MÉMOIRE
SUR
LA PERICARDITE
C'est une chose généralement admise aujourd'hui, qu'on ignore les symptômes à l'aide desquels on peut reconnaître la péricardite , au point que M. Laennec , après avoir décrit avec sa supériorité habituelle les caractères anatomiques de cette maladie, convient qu'il Ta quelquefois devinée , mais que dans l'état actuel de la science il n'est aucun moyen d'en établir le diagnostic. Telle était aussi l'opinion de Bayle, et il serait difficile de s'en former une autre , par la lecture attentive des observations consignées dans les ouvrages des auteurs , même les plus récens et les plus justement estimés. Il importe donc de recueillir de nouveaux faits , et de voir si l'obscurité qui règne encore aujourd'hui dans le diagnostic de la péricardite, tient à la nature de cette maladie ou à une observation imparfaite. C'est dans ce but que nous allons exposer l'histoire détaillée de deux cas d'inflammation du péricarde que nous avons observés , et analyser un certain nombre de faits du même genre, rapportés par les auteurs. Ce n'est qu'après avoir dit en quoi pèchent plusieurs de nos observations , que ifious exa-
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minerons celles des autres, et nous espérons montrer par-là que le seul désir d'être utile nous a conduit à cet examen.
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P*" Observation.
Un maçon , âgé de vingt-sept ans , d une taille moyenne , d'une constitution assez forte , châtain , velu , n'ayant jamais éprouvé de maladies graves , parfaitement bien conformé, fut admis à l'hôpital de la Charité (salle Saint-Jean, service de M. Chomel) , le 1 1 août 1825. Il était malade depuis sept Jours, et au lit depuis trois. L'affection avait débuté, sans cause connue , par une douleur assez vive au côté gauche de la poitrine, à l'épigastre et entre les épaules, de la dyspnée , des palpitations , puis de la diarrhée. Les palpitations avaient disparu au troisième jour , les autres symptômes avaient persisté, et il s'y était joint un peu de toux, l'avant-veille de l'entrée du malade à l'hôpital. Trois heures après le début il avait vomi son déjeuner, puis quelques gorgées de bile, après quoi les symptômes gastriques s'étaient entièrement dissipés ; il n'y avait point eu de frissons. Quinze sangsues appliquées à l'épigastre , le quatrième jour, n'avaient amené aucune amélioration dans l'état des syrnptômes.
Le 1 2 août , attitude convenable , infiltration légère au bas des jambes^ figure un peu violacée , J41telligence; peu développée, sorte d'embarras dans J es réponses , mou,v€!ipe)ns dilBciles^ gentiment de ,f?ii-
DE LA PÉRÏCARDITE. ^55
blesse assez considérable ; saillie , sans infiltration , au côté gauche de la poitrine, bornée, en arrière, par une verticale abaissée du creux de l'aisselle , étendue inférieurement jusqu'au rebord des côtes, et en haut jusqu'à trois pouces de la clavicule : le bruit respiratoire était nul , la pression douloureuse , la percussion de la poitrine entièrement matte dans cette région ; les battemens du cœur étaient sourds , lointains , et souvent douteux ; le pouls fréquent , petit , faible , extrêmeuient irrégulier , souvent même intermittent ; les veines jugulaires dilatées ; la respiration médiocrement fréquente, un peu haute, le bruit respiratoire naturel , la percussion sonore dans toute l'étendue de la poitrine, à part l'endroit indiqué; la toux rare, lès crachats insignifians. L'épigastre et une partie de l'hypochondre gauche étaient un peu saillans, douloureux à la pression, et ne rendaient pas de son : il y avait eu quatre selles liquides dans les dernières vingt-quatre heures. Le malade ne se plaignait pas, et semblait seulement éprouver du malaise : sa peau était fraîche. ( Saignée de ^ xij , infusion <ie viol, avec le sirop de gomme, diète absolue.)
On avait à peine tiré six.onces de sang, qu'il y eut, une défaillance ; on ferma la veine, et la douleur étant devenue assez vive, dans la soirée, à la région prér cardiale , on y appliqua vingt sangsues. Elles procurèrent un écoulement de sang ;assez considérable.
Le Ijendemain i3^ l'état général du malade n'avait pas changé d'une manière sensible , mais la partie de (la poitrine dans laquelle on n'entendait pas la respiration /était «noore un peu «plus étendue en hauteui^
2S6 DK lA pi:RIGABDITE.
que la veille. ( Yésicatoire de cinq pouces de diamètre à la région précordiale. )
Le i4 , un peu moins d'oppression et d'irrégularité dans le pouls.
Les progrès de l'affection furent lents ; nous observâmes avec soin le malade tous les jours ou tous les deux jours jusqu'au 25 octobre, époque de sa mort, et dans cet espace de près de deux mois nous fîmes les remarques suivantes.
Un érysîpèle se déclara, le 16 août, autour du vésicatoire, sans avoir été précédé de symptômes généraux , s'étendit par plaques plus ou moins larges sur toute la surface de la poitrine , puis au bras gauche et dans le flanc correspondant. On supprima le vésicatoire le 19, et le 25 l'érysipèle avait complètement disparu.
Du 16 au 19 août, la dypsnée augmenta sensiblement, le décubitus fut plus ou moins élevé, le malade quelquefois obligé de se mettre à son séant pendant la nuit : les résultats de l'auscultation et de la percussion ne changèrent pas , les battemens du cœur furent toujours extrêrnement faibles. Le 5 septembre, le côté droit de la poitrine ne rendait aucun son dans ses deux tiers inférieurs, et le bruit respiratoire était nul dans le même point. A gauche , l'absence de son occupait l'espace indiqué le premier jour, et au lieu dé bruit respiratoire, on entendait, dans cette dernière partie, une sorte de sifflement qui diminuait d'intensité en approchant du rebord des côtes. Le 9 octobre , on n'entendait pas la respiration dans la moitié inférieure et postérieure du côté gauche , et la percussion n'en tirait aucun son. Il en était de même
DE LA PÉRICARDITE. 257
à droite dans la partie correspondante, et nulle part il n'y avait d'égoplionie. Les battemens du cœur furent toujours également faibles ou insensibles , le pouls petit, très-irrégulier, plus ou moins fréquent. Deux fois nous le trouvâmes régulier , et chacune d'elles le malade était à son séant, n'ayant ni toussé, ni fait le moindre mouvement depuis quelque temps.
A compter du 5 septembre , la dyspnée fut trèsconsidérable , la respiration fréquente et très-haute , le décubitus élevé , ordinairement assis : quelquefois même le malade était obligé de quitter le lit pendant la nuit, afin de diminuer l'oppression. La toux fut très-rare , les crachats peu abondans , et souvent teints d'un sang noir fourni par la pituilaire.
La figure fut toujours plus ou moins bleuâtre , et cette teinte augmenta beaucoup dans les derniers jours de la vie. Dès le mois de septembre , on l'observa aux membres inférieurs, dont l'infiltration fit des progrès rapides. L'œdème envahit la main et une partie de l'avant-hras gauche, peu après l'entrée du malade à l'hôpital , et les parois de la poitrine , dans les derniers quinze jours seulement.
Les palpitations ne revinrent pas, il n'y eut ni vertiges ni réveils en sursaut.
La langue conserva long-temps l'aspect indiqué, puis elle se nettoya, et devint d'un rouge violet plus ou moins vif. L'appétit commença à sa faire sentir le 20 août, et le 24 ? on accorda deux elemi-crêmes de riz au malade. Dans les dix premiers jours du mois suivant, il eut le demi-quart, puis le quart, et enfin la demi - portion ; on revint au demi-quart dans le mois d'octobre, mais on fut toujours obligé d'accor-
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der quelques alimens au malade, qui menaçait sans cesse de s'en aller, si on le mettait à une diète absolue. Le malaise et l'oppression augmentaient après le repas , duraient trois ou quatre heures , et . comme au premier jour, l'épigastre fut toujours plus ou moins tendu, saillant et sensble à la pression. Jamais il n'y eut de coliques ; mais les selles furent plus ou moins liquidés, au nombre de trois à quatre en vingt-quatre heures, ou même de huit à dix, dans les premiers jours de septembre et d'octobre.
Les forces se relevèrent un peu dans le cours de septembre , et quatre ou cinq fois le malade alla se promener seul au jardin. Elles s'affaissèrent tout-àcoup dans les cinq derniers jours de la vie. D'ailleurs, à part la diminution des forces et la dyspnée, le malade ne se plaignit de rien. Le 2 5 octobre, jour de sa mort, il était, lors de la visite, à son séant, assoupi, la tête penchée à droite; le soir à quatre heures , au moment du repas, étant toujours à son séant, il demanda sa soupe, et aussitôt il expira.
Le premier vésicatoire ayant été séché à cause de l'érysipèle , on en appliqua un nouveau dans les premiers jours de septembre , toujours à la région précordiale, et sans amélioration sensible. On prescrivit, suivant l'indication, une infusion de violettes nitrée, ou une décoction de riz, également nitrée et édulcorée avec le sirop de coing. Vers la fin d'août, le malade prit une potion gommeuse avec vingt gouttes de teinture de digitale , et comme elle parut lui causer de la pesanteur à l'épigastre, on lai-emplaça,au quatrième jour, par des frictions faites avec la teinture de la même plante , mais sans aucune espèce d'effet sensible.
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Ouverture du cadavre j, quarante heures après la mort.
Etat extérieur. La roideur était considérable, l'infiltration des membres abdominaux, des mains , des avant-bras et des parois thorachiques, très-prononcée ; les veines crurales libres. Il n'y avait qu'un petit nombre de vergetures : la couleur de la face était à-peu-près la même que pendant la vie.
