.
Croup compliqué de Gastrite, (i)
Un porteur d'eau, âgé de vingt-deux ans, d'une constitution forte , ayant beaucoup d'embonpoint , fut admis à l'hôpital de la Charité le 8 août i823. Il était malade depuis huit jours, avait été pris tout-àcoup, au commenceipent de cette époque , après l'immersion des jpains dans l'eau très-froide , d'un coryza très-inteijiôe ; il se plaignait de douleur de gorge, avait la respiration gênée, le cou enflé, se tenait à son séant, ne pouvait ouvrir la bouche, était sans fièvre, et jouissait de l'intégrité de ses facultés intellectuelles. Néanmoins il mourut le même jour, peu après la visite , sans avoir éprouvé d'accès de sufifocation.
(i) Recueillie par M. Piédagnel, à l'hôpital de la Charité.
2 24 ^^ CROUF ,
Ouverture du cadavre vingt-deux heures après la mort.
État intérieur. Il y avait un assez grand nombre de vergetures à la surface du corps.
Cou. Une fausse membrane tapissait le nez , le voile du palais, le pharynx, les amygdales, le larynx et la trachée-artère. Plus épaisse dans les cavités nasales que partout ailleurs , elle y était aussi trèsconsistante , y adhérait infiniment peu , et ressemblait à une couche de cire qu'on aurait coulée dans ces cavités, où elle avait, par places, plus d'une ligne d'épaisseur. Les dimensions de Tépiglotte en élaient considérablement augmentées. Dans le larynx elle tapissait les ventricules et les cordes vocales, qui se touchaient dans une partie de leur étendue ; dans la trachée-artère , elle diminuait d'épaisseur jusqu'aux bronches, près desquelles on la voyait libre et flottante au milieu du canal qu'elle obstruait. Toutes les parties de la membrane muqueuse qui en étaient recouvertes étaient d'un rouge livide, et les bronches , dans toutes leurs divisions , contenaient un liquide épais, rougeâtre, purulent.
Poitrine. Les poumons étaient engorgés , oflraient j çà et là des ecchymoses nombreuses environnées i d'un tissu plus léger et d'une couleur rose.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac était livide , épaissie et recouverte d'une couche puriforme très-épaisse. Les intestins et les autres viscères de l'abdomen étaient plus ou moins gorgés de sansr.
CHEZ l'adulte. 225
Quoique dépourvue de détails , el malgré l'ignorance où nous sommes du début de la gastrite , dont l'existence est suffisamment prouvée par la rongeur et I epaississement de la membrane muqueuse de l'estomac , cette observation , rapprochée des précédentes , offre beaucoup d'intérêt. Une fausse membrane s'était développée à l'intérieur des fosses nasales, son épaisseur et sa grande consistance suffiraient presque pour faire considérer ces cavités comme le point de départ de la maladie, et les symptômes de coryza, qui ont été les premiers, ne laissent aucun doute à cet égard. Nous ne voulons pas dire néanmoins, pair ces réflexions et par celles qui précèdent, que l'angine coueiineusene puisse jamais se développer primitivement chez l'adulte dans le larynx , ou même passer du larynx au pharynx ; mais nous cherchons à constater les faits , et il nous semble que ceux que nous avons rapportés jusqu'ici, nous montrent cette maladie se propageant toujours de haut en bas.
Nous ne citerons plus d'exemple de concrétions membraniformes développées à l'intérieur des fosses nasales; l'examen de ces cavités n'a pas eu lieu dans les observations suivantes, et nous le regrettons beaucoup, puisque c'eiit été le moyen de connaître d'une manière approximative la proportion des cas dans lesquels l'inflammation couenneuse s'y manifeste : mais des circonstances un peu différentes de celles que nous avons rapportées jusqu'ici donnent encore aux observations qui suivent beaucoup de prix, et la première nous fournira l'exemple d'une fausse mem^ brane existante à-la-fois dans le larynx et dans l'estomac.
