‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 7 sur 30 · DANS LE CANCER DU PYLORE · texte numérisé non relu

DANS LE CANCER DU PYLORE

Les auteurs qui se sont livrés avec le plus de succès à l'étude de l'anatomie pathologique , ne nous semblent pas avoir observé l'hypertrophie de la membrane musculaire de l'estomac , dans toute son étendue ; on n'en trouve d'exemples ni dans l'ouvrage de Morgagni ( De Sedibus, etc. ) , ni dans celui de M. Prost ( Médecine éclairée ^ etc.) i ni dans celui de M. Chardel , sur le Cancer de l'Estomac, ni dans d'autres recueils d'observations beaucoup plus récens. On peut penser, paç cela même , que la lésion dont il s'agit est au moins fort rare , et que les observations suivantes ne paraîtront pas dépourvues d'intérêt.

I" Observation.

Une fille, âgée de quarante ans, habituellement grasse et bien portante , fut admise à l'hôpital de la Charité (servicedeM. Chomei), le 18 septembre 1825. Ses règles , établies à l'âge de douze ans, étaient remplacées

depuis cinq mois pa: des fleurs blanches; elle accusait un an de maladie, et était alitée depuis quinze jours. Habituée à une nourriture douce, mangeant par goût des légumes^ ayant toujours eu des digestions faciles, elle avait senti, à l'époque indiquée, de la pesanteur à l'épigastre à la suite des repas, et après quinze jours ou trois semaines de cet état, des nausées, puis des vomissemens avaient paru , d'abord éloignés , puis successivement plus rapprochés , au point de revenir tous les jours depuis un mois. Ges vomissemens avaient eu lieu , non après le repas immédiatement, mais vers la fin du jour, et alors la malade rendait la plus grande partie de ce qu'elle avait mangé depuis le matin. L'appétit avait successivement diminué, l'amaigrissement avait fait de continuels progrès depuis six mois, et depuis le même temps la malade éprouvait souvent de la chaleur à l'épigastre, avait un goût d'œufs pourris dans la bouche , des nausées et des vertiges. Le lendemain de son arrivée, elle était dans l'état suivant : figure très-amaigrie, fatiguée, sans expression de douleur ; forces très-abattues, maigreur considérable, sens et intelligence intègres; langue humide et couverte d'un enduit blanchâtre peu épais, bouche pâteuse et amère, soif assez vive, anorexie incomplète, c'est-à-dire que la malade mangeait encore avec plaisir un peu de soupe, et quelquefois sans éprouver de malaise après l'avoir prise : épigastre insensible à la pression. Adroite et au niveau de l'ombilic , tumeur du volume du poing, facile à sentir, indolente, à moins d'une pression un peu forte; ventre plus gros et plus tendu à gauche qu'à droite, oflVant, dans le premier sens, une saillie légère qui

DE lA MUSCULAIRE DÉ l'esTOMAC. 125

avait exactement la forme d'un estomac distendu , dont la petite courbure finissait à un pouce et demi au-dessus et à droite de l'ombilic , tandis que la grande passait quatre pouces à gauche , et un peu au-dessous du même point; selles rares; pouls petit, faible et lent; chaleur un peu au-dessous de ce qu'elle est dans l'état naturel, frissons rares néanmoins; respiration facile. ( Infusion de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger, eau de Seltz, lavem. émoi., trois soupes, deux bouillons. )

L'état de la malade fut à-peu-près le même les jours suivans : la soupe, les laits de poule, tout lui semblait lourd; l'eau de Seltz elle-même produisait de la pesanteur à l'épigastre, et on y renonça. Une potion gommeuse avec vingt grains de magnésie parut d'abord diminuer les aigreurs, mais fut bientôt supprimée , à raison de l'étouffement dont elle était suivie. Les tisanes furent changées plusieurs fois pour les mêmes raisons, et toujours sans succès.

Le i". octobre, anxiétés, vomisseniens de bile, renvois presque continuels, aigreurs, venfs incommodes; on ajouta à la potion gommeuse quelques gouttes de teinture volalile d'anis. Le 5 et les jours suivans jusqu'au 12, diarrhée. Le 9, vomissement de pruneaux mangés l'avant-veille. Le 21 , la malade vomit, pour la première fois, un fluide brun, noir, épais; h; lendemain, l'ex )ression de lu physionomie était profondément altérée, le visage très effilé, la voix presque éleinte,la langue pâle , la conformation du ventre telle que nous l'avons décrite , les selles nulles depuis quatre jours; le pouls était très-petit et très-faii»le , accéléré; La malade fut, à peu de chose

prèSj dans le même état les deux jours suivans , et elle mourut le 24? à six heures du matin.