Tête. Quelques éraillures de la dure-mère donnaient passage à des granulations opaques nées de l'arachnoïde, le long de la scissure médiane. Les veines cérébrales étaient peu distendues, l'infiltration sous-arachnoidienne assez épaisse , la substance corticale d'une teinte rose très-légère, d'une bonne consistance ; la substance médullaire non injectée , parfaitement saine. Il y avait environ une cuillerée et demie de sérosité dans chacun des ventricules latéraux : le reste de l'encéphale dans l'état naturel.
Cou. Le larynx et i'épiglotte étaient sains; la membrane muqueuse de la trachée-artère était d'un rouge foncé, d'une bonne consistance, offrait, deux pouces au-dessous du larynx , une tache noirâtre de deux lignes de diamètre, sans augmentation d'épaisseur.
Poitrine. Le sternum et les cartilages costaux enlevés, on ne voyait que le péricarde, lequel occupait la plus grande partie de la poitrine, n'était séparé de la plèvre costale du côté gauche , que par un espace d'un travers de doigt en bas, et de deux pouces supérieurement; à droite, l'intervalle n'était guère plus considérable. Le péricarde avait sept pouces et demi de haut, et neuf pouces de large à sa base ; sa face antérieure offrait une bande celluleuse per-
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pendiculaîre, de deux pouces de largeur, correspondant au médiastin , dont les lames avaient subi un écartement considérable. Dans le reste de son étendue, il était recouvert par les plèvres, qui offraient , de part el d'autre , des granulations demi-traasparentes assez nombreuses. Il contenait une pinte et demie de sérosité rousse et rougeâtre, un peu louche, et déprimait le diaphragme à son centre : sa face interne présentait des inégalités dans plusieurs points , avait une couleur orangée , était tapissée par une fausse membrane d'une ligne et quelque chose d'épaisseur , ferme et très-adhérente. La surface du cœur était inégale, assez semblable à celle d'un ananas ou d'une pomme de pin, et comme celle du péricarde, d'une couleur jaune et un peu orangée, double aspect résultant d'une fausse membrane , qui, dans l'intervalle des saillies, avait deux lignes d'épa^i-sseur et quatre à cinq au niveau des saillies ellesmêmes. Celles-ci avaient une forme conique et trois lignes de diamètre à leur base. La fausse membrane dont elles faisaient partie offrait deux portions bien distinctes : l'une, profonde, ferme, homogène, d'une ligne d'épaisseur, adhérait au cœur par un tissu cellulaire très-serré ; l'autre , superficielle , continue (sans intermédiaire) à la première, d'une couleur jaune verdâtre dans toute son épaisseur, avait une certaine mollesse, une élasticité bien marquée, une structure aréolaire très-prononcée à l'intérieur comme à sa surface. Les aréoles étaient contiguës les unes aux autres, avaient moins d'utie ligne de largeur, une couleur plus pâle , une opacité plus parfaite que le feste de la membrane; c'était comme un réseau.
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partout continu, dans les mailles duquel se trouvait une substance élastique, de la couleur jaune indiquée. Il n'y avait pas de traces de vaisseaux sanguins dans cette fausse membrane , qui était moins épaisse sur les oreillettes que sm' les ventricules. Les inégalités du péricarde dépendaient, comme celles du cœur, d'une fausse membrane à structure aréolaire. Ce viscère était un peu moins volumineux que dans l'état naturel, ses parois avaient une épaisseur et une consistance convenables, ses orifices étaient parfaitement sains. — L'aorte et l'artère pulmonaire n'offraient aucune altération. — Chacune des plèvres contenait une pinte de sérosité claire et citrine. Les poumons étaient libres, à part quelques adhérences celluleuses au soQimet de celui du côté droit. Ils étaient refoulés dans la partie supérieure de la poitrine, réduits à un petit volume , moins souples que dans l'état ordinaire, offraient des granulations grises, demi-transparentes à leur sommet, étaient d'ailleurs parfaitement sains. Les bronches étaient pâles et minces près des granulations, comme dans le reste de leur étendue.
Abdomen. Il y avait environ trois pintes de sérosité dans la cavité du péritoine. La membrane muqueuse de l'œsophage était dépourvue d'épiderme, mais d'ailleurs dans l'état naturel. L'estomac n'avait que la largeur du gros intestin, contenait un peu de mucus, offrait à l'intérieur un grand nombre de replis , une couleur rouge plus ou moins foncée ; sa membrane muqueuse était partout veloutée , unie, avait l'épaisseur et la consistance qui lui appartiennent. Celle du duodénum était plus rouge encore , et à cela près
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parfaitement saine. Dans l'intestin ^çrêle , la rougeur était un peu moindre, à-peu-près uniforme, et, à part les deux premiers pieds, dans lesquels sa membrane muqueuse était légèrement épaissie, elle n'offrait pas d'autre lésion. Celle du gros intestin n'était pas moins rouge dans toute son étendue , était épaissie dans ses deux derniers tiers, avait perdu la moitié de sa consistance dans le premier, et un peu moins dans les deux autres. Les glandes mésentériques étaient un peu rougeâtres. La veine cave inférieure et les iliaques primitives étaient remplies de sang caillé. — Le foie avait un volume convenable, une couleur rouge noirâtre ou bleuâtre à l'extérieur , interrompue par quelques taches moins foncées ou d'une couleur fauve, plus nombreuses au niveau du moyen lobe qu'ailleurs: il offrait le même aspect à l'intérieur, était médiocrement gorgé de sang , avait une fermeté convenable. La vésicule biliaire contenait un liquide noirâtre , très-visqueux , d'une consistance voisine de celle de la mélasse ; ses parois étaient infiltrées et avaient une ligne d'épaisseur. — La rate avait un volume médiocre , une couleur foncée , une fermeté un peu moindre que dans l'état ordinaire; celle des reins était au moins doublée ; leur substance corticale avait une couleur lilas, la tubuleuse une teinte rouge-obscur très-foncé. Les autres viscères étaient sains.
Il serait difficile de citer un cas de péricardite plus simple, et dont le diagnostic présentât moins de difficultés. Au début, c'est une douleur vive à la région
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précordiale , à l'épigastre et entre les épaules , des palpitations, de la dyspnée : les palpitations cessent après trois jours de durée , la douleur revient plus ou moins vive par intervalles , l'oppression persiste; au huitième jour elle est considérable, le pouls trèsirrégulier, la poitrine fait une saillie très-marquée à la région précordiale dans une grande étendue ; dans le même point, le bruit respiratoire est nul et la poitrine ne rend aucun son, tandis que partout ailleurs ce son est clair et le bruit de la respiration naturel. Ces symptômes continuent et acquièrent, pour la plupart, de l'intensité jusqu'à la mort ; l'infiltration des membres s'y joint bientôt , leur température baisse graduellement, la dyspnée devient extrême, le malade succombe après deux mois de maladie ; et à l'ouverture de son corps on trouve pour lésion principale et presque unique, un épanchement très- considérable de sérosité dans le péricarde , et une fausse membrane très-épaisse à la surface de cet organe et à celle du cœur.
Le rapport des symptômes à la lésion est si évident ^ qu'il est à peine nécessaire de le faire remarquer; la douleur sentie à l'épigastre , dans le dos et à la région précordiale, répond au siège et à l'étendue de l'inflammation, qui aura sans doute envahi simultanément toute la surface du péricarde et du cœur : la dyspnée et les palpitations tenaient à la même cause, et leur subite apparition indique la promptitude avec laquelle cette cause a agi ; l'inégalité à-peu-près constante du pouls supposait une lésion grave de l'organe central de la circulation : ces symptômes réunis convenaient parfaitement à l'inflammation de la membrane sé««
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reuse qui enveloppe le cœur, et ce diagnostic fut confirmé par la percussion et l'auscultation , qui indiquaient la présence d'un corps étranger à la région précordiale. Ce corps étranger devait êlre un liquitle, autrement il eût augmenté la force des battemens du cœur, et nous avons vu qu'on les entendait à peine.
La saillie des côtes à la région précordiaie est une des circonstances les plus remarquables de cette observation ; car si l'on venait à la retrouver dans d'autres cas analogues, ce serait assurément un des symptômes les plus précieux de l'affection qui nous occupe. Si elle n'a pas été remarquée jusqu'ici , l'attribuerons-nous à sa rareté , ou à ce que la péricardite étant ordinairement méconnue, on n'examine pas la région précordiale à nu? Ou bien encore, faudra-t-il penser que cette saillie était ici un vice de conformation, une disposition morbide, antérieure à l'affection du péricarde? Sans rien décider sur ce fait isolé , nous remarquerons que les côtes et les cartilages costaux du côté gauche n'offraient aucune altération de tissu; que la saillie des côtes à la région précordiale dans la péricardite est un fait analogue à l'élargissement de la poitrine dans la pleurésie , et que par cela même il serait assez naturel d'admettre qu'elle était ici le résultat de l'épancliement du liquide dans le péricarde. Mais c'est à l'observation à vérifier ou à infirmer cette manière de voir.
Quant à la faiblesse d s battemens du cœur, nous croyons pouvoir en trouver la cause moins dans l'augmentation de l'espace qui existe naturellement entre cet organe et les parois iborachiques, que dans l'excès d'épaisseur de ses parois par la fausse membrane qui
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le revêtait , pni que les battemens du cœur sont d'autant plus sourds que ses parois sont plus épaisses.
