‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 12 sur 30 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

Symptômes. La maladie débutait ordinairement par une douleur de gorge, quelquefois par des symptômes de coryza, et la formation d'une fausse membrane dans les cavités nasales. (Obs. ii, m. ) La douleur de gorge était accompagnée d'une rougeur plus ou moins vive au pharynx , aux amygdales et au voile du palais ; d'un peu de gonflement , de tension , de picotemens plus ou moins marqués dans les mêmes parties, et surtout de difficulté dans la déglutition. Cette difficultés ordinairement peu considérable dans le principe, devenait quelquefois telle, que les malades rendaient une partie de leurs boissons par le nez (Obs. m), ou même alors la déglutition était impossible (Obs. i, iv), et l'écartement des mâchoires ne pouvait avoir lieu. ( Obs. v. ) !^;

Aune époque plus oui moins éloignée du débtit de la douleur de gorge, on apercevait une fausse membrane qui recouvrait successivement ou simultanément le pharynx , le voile du palais, la luette et les amygdales; une seule fois, et dans tout le cours de la maladie , nous avons vu cette production morbide ne recouvrir que quelques-unes de ces parties.

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(Obs. VIII.) —- Le volume du cou devenait plus ou moins considérable , à la fin de cette période ou au commencement de la suivante.

Quelquefois en même temps, quelquefois avant l'apparition de la fausse aiembrane , mais toujours après le début du mal de gorge , les malades éprouvaient une légère douleur au larynx et à la trachéeartère, douleur dont le caractère était généralement difficile à exprimer, qu'ils comparaient , dans quelques cas, à des picotemens ou à une chaleur ardente (Obs. m, vi) , et qu'ils cherchaient à calmer par l'application du froid. (Obs. VI.) Peu après le début de cette douleur, la voix', qui n'avait présenté jusqu'alors qu'une espèce d'altération comparable à celle qui a lieu dans l'angine gutturale, prenait un caractère plus ou moins parfaitement analogue à ce qu'on appelle voix croupale ( Obs. I , III ) ; la respiration devenait plus ou moins gênée , mais elle était rarement sifflante , en sorte que nous ne l'avons observée telle que chez un des malades dont nous avons recueilli l'histoire , et seulement quelques heures avant sa mort. (Obs. 11.) Le renversement de la tête en arrière parut , dans certains cas, diminuer la dyspnée; la toux était parfois comme déchirée , ordinairement fort peu considérable, et n'incommodait les malades qu'à raison de la douleur de gorge qu'elle exaspérait. Les accès de suffocation étaient bien rares ; un grand nombre de sujets éprouvaient un malaise extrême , beaucoup d'anxiété ; quelques-uns, bien que fort inquiets sur leur situation, ne perdirent que quelques heures avant la mort l'espèce de calme dans lequel nous les avions vus.

Tels élaicol ies symptômes locaux observés chez nos malades. Chez ceux que Tangine avait atteiots au milieu d'une maladie plus ou moins grave , les phénomènes généraux n'ont pas été très-prononcés, la circulation est devenue un peu plus accélérée au début , la chaleur universelle plus considérable ; mais les fonctions digestives conservaient le degré d'altération dans lequel elles se trouvaient, et les facultés intellectuelles ne présentaient rien de remarquable, si l'on en excepte le sujet de la première observation, qui était atteint de typhus, et après la mort duquel nous trouvâmes des traces d'une congestion cérébrale très-intense. Chez ceux dont l'affection paraît avoir marché sans complication, le pouls était plus ou moins accéléré , la chaleur élevée , les facultés intellectuelles dans le plus parfait état d'intégrité.

