‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 6 sur 30 · X-V \V VVX W\> \ \ V \ vx · texte numérisé non relu

X-V \V VVX W\> \ \ V \ vx

XVIP Observation.

Un plombier, âgé de trent-six ans, d'une constitution assez forte , d'une taille moyenne , faisant quelquefois des excès de vin , ayant la respiration libre quoique assez souvent enrhumé, fut admis à l'hôpital de la Charité le il juillet i825. Il était malade depuis six semaines, et sa maladie avait débuté par un tremblement suivi de chaleur et de sueur ; ces symptômes avaient reparu tous les Jours pendant trois semaines , peu considérables dans les deux dernières , après quoi ils étaient revenus en tierce et très-régulièrement. La soif avait été peu considérable, l'anorexie complète les jours de pyrexie , ou dans leur intervalle , et le malade n'avait pris qu'un peu de nourriture : d'ailleurs, il n'avait eu ni nausées, ni vomissemens, ni diarrhée , et avait beaucoup maigri. Ses jambes étaient devenues œdémateuses dans les trois dernières semaines , et sa faiblesse si considérable, qu'il n'avait pu venir à pied à l'hôpital. Il avait pris des tisanes, dont aucune n'était amère.

Le 12 juillet, figure un peu pâle, mais naturelle, céphalalgie assez intense néanmoins , et générale ; léger œdème des membres inférieurs, sentiment de faiblesse considérable ; anorexie , soif modérée , langue un peu villeuse au centre , d'ailleurs dans l'état normal ; sensation pénible , oppression légère à l'épigastre , le reste du ventre souple et indolent ; une selle molle la veille; pouls peu accéléré (quatre-vingts

94 RAMOLLISSEMENT, etC.

pulsations par minute) , chaleur douce ; toux rare et sèche , à-peu-près comme depuis neuf jours, époque de son début. ( Limonade ; chicorée , deux tasses ; trois bouillons. )

11 y eut quelques frissons dans la soirée. Le lendemain,l'état du malade n'avait pas sensiblementchangé; le 16, il eut quelques nausées, et le 17 on ordonna deux grains d'émétique qui procurèrent deux évacuations alvines sans vomissemens : il n'y avait pas eu de frissons depuis le i5, et ils ne reparm-ent pas dans la suite. Depuis le même jour, la tisane amère avait été supprimée, ella limonade remplacée par une décoction de chiendent oxymellée.

Les nausées continuèrent, et le malade fut à-peuprès dans le même état jusqu'au 25, sauf l'addition du hoquet, un peu de dévoiement, et une légère augmentation dans la vitesse du pouls.

Le 2 5, ces symptômes persistaient, l'expression de la physionomie , la langue et l'anorexie étaient comme le premier jour, la soif vive , l'haleine fétide. Il y eut dans la journée un vomissement de bile jaune.

Le 26, pouls calme, céphalalgie persistante, état stationnaire.

Le 1^" août, le défaut d'appétit était toujours le même , il n'y avait ni hoquet ni nausées, l'épigastre était indolent , les selles naturelles , le pouls battait soixante-douze fois par minute. On ordonna un vermicel, qui fut pris sans plaisir, mais aussi sans -malaise, et. sans rappeler les nausées.

Le lendemain, le malade se trouvait bien. Il mangea un peu dans la journée du 3, et eut, la nuit suivante, des vomissemens. On prescrivit, à la visite du 4> une

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. gS

légère infusion de tilleul avec le sirop de gomme , un lavement de lin et trois bouillons. Il y eut dans la journée un vomissement de bile.

Le 5, au moment de la visite, le malade accusait un peu d'appétit , et un peu plus tard iJ vomit sesboissons.

Le 6, la langue était uniformément blanchâtre, l'anorexie complète, la soif assez vive, l'épigastre indolent; il y avait du hoquet, des nausées et des vomissemens; les selles étaient rares, la faiblesse trèsmarquée, le pouls calme. (Eau de Seltz avec le sirop de gomme.)

Ces symptômes persistèrent, la faiblesse fit des progrès ; il y eut des nausées, des hoquets et des vomissemensdebile plus ou moins nombreux, tous les jours, jusqu'au 24 , après quoi l'appétit revint, et on accorda quelques tasses de lait au malade ; bientôt on lui prescrivit une nourriture successivement plus abondante et plus forte , de manière que le 1 7 septembre il mangeait la demi-portion, et digérait sans peine.

Dans U uml du 18 au 19, les vomissemens reparurent ; du 1 9, au 24 ils se renouvelèrent encore plusieurs fois , l'appétit fut très-faible , la langue pâle, l'épigaistre indolentjilesselles.régiulières, le pouls calme.

Bu 26 au 57, délire par intervalles.

X,e 28, les pupilles étaient très-dilatées, le malade comprenait ce qu'on lui disait, montrait sa langue, qui était dans l'état naturel , mais ne disait pas un mot. Il eut des selles involontaires pendant la nuit. ( Vésic. à nuque. )

Le 29, ses pupilles conservaient la môme largeur; sa physionomie était celle d'un homme profondément distrait; il répondait par oui et par non , et quand on

96 RAMOLLISSEMENT , CtC.

lui parlait de douleur de tête, il montrait lentement le front : le pouls était calme.