En résumé , la subite apparition d'une douleur assez vive à la région précordiale , accompajjnée de palpitations et de dyspnée , l'irrégularité du pouls , l'absence de respiration et de son à la région précordiale, chez un sujet auparavant très-bien portant, tels sont les symptômes qui nous ont fait reconnaître, au premier abord , l'affeclion qui nous occupe. On ne pouvait les attribuer à une autre maladie du cœur, à l'anévrysme , par exemple , puisque cette maladie se développe avec lenteur, et non subitement, comme c'était ici le cas. Ajoutez qu'à moins de quelque complication , l'anévrysme du cœur ne détermine jamais une absence de son aussi complète et aussi étendue que chez le sujet de cette observation , et que quand il existe un rétrécissement de l'orifice ventriculo-aorlique, l'irrégularité du pouls n'est pas ordinairement aussi considérable que dans la péricardite. jNous ne parlons pas des autres affections de poitrine , avec lesquelles il n'eût été possible de confondre celle-ci que par une légèreté impardonnable.
Parmi les symptômes secondaires , ceux qui ont rapport aux fonctions digestives , étaient dans une harmonie parfaite avec l'état des organes et méritent d'être remarqués. La muqueuse gastro- intestinale était rouge dans toute son étendue; mais dans l'estomac elle avait une consistance et une épaisseur convenables , et à part le premier jour de la maladie, il n'y avait eu ni nausées ni vomissemens , ce qui éloigne l'idée d'une affection inflammatoire ; car il est à peine besoin d'observer que la douleur éprou-
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vëe par le malade à la région précordiale et à 1 epigastre était le résultat de l'inflaiTimatioii du péricarde. Toutefois, et il importe de le remarquer, si nous nous fussions contenté de dire dans nos notes que la membrane muqueuse de l'estomac était d'un rouge intense , sans observer en même temps qu'elle avait conservé la consistance et l'épaisseur qui lui sont naturelles, on aurait pu la croire enflammée; mais les détails dans lesquels nous sommes entré ne permettent pas cette supposition, une rougeur inflammatoire aussi vive que celle dont il s'agit, étant toujours accompagnée d'une altération d'épaisseur ou de consistance plus ou moins considérable. Si l'on en excepte une très -petite partie de son étendue , la membrane muqueuse de l'intestin grêle était parfaitement saine sous ces deux derniers rapports ; celle du colon était épaissie dans un espace considérable et ramollie dans toute sa longueur, lésions qui résultaient d'un état inflammatoire bien prononcé , et qu'on avait pu prévoir par la diarrhée qu'avait eue le malade pendant long-temps.
L'extrême dilatation du péricarde pouvait produire la toux, ainsi que l'ont pensé de graves auteurs ; mais il nous semble plus naturel ici de la rapporter aux granulations développées au sommet des poumons. Quelle que soit d'ailleurs l'opinion adoptée à cet égard , nous rappellerons que les bronches étaient parfaitement saines au voisinage des granulations et ailleurs, en sorte qu'il est impossible d'attribuer ces dernières à leur inflammation. Quant à celles que nous trouvâmes développées sur la partie des plèvres qui recouvrait le péricarde , nous remarquerons
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qu'elles coïncidaient avec des productions semblables dans les poumons ; que si l'expérience ne nous eût appris antérieurement la loi de cette coïncidence (i), nous aurions pu examiner les poumons légèrement, les croire sains, et l'écrire, ce qui est sans doute arrivé plus d'une fois en pareil cas. Nous insistons sur ces détails, pour montrer toute l'attention qu'il est nécessaire d'apporter dans l'examen des organes , et combien il est difficile de recueillir convenablement une observation.
La suivante confirmera ce qui précède.
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IP Observation.
Une fille, âgée de quarante-sept ans, d'une petite taille, d'une constitution médiocrement forte, fut admise à l'hôpital de la Charité ( salle Saint-Joseph , service de M. Chomel), le 19 octobre 1824. A la suite de chagrins violens , mais momentanés, et à la fin d'un voyage de plus de deux cents lieues, fait à pied dans l'espace de vingt jours, elle avait été prise toutà-coup, deux heures avant d'arriver à Paris, de palpitations fortes , d'un sentiment de constriction trèspénible à la poitrine , et de douleurs lancinantes quelquefois comparées à celles que produit l'écorchure, à la partie moyenne du sternum. Les palpitations avaient cessé quelques heures après le début ,
(1) Voyez, àdiDS nos Recherches sur laPhthisie, ie résumé delà première Partie,
268 DE LA PÉRICARDITE.
pendant trois jours, après quoi elles étaient revenues plus ou moins fortes ; les autres symptômes avaient persisté, l'oppression était devenue chaque jour plus considérable , le décubitus avait été plus ou moins élevé, quelquefois même assis. D'ailleurs, ni céphalalgie, ni étourdissemens, ni lipothymies, ni soif, ni chaleur, ni frissons ; anorexie complète dès le premier jour , selles régulières , bouillon pour toute nourriture. Dès le début, les extrémités avaient été froides , la faiblesse considérable , et cependant la malade était venue à pied à l'hôpital, lentement à la vérité, en se reposant plusieurs fois : elle toussait depuis trois jours. Des sangsues avaient été appliquées à la poitrine , sans le moindre succès, puis la maladie avait été abandonnée à elle-même.
Le 20 octobre , vingt-sixième jour de l'afT* clion , figure un peu jaunâtre , exprimant la fatigue et le malaise ,, décubitus élevé , presque assis ; oppression trèsforte , pouls un peu étroit , inégal, irrégulier, donnant de soixante-huit à quatre-vingts pulsations par minute; battemens de cœur inégaux et tumultueux, quelquefois accompagnés d'une impulsion peu étendue; poitrine sonore dans tout son pourtour, excepté à la région précordiale où elle rend un son mat dans un 'espace considérable; douleur dans cette dernière partie; toux par intervalles, crachats in^iî^nifians , peu nombreux; respiration moins forte en arrière , dans la moitié inférieure du côté droit, qu'à gauche dans la partie correspondante; crépitation rare et grosse dans le premier point. Langue villeuse et blanchâtre, anorexie, dégoût, sentiment de meurtrissure à l'épigastre , par une légère pression ; le reste du ventre
DE LA PÉRICARDITE. 569
souple et indolent : selles régulières , urine facile. (Vingt sangsues à la région précordiale , infusion de violettes avec le sirop de gom. , julep, diète absolue.)
Le lendemain, les résultats de la percussion et de l'auscultation n'avaient pas sensiblement changé, la toux était un peu plus fréquente , le pouls régulier quand la toux n'avait pas eu lieu depuis un certain temps.
Dès-lors jusqu'au 1" novembre, jour de la mort, les symptômes prirent graduellement un caractère plus fâcheux, et bientôt l'oppression devint extrême. Dès le 22, la malade fut fréquemment menacée de suffocation pendant la nuit, et à compter du 26 on la vit toujours à son séant. Elle semblait à tout moment sur le point de succomber, dans les deux derniers jours, tant la dyspnée était grande ; ses traits étaient altérés, sa figure pâle et ordinairement inondée de sueur ; et cependant, au milieu d'une si profonde anxiété, elle avait toute sa connaissance , et huit minutes avant sa mort elle dit à M. Chomel , qu'il était inutile de lui rien prescrire désormais. La douleur éprouvée à la région précordiale et à la partie inférieure du sternum ne fut pas constante , le son y fut toujours également mat; les battemens du cœur étaient plus ou moins irréguliers, tumultueux, quelquefois réguliers, ordiùairement accompagnés d'impulsion. A partir du 26 , le pouls fut fréquent , battit successivement cent , cent vingt, cent seize, cent dix fois par minute: toujours faible, ordinairement irrégulier, il était quelquefois régulier, quand la malade n'avait pas toussé depuis quelque temps; mais il redevenait inégal par le moindre mouvement , la plus légère secousse
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de toux. Les palpitations et la dyspnée augmentaient dans les mêmes circonstances. La toux fut peu fréquente , les crachats peu abondans ; ils étaient vcrdâtres et opaques le 29. Du ^4 au 26 , la poitrine rendit un son un peu obscur en arrière du côté droit, et , jusqu'au 28 , le bruit respiratoire fut faible et mêlé d'un peu de grosse crépitation dans le même point.
La langue fut nette dans les deux derniers jours seulement, l'anorexie constante; il n'y eut ni nausées ni vomissemens, et les selles furent rares.
Le i4 ■. on observa un commencement d'infiltration aux membres inférieurs , et elle augmenta très-rapidement; il en fut de même de leur refroidissement.
Les premières boissons furent continuées. Le 23, on appliqua , sans le n«'oindre succès , un vésicatoire à la partie antérieure de la poitrine ; les palpitations devinrent même un peu plus fortes le lendemain. Une saignée de six onces fut pratiquée le 27, et ne produisit qu'un soulagement momentané. '
Ouverture du cadavre vingt-trois heures après la mort.
Etat extérieur. Lifiltration assez considérable des membres inférieurs, sans vergetures. Pvien autre chose de remarquable.
Tête. Légère infiltration sous-arachnoïdienne : cerveau ferme , substance corticale d'un rose clair ; à peine une petite cuillerée de sérosité dans les ventricules latéraux ; le reste sain.
Cou. Le larynx et l'épiglotte étaient dans l'état naturel ; la membrane muqueuse de la trachée-artère un
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peu rose et recouverte d'une petite quantité de mucus.
Poitrine. Le péricarde offrait une surface large presque plane, était très -distendu , contenait plus d'une pinte de liquide rouge brunâtre, un peu louche. Le cœur avait un volume convenable , offrait dans une partie de sa surface, sur le ventricule gauche presque uniquement, des granulations un peu aplaties , d'une demi-ligne à deux lignes de diamètre , brillantes, dures, homogènes, grisâtres, développées dans l'épaisseur et à la surface d'une fausse membrane , qui recouvrait le cœur dans toute son étendue , avait une bonne consistance , un tiers de ligne d'épaisseur environ, n'existait pas à la face interne du péricarde. Les orifices auriculo-ventriculaires, l'aorte et l'artère pulmonaire n'offraient rien de remarquable. — Le poumon gauche adhérait dans quelques points à la plèvre costale, était un peu rouge, mais d'ailleurs sain. Dans sa moitié inférieure , le poumon droit adhérait d'une manière assez scFrée aux plèvres diaphragmatique et costale , était pesant , rouge , d'un tissu un peu dense et engoué , d'une médiocre consistance, offrait quelques noyaux hépatisés. Des granulations demi-transparentes assez nombreuses existaient dans toute son étendue. Les bronches étaient dans l'état sain.
