‹ Mémoires ou souvenirs et anecdotesChapitre 5 sur 8 · I. aô · texte numérisé non relu

I. aô

3o6 MÉMOID^BS

beaucoup plus funeste , nous occ^otia dVli(yk*d d'assez vives coatrariétés, et ensuite un malheur qui tomba principalement sur lui.

. Une femme dont il était violemment épris l'avait ^uivi de Paris à U Rochelle: les ordori«* ttances ne lui permettaient pas de l'embàrc^uer siic 9a frégate , et cependant il ne pouvait se décider à ae séparer d'dle. On verra bientôt quel Cut Tétrange parti qu'il prit pour concilier , att^ tant qu'il le pouvait, aon amour et scn devoir. Le i5 de juillet nous mimes à la voile, en môme t(empi qu'un convoi marchand assez nombreux escorté par la frégat« ia Cérès.

Peu de temps après notre départ , au miliea d0 la nuit et ta^fdis que nos équipager étaient ooenpéâ à miunœavreir poar résista à un vent qontraiiei qui s'était élevé avec asset de force > \k frégate lu Gérés ^ en virant maladroite^ mmit^ aJiHjrda notre irégate avec «ne telle vio* lân<^e» que noua orûmes tous être tombés sur un écueil.

Cette secousse ne nous causa aucun dommage^ maift la Cémstia éprouva d'assez graves pour être contrainte de nous ipiittar et de rentrer avec son 4(onvoi dans fe port. Les jourA auivans no«i8 fiâtes peu de chemin : il est vrai que le vent était faible* Gepeadant oette lenteur nous éton-. Aait attc raisin : cw nous saviooa que VÂigle.

ou SOUVENIRS. 5oj

^tail bèftQcbup meilleure voîlièfc que nous, et pourtant nous éticms sans cesse obligés de dimi^ nuer de voiles pour l'attendre» et né pas nous «n séparer. •

' Enfin nous remarquâmes qu'un vaisseau marchand naviguait à la suite de t Aigle. Gomme \\ étak imposable- qu'un tel navire pût marcher «omme un bâtiment de guerre y nous vîmes bientôt qu'après plusieurs messages de canots «et plusieurs pourparlers , ie commandant de i Aigle s'était décidé à prendre à la remorque te vaisseau marchand.

' Le mysténe fut alors édairci, et il nous fut démontré que c'était la maîtresse de M« de La Touche qui retardait sa course, et qu'il voulait ainsi la traîner à sa stiite. On peut bien croire ique de cette manière notre navigation dut être très fente ; nous fumes de plus contrariés par des calmes fréquens , de sorte qu'ayant employé trois sem^nes pour arf iver aux Âçores , ayant beaucoup de malades â bord , et craignant de manquer d'eau, M. de La Touche prit la réso^ lution' de relâcher dans quelque port de ce petit archipel.

Pendant cet ennuyeux trajet , nous n'eûmes d'autre distraction que la vne^successive de plusieurs vaisseaux auxquels nous donnâmes chasse conformément aux wdres du capitaine La Tou-

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che , espérant toujours que nous allions trouTer un ennemi, Uyt&ê un combat et remporter une Tictoire ; mais chaque fois notre espoir fut déçu, et, en appoochant de ces bâtimens, nous reconnûmes que c'étaient des neutres oii des alliés.

L'archipel des Âçores appartient aux Portugais : on relâche <Hrdinairement à Fayal ; mais le vent , . qui était contraire , nou3 aulr^t fait perdre trop de temps, et, nous trouvant près de Tercère y la principale île des Açorès y et dont Angra est la capitale , nous y allâmes , comptant pouvoir y mouiller. Au moment ou nous jetions l'ancre, on vint nous avertir que nous étions en danger de perdition, à cause des courans qui nous aflEaderaient infailliblement à la cote.

Le commandant du port refusa de nous y recevmr, quoiqu'on y vit quelques bâtimens marchands; cet officier nous fit dire. que, le port étant exposé au. vent dii large , nos frégates n'y seraient pas en sûreté ; qu'il ne pourrait pas en répondre, et qu'ainsi il valait mieux que ces frégates croisassent devant la rade, pendant qu'elles enverraient chercher dans leurs chaloupes les provisions et les rafnuchissemens qui nous seraient nécessaires^ Ce fut le parti que nous primes.

A Taspect de ces lies, ainsi qu'à celui des îles

ou «OU^iSlllRS. 5ii

v«e des bâtimen» réguliepl 4 Taspeet diampétre des vallpuSf

Les Foriugdîs comme les Espagnols possèdent des^trésôrs dont ih ne sentent pas la valeur | ik l'atténuent même par les yîces de leur administoition : cc^Atrarkbt la nature qui leur offre Ip. ricliesse, U^ la refusent pw préjugé} par leurs faux calculs, préférant le monopole à la liberté^ Ms . s'appauvrissent» en refusant au commerce cette liberté -qlii peut seule lui donner Ja Tie<. Les Portugais visitent et connaissent presque seuls les- Âçores.