Le 1" octobre, la vue était bonne, le malade distinguait les lits placés vis-à-vis le sien, et nommait leurs numéros , bien que la dilatation des pupilles fût toujours considérable. Il avait l'air hébété, un peu de roideur dans les bras, et n'éprouvait point de douleur de tête ; le pouls n'avait pas changé de caractère. ( Vésicatoire aux jambes. ) Le 2 , le visage était animé , l'intelligence plus obtuse que la veille , l'urine involontaire; il y avait de l'assoupissement par intervalles. Le 3, les bras étaient absolument insensibles, quoique jouissant de la faculté de se mouvoir, le pouls un peu accéléré. Le 4? persistance de la dilatation despupilles , occlusion presque constante des paupières, roideur modérée des bras, air d'indignation, poulspeu accéléré, chaleur modérée : elle fut un peu plus vive au milieu du jour, et alors le malade avait la poitrine découverte et un air de satisfaction très-remarquable; le soir, ses traits avaient pris l'empreinte de la fureur. Le 5 , à l'heure de la visite, ils étaient affaissés, le globe de l'œil offrait de fréquentes oscillations, les paupières étaient alternativement fermées et ouvertes , les^ membres roides et agités d'un tremblement pareil à' celui d'un accès de fièvre. Les mêmes symptômes persistèrent toute la journée , et le malade mourut le lendemain , à six heures du matin, ayant complètement perdu connaissance depuis trois jours.

Ouverture du cadavre vingt-six heures après la mort.

Etat extérieur. Deuxième degré de marasme. Rien autre chose de remarquable.

Tête. Les os avaient une épaisseur et une consistance moyennes ; l'arachnoïde n offrait que quelques granulations miliaires près de la scissure médiane , était peu humide , et formait, avec la pie-mère, un feuillet très-mince , qu'on enlevait plus aisément que de coutume. Les circonvolutions cérébrales étaient aplaties , et de part et d'autre du sillon médian il y avait une fluctuation évidente, du côté gauche surtout. Les ventricules latéraux étaient extrêmement dilatés , communiquaient largement entre eux par leur extrémité antérieure, et contenaient cinq à six onces d'un liquide un peu trouble, au fond duquel on trouvait quelques flocons albumineux et une petite quantité de pcs verdâtre, dont le volume pouvait être égal à celui d'un pois de moyenne dimension. L'arachnoïde ventriculaire avait l'épaisseur de la membrane muqueuse de l'intestin grêla à sa partie moyenne, peu de consistance, et un peu pins de fermeté dans la portion supérieure des ventricules que dans le reste de leur étendue. La cloison demi-transparente était entière , et, comme le reste de la cavité dont elle faisait partie, tapissée par un feuillet très-épaissi de l'arachnoïde. Les substances corticale et médullaire du cerveau , la protubérance et le cervelet étaient dans l'état naturel.

Col. L'épiglotte, le larynx et la trachée -artère parfaitement sains.

qS ramollissement, etc.

Poitrine. Les poumons étaient libres , si ce n'est à leur sommet, dans la hauteur d'un pouce , où ils offraient quelques adhérences cclluleuses , une surface dure et inégale, et à l'intérieur, un grand nombre de granulations demi-transparentes . mêlées avec un peu de mélanose : ailleurs ils étaient parfaitement sains. Les bronches étaient dans l'état naturel. Le cœur avait un volume convenable ; son ventricule gauche était lin peu mou. L'aorte contenait du sang liquide et avait conservé la couleur qui lui est propre.

abdomen. L'œsophage était sain, mais sans épiderme; l'estomac avaitun petit volume, etcontenait un peu de liquide roux. Sa membrane muqueuse offrait une couleur gris-bleuâtre, un aspect mamelonné dans la plus grande partie de son étendue, et généralement une épaisseur et une consistance convenables. Elle présentait, dans le sens de la grande courbure, des bandes d'un jaune roux , de trois à quatre lignes de large , sur cinq à six pouces de long, au niveau desquelles son épaisseur était moindre de plus de moitié que dans le reste de son étendue , sa consistance n'étant pas d'ailleurs sensiblement diminuée. A trois pouces du pylore, et près de la grande courbure, elle formait

i cinq plis rayonnans, d'un pouce et demi de longueur environ, et était si adhérente au point de leur réunion, qu'il était impossible de l'enlever avec la lame d'un scalpel, autrement que par le grattage : dans le même point le tissu sous-muqueux était fort épaissi.

- de manière que tout semblait y démontrer une cicatrice. Au-dessus se trouvait une tache blanchâtre, au niveau delaquelle lamembrane muqueuse étaitmince, comme dans la longueur des bandes qui ont été dé-

Dl LA MUQUEUSE GASTRIQUE. 99

erites. Le duodénum était dans l'état naturel. L'intestin grêle contenait une assez grande quantité de liquide roux et épais. Sa membrane muqueuse était pâle et grisâtre , généralement un peu moins consistante que dans l'état ordinaire , surtout dans ses cinq derniers pieds, où elle était très-cassante. Le gros intestin était distendu par des gaz, et par des matières fécales d'un jaune brun, pultacées, ou moulées , formant une masse considérable dans le rectum. Sa membrane muqueuse ofifrait dans quelques points une légère injection , était ramollie dans le cœcum et au commencement du colon droit, puis d'une consistance et d'une épaisseur convenables. Les glandes mésentériques étaient dans l'état naturel. — Le foie avait un petit volume, une couleur rouge obscure, peu foncée , était mou et fadile à déchirer. Les autres viscères de l'abdomen étaient parfaitement sains.