Abdomen. L'œsophage n'offrait rien de remarquable. L'estomac était un peu plus volumineux que dans l'état naturel ; sa membrane muqueuse plus ou moins rouge , parsemée de taches blanches de trois à dix lignes de diamètre dans sa portion pylorique, couverte de glaires dans une partie de son étendue , partout d'une bonne épaisseur, ramoUie dans un peu moins
s 72 DE lA PÉRICARDITE.
de la moitié du grand c ul -de-sac , de manière à ne pouvoir être détachée par lambeaux dans quelques points. La membrane muqueuse de l'intestin grêle avait une épaisseur et une consistance convenables , une rongeur assez vive dans sa première moitié , puis successivement moindre, de manière que près du cœcum elle avait presque la pâleur qui lui est naturelle. Le groo intestin contenait des matières fécales moulées ; sa membrane muqueuse avait une couleur rouge claire dans toute son étendue , une consistance et une épaisseur un peu plus considérables que de coutume. — Le foie était médiocrement gorgé de sang, et n'offrait rien autre chose de remarquable ; la bile de la vésicule était médiocrement épaisse ; la rate un peu petite , mais saine ; les reins dans l'état naturel. La vessie contenait un peu de mucus léger ; sa membrane muqueuse avait une couleur rose tendre, la ténuité et la consistance qui lui sont ordinaires. — Le corps de l'utérus offrait , dans l'épaisseur de ses parois , deux tumeurs fibreuses , arrondies , de troisquarts de pouce à un pouce de diamètre , autour desquelles le tissu de l'organe était sain. Une tumeur semblable, mais plus petite, existait à son col.
Entre cette observation et la précédente, il n'y a, comme on voit , que de bien petites différences , et l'analogie est complète. Et en effet, l'affection débute tout-à-coup par une douleur vive à la région précordiale, un sentiuient de constriction à la poitrine et des palpitations; celles-ci sont suspendues pendant les trois jours qui suivent le début, reviennent en-
DE LA PÉRICARDITE. 275
suite et continuent : le dé cubitus est très-élevé , l'oppression devient chaque jour plus considérable , et , au vingt-sixième jour de la maladie , on observe , avec ces symptômes , des battemens de cœur tumultueux et inégaux , l'irrégularité , souvent même l'intermittence du pouls , la sonoréité de la poitrine dans toute son étendue, si ce n'est à la région précordiale, qui rend un son mat. Un peu de toux et de crépitation au niveau de la base du poumon droit annonce une légère complication péripneumonique ; mais cette complication reste stationnaire , tandis que les symptômes qui dépendent de la péricardite augmentent rapidement. Les membres inférieurs deviennent œdémateux ; leur température , qui avait baissé dès le début, décroît dans la proportion des autres accidens ; douze jours après son admission à l'hôpital , la malade meurt en pleine connaissance , dans un état de suffocation , au trente-septième jour de sa maladie ; et à l'ouverture de son corps on trouve pour toute lésion , en quelque sorte, un peu plus d'une pinte de liquide rougeâtre et louche dans le péricarde , et une fausse membrane assez mince , enveloppant le cœur dans toute son étendue.
Ainsi, à part la saillie de la région précordiale qui n'a point été observée , mais dont nous ne pouvons affirmer ni nier l'existence, cette observation est en quelque sorte la contre-épreuve de la première, et les réflexions faites pour l'une s'appliquent parfaitement à l'autre. La marche de la maladie a seulement été un peu plus rapide ici que dans le cas précédent , mais le caractère des symptômes n'en a pas reçu la moindre atteinte , et nous croyons , par cela même , qu'on
974 ^E ^^ PÉRICARDITE.
peut considérer comme symptômes caractéristiques de la péricardite , mie douleur plus ou moins vive à la région précordiale , survenue tout-à-coup , accompagnée d'oppression et de palpitations plus ou moins fortes, d'inég dites ou d'intermittence du pouls , puis, et plus ou moins promptement, d'un son obscur ou entièrement mat à la région précordiale, le reste de de la cavité iboracbique rendant un son clair. Toutes les fois que cet ensemble de symptômes se présentera cbez un sujet auparavant bien portant , on pourra'en conclure l'existence d'une péricardite. Si la douleur venait à manquer, et que les autres symptômes existassent de la manière indiquée, le diagnostic de l'affection n'en serait guère moins sûr ; car on ne pourrait balancer qu'entre une péricardite et une bydropéricarde , et celte dernière maladie se développe moins rapidement et sans tout l'appareil des symptômes que nous avons exposés. On conçoit d'ailleurs combien le diagnostic pourrait offrir de difficultés, si la péricardite avait une marche très-chronique , et que les symptômes se développassent avec beaucoup de lenteur; mais c'est à l'expérience à prononcer.
L'œdème et le refroidissement des membres inférieurs rapprochent ces deux observations de péricardite des autres affections du cœur, et forment une nouvelle démarcation entre celte maladie et celles des autres organes.
Malgré la similitude des symptômes, le produit de l'inflammation différait sensiblement dans les deux cas. l/ans le premier , la fausse membrane était épaisse , formée de deux parties bien distinctes , quoique intimement unies, tapissait le cœur et le
DE LA PÉRICARDITE. 275
péricarde : dans le second , elle ne recouvrait que le premier organe, était mince et parsemée de granulations. Il est probable que si l'on eût voulu remonter aux symptômes par l'état des viscères, on serait tombé dans l'erreur, et qu'on aurait pensé que la première fausse membrane était le produit d'une afFectioQ aiîïuë , et l'autre le résultat d'une inflammation clironique. Remarquons encore ici , comme nous l'avons fait dans le cas précédent, que s'il y avait des granulations sur la fausse membrane qui enveloppait le cœur, il y en avait aussi dans un des poumons.
Quant au ramollissement partiel de la membrane muqueuse de l'estomac , si nous en parlons , c'est; seulement pour remarquer qu'on l'observe dans beaucoup d'autres affections aiguës ou chroniques , et qu'il n'a rien de particulier aux maladies du cœur.
Nous avons encore recueilli cinq autres observations de péricardite ; mais sous le rapport defe symptômes , trois d'entre elles peuvent être considérées comme nulles, les malades qui en sont l'objet étant morts le jour même ou le lendemain de leur arrivée à l'hôpital , sana avoir pu être examinés convenablement. Des deux autres observations, l'une est relative à une femme morte d'un ramollissement aigu du cerveau, après douze jours de maladie, et qui, au septième de cette affection , eut des palpitations et le pouls très-irrégulier, mais pendant quarante-huit heures seulement. La percussion fut négligée , et , à l'autopsie cadavérique, on trouva l'oreillette droite (et elle seulement) couverte d'une fausse membrane rougeâtre , peu épaisse , d'une médiocre consistance ,
S^6 DE lA PÉRICARDITE,
huit onces de sérosité sanguinolente dans le péricarde , et autant du même liquide dans ïa plèvre correspondante. Malgré cette dernière complication (peut-être survenue, comme cela arrive si souvent, dans les vingt- quatre ou quarante -huit dernières heures de l'existence ) , il est permis de croire que si nous eussions fait une attention convenable à l'irrégularité du pouls, aux battemens inégaux et tumultueux du cœur, puis pratiqué la percussion de la poitrine avec exactitude , nous aurions pu reconnaître la péricardite , bien que l'état du cerveau empêchât la manifestation de la douleur; en sorte que si la maladie a été méconnue, c'est bien moins sa nature qu'il faut en accuser, que l'observateur luimême. La dernière de nos observations est relative à un phthisique dont le pouls fut extrêmement irrégulier dans les trente jours qui précédèrent sa mort. La percussion de sa poitrine n'ayant été pratiquée qu'une seule fois, ne conduisit à aucun résultat positif, et peut-être ce cas était-il un de ceux où elle ne doit être d'aucune utilité; car, à l'ouverture du cadavre , on ne trouva qu'un peu de sérosité dans le péricarde, trop peu sans doute pour obscurcir le son de la poitrine dans une certaine étendue.
Sur sept cas de péricardite aiguë ou sub-azguë, l'affection a donc existé deux fois sans complication , ou à très-peu de chose près, et elle a été reconnue sur deux des quatre sujets qui ont pu être examinés avec soin. Une observation plus attentive l'aurait fait sinon rebonnaître , du moins fortement soupçonner dans le quatrième cas ; et dans le cinquième , elle a encore donné lieu à un des symptômes les plus re-
DE tA Ï>ÉRICARDITE. 277
marquables de l'affection , l'extrême irrégularité du pouls. Il semblerait résulter de ce petit nombre de faits, que la péricardite n'est pas toujours une maladie très-difficile à reconnaître, et que si jusqu'alors on a été réduit à la deviner , comme le dit M. Laennec, on doit moins l'attribuer à la nature même de l'affection, qu'à la manière incomplète dont elle a été observée. Ce soupçon nous paraît devenir une certitude , dès qu'on examine avec impartialité les observations des auteurs.