Les habitans de Tercère ^ jouissant avec éConnement du.p^sir si rare de recevoir des étra^ jgers, m'assurèrent que , depuis soixante ans, ils n'avaient vu à Ân|;ra que quelques passagers d'un vaisseau français fit deux bàtimens anglais; en£ore n'y étaient- ils restés c(Hnme nous que trois Qu quatre jours.. Les autres nations leur isonf totalement inconnues : aussi pour toute espèce de lumières ils sont k deux siècles de nous. Leurs. vins, leur blé, leurs bestiaux et leui^ oranges n'ont pour débouchés que Lisboiine et les ports du Brésil.

Fayal , dont les côtes sont plus abordables et le port plus large , donne plus souvent asile aux navigateurs que le vent porte dans ces paragas. Ils y achètent des vins fameux par leur saveur.

On dit que Saittt^Michel présente un aspect aiftsi riant que Tercère ; mais la sérénité dés habitans y est troublée par de violentes éruptions volcaniques et par de fréquens tremblemehs de terf e. Le nom des iles GrOciosa et JÇÏofes suffit pour prouver que la nature les a aussi richemeiit do- ' tée»; mais elles sont très petites, ^t personne n'y relâche.

Vers le commencement du XVIU* siècle, il arriva dans cet archipel un phénomène qui effraya beaucoup les habitans : près Ae l'ile dé Saint-Michel , une violente éruption volcanique •lança tout à coup dans les airs une immense quantité de pierres enflammées,» et fit ensuite sortir du fond de la mer une petite île qui avait environ trois lieues ; elle exista trois ans , mais aprè» elle disparut insensiblement.

La résidence du gouvernemèiit de cet arcTii-^ pel est la ville d'Ângra. Toutes les autres iles y envoient des députés pour former le conseil du gouverneur. Ce goùyertieur , lorsque nous y arrivâmes, était un homme des plus grandes maisons de Portugal. Ses troupes, peu nombreuses, assez mal tenues, étaient suffisantes pour la défense d'une île qu'on n'est point tenté d'attaquer, et où l'on trouve peu d'endroits propres à un débarquement ; d'ailleurs ces points sont sufifisamment défendus par des batteries.

ou SOUY^NlKS. 5i5

'Dés que je fus descendu de' mon canot ^ je me rendi*a-<chez le consul de France;* il se nommait Peyrez.'Dans sa jeunesse /se trouvant sans foi^ tiine, il avait été en chercher une en Portugal : de' là^ 'conduit par*des affairée' de commerce à Tërcère , les charmés d'une olif âCre tercérienne ry avaient fixé. • • '

Ce coAsiil, Ae tous les oonsuls du ihohde lé moins occupé , fut charmé de recevoir des coknpàtriotes. Il n&fts traita de son mieux, ainsi que la^seDhora Peyrez> qui ne paraissi^it pas trop fâchée det voir pour la première fois des hommes autrement qu'à travers une jalousie.

Je fis «une longue promenade avec mon hôte dans la pltiSs grande partie des vallées de File , promenade fort ag'réable poÂr l'œil , mais peu intéressante^our l'esprit : car rien n'était moins fertile que l'esprit de mcto bon compatriote.

Il avait presque oublié son ^ys , ignorait ce qui se passait dans les autres , n'aimait que sa brune compagne, et n'admirait que son petit pavillon, qu'il appelait sa maison de plaisance, et une allée de citronniers de cent pas qui traversait son parc. Sa ferme, composée de neuf arpens, ne lui avait coûté que huit cents livres.

Revenu à bord de ma frégate , assez fatigué de ma course, j'étais peu tenté de retourner à Tercère ; mais le duc de Lauzun me fit changier

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d'avii. u Je. .vois y me dit-il^ que tu t'es peu » amusé ^ et c'e&t ta faute* Ppurquoi tjaviae»* n tu aussi de descendre chez le côuâul de FEan** 1) ce^ bon et simple boui^eoiê^ qui n'âdmim )» que son allée 4e i^itrpnniers^ ne toit faiife' i) qu'un peu de cuisine^ ne vous offre que l'eau }) de soR puits trop fraiche> et* son lall qui ne » Test pas assez? J^l'ai vu comme toi^ mais Je n me syis bien gardé de lui coi|sacreF«ma jourj» née. J'ai trouvé autre part' de meillem?^ » moyens pour tabasser l'ennui et satisfaire 91a }) ciA'iosité» Viens avec moi ; tu connaîtras ce 1) qu'il y a de mieux à Tercère^ bonne chère ^ » bon accueil, \in hôte gai, joyeux et empressé » de plaire, des femmes vives et joHes, des re» i) ligieuses complaisantes, de» pensionqaires co* » quettes et tendres, et un évéque qi|i danse » admirablement \e fandango, n