Ici , comme dans la plupart des douze premières observations de ce mémoire, nous trouvons un rapport bien remarquable entre l'état de la membrane muqueuse de l'estomac et les symptômes gastriques observés. Le retour des forces, la régularité des digestions déjà rétablies au moment où des accidens se manifestèrent du côté du cerveau , indiquent qu'à cette époque la maladie de la membrane muqueuse de l'estomac avait disparu , sinon entièrement, du moins eu très-grande partie; et la bonne consistance de cette membrane confirme cette manière de voir, comme son amincissement au niveau des bandes et de la plaque indiquées semble attester une lésion de la nature

100 ÏIAMOLLISSEMENT , etc.

de celle dont nous nous occupons, lésion qui avait rétrogradé, et qui, dans cet élat, eût sans doute été compatible avec la santé, si le malade n'eût été emporté accidentellement par une affection cérébrale. L'amincissement par bandes longues et étroites n'était pas, à la vérité, la seule lésion de la membrane muqueuse de l'estomac ; elle offrait encore l'état marne- Ipnné qu'il est si ordinaire d'observer dans les cas analogues; et cet état, qui paraît, comme nous le dirons bientôt, le produit d'une inflammation chronique, était peut-être la seule lésion existante avant le début des voinissemens, c'est-à-dire pendant les six semaines qui précédèrent l'admission du malade à l'hôpital. 11 est à remarquer en effet, que dès les premiers jours de cette période l'anorexie fut couiplète , qu'il y eut un sentiment de malaise à l'épigastre , que les, forces diminuèrent rapidement, et que cessymptômes, étrangers aux simples fièvres d'accès, indiquent d'une manière assez sûre la lésion d'un organe important, dès cette époque. Celte manière d'envisager les faits nous semble d'autant plus exacte, que l'état mamelonné de la membrane muqueuse de l'estomac ne paraît donner lieu, ainsi que nous le verrons à la fin de ce mémoire, qu'à des symptômes obscurs. Ainsi, en partageant l'histoire de notre malade en deux époques principales, nous voyons dans la première un dérangement plus ou moins profond des digestions, sans nausées et sans vomissemens, qui semble répondre à l'état mamelonné de la membrane muqueuse de l'estomac; tandis que dans la seconde , un dérangement plus grave encore des mêmes fonctions , accompagné de nausées, de hoquet et de vomissemens, paraît

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. lOl

êtfê la suite d une lésion beaucoup plus profonde , et dont nous avons retrouvé des traces.

Il est bien remarquable d'ailleurs, que dans cette observation, comme dans les quatorzième et seizième, qui offrent des exemples de la maladie dans son état de simplicité presque parfaite , l'affection a débuté par des frissons suivis de chaleur et de sueur, répétés tous les jours ou tous les deux jours, d'une manière régulière, et pendant un espace de temps qui a varié d'une à plusieurs semaines ; que les fonctions diges- \ tives étaient plug ou moins profondément altérées dans l'intervalle des accès , l'appétit nul dès leur début ; que le pouls fut calme jusqu'au moment, et même au-delà du moment où les vomissemens commencèrent ; que , sous ce rapport , et sous quelques autres encore , la maladie a débuté d'une manière insidieuse ; que ce caractère a conduit momentanément à essayer le traitement propre à d'autres cas, un des médecins les plus habiles et les plus profondément versés dans la connaissance du caractère des maladies , ce qui doit nous rendre très-circonspects dans les cas analogues.

Le sujet de l'observation qui nous occupe offrait quelques tubercules dans les poumons (et pour n'omettre aucune remarque importante , les bronches étaient parfaitement saines) , et fut pris d'un peu de toux, cinc£ semaines après le début de l'affection de l'estomac. Ici la cause de la toux ne pouvait être cherchée ailleurs que dans les poumons ; mais dans les quatorzième et seizième observations, où elle avait débuté avec les symptômes gastriques , sans se prolonger au-delà, on peut croire 3 comme on l'a remarqué de«

lOa RAMOLLISSEMENT, etC,

puis long- tenips, qu'elle tenait à Té tat de la membrane muqueuse de TestomaCj était une toux gastrique. Ce symptôme mérite quelque attention , bien que son existence ne puisse dissiper les doutes , quand il en existe , sur la nature de l'affection de l'estomac.

Enfin , nous remarquerons que ces quatre dernières observations , dans lesquelles la gastrite a eu une heureuse issue, confirment ce qui a été dit au sujet des premières, relativement à l'état de la langue; qu'elle n'a été rouge que dans un cas , celui où l'affection de l'estomac a paru comme complication d'un érysipèle à la tête ; que trois de ces observations ont pour sujet des femmes ; que nous n'en avons pas recueilli d'autres du même genre , dans un service composé de quarante-huit lits également partagés entre l'un et l'autre sexe , et que ce fait vient encore à l'appui de ce qui a été dit plus haut , savoir, que la lésion qui nous occupe est plus commune chez les femmes que cPiez les hommes ; qu'il devient chaque jour plus probable que l'abus des liqueurs fortes et des excitans de toute espèce n'est pas la cause la plus ordinaire ni la plus énergique des maladies les plus graves de la membrane muqueuse de l'estomac; que ces substances ne paraissent agir profondément que chez les sujets éminemment prédisposés à ces afl'ections.

Presque tous les cas d'empoisonnement par les substances acres ou corrosives, dont la dose n'a pas été assez considérable pour causer la mort, nous semblent la preuve de cette double assertion. Peu après l'ingestion du poison , les vomissemens cessent, bietitôi tout rentre dans l'ordre, et après quelques

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. ro3

jours seulement les fonctions de l'estomac sont rétablies dans toute leur intégrité. La presque totalité des faits de cette espèce rassemblés par M. OrGla, dans son ouvrage de Toxicologie^ déposent en faveur de cette manière de voir; nous en citerons quelquesuns , en les abrégeant beaucoup.