Si, en effet, l'on étudie les trente-six cas de péricardite rapportés par Morgagni, Corvisart, MM. Andral, Berlin , Tâcheron, ou consignés dans le Journal de Médecine de MM. Corvisart, Leroux et Boyer, et dans la Revue Médicale, on en trouve à peine deux dans lesquels les malades aient été convenablement examinés. Les autres sont très-incomplets , soit par la faute de l'observateur, soit parce que les sujets ont été vus à une époque très-voisine de la mort, et se réduisent fréquemment à constater, par l'autopsie cadavérique, l'existence d'une péricardite. Toutefois, si ces observations nous offrent , pour la plupart , peu d'intérêt relativement au diagnostic, elles confirment les symptômes que nous avons indiqués comme caractéristiques de la péricardite , et elles nous seront très-utiles pour éclairer d'autres points de l'histoire de cette maladie.
ÎNeuf des onze observations que nous avons trou-* vées dans l'ouvrage de Morgagni , sur le siège et sur les causes des maladies (1) , sont des exemples de
(1) x6% Épitre » §. 38 5 20*. Épitre , §. 20 , 35 , 36 , 5i , 53. (Cette
278 DE LA PÉRICARDITE.
complication de la péricardite avec la pleurésie ou la péripneumonie simple ou double. Dans sept cas seulement, il est fait mention de la douleur; dans quatre, son siège a étc fixé , deux fois à gauche et deux fois à la partie moyenne de la poitrine; dans aucun, il n'est parlé de palpitations, et dans cinq seulement, il a été question de l'état du pouls, qu'on a trouvé une fois irrégulier. Sur quoi il est bon d'observer que Morgagni ne note ordinairement l'état du pouls qu'une seule fois , et que s'il l'eût examiné plus fréquemment chez le même sujet , il l'eût peut-être aussi trouvé plus souvent inégal ou intermittent. Deux fois il a parlé de lipothymies , pour noter qu'il n'y en avait pas eu , et il a indiqué la position de trois.de ses malades au lit : l'un d'eux était presque toujours à son séant, les deux autres ne pouvaient se coucher à gauche, se tenaient ordinairement sur le côté droit, et dans ce dernier cas il n'y avait pas de complication du côté de la plèvre ou des poumons. C'est exactement à cela que se réduisent, relativement à la péricardite, les symptômes recueillis par Morgagni dans les observations indiquées ; encore faut-il remarquer que le cas où il a noté le plus caractéristique d'entre eux, l'irrégularité du pouls, il n'en a signalé aucun autre de ceux qui tiennent évidemment à l'existence de la péricardite. De semblables observations, il faut en convenir, ne sauraient être d'une grande utilité sous le rapport du diagnostic.
Celles de Corvisart sont beaucoup plus complètes ,
dernière observalion estdouteuse.) 22". Èpitre, §.2,9, 3o ; 24*. Êpitre §, 2; 38% Épitre,S. 6.
DE LA PÉRICARDITÈ. 2'^9
ofiVent plus de détails; mais, comme nous allons voir, ces détails sont encore insuflîsans, et dans quelques cas, les symptômes nécessaires au diagnostic de la maladie auraient pu être recueillis.
Des huit observations de péricardite bien constatée, qui se trouvent dans l'ouvrage de ce célèbre médecin sur les maladies du cœur (i), (et parmi elles nous comptons trois de celles qu'il a désignées sous le nom de carditis et fait recueillir sous ses yeux) , quatre sont des exemples de complication de pleuro-péripneumonie. La douleur a été indiquée dans trois de ces dernières, toujours à gauche, et deux fois à la région précordiale , bien que , dans un cas, la pleuro-péripneumonie eût lieu à droite. La douleur existait encore dans la même région , chez un autre sujet , dont la péricardite était tout-à-fait simple (2) ; chez les autres il n'en est pas fait mention. Dans un seul cas il a été parlé de palpitations. Le pouls était inégal, irrrégulier, ou rriême interaiittent, chez six sujets; un seul eut dés faiblesses momentanées : chez trois autres, dont deux sont des exemples de complication de pleuro-péripneumonie, tandis que le troisième est un cas de péricardite simple, l'étouffement et l'anxiété étaient extrêmes.
La percussion de la poitrine n'a été pratiquée que sur trois des huit sujets dont il s'agit, et deux fois d'une manière inexacte. Ainsi , dans la quatrième observation qui offre l'exemple d'une péricardite simple , et la réunion de presque tous les symptômes
(1) 2*. Édit. , Obs. 1, 2 , 3 , 4 , 6 , 37, 38 , 39*
(2) 4"- Obs.
280 CE LA PÉRICARDITE.
que nous avons signalés (la douleur à la région précordiale , l'irrégularité ou l'intermittence du pouls , les faiblesses momentanées, FétoufFement et l'anxiété) , Corvisart ayant percuté la poitrine au sixième jour de l'affection , dit que le son de cette cavité était obscur dans toute l'étendue de son côté gauche. Evidemment il y a ici une erreur de fait , puisque la péricardite étant simple , dégagée de toute espèce de complication du côté des plèvres ou des poumons, la poitrine devait rendre un son clair dans sa partie supérieure ; en sorte que le moyen le plus propre à confirmer les soupçons que les symptômes énoncés devaient faire naître , a dû au contraire produire de l'hésitation. Ce seul fait suffit pour montrer toute l'importance qu'il faut attacher à la percussion de la poitrine , convenablement pratiquée ^ dans la péricardite , puisque dans cette circonstance l'usage régulier de ce moyen aurait donné au diagnostic le plus grand degré de certitude.
On objectera peut-être , à rimportaoce que nous attachons ici à l'usage de la percussion , que la péricardite est souvent compliquée de péripneumonie ou de pleuro-péripneumonie , et qu'alors elle ne saurait être d'aucune utilité, puisqu'il est impossible de savoir si l'obscurité du son observée à la région précordiale est l'effet d'un épanchement dans le péricarde, ou de toute autre cause. Celte objection est juste toutes les fois que la pleurésie et la pleuro-péripneumonie sont doubles, ou existent du côté gauche ; mais quand l'une ou l'autre de ces affections a lieu du coté droit seulement , la percussion de la poitrine , à la région précordiale, a la même valeur que dans le cas
DE Ik PÉRICARDITE. sSl
OÙ la péricardite est simple. Or, ces cas ne sont pas très-rares; sur dis-sept exemples de péricardite compliquée de péripneumonie, observés parMorgagni, Corvisart et M. Bertin , six sont des cas de pleuropéripneumonie du côté gauche , cinq de pleuro-péripneumonie double, et les six derniers de pleuropéripneumonie du côté droit ; en sorte que chez le tiers des individus où la complication existait , la percussion pouvait être de la plus grande utilité. Mais douze des trente-six observations qui nous occupent, n'offraient pas de complication pleuro-péripneumolyque, en sorte que la percussion de la poitrine pouvait être pratiquée dans ces différens cas avec avan-' tage , et qu'en réunissant ces douze observations aux six autres, on a dix -huit faits de péricardite sur trente-six , dans lesquels ce mode d'exploration devait donner les plus utiles résultats.
On opposera peut-être encore à notre manière de voir, que la percussion ne peut être véritablement utile qu'autant que l'épanchement de sérosité ou de pus dans le péricarde est considérable, et que cela n'a pas toujours lieu. Cette objection, il faut l'avouer, a encore quelque fondement ; mais il faut dire aussi qu'il arrive rarement que la quantité de liquide épanchée dans le péricarde ne soit pas assez copieuse pour obscurcir le son de la poitrine dans la région précordiale. Et en effet, sauf trois cas dans lesquels les auteurs dont nous avons parlé ont dit que le péricarde ne contenait qu'une petite quantité de sérosité , ils ont observé dans les trente-deux autres'une, deux, trois et quatre livres de liquide dans ce sac membra- y^ neux : ou bien, sans indiquer cette quantité d'une
282 DE LA PÉRICARDITE.
manière aussi précise , ils ont seulement dit qu'elle était considérable ; rarement elle n'équivalait qu'à huit ou dix onces . et l'on peut croire que cette dernière quantité est encore suiïisante pour produire l'effet dont il s'agit, puisque dans un cas où Corvisart dit n'avoir trouvé qu'un peu de liquide trouble dans le péricarde , la percussion pratiquée à la région précordiale au moment de l'ouverture du cadavre produisit un son mat (1).
Qu'on n'oublie pas d'ailleurs qu'il ne s'agit pas de remplacer tous les signes de la péricardite par la percussion , mais seulement d'estimer la valeur de ce moyen, sans lequel , à la vérité , le diagnostic de la péricardite ne nous semble pas susceptible de certitude , quels que soient le nombre et le degré des autres symptômes.
La douleur à la région précordiale a été mentionnée dans trois des sept observations de péricardite que contient l'ouvrage de M. Bertin sur les maladies du cœur (2) ; le pouls était irrégulier chez un des quatre sujets chez lesquels il a été exploré; il y eut des lipothymies dans un cas , une dyspnée extrême dans trois autres : il y avait coïuplication de péripneumonie chez trois malades : chez un quatrième , la péricardite était parfaitement simple. 11 est dit dans ce dernier cas (5) que la poitrine rendait un son mat à gauche : les limites dans lesquelles ce phénomène se trouvait circonscrit n'ont pas été indiquées, en sorte
(1) Opus cit. , 6", Obs.
{2) Obs. 1 , i5 , 49 , 63 , 64 , 65 , 67.
(3) Obs. 64, pag. a4o.
Dî lA PÉRICARDITE. 285
que les réflexions faites au sujet de la péricardite simple observée par Corvisart , s'appliquent en partie à celle-ci.
Dans l'observation de M. Àndral (i) , la douleur fut vive et déchirante, rapportée d'abord à la partie moyenne du sternum , accompagnée d'un sentiment de constriction très-pénible (comme si la poitrine eût été serrée dans^un étau), d'une anxiété extrême, de l'altération des traits de la face au début; et la percussion de la poitrine, convenablement pratiquée à une certaine époque , confirma les soupçons qu'avaient fait naître les premiers symptômes. D'ailleurs, point de lipothymies ni d'irrégularité du pouls, et les battemens du cœur ne présentaient rien d'insolite.