H Tu es fou,elui répondis -je; et quel est )) donc cet homme rare qui t'a montré subite- » ment une amitié si active et si obligeante ? n » C'est le consul d'Angleterre, » diUl. (c-Eh ! tu » n'y penses pas, répliquai*je; comment I nous » sommes en guerre avec les Anglais, et c'est » chez le omsul de cette nation que tu ^aa » prendre tes ébats! »

a Attends, reprit -il; ne porte pas déjuge^ » ment téméraire. Mon hôte est à la vérité

ou 80UYE9I«S. 3l5

» consul de l'Angleterre > notre ennemie; maU » il , cumule les emplois : car il est en même M temps consul dé l'Espagne, notre alliée , et^ M pour compléter la singularité, il n'est ni » Anglais ni Espagnol, mais Français et Pro<^ ».Yehça]:. n

ff II ne. lui manque plus, répondis-je, pour M réunir tantes les qualités possibles, que d'ê-» » tre familier de l'inquisition. » ce Eh bien ! jdoiï >» aimi, s'^rîa Lauzun en riant, je crois qu'il » nelui manque Irien.* n « Ah! s'il en est ainsi, o repris -je, je n'ai plus, d'objection à te faire. )f Allons chez cet homme singulier qui porte H tant d'habits et joue tant de rôles. Trois fois , » heureuse est la pacifique ile de Tercère, qui , » au milieu des orages effroyables que la guerre j> répand sur l'Europe, l'Asie, l'Afrique et tf l'Amérique, n'entenfl, dans son tranquille » séjour, que le bruit de ses flots, les sons de » ses guitares, les chants de ses oiseaux, et » voit dans son sein les consuls de deux puisn sauces belligérantes, non -seulement vivant » en bonne intelligence, mais ne formant qu'une J9 seule et même personne, et faisant probable- » ment fort bien les affaires de toutes les deux ! »

Nous partîmes donc, Lauzun, le prince de Broglie, le vicomte de Fleury et moi, avec deux ou trois de nos autres compagnons d'drmres, et

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nous fûmes introduits chez le consul d'Angleterre ^ qui tint toutes ses promesses : car il nous donna d'excellent thé, de très bon porter ^ des soupers exquis , une société de femmes très aimables,* et, comme nous étions curieux de con^ naître le fandango, cette danse célèbre parce qu'elle est la plus gravement indécente et la plus trilstement voluptueuse, un jeune Portugais, coadjuteup de l'évéque d'Angra, eut la complaisance, sans se faire trop prier, de la danser en notre présence.

Ce ne fut pas tout ; l'obligeant consul nous conduisît le lendemain matin dans un couvent où nous vîmes d'iiidulgentes nonnes et des pensionnaires très jolies. Leur teint U]> peu basané n'affaiblissait point le charme de leurs beaux yeux noirs, de leurs blanchesr dents et de l'élé-, ga.nce de leurs tournures. Leur aspect nous consola des deux redoutables grilles qui sépa^ raient le parloir de l'intérieur du couvent.

La mère abbesse, suivi de sa jeune cohorle, arriva gravement derrière la grille, avec le costume , la taille , la figure que nous présentent les portraits d'âbbesses du XlIP siècle; rien ne manquait à cette ressemblance , pas même la crosse : car elle en tenait majestueusement une à la main.

Après les premiers complimens, et lorsque

ou SOUYENIBS. Siy

ce8 dames fucent assises , notre encourageant consul nous dit que suivant l'usage portugais f usage assez étrange , nous pôuvioiis^ à la faveur des grilles et malgré la présence de madame l'abbesse avec. sa crosse, nous montrer aussi galans que nous le voudrions pour son jeune troupeau , parce que de tout temps la dévotion et la galanterie régnaient ensemble sans discorde dans \e» cloîtres du chevaleresque Portugal.

Chacun de nous choisit donc l'objet qui frappait le plus doucement ses regards, et qui semblait répondre avec plus d'obligeance à ^e»

œillades. Ainsi nous parl^imes promptement d'»mouf^ mais très innocemment et très platoniquement , grâce à la présence des deux grilles et de madame Habbesse.

On aura peine à comprendre comment , nos maîtresses ignorant la langue française , et natis ne sachant pas un mot de la langue portugaise, nous pouvions réciproquement nous entendre ; mais rien n'était impossible avec notre officieux consul : il se chargea du rôle d'interprète et nous aplanit ainsi la difficulté première de l'entretien.