Le premier [2". édit., vol. i",, p. 84) est relatif à un négociant âgé de trente ans, d'une constitution robuste, qui prit par mégarde , à trois heures de l'après-midi, un peu d'alcohoLtenant en dissolution une certaine quantité de sublimé-corrosif. Il éprouva toutà-coup d'atroces douleurs à la région de l'épigastre ^ vomit des matières verdâtres, eut plusieurs selles liquides. Deux heures après l'accident, la face était rouge et animée, les yeux étincelans, les pupilles resserrées j» la langue peu humide , couverte d'une couche jau-* nâtre; des douleurs intolérables se faisaient sentir dans toute l'étendue du canal intestinal, principalement au pharynx ; les vomissemens avaient cessé , mais les évacuations alvines continuaient, peu abondantes et d'un caractère bilieux. Le pouls était régulier, trèsfréquent, la chaleur générale mordicante, la respiration gênée , l'urine rare et rouge , les réponses tardives; il y avait de la tendance à l'assoupissement , parfois des mouvemens convuîsifs dans les muscles de la face, du tronc et des jambes, des crampes continuelles dans celles-ci. On ordonna six pintes d'eau albumineuse, qui furent prises dans l'espace d'une demi-heure, des sangsues à l'épigastre et des lavemens émolliens frais. Une demi-heure après , il y avait un mieux-être trèsmarqué, bien qu'il y eût encore des vomissemens et des selles liquides : on prescrivit quaîre pintes d'une

104 RAMOLLISSEMENT, CtC,

décoction de graine de lîn , et bientôt l'anxiété diminua; les selles furent suspendues, mais les vomissemens conlinnèrent A minuit , selles sanguinolentes, cuissons à l'anus, douleurs vives dans l'S du colon. (Trois pintes d'eau gommeuse, deux laveraens émoiliens avec un demi gros de laudanum.) Les vomissemens et les selles continuèrent. Le lendemain, à huit heures, ils avaient cessé, la langue était humide, le pouls à quatre-vingt-seize pulsations par minute, la chaleur moins élevée, la figure moins rouge, l'intelligence intègre. (On ordonna les mêmes boissons que la veille, et une potion faîte avec deux onces d'eau di>til!ée de fleurs d'orange, autant d'eau de menthe, trente goutles de liqueur minérale anodine, et une once de sirop d'éct)rce d'orange.) Il y eut encore des vomissemens débile, des évacuations alvines, et, dans la soirée, une exacerbation des symptômes; mais le lendemain matin , moins de quarante-huit heures après l'accident, le malade, qui avait dormi une partie de la nuit, se sentait beaucoup mieux, ne désespéraitplus de son et t, demandait à manger, souffrait peu ; sa faiblesse élail grande et son pouls presque naturel. (On continua la potion antispasmodique, on prescrivit de l'eau d'orge et deux bouillons.) Le sixième jour, les douleurs étaient presque enlièrement dissipées, et l'on permit une soupe. Le huitième, le malade entra en convalescence , et le dix-septième il partit pour son pays, se trouvant frès-bien portant. — Ainsi, le danger imminent dans lequel s'était trouvé le sujet de cette observation, n'exisSait plus avant lafm du second jour, et la convalescence avait commencé le huitième! Ce fait est d'autant plus remarcjuable, que, cinq jours

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. !o5

avant l'empoisonnement, le malade avait eu de la diarrhée, que celle-ci avait cédé à la suite de quelques vomisseraens provoqués par l'ipécacuanha , et que pour celte raison on aurait pu croire l'estomac et tout le canal intestinal très-disposés à devenir le siège d'une inflammation grave. Il n'est pas possible d'attribuer la promple disparition des accidens au traitement seul; car l'évacuation du sang a été peu considérable, et, à ne consulter que la théorie, la potion antispasmodique aurait dû développer des symptômes graves et retarder de beaucoup la convalescence du sujet.

Deux cents malades , qui furent empoisonnés à l'Hôpital des Vénériens par une dose de sublimé, dont -le minimum fut évalué à deux ou trois grains, éprouvèrent tout-à-coup une douleur déchirante à l'estomac et dans tout l'abdomen , des vomissemens copieux, un resserrement à la gorge, et furent guéris dans l'espace de six à sept heures , après avoir pris largement des boissons émoliien tes. Dix à douze d'entre eux seulement ressentirent quelques douleurs à l'épigastre, pendant quinze jours. (Ouvr. cité, i*' vol. , p. i33.) — Outre !a promptitude de la guérison (et cela est digne de remarque chez des sujets qui étaient à l'usage de la liqueur depuis plus ou moins de temps) , n'e.st-ii pas remarquable que , sur un aussi gr<tnd nombre d'individus, aucun n'ait été apte à contracter une gastrite ai^^uë d'une certaine durée , ou une gastrite chronique plus ou moins grave , et ne faut-il pas en inférer que, dans !a plupart des cas, les causes apparentes de la gastrite ne sont que secondaires, et que, pour se déclarer sous leur influence, cette ma-

lo6 RAMOLLISSEMENT, etc.

ladie exige une prédisposition extrêmement marquée?

Un Juif, qui avait pris, par mégarde, vingt grains d'émétique environ , dans une tasse de tisane, eut, peu de temps après, des douleurs aiguës à 1 epigastre , qui augmentèrent rapidement, furent bientôt suivies de vomissemens â^ bile excessifs et d'évacuations alvines nonmoins frécuentes : il y eut même des syncopes ; le pouls était petit, la figure pâle, les forces extrêmement abattues. (On ordonna une décoction de quinquina 5 puis des boissons émollientes et une potion opiacée.) Tous les accidens étaient calmés seotheures après leur début, et le soir, le malade ne se plaignit que d'une grande faiblesse. Les digestions, qui furent pénibles pendant quelques jours, se rétablirent aisément par l'emploi d'une légère infusion de camomille et de feuilles d'oranger , à laquelle on joignit douze grains de thériaquo avant chaque repas. (Ouv, cité ^ l" vol. , p. 365.)

