‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 13 sur 30 · CROUP · texte numérisé non relu

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buté qu'à la suite d'une entérite légère , n'est pas une gastrite, par le seul fait de la succession,

La fausse membrane une fois formée dans le larynx et dans la trachée-artère , les symptômes qui l'annoncent présentent encore des différences, chez l'enfant et chez l'adulte. Ainsi, la respiration n'était sifflante que chez un très-petit nombre de nos malades, tandis qu'elle a presque toujours ce caractère chez les enfans : chez eux aussi le son de la voix est s:énéralement plus caractéristique de la maladie. Mais c'est surtout dans les accès de suffocation que se trouve la grande différence du croup observé, à cette époque, dans les deux périodes de la vie qui nous occupent; car tandis que ces accès se répètent fréquemment et pendant un espace de temps assez considérable dans l'enfance , ils sont fort rares chez l'adulte. Cette différence donne en quelque sorte une physionomie particulière à la maladie dans chacun de ces deux âges ; et quoique le pronostic paraisse devoir être presque aussi fâcheux et la mort également prompte aux deux extrêmes de la vie , cependant l'affection semble plus cruelle , ses symptômes sont plus alarmans, chez les enfans que chez l'adulte.

Les auteurs qui ont tracé des observations de croup dans l'enfance , citent des cas où la mort est arrivée après quatorze heures de toute maladie. On en trouve un de cette espèce dans le mémoire de M. Lobstein, sur le croup (i),et l'autopsie, jointe à l'heure précise du début, ne laisse aucun doute sur ce point. Nous ne croyons pas que l'angine couenneuse ait jamais eu

(i) Mémoires de la Société Médicale d'Emulation , 8' vol., pag. 63o.

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ciiez l'adulte une marche aussi foudroyante , du moins n'en connaissons-nous pas d'exemple.

Nous sentons d'ailleurs combien il est difficile de faire un parallèle bien satisfaisant du croup, chez des adultes presque tous plus ou moins gravement malades au moment où ils ea furent saisis, et chez des enfans sains au début de cette affection ; aussi n'y insisteronsnous pas davantage, en faisant observer toutefois que la différence de situation des sujets au début de la maladie est peut-être une des plus grandes qui existent entre le croup des enfans et celui des adultes.

Si la fausse membrane rétrécit davantage les voies aériennes dans l'enfance que dans l'âge adulte, c'est rarement aupointde former un obstacle mécanique àla libre circulation de l'air ; et comme la mort arrive souvent chez les enfans après la sortie des fausses membranes, on a renoncé depuis long-temps à l'expliquer, pour tous les cas, du moins, par l'effet d'un obstacle mécanique à l'entrée de l'air dans les poumons. Nog observations prouvent combien un pareil obstacle doit être rare chez l'adulte où la mort arrive , malgré la largeur du larynx; et elles doivent porter à croire qu'on a peut-être accordé trop d'influence à l'étroitesse de celui des enfans ^ sur la production des symptômes du croup.

Ne pouvant expliquer la mort par un obstacle mécanique à l'entrée de l'air dans les poumons, on l'a attribuée à un spasme de la glotte et de la trachée-artère, et cette explication est peut-être tout aussi admissible chez l'adulte que chez l'enfant. N'oublions pas cependant que les symptômes spasmodiques n'ont lieu que quand la fausse membrane tapisse le larynx,

