‹ Mémoires, ou, Recherches anatomico-pathologiques surChapitre 8 sur 30 · DE LA MUSCULAIRE DE L ESTOMAC. I · texte numérisé non relu

DE LA MUSCULAIRE DE L ESTOMAC. I

pouvait l'opérer qu'en enlevant avec cette membrane, au moyen de l'instrument tranchant , une petite couche du tissu cellulaire sous-muqueux. Celui-ci, parfaitement sain jusque dans le voisinage du cylindre , prenait près de lui plus d'épaisseur et de consistance, criait sous le scalpel , ne présentait aucune fibre distincte, et avait à son niveau près d'une ligne d'épaisseur : ce n'était qu'au moyen d'une dissection très -laborieuse qu'on pouvait le séparer du tissu sous-jacent. Ce dernier, d'un aspect bleuâtre et demitransparent, répondait, comme nous l'avons dit, à la tunique musculaire, et n'était autre chose que celte tunique elle-même, très-t'paissie , bleuâtre, et traversée, comme dans l'état sain , par des cloisons celluleuses, mais qui participaient à l'altération du tissu sous-muqueux, avec lequel elles se continuaient. Son épaisseur était de trois à quatre lignes, sa den-* site celle de la membrane musculaire dans le reste de son étendue; ou si l'on pouvait la croire un peu augmentée, c'était d'une quantité très-peu considérable. L'espèce de cri produit par le scalpel promené sur celte partie , était dû aux petites cloisons d'un blanc laiteux dont il a été question, et n'avait pas lieu quand on promenait l'instrument parallèlement à leur direction. La couche de tissu cellulaire interposée entre le péritoine et la partie que nous venons de décrire, était durcie, épaissie, avait, en un mot, subi la même altération que le tissu sous-muqueux. Le pé^ ritoine y adhérait d'une manière intime , sans avoir acquis un excès d'épaisseur , et était plus cassant que de coutume. La partie du cancer qui répondait à la petite courbure était moins épaisse que le reste.

Cette diminution d'épaisseur portait sur tous les tissus, et, relativement au sous-muqueux, il est remarquable qu'à la diminution d'épaisseur se joignait une diminution de dureté, et que les cloisons qui en partaient pour traverser les libres charnues, faisaient, par cela môme, beaucoup moins crier le scalpel. — ■ Il V avait au commencement de l'intestin grè/e une matière épaisse, verdâtre, qui devenait plus dense et presque noire à mesure qu'on se rapprochait du cœcum : on en trouvait encore une petite quantité au commencement du colon ^ après quoi les matières fécales étaient plus ou moins moulées, avaient la couleur qui leur est naturelle. La membrane muqueuse de l'un et l'autre intestins était saine, à l'exception d'une rougeur assez vive qu'on observait dans les derniers douze pouces de l'iléon. — Le foie était rapetissé, rouge, violet, plus dense et plus pesant que dans l'état naturel; sa vésicule contenait une petite quantité de bile jaune peu épaisse. La rate élait petite et saine, les reins peu volumineux, et le droit contenait, à son extrémité supérieure, un kyste séreux de la grosseur d'une noix. — La vessie était dans l'état naturel.

Si nous avons fait minutieusement , en quelque sorte, la description de la partie de l'estomac atteinte de cancer , c'est que cette description est ordinairement tout-à-fait négligée , et que l'histoire de ce cas est celle de la plupart des cancers de l'estomac, ou de toute autre partie du canal digestif. Alors, en elîet, l'organe malade présente, à une certaine époque de l'afTectiou , l'aspect que nous avons indiqué; la

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membrane muqueuse est plus ou moins profondément altérée , le tissu sous-jacent dur , épais , blanc de lait, ou d'une teinte . analogue , sans fibres distinctes ; et la portion bleuâtre, demi-transparente, traversée par des cloisons blanches et très-résistantes, se continue avec la membrane musculaire, dont elle ne diffère que par une légère nuance de couleur, et l'aîtéralion du tissu cellulaire qui entre dans sa composition. Cette portion bleuâtre et demi-transparente n'est donc réellement autre chose qu'une hypertrophie plus ou moins considérable de la membrane musculaire, susceptible, avec le temps, de destruction, ce qui ne nous semble pas avoir été remarqué jusqu'ici. Au contraire , les auteurs qui ont le plus parfaitement décrit les affections cancéreuses et leurs caractères anatomiques (Bayle et M. Cayol, Dictionn. des Se. Méd.), disent, au sujet du cancer del'estomac, que quand le ramollissement n'est pas très-: avancé , on distingue encore la membrane muqueuse d'avec la musculaire, quoique l'une et l'autre soient complètement dégénérées. Or, nous venons de voir à quoi, se réduit cette dégénérescence, et nous ajouterons a tout ceci , que dans le cas d'ulcération , les tissus que nous avôris décrits conservent ordinairement lès caractères indiqués, jusqu'aux bords de l'uîcér^tîon elle-même ; en sorte que 'laus ce cas comme dans celui dont nous venon.^ de faire l'histoire , le tis^u musculaire est, de tous ceux qui composent l'estomac (le péritoine exceptéj, le moins profondément altéré.