Nous pourrions, en continuant les citations, présenter un grand nombre de faits qui montreraient, tous également, que les substances les plus énergiques , les poisons même, hors le cas où ils ont désorganisé les parties, n'ont pas de suites bien graves; que les accidens qu'ils déterminent, quelle qu'en soit l'intensité , sont de peu de durée ; que les infusions amères et les potions antispasmodiques plus ou moins excitantes, ne les aggravent pas toujours d'une manière sensible j, ou n'en déterminent pas le retour quand ils ont presque entièrement cessé. Nous ne voulons pas dire par là, que le traitement, quel qu'il soit, n'a que peu ou point d'influence sur la marche de la gastrite ; nous vouions seulement faire voir qu'on exagère quelque*

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. lO;;

fois beaucoup rinconvénient d'une prescription, quand d'ailleurs elle n'est que momentanée.

Nous rapporterons encore à l'appui de ce qui vient d'être dit l'observation suivante, que nous avons recueillie l'année dernière , et qui est l'exemple d'un empoisonnement parle précipité rouge de mercure.

tV\*V\\\V*.\*4:V\ WW

XVTIP Observation.

Une femme, âgée de trente-neuf ans , marchande à la Halle, d'une constitution forte , ordinairement bien portante , en proie à des chagrins domestiques depuis long-temps , résolut de s'empoisonner. Afin de s'étourdir sur son projet, elle but trois bouteilles de bière dans la matinée du a3 juillet iSâS ; le môme jour, à trois heures, elle entra chez un marchand de vin^ s'y fit encore donner un verre de bière , y mit pour quatre sols de précipité rouge de mercure, et le prit aussitôt. Il en resta une petite quantité au fond du vase, çt comme on s'en aperçut, on Tôta des mains de la malade, qui fut placée sur un lit. Presque aussitôt elle éprouva des nausées, mais elle n'eut de douleurs et de vomissemens qu'une heure et demie après l'ingestion du poison. Il était pris depuis deux heures quand elle fut amenée à l'hôpital de la Charité, ayant du délire et des mouvemensconvulslfs si vîolens, que quatre hommes avaient beaucoup de peine à la maintenir. Il fallut lui appliquer le gilet de force, et elle le garda de cinq à neuf heures du soir. Les vomissemens, qui s'étaient déclarés en chemin , furent nombreux , les

108 RAMOILISSEMENT ? etC,

selles non moine fréquentes et composées d'un mucus sanguinolent; tout l'abdomen était sensible à la pression, le visage vultueux. (On ordonna plusieurs pintes d'eau albumineiise , et un lavement qui ne fut pas administré.)

Le lendemain 24, dix-sept heures après l'accident, l'attitude était naturelle, la. figure rouge et animée, sans empreinte de souffrance, excepté quand les douleurs devenaient plus vives, et alors il arrivait souvent à la malade de s'écrier : Ali ! mon Dieu ! Les facultés intellectuelles étaient intactes, les membres comme brisés, la langue humide et sans rougeur, la bouche pâteuse et très-amère, l'anorexie complète, les nausées fréquentes. Les vomissemens avaient été nombreux jusqu'à quatre heures du malin , et n'avaient pas reparu depuis ; la malade éprouvait un sentiment de plénitude, une douleur vive à l'épigastre , et dans le flanc droit surtout : dans les mômes points la chaleur était vive , et lés boissons fraîches produisaient une sensation agréable, quand elles arrivaient dans l'estomac. I! y avait eu, depuis quatre heures du matin, quatre petites selles composées de mucus un peu sanguinolent et de quelques parcelles de matières fécales ; les épreintes élaient fréquentes, l'urine rendue un peu diffjcilemeni et briiiante. Le pouls était peu accéléré ( quatre-vingts pulsaiions par minute ) , la peau fraîche, ia re.'^piration assez facile, quelquefois suspirieuse cependanL La malade était calme , n'avait point de douleur de tête. ( Eau de gomme, bis , lavement de lin , cataplasme émoHient à l'éoigastre. )

Les selles furent un peu moins fréquentes , et~ il

n'y eut ni agitation , ni vomissement, (Tans la journée. Le lendemain , le même calme subsistait , la figure portait plus rarement l'empreinte de la douleur, bien que celle de l'épîgastre et du flanc droit ne parût pas avoir diminué; les lassitudes dans les membres persistaient , il y avait un peu de céphalalgie , la langue offrait le même aspect que la veille , les nausées et les épreintes étaient fréquentes, les selles beaucoup plus rares, toujours composées des mêmes élémens; le pouls calme , la chaleur naturelle.

11 n'y eut , dans toute la journée, qu'une selle à la suite d'un lavement, la malade dormit peu, eut de la chaleur pendant la nuit. Le 26, les nausées et les épreintes avaient cessé, l'épigastre était le siège d'une douleur gravative , et excessivement sensible à la pression : les autres symptômes étaient les mêmes que la veille. (Bain. )

Il y eut des lypolhimies incomplètes, et beaucoup d'élouffement à l'épiga^lre, pendant le bain.

Le 28 , la région de l'estomac était peu douloureuse, et la malade désirant prendre quelque chose, on lui accorda deux bouillons et deux tasses de lait.