â26 DU CROUP
VP Observation.
Croup survenu dans le cours d'une phtliisie pulmonaire arrivée à son dei'nier degré.
Une femme , âgée de trente-deux ans , habituellement maigre, d'une constitution délicate, d'un tempérament lymphatique et nerveux, sujette au catarrhe pulmonaire sec , fut admise à l'hôpital de la Charité , le 3i mai i823, ayant, depuis neuf mois, tous les symptômes de la phthisie, et depuis quatre, un mouvement fébrile très-prononcé. Quand nous la vîmes le premier juin , nous la trouvâmes dans le dernier degré de marasme ; la langue était rouge, l'anorexie complète, la soif vive, la déglutition facile, l'épigastre extrêmement sensible à la moindre pression , tout le ventre un peu endolori , la diarrhée considérable , la parole brève , la toux médiocrement fréquente et sèche, la chaleur assez élevée, le pouls à quatrevingt-cinq. Il n'y avait pas de douleur de gorge. (Décoct. de riz avec le sirop de coing, décoct. de lichen avec le sirop de coing , diasc. avec un gr. d'op, bis; deux crèmes de riz.)
Ces symptômes continuaient avec un peu moins d'intensité , quand se manifestèrent , le 1 2 juin , des douleurs de gorge et un peu de gêne dans la déglu- Hlion. Ces douleurs persistèrent, et à-peu-près au même degré , pendant quatre jours , sans que la malade s'en plaignît. Le 16 , elles étaient beaucoup plus considérables, s'étendaient tout le long du larynx et de
CHEZ L ADUITE. 227
la trachée-artère jusqu'au sternum , étaient accompagnées d'un sentiment de cuisson et de gonflement, sans néanmoins que la voix fût altérée : la chaleur était si vive le long du cou , que la. malade voulait y appliquer de la glace ; le pharynx était très-rouge sur ses parties latérales , du côté droit surtout , la déglutition difficile , la toux moins fréquente qu'à l'ordinaire , la douleur épigastrique un peu diminuée ; il n'y avait pas de dégoût. La malade avait rendu , la veille , des concrétions membraniformes , que nous ne vîmes pas , et qu'elle assurait s'être détachées du gosier : chaleur forte , pouls à quatre-vingt-cinq pulsations par minute. (Même prescription.)
Le 17, même ardeur à la gorge et au cou, anxiétés, découragement tel , que la malade ne souffrit pas qu'on examinât l'intérieur de sa bouche ; gonflement de la partie supérieure du cou , du côté droit principalement , dyspnée plus considérable que la veille. A trois heures du soir, le volume du cou était trèsaugmenté, une fausse membrane couvrait le pharynx, les amygdales et la luette, et après beaucoup de malaise et d'anxiétés la malade mourut à deux heures du matin , sans avoir eu d'accès de suffocation , et en pleine connaissance.
Ouverture du cadavre trente heures après la mort.
Tête. La pie-mère était très-rouge , le cerveau et 1« cervelet très-injectés.
Cou. Les glandes salivaires et les ganglions cervicaux n'offraient rien de remarquable. La luette , les amygdales et le pharynx étaient recouverts par une
fausse membrane d'une demi-ligne d'épaisseur environ , qui s'étendait , en diminuant successivement d'épaisseur et de consistance , sur l'œsophage , quatre pouces au-dessous du cartilage cricoide , tapissait Fépiglotte , tout l'intérieur du larynx et de la trachéeartère où elle était très-mince , et s'étendait jusque dans les ramifications bronchiques du côté droit. La membrane muqueuse du pharynx était d'un rouge vif, celle du larynx d'un rose tendre : cette couleur était plus vive dans la trachée-artère, du côté droit principalement.