L'examen du cadavre eut lieu trente-six heures après ' la mort,

A part la maigreur, il n'y avait de remarquable à l'extérieur que le gonflement du tibia (non observé pendant la vie) , sa carie, et une tumeur du volume d'un gros œuf de poule, dans l'aine du même côté , tumeur formée pir le développement des glandes lymphatiques de cette région, devenues entièrement tuberculeuses (1). L'artère fémorale correspondante était, dans toute sa longueur, plus épaisse et plus opaque que celle du côté opposé,

A la tête ^ on trouva deux à trois petites cuillerées de sérosité trouble dans la cavité de l'arachnoïde, la pie-mère légèrement injectée , le cerveau assez ferme " et humide , piqué de sang ; les ventricules latéraux contenant une très-petite quantité de liquide séreux, limpide.

Au coUj, la trachée-artère et le larynx étaient dans l'état naturel.

A l'ouverture de lu poitrine^ les poumons ne s'afFais-

(1) En exposant, dans nos Recherches sur la Phthlsie, le résumé de nos observations sous le rapport de l'anatomie pathologique , nous avons dit qu'à l'exception d'un cas , nous n'avions pas trouvé de matière tuberculeuse dans un organe quelconque , qu'il n'y en eût en même temps dans les poumons. Le fait qui nous occupe avait échappé à notre analyse , de sorte qu'au lieu d'une , il faut compter deux exceptions à la loi dont il s'agit , loi qu'ont d'ailleurs vériGée tous les faits offei'ts à notre observation depuis un an , c'est-à-dire depuis l'époque à laquelle la première partie de no? Recherches a été imprimée.

DE lA MUSCULAIRE DE l'eSTOMAC. Iij5

sèrent pas, leurs cellules étaient universellement dilatées, de la grosseur d'un grain de millet environ; ils n'offraient que quelques adhérences celluleuses , étaient légers, à l'exception de leur partie postérieure et inférieure, d'où s'écoulait, par les incisions qu'on y pratiquait, une sérosité sanguinolente, un peu spumeuse, et assez abondante. — Le cœur avait à peine les deux tiers de son volume ordinaire , son tissu était ferme; la membrane interne de l'oreillette gauche et la valvule mitrale opaques et épaissies.

\J estomac était volumineux, d'un blanc opaque à l'extérieur, occupait l'espace que nous avions remarqué pendant la vie à la surface de l'abdomen, et se rétrécissait tout-à-coup , deux pouces et demi avant le pylore, ayant dans cette longueur beaucoup de dureté, une forme à-peu -près cylindrique , et une épaisseur de quinze à dix-huit lignes. Il contenait environ une bouteille et demie d'un liquide épais, noirâtre, pareil à celui qui avait été vomi-, et au milieu duquel se trouvaient des alimens à demi digérés, du vermicelle , quelques croûtes de pain, etc., etc. Ses parois, abstraction faite de la portion cylindrique indiquée , avaient plus du double de l'épaisseur qui leur est naturelle , et beaucoup de fermeté. La différence qu'elles présentaient sous ce dernier rapport avec un estomac sain , rappelait très-exactement celle qui existe entre les parois du ventricule droit du cœur, hypertrophiées, etceîlesda même/entricule dans l'état sain. Cette consistance et cet excès d'épaisseur étaient le résultat de l'épaississement de la tunique musculaire dans toute son étendue. L'épajsseur de cette membrane variait suivant les différentes

régions de l'estomac, était d'une ligne et quelque chose de plus dans le voisinage du cancer , et d'une demi-ligne environ autour du grand cul-de-sac , ce qui est plus que le double de la même dimension dans l'état naturel : sa couleur n'était point altérée, son tissu était un peu plus serré que d'ordinaire , et ses faisceaux faisaient saillie à travers la membrane muqueuse. Celle-ci était pâle, très-ramollie, sans changement d'épaisseur. La portion cylindrique , par laquelle l'estomac finissait du côté du pylore, était si ré-' trécie, qu'elle admettait à peine l'extrémité du petit doigt dans sa partie la plus large, et qu'à son centre sa surface déployée n'avait qu'un demi-pouce de largeur. Les parois de cetle espèce de cylindre avaient de cinq à sept lignes d'épaisseur, et présentaient de dedans en dehors une couleur blanche grisâtre , puis d'un blanc laiteux, puis bleuâtre, avec un coup d'œil brillant et demi-transparent, et enfin un aspect blanc laiteux. Ces différens aspects répondaient à autant de tissus, savoir : à la membrane muqueuse, au tissu sous-muqueux, à la membrane musculaire, et enfin au tissu cellulaire interposé entre elle et le péritoine, ce dont il était facile de se convaincre par la dissection. En la commençant deux pouces au-dessus de la partie dont il s'agît, on voyait la membrane muqueuse ramollie , mais non épaissie , prendre bientôt plus d'épaisseur dans le voisinage du cylindre cancéreux , à la surface duquel elle offrait de gros mamelons sans ulcération bien évidente : jusqu'aux limites du cancer, on la séparait facilement, avec le manche du scalpel, du tissu sous-jacent ; mais au-delà l'union était intime , la séparation impossible, ou du moins, on ne

Page 1