Le 29 , il n'y avait pas de douleur à l'épigastre ; le 3o, il était insensible à la pression, l'appétit vif > l'urine encore un peu rouge et douloureuse , le pouls très-calme. ( Eau de gomme, lavement de lin, bis , quart de portion. )

Dès-lors il n'y eut de douleur dans aucun point , l'appétit augmenta tous les jours, et le 5 août la malade quitta l'hôpital , parfaitement bien portante. JNous l'y avons vue souvent dans les cinq mois qui ont suivi , et sa guérison ne s'était pas démentie.

MO ȉMOLUSSEMENT , etc.

Dans ce cas raiTection a pour ainsi dire été livrée à elle-même , et bien que les accidens fussent trèsgraves, ils avaient perdu la plus grande partie de leur intensité treize heures après leur début, puisque déjà les vomissemens avaient cessé. Les nausées ne persistèrent pas au-delà du deuxième jour , et au sixième la malade mangeait le quart de portion sans inconvénient. Il semblerait qu'à moins d'une prédisposition très-marquée, les médicamens les plus énergiques, les poisons eux-mêmes ( quand ils ne corrodent pas les parties) développent moins une véritable gastrite, qu'une irritation plus ou moins forte et passagère de la membrane muqueuse de l'estomac; et l'on pourrait dire , avec beaucoup d'apparence de raison, qu'il y a entre une gastrite produite par une cause externe et une gastrite spontanée , la même différence qu'entre un érysipèle et la rubéfaction déterminée par un vésicatoire.

APPEINDICE. (i)

On rencontre encore sur le cadavre des sujets qui ont succombé aux affections les plus variées, un étal de la membrane muqueuse de l'estomac, qui n'a pas encore été décrit, et que nous croyons utile de faire connaître.

Quand il existe, cette membrane, au lieu de pré-

(i) Cet Appendice paraît tel qu'il était à la suite de notre Mémoire , atcc Tine observation de plus.

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. 1 1 l

serïter une surface unie veloutée, telle que la décrivent les auteurs, offre, dans un espace plus ou moins étendu, des saillies de forme et de dimension variées , ordinairement arrondies , de deux à trois lignes de diamètre , semblables en quelque sorte aux bourgeons charnus qu'on voit à la surface des plaies, séparées par des sillons peu profonds. Outre ces sillons étroits, et pour la plupart superficiels, on en voit quelquefois d'autres dont la direction est longitudinale, la longueur d'un pouce à un pouce et demi, la largeur d'une ligne environ. A leur niveau la membrane muqueuse est amincie , n'a souvent que le quart de l'épaisseur de celle qui l'avoisine et lui est continue. Que cette espèce de sillon existe ou n'existe pas, on trouve fréquemment, dansun ou plusieurs points de la membrane muqueuse ainsi mamelonnée, des ulcérations arrondies ou allongées, d'une à plusieurs lignes de diamètre. Dans la plupart des cas la destruction de cette membrane est incomplète, et ce qui en reste a toujours une consistance convenable.

Quand elle offre la lésion qui nous occupe, la membrane muqueuse de l'estomac conserve bien rarement la couleur qui lui est naturelle. Quelquefois rose ou rouge, elle est plus souvent encore grisâtre. Sa consistance jest diminuée dans quelques cas, et son épaisseur presque toujours plus considérable que dans l'état sain. Cet épaississement est quelquefois très-remarquable, frappe à la première vue, pour peu qu'on observe avec attention, principalement quand l'état mamelonné est circonscrit et borné à une partie plus ou moins considérable de l'estomac ; car alors on remarque dans tout le pourtour de la lésion

112 RAMOLLISSEMENT, Cte.

une saillie qui établit, avec les parties environnantes, une démarcation aussi tranchée que la difFérence d'aspect. Il est encore digne de remarque , que dans nombre de cas il n'y a de mucus que sur la partie de la membrane qui a subi l'altération qui nous occupe, et que quand il en existe dans d'autres points de l'estomac, il est beaucoup plus visqueux, et plus abondant sur les parties mamelonnées qu'ailleurs.

L'état mamelonné s'observe dans des circonstances très-variées, dans le cas de dilatation ou de resserrement de l'estcinac, qu'il y ait oc qu'il n'y ait point de replis vaivuleux à sa face interne. Nous avons vu des estomacs doublés de volume, offrir l'aspect bourgeonné en question , d'une manière très-tranchée dans presque toule leur étendue, leur membrane muqueuse étant très-épaissie, tandis qu'elle était parfaitement unie et d'une épaisseur ordinaire dans des estomacs réduits à la largeur du colon , par suite d'une diète plus ou moins prolongée.

Les régions qui offrent le plus fréquemment l'état mamelonné , sont !a grande courbure et les parties voisines des faces antérieure et postérieure de l'estomac, son extrémité pylorique . sa petite courbure et son grand cul-de-sac, qui n'est presque jamais mamelonné dans toute son étendue. La fréquence des ulcérations n'est pas non plus la même dans toutes les parties de l'estomac, et diminue suivant la progression qui vient d'être indiquée.

Les causes mécaniques sont évidemment étrangères à l'état qui nous occupe, puisqu'on l'observe, ainsi qu'il a été dit, dans des cas où l'estomac est plus ou moins distendu ; que très-souvent il manque

chez des sujets où ce viscère est t^ès-rétréci , que chez d'autres il est borné à un espace peu étendu. Et d'un autre côté, l'épaississement de la membrane au niveau des mamelons, son amincissement réel dans les sillons , ses ulcérations plus ou moins superficielles et profondes , sa couleur rouge ou grisâtre , sont autant de circonstances qui indiquent un véritable état pathologique.