Poitrine. Les poumons offraient, dans leurs lobes supérieurs , deux excavations principales qui communiquaient par plusieurs orifices avec les bronches ; leur tissu, là où il n'y avait pas de tubercules, était d'un rouge vif, sans engouement. Le cœur avait un petit volume ; l'aorte présentait quelques plaques rouges dans différents points de sa longueur.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac était pâle, excepté à sa face antérieure, où elle était d'un rose clair, et couverte d'une fausse membrane très-molle, mince et jaunâtre. Il y avait quelques ulcérations dans l'intestin grêle ; on en voyait aussi quelques-unes dans les différentes parties du gros intestin , dont la muqueuse était ramollie et d'un rouge amaranthe dans presque toute son étendue. Les autres viscères dans l'état naturel.
Ici , comme dans les observations précédentes , l'inflammation paraît avoir envahi la membrane muqueuse du pharynx avant celle du larynx , au moins
CHEZ l'adulte. 22g
oous semble -t-il fort difficile d'en douter, si l'on réfléchit à la marche de la douleur qui a eu son siège dans le premier de ces organes, long-temps avant d'atteindre le second. Le développement de la fausse membrane aura sans doute suivi la même progression; car la malade rendit le i5 juin des concrétions membraniformes , c'est-à-dire à une époque à laquelle la voix n'ayant pas soufifert d'altération, il est impossible d'admettre l'existence d'une fausse membrane dans le larynx; elle assurait d'ailleurs que ces concrétions s'étaient détachées de son gosier; et, à l'ouverture du cadavre, la fausse membrane était plus épaisse sur le pharynx que dans le larynx et dans latrachée-artère , ce que nous avons observé dans les cas où la marche de l'affection des parties supérieures aux inférieures était hors de doute.
Quant à la fausse membrane qui tapissait la face antérieure de l'estomac , il est impossible de déterminer l'époque de sa formation , vu le défaut de symptômes caractéristiques; mais si l'on peut conclure de ce qui a eu lieu dans les voies aériennes , à ce qui est arrivé dans l'estomac, on pensera que la fausse membrane de ce viscère était fort récente à la mort du sujet, vu sa mollesse et son peu d'épaisseur.
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VIP Observation. (1)
Une femme, âgée de trente-deux ans, d'un tempérament lymphatique , épuisée par la misère et la mau-
(i) Communiquée par M. Magendie , et recueillie par M. CoUin.
25o DU GROUP,
vaise nourriture, entra à l'hôpital Necker le 23 juin 1823. Elle se plaignait seulement d'un mal de gorge qui durait depuis huit jours , sans pouvoir rendre compte du début et des progrès de sa maladie, ni en assigner la cause. La face était vultueuse , livide , la respiration précipitée et légèrement bruyante , le cou augmenté de volume , le larynx constamment rapproché de l'os maxillaire , et la bouche entr'ouverte laissait écouler des mucosités visqueuses et sans odeur. La déglutition se faisait avec une extrême difficulté, bien que la malade n'accusât qu'une douleur de gorge peu intense ; les amygdales et le bord du voile du palais étaient grisâtres et légèrement tuméfiés, la voix rauque et sifflante , la langue dans l'état naturel ; le pouls fréquent , serré , un peu irrégulier ; la peau chaude et halitueuse. La malade ne toussait pas, était dans une sorte de prostration, et tourmentée par des pressentimens sinistres.
Le lendemain, elle offrait exactement les mêmes symptômes. Le 2 5 , avant la visite , son état ne paraissait pas aggravé ; mais peu de temps après et subitement, la face devint plombée, la respiration haute, sifflante , intermittente , la malade suffoquait, son pouls était presque insensible , et elle expira après une heure d'agonie.
Ouverture du cadavre.
Une fausse membrane épaisse , consistante , tapissait la trachée-artère , y formait un tube complet, et fut suivie jusque dans les ramifications bronchiques du troisième ordre : elle occupait aussi le larynx. Audessous, la membrane muqueuse était à peine plus
CHEZ L ADULTE. 23 î
rouge que dans l'état naturel, mais un peu moins veloutée. Sur les amygdales et sur les piliers du voile du palais, on ne rencontrait qu'une couche peu épaisse d'une sorte de mucus grisâtre , sans consistance. — Les poumons très-engoués ne s'affaissaient pas ; il s'en écoulait , par les incisions qu'on y pratiquait , une grande quantité de sérosité sanguinolente un peu spumeuse.