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qu'ainsi cette fausse membrane et l'inflammation dont elle est le résultat, en sont toujours la première cause. Ce qu'on observe à l'ouverture des corps est d'ailleurs aussi favorable à cette manière de voir des auteurs que contraire à l'idée de l'asphyxie , à laquelle cependant on a attribué la mort de ceux qui périssent du croup. Ainsi, dans la seule observation de M. Yieusseux, où l'état des poumons ait été indiqué ( c'était chez une femme âgée de cinquante-quatre ans ) , ils étaient engoués comme dans la péripneumonie, c'est-à-dire que le sang qu'ils contenaient avait probablement la couleur qu'il offre habituellement en pareil cas. Les poumons des sept cadavres ouverts par M. Lobsteîn étaient blancs, exsangues, excepté dans une petite portion de leur partie postérieure. Sur les quatre sujets que nous avons ouverts (Obs. i, ii, m, vi) , les pou mons, malgré la grande variété de leurs lésions, se ressemblaient , comme nous l'avons déjà remarqué , en cela qu'ils étaient tous d'un rouge plus ou moins vif. Or, cet aspect des poumons ne ressemble en rien à celui des mêmes organes sur le cadavre des asphyxiés. Les viscères de Tabdomen n'avaient pas non plus l'aspect qu'on leur attribue dans la mort par asphyxie ; en sorte que nous ne voyons pas comment on pourrait soutenir que ceux qui meurent du croup ^ périssent asphyxiés. Nul doute néanmoins que , dans ces cas, le défaut de respiration n'amène la mort; mais il faut croire qu'alors le cœur et les poumons cessent en mêrne temps leurs fonctions, ce qui empêche l'asphyxie proprement dite d'avoir lieu.

Causes. Nous arrivons à la partie la plus obscure de l'histoire de nos malades. La plupart d'entre eux

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(Obs. I, II, V, vm) éprouvèrent les premiers symptômes de la maladie en août 1823, et jusque-là le temps avait été i?roid et humide , circonstances qu'on s'accorde assez généralement à regarder comme Irèsfavorable au développement du croup : d'autres en furent atteints au mois de juin de la même année , c'est-à-dire à-peu-près dans les mêmes conditions atmosphériques; enfiii, l'homme qui fait l'objet delà troisième observation a succombé à la fin d'octobre 1 822 , de manière que c'est à-peu-près sous les mêmes influences générales que le croup s'est déclaré chez tous les sujets.

Mais, sous le rapport individuel, nos malades offraient les plus grandes différences relativement à l'âge , au tempérament , aux forces , à l'état de santé ou de maladie dans lequel ils se trouvaient, quand ils éprouvèrent les premières atteintes de l'angine. Les uns étaient d'une constitution forte, les autres d'une constitution faible; ceux-ci paraissaient bien portans, la plupart étaient plus ou moins gravement malades, atteints de typhus (Obs. i, vm), de gastrite (Obs. ni, v), de phthisie au dernier degré (Obs. vi), ou de pleurésie chronique (Obs. 11). Néanmoins, ces malades offraient aussi un point de contact qu'il importe de signaler , nous voulons dire une inflammation plus ou moins grave de la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins, ou de l'une ou de l'autre isolément, inflammation constatée à l'ouverture des corps. On serait tenté de croire que cette circonstance n'a pas été tout-à-fait étrangère à la production de l'angine couenueuse, et avec d'autant plus de raison qu'il y avait aussi une fausse membrane sur une partie de la

muqueuse de l'estomac d'un de nos malades (Obs. vi). Dans cette hypothèse , l'inflammation de la muqueuse gastro-intestinale pourrait être regardée comme cause excitante de l'angine cbuenneuse. Mais quand on réfléchit à la fréquence de l'inflammation du tube digestif et à la rareté du croup chez l'adulte, on hésite à croire à une dépendance quelconque entre ces deux affections; de manière qu'ici, comme en mille autres circonstances , les rapprochemens les plus naturels ne servent qu'à faire naître des doutes.

L'examen des causes présente une autre circonstance digne d'attention. Quatre des huit observations que nous avons rapportées , ont été recueillies dans le mois d'août, et deux au mois de juin de la même année. On pourrait par cela seul croire aune influence épidémique , le croup observé six fois chez l'adulte , dans une même ville et dans l'espace de trois mois , étant au moins une chose fort extraordinaire. Ajoutons que cinq de ces six observations ont été recuefllies à l'hôpital de la Charité, et qu'en y réunissant deux autres faits du même genre observés à la clinique de M. Lerminier, pendant le même temps, nous avons en somme sept cas de croup chez l'adulte , observés dans le même hôpital, dans le court espace de trois mois ; c'est-à-dire davantage probablement que d'exemples d'apoplexie pendant le même temps (i).