Le signal de cette conversation galante fut donné par une jeune pensionnaire , la senhora doua Maria Emegîlina Francisca Genoveva di Marcellos di ConnicuUo di Garbo. Frappée de

Sl6 HÉVOTXIS

la bonne mine; de la physionomie spirituéUeet du costume de Lauzun , qui portait runiforme de hussard^ elle lui jeta^ en souriant, une rose à travers la grille ^ lui demanda son nom y lui présenta un coin de son mouchoir qu'il saisît et qu'elle tendit ensuite, en cherchant à l'attirer à elle, douce vibration qui sembla passer assez vite des mains au cosur.

Nous suivîmes tous avec empressement cet exemple : les mouchoirs voltigèrent rapidement des deux côtés ainsi que les fleurs, et, comme nos jeunesPortugaises nous lançaient des regar^d qui- semblaient annoncer Tenvie de renverser les grilles, nous bous crames obligés de répondre à ces tendres agaceries en leur envoyant des baisers , non sans crainte cependant de paraître trop téméraires à madame l'abbesse. Mais cette plaisanterie ne dérangeait rien à sa gravité , et n'efFrlGiyait point son indulgence. Nous continuâmes alors à imprimer ces baisers *sur le coin des mouchoirs de nos belles , qui à leur toor rendaient très obligeamment ces baisers au bout du mouchoir resté dans leurs mains.

Bientôt nous essayâmes de faire un pM de portugais du peu d'italien que nous savions. Cet essai réussit auprès de nos dames qui nous vtai^ tèrent, de sorte que- la conversation phis directe devint plus vive quoîqu'à moitié comprise^ et

ou souY£Niiis« Sig

kossà quelque repos à notre consulaire inteNprëte^ qui en profita pour causer arec madame Tabbesse.

Enfin ^ cette bontie abbesse se mêla de l'entretien , et , ' s'âpercevant peut-être que notre joie jetait tant soit peu mêlée de surprise, elle .)H3ius dit, par l'entremise du consul , que l'amour pur était fort sigréable au!s: yeux de^Dieu. h Ces M jeunes personnes, ajoutait-elle, auxquelles je » vous laisse oîTrtr îtoç hommages^ s'étant excr^ » dëes à plaire , seront un jour plus aimables ♦) poHf leurs maris -, et celles qui se consacreront •» à la vie i^ligieuse,.aytot exercé la sensibî- ^ Kté de leur àme et la chaleur de leur ima* » gination , aimeront bien plus tendrement la ^ Divinité. D'une autre part, poursuivait-elle, n cette galanterie jadis honorée ne peut être ^ que jfbft utile à de jeunes guerriers. Elle ♦) vous inspirera l'esprit de la chevalerie; elle *) vous excitera à mériter, par de grandes at>- ^ tions, le ^ceur des belles que vous aimez, 9» et à honorer leur choix en vous couvrant de w gloire, n ,

Je ne sais si le consul traduisait fidèlement; mais la chaleur des regards de madame l'abbesse , sa dignité , BOti accent et sa crosse, en me faisant admîtier éen éloquetice > me persuadaient que je me trouvais transporté dans quelque vieille île

5»» ■ lÙHOlRES

enchantée de VArioste et au bon vieux temps (les paladins.

Ainsi ranimé par de tels conseils, je i-edoublai d'ardeur pour ce jeu galant; etTinterpFête de mes feux, le joli mouchoir de la dame de mes pensées , s'agita et voltigea pins que jamais. Elle était moins riche en noms de baptême que 668 compagnes : car la maitresse du prince de BpQglie se nommait dona Eugenia Euphemia Athanasia Marcellina di Antonios di Mello. La mienitc s'appelait plus modestement dona Marianaa Isabella del Carmo, et, dans ce moment, il m'en aurait peu coûté de soutenir coetre tout venant, à grands coups de lance, qu'elle était de toutes la plus jolie.

Comme la variété est l'âme des plaisirs , après les œillades, après les messages des mouchoirs et les baisers portés par les aii's et peu refroidis par les grilles, nous hasardâmes des billets doux. Ile furent introduits par le complaisant oonsul. La bonne abbcsse, les ayant lus sans quitter sa crosse ni sa dignité, permit, en souriant, la libre circulation de ces tendres épitres et des réponses qu'elles nous attiraient.

Je hasardai une chanson, et le prince de Brojlie m'imita. Je ne sais si nos couplets furent embellis ou gâtés par la traduction du consul , mais on parut les trouver charmans.

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Le jour baissait ; madame l'abbesse donna le signal de la retraite. On se fit dç part et d'autre de touchans adieux. Un second rendez-vous fut assigné pour le lendemain ^ et l'on peut croire que nous y fûmes tous très exacts. .