Les mêmes circonstances nous paraissent démontrer que cet état est un des résultats de l'inflammation. Cela est évident pour tous les cas où il y a en même temps rougeur et épaississement de la membrane muqueuse ; et dans ceux où la rougeur est remplacée par une couleur grise , la chose semblera encore infiniment probable , si l'on réfléchit que cette coloration existe bien souvent au pourtour et au fond des ulcères intestinaux; que souvent, aussi, les glandes mésentériques sont alors d'un gris-bleu plus ou moins foncé;' que par conséquent, loin d'être exclusive de l'inflammation , la couleur grise semble plutôt l'indiquer. D'une autre part, si des circonstances générales favorisent bien souvent la formation des ulcères, on ne saurait disconvenir que l'inflammation en est la cause excitante; en sorte que, altération de couleur, épaississement, ulcères plus ou moins superficiels, tout indique que la membrane muqueuse de l'estomac, qui offre l'aspect mamelonné, a subi l'inflammation, et que cet état ne saurait avoir d'autre cause.

Nous pouvons encore citer à l'appui de ces considérations, ce qui a lieu assez souvent lors de l'inflammation de la membrane muqueuse de l'intestin grêle et de celle du colon surtout. Alors, en effet, cette

il4 RAMOLLISSEMENT, etc.

membrane colorée en rouge plus ou moins vif, ramollie , épaissie ou non épaissie , est quelquefois recouverte d'une fausse membrane pullacée, et dans Cet état évidemment inflammatoire , sa surface libre présente un aspect inégal, grenu, très-remarquable, qu'on peut très-bien comparer à celui de la muqueuse gastrique quand elle est mamelonnée, et qui n'en diffère probablement un peu , qu'à raison de la différence qui existe naturellement dans l'épaisseur et dans la structure des deux membranes.

Si malgré ces rapprochemens notre opinion ne semblait pas encore suffisamment démontrée , il nous semble qu'elle devrait au moins paraître très-probable, let que dans tous les cas il importe de l'examiner, puisque , si elle venait à être confirmée, on aurait un moyen facile de reconnaître , dans nombre de circonstances , l'inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac.

11 convient d'ailleurs de remarquer que nous n'avons vu l'état mamelonné qui nous occupe , que comme complication, chez des sujets qui avaient succombé à des maladies étrangères à celles de l'estomac; que nous n'avons pas recueilli de symptômes qu'on pût lui attribuer avec quelque certitude ; que sa marche a paru latente dans la très-grande majorité des Cas , ce qui en indique la lenteur. Ainsi , chez les phthisiques qui nous ont offert cet état , par exemple-, l'appétit avait diminué dès le début de l'affection dans certains cas, au milieu de son cours dans d'autres, s'était rarement soutenu à un certain degré jusque dans les derniers temps ; un petit nombre de malades avaient eu à de longs intervalles

DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE. il5

des nausées ou quelques vomissemens; un seul sur dix-neuf s'était plaint momentanément de douleur à I epigastre ; et en comparant cessymptômes avec ceux du même genre, éprouvés par des malades également morts phthisiques, et dont la membrane muqueuse de l'estomac était parfaitement saine , sous le triple rapport de la couleur, de la consistance et de l'épaisseur, nous n'avons trouvé aucune différence sensible, dans l'ensemble des cas. Chez ces sujets comme chez ceux dont la membrane muqueuse de l'estomae était mamelonnée , l'anorexie avait débuté à des époques très-variables; quelques malades avaient eu des nausées et des vomissemens, et toujours à des intervalles très-éloignés.

Toutefois, on peut présumer que si l'état dont il s'agit venait à se développer sans coQiplicalion , il donnerait lieu à des symptômes appréciables. Nous avons déjà été conduit à cette manière de voir, par l'analyse des accidens éprouvés par le malade qui fait le sujet de la xvii* observation de ce mémoire; la suivante donnera encore plus de poids à nos conjectures.

VWW'VWXV wvv» ^-vt»

XIX' Observation, (i)

Une femme, âgée de quarante-neuf ans, d'une constitution peu forte , fut admise à l'hôpital de la Charité, le i3 juillet 1824. Elle était malade depuis un

(1) Voyez nos Recherches sur laPhthisie, pag. 332.

1 1 6 RAMOLLISSEMENT , etC

an et avait cessé de travailler depuis ciiicj semaines. Au début, malaise, sentiment de faiblesse, perte incomplète d'appétit , amaigrissement. Au cinquième mois de cet état, toux, crachats, dyspnée non interrompus ensuite, continuation des premiers symptômes; anorexie complète, diarrhée dans les quatre dernières semaines ; douleurs , picotcmens au côté droit de la poitrine, au quatrième mois de la toux, plus ou moins considérable depuis ; point d'hémoptysie, de sueurs nocturnes, de douleurs à l'épigastre.

Le 1 4 juillet j faiblesse considérable, maigreur extrême, œdème borné au bas des jambes. Langue un peu rouge à la pointe, bouche pâteuse et quelquefois amère , soif variable , anorexie presque complète : rénitence à la région de l'estomac et dans l'hypochondre droit, pulsations fréquentes depuis quatre jours à l'épigastre ; une selle liquide , tension à la partie inférieure du ventre. Toux fréquente le matin , quelques crachats verdâtres et opaques , percussion matte du côté droit de la poitrine . respiration trachéale, pectoriloquie sous la clavicule correspondante ; pouls assez large et médiocrement accéléré. (Tisane de riz avec le sirop de coing , pot. gom., trois riz. )

L'anorexie persista , la diarrhée fit des progrès , devint même considérable , puis cessa presque entièrement dans les premiers jours du mois d'août. Il n'y eut ni nausées , ni vomissemens , ni douleurs à la région de l'estomac. L'épigastre devint le siège d'un sentiment de pesanteur très -incommode , surtout après le repas, qui se composait quelquefois d'un œuf et d'un peu de pain. Cette douleur gravative dis-

parut, les selles devinrent très-fréquentes, et surtout très-fétides, pendant les quatre derniers jours, et la malade mourut le 17 août, à neuf heures du matin.