Les observations qui se trouvent dans l'ouvrage de M. Tâcheron [2) , ou dans les Journaux de Médecine ,
(1) Ciiniq. Méd., 2^. vol. , Obs. 54, pag. 266. Quand noire Mémoire parut pour la première fois clans la Revue Médicale . M. Andral n'avait pas encore publié le troisième vol. de sa Clinique. Sans analyser d'une manière rigoureuse les neuf observations de péricardite qu'il contient, nous dirons qu'elles confirment pleinement les résultats de notre analyse. Ainsi , sur huit sujets dont le pouls fut examiné avec soin , il était plus ou moins irrégulier ou intermittent-dans cinq cas : un épancliement de sérosité purulente , ou mêlée de beaucoup de sang, existait chez presque tous les individus , était assez considérable pour rendre mat le son de la poitrine à la région précordiale, dans une plus ou moins grande étendue ; et la percussion, pratiquée avec soin , mit l'existence de la maladie horfe de doute dans plusieurs cas. La donîeur ne paraît avoir existé que sur trois des sujets dont l'observation a été recueillie avec le plus d'exactitude ; elle était vive, déchirante, s'étendait à-Ia-fois à la région précordiale et à l'épigastre, comme nous l'avons vu dans notre première observation : enfin, il n'y eut de lipothymie dans aucun cas, bien que dans plusieurs d'entre eux, et dans le premier surtout, la maladie eût marché avec une extrême rapidité.
(2) Recherches Anatomico-Pathologiques sur la Médecine pratique.
284 ^^' r-^ rÉRicAnniTE.
seraient susceplibles dos mcmcvs rédcxions que les préccdeutes , et nous croyons inutile par cela môme do lions y ,'irr^ter.
lin driiniljvc, les symptômes observés par les auteurs chez les malades atteints de péricardite , et qu'on ])ent rapporter à cette maladie, sont relatifs à la douleur, à IVîtat (iii j)onls, aux palpitations, aux lipothymies, à la dyspnée, au décubitus, ou ont été obtenus par la percussion; mais leurs observations étant souvcMit incomplèles par suite de diverses circonstances, cessym])tômes, ([u'ils existassent ou n'existassent pas, n'ont été (f(ie rarement indiqués. Corvisailfît M. Jîertin n'ont parlé de la douleur (pic dans la moitié des cas, et son siège était ordinairement à la région précordiale. M. Andral l'a observée vive et déchirante chez lo sujet doni il a été; queslion, <;t i\v\\x des trois malades cliez lesquels il nous a été permis de nous en inCormer, l'éprouvaient dans la mftmc région,^ ce qui semble indiquer ([lie la douleur précordiale existe au moins chez la moilic'; ii^s individus atteints d(^ péri(;ardite.
i/clal du. pou/s a été souv(;nt négligé par Morgagni. Corvisart, qui Fa indiqué dans les huit cas qui se sont olïerts à son observation, l'a trouvé inégal, irrégulier ou mîime inlcrmilleiit chez six sujets. M. lîertiu, qui en a l'ail mention dans quatre des six exemples de péricardit(^ (pi'il a publiés, ne l'a trouvé inégal ou inteiniiltcnt (pi'nne s<miI(! lois. Il était régulier chez l(; malade de M. Andral : de manière que snr quinze
"S", vol., p;ig. r!î!7, a5fi, 25i, a55, aT)/;. (TiOs obsoi'vîilionH (|(ii hc tiOHVcnl. aux page» 200 cl 235 ne Konl autre clios(!qu(i les 1". <!l 4'' Observations de M. Corvisart , avec cliangomcnt du aoia des niois.
^ DE lA PÉBICAnDiTE. 285
cas, l'irrégularité ou l'intermittence du pouls a été observée sept fois, ou chez la moitié des sujets; proportion susceptible de varier sans doute , et bien inférieure à celle que nous avons observée nous-même, puisque trois individus sur quatre nous ont offert cette irrégularité du pouls dans tout le cours de la maladie, et que chez le quatrième elle a été trèsmarquée pendant quarante-huit heures. D'où il suit que l'irrégularité du pouls doit être considérée comme un des symptômes les plus ordinaires de la péricardite, et qu'il est nécessaire, comme nous l'avons déjà observé, de revenir fréquemment à l'examen de la circulation, l'irrégularité du pouls existant quelquefois sans être continue, et pouvant échapper dès-lors au médecin qui n'examinerait pas très-attentivement et tous les jours ses malades.
Les lipothymies n'ont été observées que dans deux des trente-six cas dont nous parlons (i). Dans deux autres, il est seulement dit que les malades étaient fréquemment dans un état voisin de la syncope (2). Ce symptôme n'a eu lieu chez aucun des quatre sujets qui se sont présentés à notre observation, et nous nous demanderions comment les lipothymies fréquentes ont pu être considérées par les auteurs comme un des signes de la péricardite , s'il n'était pas trop fréquent de voir la théorie prendre la place de l'observation; car les syncopes sont trop effrayantes pour qu'on puisse supposer que les auteurs aient omis d'en
(1) Berlin, Opus cit. , Obs. 63, pag. aSg.
(2) Corvisart, Opus cit. , Obs. 4 ; et M. Tâcheron. Opus cii, , 3°. vol. pag. 227.
286 DE LA PÉRICARDITE.
tenir compte , dans l'histoire des sujets qui en auraient éprouvé. Dans un cas où la péricardite était compliquée de péripneumonie, la mort est survenue tout-à-coup, pendant la nuit, au moment où l'on s'y attendait le moins (i) : en supposant qu'elle ait été le résultat d'une syncope, et qu'on puisse négliger la complication , dans l'estimation des causes qui l'ont amenée, on aurait , sur trente-six cas, trois exemples de syncope, proportion bien insuffisante, il nous semble, pour mettre ce symptôme au nombre de ceux de la péricardite.
Les auteurs que nous avons cités n'ont parlé de palpitations que dans deux cas : eties existaient chez trois des quatre sujets dont nous avons pu recueillir l'histoire. Chez l'un d'eux (Obs. I"^ ) , elles ne durèrent que pendant les trois premiers Jours; chez un autre (Obs. Il^ ) , elles furent suspendues immédiatement après le début de la maladie, pendant le même temps ; chez le troisième, nous ne les observâmes que pendant quaranle-huitheures. On peut croire, d'après ces derniers laits, que les auteurs ont souvent négligé de parler des palpitations, et sans doute parce que ce symptôme est un des moins incommodes et n'attire pas beaucoup l'attention des malades.
Une dyspnée plus ou moins forte a existé dans tous les cas; mais on ne saurait la mettre au nombre des symptômes caractéristiques de la péricardite , quel que soit son degré, vu qu'on l'observe, dans toutes ses nuances, dans les autres maladies de poitrine. On conçoit néanmoins que l'oppression aurait quelque
(i) Revue médicale.,
DE lA PÉRICARDITE. 287
valeur et devrait fixer l'attentioQ du médecin , si elle survenait tout-à-coup, et qu'il n'y eût point de signe d'affeclion aiguë des poumons.
La percussion de la poitrine n'a été pratiquée que dans un petit nombre de cas, ce qui ne nous a pas empêché d'apprécier son importance dans lapéricardite.
Ainsi, comme nous l'avons dit plus haut, les observations des auteurs , quoique incomplètes pour la plupart, confirment ce que nous avons cru pouvoir avancer d'après les noires , savoir : que la péricardite est caractérisée par une douleur à la région précordiale , quelquefois étendue au dos et à î'épigastre, survenue tout-à-coup, accompagnée d'une oppression plus ou moins forte , et dans certains cas , mais dans un rapport indéterminé , de palpitations ; par l'irrégularité et l'intermittence du pouls, et principalement par l'absence de son à la région précordiale , le reste du côté gauche de la poitrine étant parfaitement sonore. A ces symptômes se joignent quelquefois la syncope , et plus ou moins fréquemment l'infiltration des membres, qui n a probablement lieu que quand la maladie n'a pas une marche très-rapide : elle existait dans les deux observatio^ns que nous avons rapportées. M. Bertin dit positivement qu'elle n'avait pas lieudansl'exemple de péricardite aiguë simple qu'il a observé. Il n'en est pas fait mention dans l'observation analogue de Corvisart, ni dans celle de M. Andral dont le sujet périt très-rapidement : mais'quand ce symptôme survient, comme il est propre aux maladies du cœur, il doit fixer l'attention et faire soupçonner une affection de cet organe, ou confirmer son diagnos-
288 DE lA PÉRICARDITE.
tic, si déjà elle avait été reconnue. Il résulte encore de ce que nous avons dit de la fréquence des cas dans lesquels la douleur précordiale et l'irrégularité du pouls existent , et de ceux dans lesquels il doit y avoir absence de son à la région précordiale, que la péricardite peut être reconnue chez la moitié des sujets environ, et que chez plusieurs de ceux où elle est dégagée de complication de péripneumonie ou de pleurésie, son diagnostic ne présente guère plus de difficultés que celui de la pleurésie la mieux dessinée.