Ainsi , soit que l'affection se montrât chez des personnes bien portantes, soit qu'elle atteignît des individus déjà malades , sa marche était toujours la même. C'était d'abord (abstraction faite de plusieurs sujets sur lesquels on n'a pu recueillir que fort peu de renseignemens ) des douleurs, de la chaleur, de la rougeur au gosier, de la gêne dans la déglutition ; ces symptômes , qui étaient quelquefois précédés de coryza et du développement de fausses membranes dans les cavités nasales , étaient plus ou moins promptement suivis de la formation d'autres concrétions albumineuses membraniformes sur le pharynx, les amygdales et la luette; et alors le larynx et la trachée-artère étaient le siège d'une douleur plus ou moins vive : la voix, peu altérée d'abord, le devenait

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chaque jour davantage; il y avait de la dyspnée, de l'anxiété , et parfois des accès de suffocation promptement suivis de mort ; en sorte que la maladie avait, comme nous l'avons déjà fait remarquer, une marche progressive, s'étendait de haut en bas, occupait successivement le voile du palais, les amygdales, le pharynx et les voies aériennes.

Son cours était à-peu-près également rapide chez tous les sujets qui ont succombé , puisque la mort arrivait ( du moins chez ceux dont le début de l'affection a été fixé d'une manière précise ) du sixième au huitième jour, à compter de celui où l'angine gutturale avait été bien marquée , deux, trois ou quatre jours après l'apparition de la fausse membrane sur le pharynx , et de dix-huit à trente-six heures après le moment où l'on pouvait présumer , par l'altération de la voix , que cette fausse membrane s'était propagée au pharynx.

Examen anatomique des organes. Les fosses nasales , le pharynx , le voile du palais , la luette, les amygdales, le larynx , la trachée-artère , et quelquefois les bronches , étaient tapissés par une fausse membrane , qui diminuait de consistance et d'épaisseur dans l'ordre des organes que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire suivant l'époque plus ou moins avancée de son développement, puisque, d'après ce qui a été dit plus haut, il avait Jieu des parties supérieures aux inférieures. Nos deux premières observations suffiraient d'ailleurs pour prouver qu'il y avait proportion entre l'épaisseur de la fausse membrane et son ancienneté , puisque l'ayant observée à son début, dans ces deux cas, nous l'avons vue acqué-

rir joiirnelleoient plus d'épaisseur et d'opacité. La membrane muqueuse sous-jacente était plus ou moins rouge, et sa rougeur décroissait du pharynx à la trachée - artère. Les follicules muqueux du pharynx étaient quelquefois très-développés , et les ganglions cervicaux rouges et volumineux dans plusieurs cas. La fausse membrane qui tapissait le larynx et la trachée-artère, où elle était peu épaisse, ne rétrécissait que fort peu leur capacité, et ne formait certainement pas un obstacle mécanique à l'entrée de l'air dans les poumons. Un seul cas, dans lequel cette fausse membrane était repHée sur elle-même , à la partie inférieure de la trachée-artère , faisait exception à cette règle. ( Obs. v. )

Les poumons , qui étaient le siège de plusieurs lésions indépendantes du croup, offraient beaucoup d'uniformité dans leur couleur, qu'on trouvait d'un rouge vif à l'intérieur.

La membrane muqueuse de l'estomac était rouge , ramollie, et même épaissie sur plusieurs sujets (obs. III, V, VI ) ; couverte, dans un cas, d'une fausse membrane, molle comme celle qui tapissait les voies aériennes (obs. VI,); présentait des rougeurs partielles sans épaississement ni ramollissement dans d'autres. (Obs. I, II.)

Sur le cadavre de quatre sujets dont nous avons recueilli l'histoire , et qui tous avaient eu pendant un espace de temps plus ou moins considérable de la diarrhée, la membrane muqueuse des intestins offrait un épaississement plus ou moins marqué, une rougeur plus ou moins étendue.

La couleur des autres viscères de l'abdomen ne

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différait pas de celle qu'on observe chez les individus qui meurent de toute autre maladie. Enfin le cerveau était plus ou moins injecté sur quelques sujets.

Diagnostic. Quand la maladie était encore bornée au pharynx , la vue de la fausse membrane indiquait assez sa nature. On reconnaissait qu'elle s'était propagée au larynx , par la douleur de cet organe , la dyspnée et surtout par l'altération de la voix , symptômes auxquels se joignaient, dans quelques cas, de l'anxiété , des accès de suffocation , et qui suffisaient au diagnostic, la seule présence d'une fausse membrane sur le pharynx annonçant d'une manière presque certaine sa propagation ultérieure dans les voies aériennes.