Nous terminerons ce aùe nous avions à dire à ce sujet en rappelant qu'on rencontre quelquefois l'é-

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paississement partiel de la membrane musculaire avec un coup d œil bleuâtre , dans des points au niveau desquels la membrane muqueuse de l'estomac est encore saine ; qu'alors même la tunique sous-muqueuse est épaissie, endurcie, profondément altérée ; en sorte qu'il semblerait qu'ici, comme dans plusieurs lésions organiques de l'intestin , le siège du désordre est primitivement dans le tissu sous-muqueux.

Penserons-nous maintenant que l'hypertrophie de la membrane musculaire de l'estomac doive être attribuée au rétrécissement du pylore , comme dans heafticoup de cas on rapporte l'hypertrophie de l'une des cavités du cœur à un obstacle plus ou moins considérable à la circulation ? La question serait résolue , s'il était prouvé que cette hypertrophie n'a jamais lieu que dans le cas de cancer avec rétrécissement du pylore ; mais à raison de la fréquence de cette maladie , et de la rareté de l'hypertrophie dont il s'agit^ la chose doit paraître au moins douteuse, bien que l'observation qui va suivre soit tout-à-fait en faveur de cette hypothèse.

Si la marche de la maladie n'a rien offert qui mérite d'être remarqué , la forme du ventre est digne de quelque attention. Elle n'a pas été, ce nous semble, indiquée par les auteurs ; et peut-être cela vient-il de ce qu'on met rarement à nu les parois de l'abdomen , pour en observer les différentes régions ; peutêtre aussi, cette forme a-t-elle quelque liaison avec l'hypertrophie de la membran-e musculaire de l'estomac dans toute son étendue , et dans ce cas la rareté de cette lésion expliquerait d'une manière plus satisfaisante encore le silence des auteurs à ce sujet.

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Quoi qu'il en soit, cette altération de la forme du ventre s'est encore présentée chez le sujet de l'observation suivante, qui offre un nouvel exemple de la lésion qui nous occupe.

IP Observation.

Un plâtrier, âgé de quarante-un ans, d'une petite taille , d'une force moyenne , sobre , maigre , rarement malade, ayant les digestions faciles, était depuis quelque temps en proie à de vives inquiétudes, quand il perdit incomplètement l'appétit ; bientôt il éprouva du malaise après le repas , eut des rapports gazeux , des aigreurs quand il prenait un peu de vin , sans toutefois ressentir de chaleur à l'épigastre. Un mois après le début de ces premiers symptômes, il s'y joignit des vomissemens , qui avaient lieu une heure , deux heures, trois heures après le repas : d'ailleurs, ni chaleur, ni soif, constipation habituelle, sensibi-»lité extrême au froid, et bientôt, affaiblissement porté au point de ne pouvoir travailler. Enfin au troisième mois de ses vomissemens, le malade vint à l'hôpital de la Charité, où il fut admis (service de M. Chomelji' le 27 octobre 1825.

Il était dans l'état suivant : Figure pâle , amaigrie , souffrante, chaleur générale moindre que dans l'état naturel, sensibilité extrême au froid, en sorte que le malade fut près de deux jours sans pouvoir se réchauffer, toujours ramassé dans son lit : soif nulle , anorexie presque complète ; anxiétés , douleurs à l'é-

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pigastre , soulagées par des rapports gazeux , toujours proportionnées au développement des gaz, qui étaient plus abondans immédiatement après le repas qu'à toute autre heure du jour. Le ventre était déjeté de gauche à droite, et ofiVait, dans ce sens, une saillie dirigée de haut en bas , et comprenait l'ombilic , qui représentait assez bien , quoique moins parfaitement que chez le sujet de l'observation précédente, la forme de l'estomac. Il y avait au niveau de l'ombilic une tumeur sensible à une pression un peu forte seulement. Le malade avait de fréquentes régurgitations d'un liquide clair , peu épais et aigre ; les évacuations alvines étaient rares, le pouls très-lent: d'ailleurs ni céphalalgie , ni toux. On ordonna une infusion de tilleul et de feuilles d'orange , une potion gommeuse avec vingt grains de magnésie, trois riz, deux bouillons; et la même prescription, à part les alimens, fut continuée jusqu'à la mort.