En arrivant au couvent ^ nous trouvâmes la grille ornée de fleurs de toute espèce, et nos dames mille fois plus aimables que la veille« Elles nous donnèrent de la musique. La maitresse du prince de Broglie et celle du duc de Lauzun chantèrent en duo des airs fort tendres/ en s'accompagnant de la guitare.

Fendant ce temps la maîtresse du vicomte de Fleury et la mienne dansaient avec nous : des deux côtés de la grille nous figurions de notre mieux les passes, que cette triste grille nous empêchait d'exécuter réellement; mais ce qu'il y avait peut-être de plus divertissant, était de voir madame l'abbesse qui battait la mesure avec sa crosse.

Dona Euphemia nous fit entendre ensuite une chanson improvisée et à double sens, faisant allusion à la Passion et à celle que Lauzun lui inspirait.

Pour vous faire juger de l'esprit inventif et prompt de notre consul, vous saurez qu'au moment où la distance et l'épaisseur des grilles, s'opposant à nos vœux, avaient arrêté la circu-

lation de nos billets, notre actif interprète, ayant déterré une petite pelle creuse , y embarqua nos lettres qui arrivèrent ainsi doucement à bon port.

On sait qu'en amour , comme en ambition , il est difficile de s'arrêter : la complaisance nous rendit exigeans. Nous demandâmes quelques dons d'amour; nos vœux furent exaucés : nou^ reçûmes, avec de nouveaux billets bien tendres , des cheveux, des scapulaires, que nous attacha-^ mes sur nos cœurs.

A notre tour nous fîmes des présens : nous envoyâmes des anneaux, des cheveux. Lauzun et le vicomte deFleury avaient dans leurspoches leurs propres portraits, qui, je ne sais par quel accident, leur avaient été rendus en France au moment de leur départ ; ils en firent hommage à leurs belles.

Je reçus de Marianna Isabella un scapulaire ; elle m'assura qu'il me porterait bonheur, et que, tant qu'il resterait à mon coUj, je serais à l'abri de tout accident et de toutes maladies. Je lui promis de ne jamais m'en séparer; mais sa prophétie ne se vérifia point : car, peu de jours après, la fièvre me prit, et, comme on le verra bientôt, je fis naufrage sur les côtes d'Amérique et je perdis tous mes bagages.

Nos amours platoniques du parloir inspiré-

ou SOUVENIRS. 325

rent| nous dit- on ^ quelque inquiétude dans la ville; les frères^ les oncles ^ les galans s'alarmèrent. Le bruit se répandit qu'au milieu de ces jeux, nous avions eu la témérité de demander furtivement à nos jeunes pensionnaires le moyen de nous entretenir ensemble sans grille, et de franchir la nuit les murs du jardin. Je ne sais ce qui aurait pu en arriver, et si notre petit roman ne se serait pas terminé, à l'antique mode espagnole et portugaise , par quelques sérénades troublées et par quelques coups d'épée; ce qui est certain, c'est que nous aperçûmes en nous retirant plusieurs hommes à grands manteaux et à larges chapeaux rabattus qui semblaient nous épier.

Quoi qu'il en soit , le vent qui s'élevait, ou la prudence de M. de La Touche, dissipa promptement toute espérance et tcmte inquiétude. Le signal du départ fut donné; trois coups de canon nous rappelèrent à bord, et nous n'eûmes que le temps de revenir dire adieu à nos belles, que nous trouvâmes inconsolables.

Les grilles du parloir étaient attristées par des guirlandes de scabieuses, que nos jeunes dames appelaient fleurs de regret, ou , dans leur langue , saudades. La bonne abbesse avait la lar- ' me à l'œil; je crois même que, pour la première fois de sa vie, elle laissa tomber sa crosse. Gha-

cune ^e nos jeunes senhora nous fit présent d^nne pensée que nous attachâmes à nos cocardes , et d'un mouchoir ^qu'elles mouillèrent de leurs larmes. Enfin nous partîmes avec leur image dand le cœur.

Notre aimable couvent , qui n'aurait peut-être pas été déplacé à t^ôtë des anciens temples d' A* mathonte et de Gnide, m'a jusqu'à présent un peu distrait du tableau politique et moral de Tercère et d'Angra ; mais , au fond , il est si peu intére^ssant qu'une esquisse en quatre lignes suffira.

Si la nature isl fait .de Tercère un paradis terrestre, en dépit d'elle les moines, une ignorante administration et le pouvoir arbitraire en ont fait un pauvre, triste et ennuyeux séjour.