( i) Nous n'ayons recueilli , depms la présentation de ce Mémoire à l'Académie royale de Médecine , il y a près de trois ans , qu'une seule observation de croup chez l'adulte. Elle est relative à un jeune homme de vingt-sept ans , atteint de phthisie pulmonaire , et qui mourut au huitième mois de cette affection, le i3 septembre iSaS, Il avait ou, dans les deux derniers mois de son ei.'stence , des douleurs plus ou

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Quelques praticiens , et entre autres M. Lobstein et M. Bretonneau , ont mis la contagion au nombre des causes du croup. Le fait rapporté par M. Bretonneau et cité par M. Guersent dans le nouveau Dic-

moins vives à la partie supérieure du larynx , et. ces douleurs , accompagnées d'une altération plus ou moins marquée de la voix , devinrent encore beaucoup plus considérables dans les quinze jours qui précédèrent le terme fatal. Dans les cinq derniers l'aphonie fut complète , la respiration sifflante » et de plus un peu gênée , la déglutition difficile et les boissons rendues en partie par le nez , puis l'haleine devint fétide. Le jour de la mort , le cou était plus volumineux qu'à l'ordinaire, on découvrit une fausse membrane sur les piliers du voile du palais ; et , à l'ouverture du cadavi-e , nous trouvâmes , entre auti-es choses remarquables , une fausse membrane qui tapissait le pharynx et le commencement de l'œsophage , l'épiglotte , le laiynx , la trachée-artère et les bronches du côté droit. Médiocrement adhérente au pharynx, bien davantage à la partie antérieure de l'épiglotte , cette fausse membrane l'était fort peu à la trachée-artère , et moins encore aux bronches , d'où on l'extrayait aisément sous forme de tube ; eUe était mince comme la muqueuse du colon , sur le pharynx , un peu plus épaisse sur l'épiglotte et dans la trachée-artère, où elle avait fort peu de consistance. La menu brane muqueuse des voies aériennes était couleur pelure d'oignon dans la trachée , pâle dans le larynx et sur l'épiglotte , d'un rouge foncé dans tout le pourtour du pharynx , dont la couche musculaire avait une ligne et demie d'épaisseur. Au niveau de la base de la langue , l'épiglotte était épaisse de deux lignes , ce qui provenait de l'altération du tissu sous-muqueux de sa face antérieure , lequel était transformé en une substance légèrement grisâtre , homogène , très-ferme , luisante, cédant par une forte pression quelques gouttelettes de sérosité. Sur cette portion de l'épiglotte la muqueuse était intacte, et elle était presque entièrement détruite en arrière, sur ses parties latérales. Les ulcérations étaient aussi très-nombreuses dans tout le pourtour du larynx , de la trachée-artère et des bronches droites ; la muqueuse avait entièrement disparu au-dessous du larynx, dans la hauteur d'un pouce et demi , et dans beaucoup de points la fausse membrane recouvrait les petites ulcérations.

Ici encore une fausse memJ^rane tapissait en même temps les voies aériennes et le pharynx ; mais quel a été son point de départ ? s'était-

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tionnaire de Médecine, nous paraît fort concluante Celui qu'a raconté M. Lobstein , dans le mémoire précité , a rapport à une petite fille qui , n'ayant pas été exposée aux mêmes influences atmosphériques que sa sœur, déjà malade du croup , en fut prise après avoir joué avec elle, au moment où il était bien développé. L'autopsie cadavérique n'a laissé aucun doute sur l'existence de la maladie , en sorte que ce dernier fait nous semble presque aussi décisif que le premier. Bien que trois de nos malades (Obs, i, ii, viiï) aient été successivement atteints de croup dans la même salle, et seulement après un autre individu mort de la même affection dans une salle voisine (Obs. vj , nous ne nous croyons pas en droit d'en conclure à la contagion ; mais nous signalerons comme pouvant y avoir rapport , un fait que nous avons oublié dans l'histoire de la malade qui fait le sujet de la septième observation, savoir, qu'elle eut les premiers symptômes du croup le jour même que son enfant en mourut. Traitement. Si , dans le cours de nos réflexions , nous avons tant insisté sur la marche de l'angine

elle propagée du pharynx au larynx et à la trachée-artère, ou bien avaitelle suivi une marche inverse? c'est ce qu'il nous est impossible de décider, le pharynx n'ayant été examiné que le jour de la mort , et les symptômes dus aux diverses lésions du conduit aérien s'opposant à ce qu'on puisse fixer avec précision le moment où la fausse membrane du larynx s'est développée.