Les symptômes ne varièrent pas sensiblement les preroiers jours qui suivirent l'entrée du malade à l'hôpital ; mais après une semaine de repos et de régime , l'anxiété diminua, les renvois aigres furent moins fréquens, l'appétit devint un peu meilleur, les potages ne causèrent qu'un peu de pesanteur à l'épigastre, le sujet put même manger une petite quantité de viande, qu'il ne vomit que rarement; la sensibilité au froid fut beaucoup moindre. Au commencement de décembre , la soif se prononça , les boissons parurent plus lourdes que de coutume ; l'anorexie fut complète ^ il, y eut de la diarrhée par intervalles, les doulevirs épigastriques augmentèrent , les aigreurs et les régurgitations du fluide indiqué furent plus fréquen-

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tes. Le 20 du même mois, les forces s'affaissèrent toutà-coup; le malade témoigna beaucoup d'inquiétude, désespéra de sa situation, et mourut le lendemain dans la matinée, après avoir eu un peu de délire pen^ dant la nuit.

Ouverture du cadavre, vingt-deux heures a-pres la mort.

État extérieur. Troisième degré de marasme.

Tête. Infiltration sous-arachnoïdienne peu considérable : quatre petites cuillerées de sérosité trouble dans la cavité de l'arachnoïde, autant de sérosité claire dans les ventricules latéraux.

Cou. Larynx et trachée-artère sains.

Poitrine. Poumon gauche uni par sa base au diaphragme, au moyen d'une fausse membrane molle et jaune, contenant quelques tumeurs jaunâtres, d'apparence tuberculeuse : base du poumon droit un peu engouée. — Cœur réduit à la moitié de son volume, ses parois fermes et d'une bonne épaisseur, ses orifices sains.

yibdomen. Estomac volumineux, descendant audessous du nombril, d'un blanc très-opaque, à parois bien plus fermes et plus épaisses que dans l'état ordinaire , très-rétréci près du pylore, où ii offrait, dans l'espace de deux pouces et demi environ, une forme presque cylindrique, une dureté considérable, et une épaisseur de quinze à dix-huit lignes. Sa membrane muqueuse était couleur de bistre, d'une bonne épaisseur, un peu ramollie jusque près de la portion cylindrique qui admettait avec peine l'extrémité du petit doigt, et soulevée dans beaucoup de points par

les faisceaux de la tunique musculaire. Celle-ci était plus que doublée d'épaisseur dans toute son étendue, et donnait aux parois de l'estomac l'excès de consistance que nous avons remarquée , sans offrir aucune altération de structure. La membrane muqueuse formait quatre saillies ou champignons , de trois à quatre lignes d'épaisseur, à l'intérieur du cancer, dont la structure , mise en évidence par une dissection laborieuse, était exactement la même que dans le cas précédent. L'intestin grêle renfermait une assez grande quantité de mucus épais : sa membrane muqueuse était comme sablée de gris dans toute son étendue : celle du colon offrait le même aspect ; toutes deux avaient l'épaisseur et la consistance qui leur sont naturelles. — ^ Le foie était petit, d'un rouge violet intense , très-ferme ; la rate saine et réduite à la moitié de son volume ordinaire.

Cette observation et celle qui précède , établissent suffisamment l'existence de l'hypertrophie de la membrane musculaire de l'estomac dans toute son étendue : d'autres faits sont désormais nécessaires , pour vérifier ou infirmer la cause présumée de ce phénomène , que nous avons cru pouvoir rapporter, en attendant, et par analogie, au rétrécissement du pylore. La structure du cancer de l'estomac nous semble avoir été exposée d'une manière exacte, et iious nous abstenons de toute réflexion ultérieure sur les légères différences observées dans les symptômes qui appartiennent à une même lésion , arrivée au même degré de développement.

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C'est d'ailleurs, il faut en convenir, une chose bien singulière, que lés deux faits qui viennent d'être rapportés se soient présentés à notre observation , à quelques jours de distance l'un de l'autre , et qu'avant ou après nous n'en ayons pas rencontré du même genre.

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