Sur dix ou douze mille habitans on y compte six ou sept cents religieux ou religieuses. La dé^ Yotion s'y inéle au libertinage d'une manière "aussi indécente que ridicule, et rien n'est plus icommun que d'y voir dans la soirée les agace^ ries et les propos lascifs des courtisanes, inter^ rompus par des génuflexions et de nombreux signes de croix lorsqu'on sonne Vangelus. Il y a dans cette colonie des inquisiteurs; on m'a assuré qu'ils ne brûlaient personne et qu'ils se contentaient d'emprisonner les pécheurs et de confisquer leurs biens.

ou 50UVENI.RS. 525

^ Je ue sai^. pas si les Portugais d'Angra mériteoLt leur vieille réputation^ et si on y trouvç^ beaucoup de jaloux ; mais à toutes les fenêtres on n'aperçoit que des jalousies presque toujours en mouvement pour vous annoncer qu'il y a derrière elles des femmes qui aiment ^ voir, et qui désireraient être vues.

Toutes les causes sont portées à unr^tiribuna], qu'on dit assez j^uste ; U est présidé^ par le gouverneur lorsqu'il s'agit d'affaires importantes. Nous allâmes chez ce gouverneur ^ que «pus ne pûmes voir parce qu'il était malade^ Si je- n^ me rappelle pas ses noms^ c'est qu'il eii avait djx ou douze. Monsieur son fils, don Joseph Mendoça^ nous reçut à sa place ; avec toutes les étiquettea du vieux temps ^ dans un palais assez gothique.

Ce qu'il y eut de plus remarquable dans cette iaudience^ ce fut la frugalité des légers rafraî^ chissemens qu'il nous offrit^ la sécheresse de son entretien , l'étrange naïveté de ses questions^, et la bizarrerie dfi son accoutrement. U était paré d'un vieil habit écarlate râpé , galonné d'or^ et d'un énorme chapeau non moins magnifiquement bordé. Une veste à grandes basques d'une couleur bleu tendre et une culotte jaune complétaient sa toilette. U ressemblait plutôt à un acteur d'opéra buffa qu'à un gouverneur de colonie.

5^6 mi^:moires

Une seconde visite ne nous parut pas nécessaire; mais il fut invité à dîner par M. de La Touche. Il vint à bord de l'Aigle et parut s'y amuser; il nous montra quelque instruction enveloppée dans un baragouin presque inintelligible et qu'il croyait français. Au reste, comme il était jeune et jovial, il réjouît beaucoup l'équipage en faisant l'exercice d'une maniérç assez gauche, et nous étourdit d'une façon presque insupportable en prenant un tambour qu'il battit impitoyablement avec deux de ses courtisans pendant une demi-heure, assurant que c'était l'instrument qu'il aimait le mieux. Le dénouement de sa petite campagne maritime ne fut pas heureux : car , en nous quittant , effrayé par un roulis violent, il posa maladroitement sa main sur le bord du canot , qui , venant alors à heurter rudement l'escalier de la frégate , lui écrasa le pouce.

Nous ne pensâmes pas long-temps à ce pauvre gouverneur; mais, après avoir perdu de vue l'archipel des Açores , nous rêvions encore souvent à madame i'abbesse et à son joli troupeau.

Les scènes galantes du parloir d'Angra que je viens de retracer fidèlement, et dont le prince de Broglie fit aussi une petite relation que j'ai vue , frappèrent tellement l'imagination du duc de Lauzun qu'elles échauffèrent sa verve , et

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qu'il en Gt le sujet d'un petit drame héroï-comique, dont le titre était te Duc de Marlhorough.

Nous comptions continuer à cingler vers le midi pour chercher les vents alizés, et ee ne fut pas sans surprise que nous vîmes M. de La Touche diriger notre marche vers le nord-ouest j nous ne tardâmes pas à savoir la cause de cette soudaine résolution.

Indépendamment des deux millions cinq cent mille livres que l'Aigle portait en Amérique, M. de La Touche était chargé de dépêches qu'il ne devait ouvrir qu'à la hauteur des Açores.

Or jugez quels durent être son repentir et son inquiétude, lorsqu'en ouvrant ces dépèches, il lut l'ordre de faire la plus grande diligence, d'éviter tout combat et toute poursuite qui aurait pu le retarder, parce que ces dépèches contenaient le plan des opérations d'une nouvelle campagne , et qu'on voulait que ce plan parvînt sous le plus href délai au comte de Rochamheau , ainsi qu'au chef de nos forces navales, le marquis de Vaudreuil, qui nous attendait dans un des ports de l'Amérique septentrionale.

Honteux trop tardivement d'avoir navigué avec tant de lenteur pour remorquer le vaisseau •narchand qui portait sa maîtresse, et d'avoir donné chasse sans nécessité à tous les bâtimeus

qu'il avait aperçus , M. de La Touche crut réparer le temps perdu en se dirigeant par le plus court chemin vers les côtes américaines. L'événement prouva qu^il se trompait : car le vaisseau marchand qu'il abandonna , ayant poursuivi sa route jusqu'aux Canaries^ où il trouva les vents alizés^ arriva, favorisé par eux, le même jour que nous a l'embouchure de la Delaware.