Si nous réunissons cette observation à cinq de celles qui composent la première partie de notre Mémoire , et que nous avons recueillies nous-même dans le service de M. Chomel, nous aurons six cas de croup chez l'adulte obsei'vés dans l'espace de quatre années et demie dans les salles Saint-Jean et Saint-Joseph , où ont été reçus pendant cette période deux mille quatre cents malades , parmi lesquels quatre cent cinquante ont succombé.

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couenneuse chez l'adulte, c'est que cette connaissance nous a semblé nécessaire à celle des indications curatives. Après avoir vu la maladie se propager si constamment du pharynx au larynx, n'est-il pas naturel en effet de penser que cette tendance à se propager est un de ses caractères les plus essentiels , et ne devrat-on pas croire , au premier aspect d'une fausse men>brane développée sur les amygdales , la luette ou le pharynx, qu'elle aura bientôt gagné le larynx, si rien ne s'y oppose? Dès-lors l'indication est positive, c'est d'empêcher cette propagation par les moyens perturbateurs les plus énergiques. Sans doute les eiForts tentés jusqu'ici pour parvenir à ce but n'ont pas été heureux; mais si l'indication se trouve confirmée chaque jour par de nouvelles observations , ce sera un puissant motif de rechercher avec persévérance les moyens de la remplirpar des applications topiques dans le voisinage de la fausse membrane , ou à l'intérieur du larynx, au moyen de la vapeur, ou extérieurement par des dérivatifs puissans, ou enfin par l'introduction de quelques médicamens dans les voies digestives.

Quant aux moyens proposés pour déterminer la sortie de la fausse membrane par le vomissement , il convient d'observer que leur emploi , tout rationnel qu'il paraisse, peut être dangereux, puisqu'en sollicitant par des efforts violens la sortie de la fausse membrane , on peut en déterminer le refoulement , amener par cela même l'occlusion des voies aériennes, et causer immédiatement la mort.

Presque tous nos malades ayant succombé , nous n'insisterons pas beaucoup sur le traitement qui leur a été prescrit, lequel se réduit à des saignées locales

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plus ou moins répétées pour tous, à l'usage, à haute dose, du mercure à l'intérieur, ou en frictions pour quelques-uns, et aux vésicatoires. C'est à l'expérience à montrer si le but qu'on se propose en administrant le mercure, de détacher la fausse membrane des parties sur lesquelles elle est appliquée , par l'afflux d'une grande quantité de mucus, peut être atteint. Dans cette supposition , il serait peut-être convenable , pendant l'administration du remède, à cause de l'excitation qu'il détermine dans la région cervicale , d'y répéter plusieurs fois l'application des sangsues.

Terminons ce que nous avions à dire au sujet du traitement, en observant combien il serait utile de faire un relevé exact de toutes les observations de croup bien caractérisé , dont les sujets ont échappé à la mort, et de comparer entre elles les méthodes de traitement qui ont été employées. C'est en effet le moyen de savoir à quoi s'en tenir sur la valeur de ces méthodes et sur celle de beaucoup de médicamens trop vantés peut-être. Autant qu'une lecture attentive de beaucoup d'observations de croup peut nous le faire croire, le résultat de ce travail serait de montrer un nombre à-peu-près égal de succès par les différentes méthodes employées jusqu'ici, et par conséquent que la médecine n'a eu jusqu'à ce jour que bien peu de part aux succès obtenus ; mais ce résultat, fût-il tel, n'en serait pas moins précieux, en constatant d'une manière exacte l'état de la thérapeutique sur ce point important.

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