Pendant les trente-trois jours qu elle fut soumise à notre observation , l'état delà langue fut très-variable: sa couleur, ordinairement naturelle, était parfois d'un rouge plus ou moins vif, sans qu'on observât en même temps un changement quelconque dans les fonctions de l'estomac ou de l'intestin.

(On prescrivit une potion gommeuse avec un grain d'opium quand la diarrhée augmenta. )

Ouverture du cadavre vingt-trois heures après la mort.

Etat extérieur. Dernier degré de marasme.

Tête. Une petite cuillerée de sérosité dans la partie supérieure de l'arachnoïde ; un peu d'emphysème, sans infiltration, entre cette membrane et la pie-mère; une cuillerée de sérosité dans chacun des ventricules latéraux; la moitié inférieure du cerveau un peu moins consistante que la supérieure; la protubérance cérébrale et la moelle épinière moins fermes encore. Trois cuillerées de sérosité un peu écumeuse à la partie inférieure du rachis.

6'f)a. L'épiglotte , le larynx et la traehée-arlère dans l'état naturel.

Poitrine. Le poumon gauche était libre, contenait beaucoup de granulations et de tubercules ramollis ou non ramollis; le droit adhérait dans presque toute son étendue àlaplèvre costale, au moyen d'une fausse membrane semi-cartilagineuse, oftVait à son sommet une excavation vaste et anfractucuse , traversée par

IlS RAMOLLISSEMENT, etc.

quelques brides, et dans le reste du lobe supérieur , une matière grisâtre, dure, un peu élastique, demitransparente inférieurement , traversée par des cloisons semi-cartilagineuses, et en outre des tubercules plus ou moins complètement ramollis. Le cœur était petit et sain ; il y avait quelques plaques jaunes dans l'aorte.

Abdomen. Une pinte et demie de sérosité roussâtre dans l'abdomen. Le foie dépassait les côtes de quaire pouces, était ferme et cassimt; la bile de la vésicule poisseuse et d'une couleur foncée. L'estomac avait un petit volume, adhérait d'une manière intime, dans un point de sa face postérieure, au pancréas, dont le tissu était beaucoup plus dur que dans l'état ordinaire; sa membrane muqueuse était d'un gris faiblement nuancé de rose, mamelonée dans toute son étendue, un peu épaissie , un peu moins consistante le long de la grande courbure que dans l'état naturel , couverte d'un mucus assez abondant et visqueux. Prèsdela petite courbure, entre le cardia et le pylore, dans la partie correspondante à l'adhérence indiquée avec le pancréas, se trouvait une légère dépression, de la largeur d'un écu de cnq francs, autour de laquelle la membrane muqueuse grimaçait un peu. Dans le point déprimé, elle étail très-amincie, cassante, non mamelonnée; le tissu cellulaire correspondant était sain , lamembrane musculaire détruite et remplacée |)ar un tissu blanc semicartilagineux , d'un demi-milliaiètre d'épaisseur, auquel s'inséraient les fibres charnues. Celles-ci étaient épaisses de plus d'une demi-ligne au point d'insertion , dans la largeur de quatre lignes, étaient d'ailleurs parfaitement saines. Le tissu cellulaire offrait.

DE lA MUQUEUSE GASTRIQUE. i IQ

dans la même largeur, plus de consistance et d'épaisseur que dans le reste de son étendue. La membrane muqueuse de l'intestin grêle était un peu ramollie , et offrait un grand nombre de petites ulcérations. La même membrane offrait la même lésion, était molle comme du mucus , et doublée d'épaisseur dans le gros intestin. — Les glandes mésentériques et méso-colites un peu volumineuses, mais saines. — La rate petite, d'un tissu ferme et comparable à celui du foie : les autres viscères dans l'état naturel.

Ainsi , cinq mois avant le début de la phthisie , c'est-à-dire, à une époque où il n'y avait pas de lésion du côté des poumons ou des intestins, la malade perd l'appétit, devient faible et maigrit; ces symptômespersistent sans interruption jusqu'à la mort, et à l'ouverture du corps on trouve, outre les lésions des poumons et de l'intestin , la membrane muqueuse de l'estomac mamelonnée, grisâtre, et un peu épaissie. Entre cette lésion, que nous avons cru devoir attribuer à l'inflammation chronique, et les symptômes gastriques indiqués, le rapport paraît évident, et l'on peut croire d'après cela, et par ce qui a été dit plus haut, que l'affection qui nous occupe est très-chronique, ou si l'on veut, que l'état mamelonné de la membrane muqueuse de l'estomac est la suite d'une inflammation ordinairement très-lente , qui ne donne le plus souvent lieu qu'à des accidens très faibles, au nombre desquels la douleur de l'épigastre ne se rencontre que rarement. On trouvera néanmoins un

laO RAMOLLISSEMENT, etc.

exemple de celle-ci dans la quatrième observation de notre mémoire sur les abcès du foie, observation très-remarquable sous le point de vue qui nous occupe, l'état mamelonné et les symptômes qui y correspondent ayant existé long-temps dans un état de simplicité.

DE

Page 1