Pronostic. Nous avons donné l'histoire de huit malades, et un seul d'entre eux est échappé à la mort ! On serait peut-être tenté de distraire du nombre des victimes de l'affection qui nous occupe, une femme dont la phthisie, arrivée au dernier degré , laissait à peine espérer quelques jours d'existence ; mais en réfléchissant qu'à compter de l'invasion du mal de gorge , la maladie n'a pas eu une marche plus rapide chez cette femme que chez les autres malades , on ne voit plus de raisons d'opérer ce retranchement. Convenons toutefois que si les observations qui précèdent peuvent donner une juste idée des symptômes et de la marche de l'angine croupale chez l'adulte, il n'est pas possible d'en tirer des conclusions rigoureuses pour le pronostic, l'affaiblissement dans lequel se trouvaient beaucoup de malades laissant tout-à-la-fois peu de ressources aux efforts de la nature et de l'art.

Parallèle du croup chez l'enfant et chez l'adulte,

'• Si nous comparons maintenant les différens points de l'histoire de nos malades, avec les meilleures descriptions du croup observé dans l'enfance, nous verrons tout-à-la-fois beaucoup d'analogie et quelques différences dans les symptôaies et dans la marche de la maladie. ,

Dans l'enfance , en effet , le croup débute par un léger catarrhe plus ou moins promptement accompagné de douleurs à la partie antérieure du cou, et ordinairement sans être précédé de mal de gorge ; bientôt la toux est forte , revient par quintes , la respiration est plus ou moins sifflante , la dyspnée plus ou moins considérable , la voix croupaie , etc. , etc. Chez nos malades , au contraire , il y avait, au début^ une douleur de gorge plus ou moins forte, accompagnée de chaleur, de gêne dans la déglutition, et peu ou point de toux : bientôt les organes phlogosés , les amygdales , le pharynx , etc. , se recouvraient d'une fausse membrane, et alors se manifestait une douleur au larynx et à la trachée-artère , bientôt suivie de dyspnée , d'anxiété^ d'altération de la voix, rarement d'accès de suffocation , même dans les dernières heures dfe l'existence. .rp vio'i' ,

Toutefois, si dans un assez grand nombre de icàs le croup a, dans l'enfance, la marche que nous veiioris d'indiquer, il nel'a pas constamment àbeaucoupjprès î on le voit débuter quelquefois par un coryza, souvent même par des maux de gorge , et les observations de croup recueillies dans ces derniers temps font lassez fréquemment mention de ce symptôme. On n'a pas

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toujours regardé la bouche des malades pendant la vie , et après la mort on s'est trop souvent borné à l'examen anatomique du larynx et de la trachéeartère , en sorte que dans beaucoup de cas l'angine couenneuse pharyngienne a pu exister sans être aperçue. Au rapport de M. Guersent , c'est souvent par cette dernière affection que débute le croup chez les enfans à la mamelle ; la même marche a été constatée par Ghomel et Astruc , chez les enfans au-dessus de sept ans ; on l'a observée constamment dans quelques épidémies de croup , et dans les cinq sixièmes des cas de croup sporadique , M. Guersent a vu chez les enfans des plaques couenneuses sur le pharynx et sur les amygdales; en sorte que, bien que différente quelquefois , la marche de la maladie l'est beaucoup moins qu'on aurait pu le croire au premier aperçu , avant et après la puberté.

Il ne sera sans doute pas bien difficile , après ce rapprochement, de justifier le titre de croup donné à nos observations ; car quand les différences dans la marche de la maladie observée chez l'enfant et chez l'adulte seraient aussi constantes qu'elles le sont peu, nous ne qoîi?,ç,e.vrions pas comment il serait possible de donner deux noms à une maladie qui fait périr de la même manière et par les mêmeg organes «(atteints de la même lésion, et de dire que l'angine couenneuse born,ée^!Li larynx et à la trachée-artère ou commençant par eux, est un croup, tandis que celle qui commence par le pharynx ou par les fosses iiasales, et se propage ensuite au conduit aérien, n'est pas un croup. Autant vaudrait dire, ce nous semble , qu'une gastrite dcyeiiue mortelle, et qui n'aurait dé-

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