Si la plupart des observations des auteurs nous laissent dans l'ignorance des symptômes de la péricardite, elles nous instruisent bien moins encore de sa marche. Déjà l'obscurité de son diagnostic, fait qu'il serait peut-être impossible de citer ime histoire exacte et certaine de cette affection terminée parle retour à la santé, et que la science est dépourvue de matériaux capables de faire soupçonner la marche des symptômes, dans ce cas. Et d'un autre côté, quand la maladie a eu une terminaison fâcheuse , et qu'elle a été compliquée de pleurésie ou de péripneumonie (ce qui est le plus fréquent) , il est impossible de démêler tous les symptômes qui appartiennent à la complication ou à la maladie du cœur, et de savoir quand la péricardite eût ou n'eût pas été mortelle, sans cette coïncidence. Restent donc, sous le point de vue qui nous occupe, les cas dans lesquels la péricardite est survenue dans le cours d'une maladie très -chronique , ab • dorainale par exemple, et ceux dans lesquels elle existait à l'état de simplicité : dans cette dernière supposition, on peut croire, d'après les deux faits rapportéspar Corvisart, M. Bertin, et ceux que nous avons placés en
DE LA PÉRICARDITE. 289
tête de ce mémoire, qu'en général la maladie débute avec assez de violence, que la plupart des symptômes qui l'annoncent perdent assez promptement de leur intensité, et que la mort n'arrive que du vingt-quatrième au quatre-vingtième jour environ , à compter du début.
Il est plus facile de déterminer le pronostic , et surtout la fréquence de la péricardite, que la plupart des autres points de son histoire. Relativement à sa fréquence jldi qaeslion est purement anatomique, car la péricardite laisse nécessairement des traces, savoir : des adhérences quand sa terminaison a été heureuse, et des fausses membranes, avec une certaine quantité de liquide clair ou puriforme dans le péricarde , quand sa terminaison a été funeste ; en sorte qu'il suffit presque de consulter les auteurs qui ont fait des ouvertures de cadavres , pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard ; et c'est ce que nous avons fait. En parcourant les ouvrages de Morgagni, Corvisart,, Bayle ; ceux de MM. Laennec , Bertin , Andral , Rostan , Rochon , Prost ; le Journal de Médecine de MM. Corvisart, Leroux et Boyer; le Nouveau Journal j les Archives et la Revue Médicale j, nous avons rencontré douze cent soixante-trois cas dans lesquels il a été fait mention , à l'ouverture des corps, de l'état du cœur; et sur ce nombre, outre les trente-six faits de péricardite dont nous avons parlé plus haut, nous avons trouvé soixante-dix cas d'adhérence du péricarde au cœur ; c'est-à-dire , que sur douze cent soixante-trois individus, cent six, ou un douzième, avaient été atteints de péricardite à une certaine époque de leur existence ; proportion considérable , et
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trop forte sans doute, vu que dans un assez grand nombre de cas, les auteurs, et surtout Morgagni , n'ont pas fait mention du cœur, et qu'alors c'est peutêtre moins parce qu'ils ne l'avaient pas examiné , que parce qu'ils l'avaient trouvé sain. A quoi l'on pourrait encore ajouter, que notre relevé a été fait d'après des ouvrages dont quelques-uns sont spécialement consacrés aux maladies du cœur, et dans lesquels les exemples de péricardite et d'adhérence du péricarde au cœur ont été accumides.
Cette manière de voir semble d'ailleurs confirmée par les faits qui nous sont propres ; car ayant examiné le cœur de tous les sujets que nous avons ouverts, nous n'avons trouvé, sur quatre cent quarante-trois cas, que sept exemples de péricardite, et onze d'adhérence du péricarde au cœur; c'està-dire qu'un sujet seulement sur vingt-trois avait été atteint de la maladie qui nous occupe; proportion moindre de moitié que celle qui résulte de l'examen des observations fournies par les auteurs. Ajoutons que parmi ces dernières, celles qu'on trouve dans les journaux de médecine sont au nombre de deux cent soixante-trois ; que parmi ces cas rassemblés sans choix, on ne trouve que treize exemples de péricardite ou d'adhérence du péricarde au cœur , c'est-à-dire un vingtième seulement des sujets ayant eu une péricardite ; proportion qui se rapproche beaucoup de celle qui résulte de nos propres observations, et qui doit sembler d'autant plus voisine de 1& véritable , que dans nos observations , comme dans celles des journaux, il n'a été fait, comme nous l'avons dit, aucun choix, et qu'on a examiné le cœur
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chez lous les sujets. Réunissant ces deux cent soixantetrois faits à ceux que nous avons recueillis, nous avons six cent soixanle-dix cas dans lesv-juels trente-un sujets ont été atteints de péricardite, ou un vingt-troisième environ.
ISous ne saurions déterminer le pronostic ou le danger de cette affection , avec la môme exactitude que sa fréquence, bien que ces deux points reposent en partie sur la même base. En effet, des cent six observations qui viennent d'être indiquées, soixanledix sont des exemples d'adhérence du péricarde au cœur, c'est-à-dire, de cas dans lesquels la maladie s'est terminée par le retour à la santé ; ce qui semblerait porter la proportion des morts au tiers des individus. Mais ce rapport est évidemment trop considérable , puisque dans la plus grande partie des cas où la mort est survenue avant l'adhérence, la péricardite était compliquée d'une affection grave, qui aurait certainement eu pour plusieurs sujets , une terminaison fâcheuse. En supposant donc , ce qui peutêtre ne s'éloigne pas beaucoup de la vérité, que la moitié de ces trente-six sujets ait succombé à la péricardite principalement, il en résulterait que cette affection n'aurait été mortelle que dans la sixième partie des cas.
Ses causes ne sont pas une des parties les moins obscures de son histoire : cependant nous pouvons compterparmi les prédisposantes, le sexe et l'âge. Des cent six sujets qui ont présenté des adhérences du péricarde au cœur, ou des traces de péricardite avec épanchement, vingt-sept seulement , ou la quatrième partie, appartiennent aux femmes : et relativement à l'âge , trois des trente-six sujets morts avant l'adhé-»'
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rence du péricarde au cœur, n'avaient pas encore atteint leur vingtième année; quinze avaient de vingt à trente ans, quatre de trente à quarante, trois de quarante à cinquante , cinq de soixante à soixantedix ; de manière que c'est pour ainsi dire aux extrêmes de la vie , de dix-sept à trente ans et de cinquante à soixante-dix, que cette affection s'observe le plus fréquemment. Nous ignorons dans quelle proportion elle existe au-dessous de dix-huit ans, mais elle peut se développer dans les premières années de la vie : ainsi M. Laennec a trouvé sur un petit nègre , âgé de six ans f i) , des adhérences du péricarde au cœur, et dernièrement, un de nos amis, M. le docteur Boudard, a ouvert un enfant de sept mois auquel il avait donné des soins, et qui avait succombé en quelque jours à une péricardite.
On peut encore croire avec quelque vraisemblance que les affections du cœur ont quelque influence sur la péricardite ; car sur les douze cent soixante-trois observations dont nous avons parlé, on trouve cent soixante-sept cas de maladies plus ou moins graves de ce viscère, et dans ce dernier nombre, quatre exemples de péricardite aiguë, et neuf, d'adhérence du péricarde au cœur; c'est-à-dire que la treizième partie des individus atteints d'hypertrophie du cœur, avec ou sans dilatation des cavités, etc., etc., avait éprouvé , à une époque plus ou moins rappro-^ cliée ou éloignée de la mort , une inflammation du péricarde ; proportion bien supérieure à celle que nous avons cru devoir adopter en général.
(i) Traité de L'Auscult. , i", vol. , pag. 426.
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Les causes excitantes sont inconnues dans la plupart des cas ; les auteurs dont nous avons parlé n'en font mention que sur deux sujets. L'un avait reçu un violent coup de poing à la région précordiale, quinze jours avant le développement des symptômes (i); l'autre avait couru plusieurs jours de suite la poste à cheval (2). C'est après avoir éprouvé des chagrins très-viFs , et à la fin d'un voyage de long cours, fait à pied (deux cent dix lieues en vingt jours), que la femme qui est l'objet de notre seconde observation, fut prise de douleurs , de palpitations et des autres symptômes de la péricardite. Il est extrêmement probable que dans ces trois cas les circonstances qui ont précédé la manifestation des accidens n'ont pas été étrangères à leur développement. On peut encore croire, à raison de la complication si fréquente de la péricardite avec la pleurésie et la péripneumonie j, qu'elle reconnaît les mêmes causes que ces dernières aifections, et est influencée par elles. La première de ces conjectures est d'autant plus vraisemblable, que la péricardite est, comme la péripneuraonie, beaucoup plus fréquente chez l'homme que chez la femme , et comme nous l'avons vu, dans la proportion de quatre à un. Mais combien de fois la péripneumonie ellemême survient sans cause appréciable !
Si , comme nous l'avons dit plus haut , il n'y a peut-être pas d'exemple de péricardite bien avérée, ou reconnue pour telle pendant la vie , dont la terminaison ait été heureuse , il est évident qu'çn ne sait
(1) Corvis. , Opus cit. , Obs. 4.
(a) Bertin, Opus cit, . Obs. 63,
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rien de positif sur le traitement plus ou moins anliphlogistique qui lui convient : aussi nous contenterons-nous d'observer à ce sujet, que chez les deux malades dont nous avor 3 donné l'histoire , le pouls , généralement irréguîier, devenait quelquefois régulier quand les malades étaient calmes depuis un certain temps , reprenait son irrégidarité ordinaire par le moindre mouvement, la toux la plus légère , et qu'on peut croire, d'après cela , que le repos le plus absolu est une des principales conditions da traitement de l'affection qui nous occupe.
Terminons par quelques remarques sur Vétat anatomiqiie du cœur et du péricarde , chez les sujets qui ont succombé ou échappé à la péricardite.