L'absence d'une fausse membrane sur la muqueuse du pharynx aura saas doute été remarquée, et il est d'autant plus convenable d'y faire attention, que jusqu'alors nous avons vu les concrétions membraniformes se propager des parties supérieures aux inférieures. Admettrons-nous que la maladie ait eu ici une marche différente j ou bien , croirons-nous que l'angine ayant débuté , comme dans les autres cas , par l'arrière-bouche, la fausse membrane se soit formée d'abord sur le pharynx , d'où elle se sera détachée pour ne se reformer que très-incomplètement ensuite ? Il nous semble qu'il peut y avoir du doute , et par cela même nous ne voyons pas de raison pour affirmer une chose plutôt qu'une autre : en sorte que sur ce point , nous devons regarder cette observation comme nulle. Ainsi que dans la dernière, la fausse membrane s'étendait Jusque dans les bronches,comme si la disposition de l'inflammation couenneuse à se propager, était en raison de la faiblesse des individus.
VHP Observation.
Croup survenu au milieu d'une fièvre continue typhoïde.
Un garçon de quinze ans et demi , d'une constitua tion médiocrement forte, et d'un tempérament lymphatique, vint à l'hôpital de la Chanté le 8 août i823. Il était malade depuis quatre jours, avait été pris, au début, de céphalalgie, de douleurs dans les membres, d'un sentiment defaiblesse considérable, et de vertiges: l'appétitavaitcessé, le dévoiement avaitparu ensuite, et après quelques légers frissons la chaleur s'était établie.
Dans la nuit du 8 au 9 août , épistaxis abondante ; le matin suivant, figure médiocrement animée, légère expression de fatigue , parfois bourdonnemens d'oreilles , picotemens dans les yeux ; anorexie , bouche pâteuse, langue blanchâtre , soif, douleur de gorge peu considérable , sans gêne dans la déglutition ; rougeur et gonflement léger du voile du palais et à l'isthme du gosier, sentiment de sécheresse dans ces parties; douleur à l'épigastre, diarrhée; pouls large et développé, à soixante-seize ; respiration à vingt-huit, un peu fréquente, sans toux. (Dix-huit sangsues à l'anus, orge gommé, juîep, cinq bouillons.)
Le lendemain, on appliqua vingt sangsues au pli de l'aine , et l'état du malade ne changea pas d'une manière sensible les jours suivans. Le 16, météo- | risme , soif plus vive , pouls un peu moins fréquent , voix naturelle, sans toux, quelques tâches typhoïdes,
à l'abdouien. (Tis. d'orge avec le sir. de gom. , cinq bouillons.)
Le 19, éruption de taches roses et saillantes à la face , douleur vive à la gorge , augmentation du volume de la luette, qui est couverte d'une fausse membrane dans toute son étendue ; légère douleur à la partie supérieure de la trachée-artère, sans altération de la voix ; déglutition un peu gênée , deux selles ; pouls à soixante-seize 5 assez plein.
Le 20 , toux sèche , fausse membrane un peu moins épaisse , demi-transparente ; chaleur et embarras dans la gorge. (Tis. d'orge avec le sir. de gom. , petit-lait, lav. émoll.)
Le 2 1 , toux aigre , un peu croupale , aphonie presque complète, douleur, chaleur dans le trajet de la trachée-artère et du larynx, extension de la fausse membrane aux amygdales; langue rouge et sèche, déglutition plus difficile que les jours précédens, respiration calme.
Le 22, l'état du malade était le même, et l'on prescrivit vingt sangsues au jsou , un gargarisme adoucissant, un collutoire avec l'acide muriatiquepour toucher le pourtour de la fausse membrane , et la tisane d'orge édulcorée avec le sirop de gomme.