Des câlines, trop fréquéns dan» cette saison, nous firent pefdre plus de quinze jours. Dans le reste de nôtre traversée , nous évitâmes avec soin tout ce qui pouvait ralentir notre course. ^ ' Nous ne fîmes qu'une seule prise , qui passait si près de nous que nous ne pûmes nous empêcher de profiter de cette occasion. C'était un pauvre petit 'bâtiment anglais qui n'avait d'autre chargement que des pommes et des fruits; mais au milieu d'une longue navigation , privés d'eau et de rafràîchissemens , une telle prise semble un trésor.

Tous les soirs de très bonne heure nous éteignions nos feux pour qu'aucun navire ne nous aperçût : car nous étions avertis qu'une escadre anglaise devait chercher à s'opposer à notre marche et à intercepter les deux millions dont nous étions chargés. Cependant ces précaution^ ne purent, comme bri va le voir, nous ëmpê-

ou SOBVEIÏfRS. 329

cher de soutenir un combat très Vîf avec un vaisseau de guerre , combat roiémorable et qui fit beaucoup d'honneur aux commandant de nos frégates ainsi qu'à nos équipages.

Nous étions à la hauteur des Bermudes , lors^ qu^au milieu de la nuit du 4 ^u 5 septembre^ nous entendîmes sur la mer quelques cris plain-» tifs; c'était la voix d'un homme qui nageait et se débattait contre les flots. Il faisait partie de l'équipage de P Aigle; étant monté sur une vergue^ un roulis l'avait fait tomber dans l'eau sans que ses compagnons s'en fussent. aperçus. Par un bonheur très rare nous nous trouvions alors si directement dans les eaux de F Aigle , que nous passâmes près d« cet infortuné. Aussitôt , ayant fait allumer des fanaux , nous mîmes un canot à la mer, et nous parvînmes à sauver ce malheureux matdot.

Nos feux s'éteignirent de nouveau, et tout rentrait dans le calme ainsi que dans l'obscurité, lorsque l'officier de quart nous' avertit qu'au travers des ombres de la nuit , il apercevait un bâtiment qui arrivait sur nous et qui déjà s'en trouvait très proche.

Aussitôt on sonna le branle -bas : nous nous levâmes, nous nous armâmes précipitamment; en moins de trois minutes les hamacs, les meubles s'enlevèrent , les cloisons sautèrent , les

33o MÉMOIRES

batteries se nettoyèrent; chacun courut à son poste , et tout fut prêt en cas de combat.

Cette diligence en effet était très néces^ire. L'obscurité était si épaisse qu'on ne distingua bien ce bâtiment qu'au moment où il fut à portée de fusil de nous. Il régnait peu de veDt; mais y comme ce bâtiment et notre frégate couraient à bord opposé ^ la distance qui nous séparait diminuait à chaque instant.

Nous n'avions à bord de la Gloire que de mauvaises lunettes de nuit. Ainsi, jugeant mal les dimensions du vaisseau qui venait à nous , nous le prîmes d'abord pour un navire marchand.

Cependant r Aigle y qui était au vent à nous, et qui avait de meilleures lunettes, s'approcha, et M. de La Touche nous cria de nous éloigner j^ parce que ce bâtiment était un vaisseau de guerre; le bruit des flots nous empêcha de distinguer ses paroles.

Cependant le navire qui venait sur nous, tira pour nous héler un coup de canon à boulet; il était déjà tard pour profiter de l'avantage du vent et pour nous éloigner; d'ailleurs le navire inconnu , étant alors par notre travers , et nous tirant un second coup de canon, nous empêcha de continuer notre conversation avec V Aigle; nous ne nous occupâmes qu'à répondre par des coups de canon à ceux qu'on nous avait tirés.

ou s.otrvEiNiRs. 55i

Dans le même temps P Aigle y qui croyait que nous avions entendu son avertissement, tenait lèvent, ets'était déjà considérablement éloigné; mais , s'apercevant enfin que nous ne le suivions pas, M. de La Touche fit tirer cinq coups de canon, qui étaient le signal convenu pour le ralliement. Dans ce moment, le bâtiment, qui nous approchait i ayant illuminé une de ses batteries , nous vîmes clairement que c'était au moins une frégate.

Notre commandant se trouvait dans une po^ sition très critique : en n'obéissant pas à Tordre de ralliement, il courait risque d'être accusé d'avoir méconnu par jalousie l'autorité de M. de La Touche, son chef; mais, pour exécuter cet ordre , il fallait présenter l'arrière au bâtiment qui nous avait hélés, et s'exposer au feu de toute sa batterie.