Nous avons déià dit que dans trois des trente-six observations des auteurs, l'épanchement de sérosité dans le péricarde avait été très-peu considérable , et que dans les autres il avait été d'une à quatre livres, rarement de huit à dix onces,; d'où l'on peut conclure que la péricardite donne presque constamment lieu à l'accumulation d'une grande quantité de liquide dans le péricarde. Ce liquide n'est autre chose, dans quelques cas, qu'une sérosité limpide ou sanguinolente, ou même d'un rouge très-vif; dans d'autres, elle est trouble , mêlée de pus ou de flocons albumineux ; chez plusieurs sujets, la matière de l'épanchement a loutà-fait l'apparence du pus. Sur trente-sept cas, dans lesquels la nature apparente du liquide a été sufiisamment icidiijuée ( et nous y comprenons nos propres observations), il était séro-sanguinoient cinq fois, la fausse membrane ayant plus ou moins de mollesse ou de fermeté ; neuf fois il était tout-à-fait séreux , quinze
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fois séro-purulent , et sept fois il semblait un véritable pus.
Une fausse membrane , plus ou moins ferme et épaisse, tapisse ordinairement le péricarde et le cœur; quelquefois néanmoins elle n'existe que sur l'un des deux ( Obs. ïi"'. ) , ou même sur une partie du cœur seulement. Ainsi, nous l'avons vue bornée à l'oreillette droite dans un cas , ce qui n'a pas empêché , comme il a été dit , les palpitations et l'irrégularité du pouls d'avoir lieu pendant deux jours. Les auteurs ont souvent négligé de dire si la fausse membrane tapissait à-la-fois le péricarde et le cœur, en sorte que nous ne saurions indiquer dans quelle proportion le fait a lieu.
Cette fausse membrane est quelquefois mince et parsemée de granulations (Obs. ii^. ) ; le plus souvent elle est épaisse , et alors il n'est pas rare de la trouver inégale, comme mamelonnée, ayant l'aspect de l'ananas ru d'une pomme de pin : dans ce cas elle est composée de deux parties ; l'une , interne , immédiatement appliquée sur le cœur, ferme et semblable à toutes les autres fausses membranes; l'autre, externe, continue à la première, ayant une structure aréolaire très-remarquable et un certain degré d'élasticité ; disposition qui était extrêmement marquée , comme nous avons vu, chez le sujet de notre première observation. Dans quelques cas, on voit des filamens albumineux passer du péricarde au cœur et unir les deux fausses membranes. Ces filamens, qui semblent indiquer la marche de la nature dans la production des adhérences, ne présentent pas toujours les mêmes dispositions; chez quelques sujets (nous en avons
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observé un exemple) , on en voit seulement près du point d'union du péricarde au cœur; chez d'autres , les filamens traversent la matière de l'épancheraent dans différentes directions. Les cas dans lesquels il n'y a de fausse membrane que sur le cœur ou sur une de ses parties , ne sont probablement pas suivis d'adhérences quand la maladie a une terminaison heureuse , etfournfssent peut-être une explication assez plausible de ces plaques blanches qu'on observe si souvent à la surface du cœur , et qu'on en détache quelquefois très-aisément , sans toucher à la membr^ine séreuse qui est au-dessous (1).
Celle-ci est ordinairement saine ; parfois néanmoins elle a perdu sa transparence , est plus ou moins louche et légèrement épaissie; mais cet épaississement n'est jamais considérable, et c'est avec raison qu'on regarde comme une erreur de fait, ces cas dans lesquels le péricarde aurait eu deux, trois lignes et quelquefois plus, d'épaisseur. Évidemment on aura confondu le péricarde avec la fausse membrane qui le tapissait.
Les adhérences du péricarde au cœur présentent quelques variétés. Le plus ordinairement elles sont générales , de manière que sur les soixante-dix cas dont il a été question , dix seulement sont des exemples d'adhérences partielles. Chez deux sujets elles existaient à la face postérieure et inférieure du cœur ; chez deux autres, à sa pointe ; chez un cinquième,
(1) Dans cette supposition, la péricardite partielle serait beaucoup plus fréquente qu'on ne pense; et ce que nous avons dit jusqu'ici ne serait juste que des péricardites plus ou moins générales.
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entre l'oreillette droite et le péricarde seulement; chez un sixième , au pourtour de la base du cœur. Chez les autres , les points d'adhérence n'ont pas été déterminés avec précision. Dans la plupart des cas, les adhérences avaient lieu au moyen d'un tissu cellulaire serré, fin et facile à détruire; plus rarement ce tissu était ferme et trps-résistant , ou bien , disposé par petits faisceaux plus ou moins éloignés les uns des autres , de deux à six lignes de longueur. Chez la dixième partie des individus, dix fois sur soixantedix, les adhérences avaient lieu au moyen de fausses membranes plus ou moins denses et épaisses.
Avec ces adhérences se trouvent quelquefois des ossifications plus ou moins étendues. Les ouvrages de MM. Bertin, Laennec , Prost et Tâcheron , les Archives générales de Médecine, en fournissent des exemples. Dans les deux observations de MM. Bertin (1) et Laennec (2), l'ossification s'était développée au-dessous de la membrane séreuse qui tapisse le péricarde et le cœur. Il en était de même dans les deux cas rapportés par M. Tâcheron (3) , et à ce qu'il semble aussi , dans celui qu'on trouve dans les Archives (4). Dans l'observation de M. Prost, la plaque osseuse faisait saillie dans le tissu même du cœur^ et le lieu de son développement n'a point été indiqué (5). Nous avons aussi observé sur deux sujets l'ossification dont il s'agit, et , dans ces deux cas, son
(1) Opus cit. , pag. 269.
(2) Opus cit. , a*, vol. , pag. SgS.
(5) Opu3 cit. , 3'. vol. , pag. 267, 261.
(4) Ârcli, Génér. deMéd., 1". vol., pag. 621.
(5) Médic. Ed. , l«^ vol. , pag. i4o.
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sic'ge était différent de celui qui vient d'être rapporté. Dans l'un , la lame osseuse était peu étendue , placée à Ja partie postérieure du ventricule gauche et près de son bord obtus; elle était triangulaire , avait à sa base (qui était parallèle à celle du cœur) un pouce et demi de laigc et moitié de cette dimension en hauteur; les angles formés par la base et les côtés du triangle se terminaient par des cordons fibreux , de deux lignes de large sur dix de long, qui adhéraient d'une manière intime au péricarde. Entre ces deux extrémités, l'adhérence avait lieu, du côté du péricarde, au moyen d'un tissu cellulaire facile à rompre, et du côté opposé , par une substance semi-cartilagineuse, qui se continuait , sans intermédiaire, avec le tissu du ca'ur. Dans l'autre cas, l'ossinealion formait un cercle complet situé à la base de ce viscère, large de deux pouces environ , au niveau de l'oreillette droite, d'un pouce seulement dans le reste de sa cir-» conférence, et d'une ligne, plus ou moins, d'épaisseur. Ce cercle , qui rappelait la forme du cartilage cricoïde , empiétait sur les ventricules, d'un demi pouce seulement , était recouvert d'une lame mince , de tissu blanc, opaque^, semi-cartilagineux, adhérait au péricarde et au c(jtuir au moyen d'un tissu filamenteux , dense, roùgealrc, épais , comme charnu, qui maintenait aussi l'adhérence du péricarde au cœur dans le reste de leur étendue; de manière que le cercle osseux semblait s'être développé au milieu d'ime fausse membrane qui, par suite d'un travail particulier, aurait subi la transformation indiquée. D'ailleurs le volume du cœur était un peu moindre que dans l'état naturel, et son tissu parfaitement sain.
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Le malade sur le cadavre duquel nous avons trouvé l'adhérence et le cercle osseux dont il s'agit , avait depuis dix ans une maladie du foie et de la rate qui étaient devenus très-volumineux : ses poumons offraient des adhérences universelles, et dans la moitié inférieure de celui du côté droit , l'adhérence avait lieu au moyen d'une fausse membrane de trois à six lignes d'épaisseur, d'une structure analogue à celle des substances inter-vertébrales : il avait eu de l'oppression pendant les quatre dernières années de sa vie; son pouls fut toujours régulier; il n'eut ni palpitations , ni douleur à la région précordiale pendant deux mois et demi qu'il fut soumis à notre observation ; en sorte qu'il ne nous a réellement fourni aucun symptôme qu'on puisse rapporter à l'adhérence du péricarde au cœur, ou à l'ossification dont il s'agit, l'état du poumon droit et le développement de l'abdomen suffisant pour expliquer l'oppression. Des sept autres malades après la mort desquels nous avons trouvé l'adhérence du péricarde au cœur, trois sont venus trop tard à l'hôpital pour être convenablement examinés, et l'histoire la plus détaillée des quatre autres ne nous offre aucun phénomène que nous ne puissions attribuer à leurs maladies principales, phthisie , anévrysme du cœur, etc. Ce résultat négatif est à-peu-près celwi auquel a été conduit Morgagni dans sa vingt-troisième Epître, par l'examen des observations recueillies avant lui , et des siennes propres. Toutefois, et sans chercher davantage à approfondir cet objet, nous dirons qu'une des observations de M. Laennec (i) est relative à un homme de soixante-
(1) Opus cit. , 2'. vol. , pag. 398.
500 DE LA PÉRICARDITE.,
six ans, qui eut pendant les quinze dernières années de son existence de l'oppression et souvent de. l'enflure aux jambes , bien qu'on n'ait trouvé après sa mort d'autres lésions qu'une adhérence du péricarde au cœur, et une incrustation osseuse entre les feuillets séreux et fibreux du péricarde. Il en a été de même dans deux cas fort remarquables, observés par M. Bertin : l'un était l'exeuiple d'une adhérence sans "ossification ()) ; l'autre , d'une adhérence avec cette complication (2) : dans ces trois cas le pouls était plus ou moins irrégulier ou intermittent , la dyspnée plus ou moins ancienne à la mort des sujets. 11 n'y avait pas eu d'autres symptômes remarquables.
(1) Opus cit. , Obs. 68.
(a) Ôbs. 71,