Le 23 , chaleur brûlante , par intervalles , le long du larynx et de la trachée-artère , toux déchirée ; crachats verdâtres, semi-opaques; le reste comme la veille. On ajouta à la prescription une once^ d'onguent mercuriel en frictions.
Peu après la visite , léger accès de sufï'ocation. Le 24, extension de la fausse membrane aux piliers du voile du palais.
234 ï>^ CROUP,
Le 25, il n'y a plus de traces de fausse membrane que sur la luette, la toux est fréquente et excita de la douleur au larynx. Le 26, les symptômes locaux étant les mêmes, les taches typhoïdes ont disparu; on ne trouve plus de sudamina, le pouls est assez calme, la langue nette et humide, les selles rares, les facultés intellectuelles toujours dans la plus par-~ faite intégrité.
Le 28, aucune trace de fausse membrane, mais les piliers antérieurs du voile du palais restent rouges et tendres. Le 01 , on suspend les frictions mercurielles et l'acide muriatique, et l'aphonie continuant, on applique un vésicatoire au cou : on donne quelques bouillies au malade.
Du 3i août au i4 septembre il n'y a que de légères variations dans les symptômes ; l'aphonie cesse par intervalles, la voix reste altérée, est très-sonore j, le mouvement fébrile augmente.
Le i5, le pouls est à cent, médiocrement large, la chaleur modérée, la langue nette et humide, le pharynx et le voile du palais sont encore un peu rouges, la luette est fort petite, la déglutition gênée, la voix telle que nous l'avons dit, les selles régulières, et le malade sans inquiétude , sans douleur, sans anxiété. Quelquefois, cependant, sa respiration est un peu gênée, mais il lui sufl&t de se mettre sur l'un ou sur l'autre côté, pour faire disparaître cette incommodité ; les crachats sont peu abondans et toujours tels que nous les avons indiqués le 23 août.
Bientôt la fièvre se dissipe , les fonctions digestives se rétablissent, la respiration et la voix reviennent à leur état naturel, et la convalescence paraît assurée au
CHEZ LADULTK. 2ÙD
commencement d'octobre, quand le malade (j[uitlc l'hôpital.
Ce malade n'a eu qu'un accès de sufîbcatidn, a été constamment dans une sorte de calme , sans éprouver de véritables anxiétés ; et peut-être se demanderat-on s'il a eu le croup. Mais si l'on réfléchit qu'il a éprouvé les principaux symptômes qui caractérisent cette affection, l'altération spéciale de la voix et la douleur du larynx et de la trachée - artère ; que ces symptômes ont succédé à l'angine couenneuse de l'isthme du gosier; que cet ordre dans leur production est précisément celui que nous avons observé jusqu'ici chez les sujets atteints de croup, on sera convaincu , malgré la bénignité des aceidens , que c'est véritablement encore cette maladie que nous avons observée dans le cas qui nous occupe.
La disposition de la fausse membrane mérite d'être remarquée. Visible d'abord sur la luette , elle a gagné ensuite les amygdales et les piliers du voile du palais, sans jamais atteindre le pharynx ; et les variations d'opacité et de transparence qu'elle a offertes, rappellent un fait noté par M. Guersent , nous voulons dire l'absorption de la fausse membrane sur la partie où elle s'était développée.
Après avoir fait quelques réflexions à la suite de chaque fait en particulier, nous allons envisager nos observations en commun , exposer successivement les symptômes de la maladie qui nous occupe , sa marche et l'état des organes après la mort. Nous di-
rons aussi quelques mots sur son diagnostic et sur son pronostic ; nous comparerons d'une manière rapide le croup observé chez l'enfant et chez l'adulte , nous rechercherons s'il est possible de savoir quelque chose de positif sur les causes de celui que nous avons observé; enfin, nous terminerons par quelques considérations sur le traitement.