Cependant M. de Vallongue se décida à obéir, en disant que cet acte de soumission pourrait nous coûter cher. En effet, après avoir viré de bord , nous eûmes à peine présenté la poupe à l'ennemi, que nous reçûmes toute sa bordée de l'arrière à l'avant : ce qui nous causa de grandes pertes.

Rien n'était plus pressé que de sortir d'une si mauvaise position : c'est ce que nous fîmes avec beaucoup de célérité , grâce à un officier de la

que les officiers qui étaient avec lui , crièrent à l\abordage avec tant d'audace et d'ardeur , que le capitaine ennemi coupa les câbles qui l'attachaient à V Aigle.

Ce capitaine avait ^ dit-on , été blessé par notre feu; d'ailleurs son équipage était faible. Le vaisseau avait beaucoup de malades , et portait un assez grand nombre de prisonniers français.

U Aigle y étant dégagé, fit feu si heureusement qu'un de ses boulets de vingt-quatre brisa le gouvernail de V Hector. Dès ce moment, VAi'^ gUy s'étant placé à une plus grande distance^ continua à le canonner dans sa hanche.

Pendant ce temps , revenant au combat , et ayant passé par le travers de V Hector^ et reçu sa bordée, comme nous vîmes qu'il ne pouvait plus manœuvrer , nous nous postâmes en arrière de lui, et nous le canonnâmes à notre aise de la poupe à la proue, tandis qu'il ne pouvait plus nous répondre que par deux petits canons de retraite.

Ainsi favorisés par le sort , nous espérions nous rendre maîtres de V Hector; mais , au point du jour, ayant vu â l'horizon beaucoup de voiles , nous déployâmes toutes les, nôtres et nous nous éloignâmes. Nous sûmes depuis que V Hector j accueilli par une tempête, avait coulé bas quelque temps après, et qu'un bâtiment américain^

ou â'OUV'EKÏRS. S53

întrëpidité; avec un porte-vaîx , îl cria au capitaine du vaisseau qu'avant de continuer à s'égorger, il fallait savoir si on était ami ou ennemi.

En conséquence il demanda si le vaisseau était anglais ou français, et, le capitaine de PIfector ayant répondu qu'il était anglais, M. de Vallongue lui cria audacieusement : Strike jour colour; amenez votre panlion. Yes , jes , m do; . ouij oui y répondit ironiquement le capitaine ,/e vais le faire , et une terrible bordée compléta sa réponse. Nous ripostâmes, et l'affaire continua vivement.

Dès le commencement du combat, U Aigle j qui s'était décidé à nous secourir, arriva, vent arrière, sur nous, mais lentement à cause du peu de \eni; de sorte qu'avant sa jonction, nous avions soutenu trois quarts d'heure le feu ennemi.

Dès que nous vîmes arriver cette frégate, nous lui fîmes place , et nous nous éloignâmes pour tâcher de réparer les dommages des boulets ennemis, qui nous faisaient faire eau en plusieurs endroits.

L^ Aigle combattit à son tour vaillamment, et de si près que les canonniers des deux bords se battaient à coups de refouloir. Une vergue du vaisseau s'accrocha à une vergue de la frégate , et dans oet instant le baron de Vioménil, ainsi

nes^ des plaintes des blessés, du bruit que fai* saient en tombant les vergues, les cordages et les poulies brisées, on retrouvait encore toute la gaifé française.

Alexandre de Lameth et moi nous étions debout sur le banc de quart, au moment du phis grand feu de l'ennemi. En passant devant nous, M. de Yallongue tomba jusqu'à la moitié du '' corps dans l'écoutille, que par mégarde on avait laissée ouverte : croyant qu'il était atteint et coupé en deux par la bordée anglaise, nous nous précipitâmes en bas du banc pour le secourir, et, après l'avoir relevé, nous nous félicitâmes mutuellement de le trouver sain et sauf.

Près de nous se trouvait le baron de Montesquieu : depuis quelque temps nous nous amusions à le plaisanter relativement au mot de liaisons dangereuses qu'il nous avait entendus prononcer, et, malgré toutes ses questions et ses instances, nous n'avions jamais voulu lui expliquer que c'était le titre d'un roman nouveau, alors fort à la mode en France.

Dans le moment où nous étions tous en groupe, une bordée de F Hector lança sur nous un boulet ramé : on sait que cet instrument meurtrier se compose de deux boulets joints par une barre de fer. Ce boulet ramé vint avec violence briser une partie du banc de quart ^

ou SOUVENIRS. 537

d'où nous venions de descendre: Le comte de Lomënie, qui était alors à côté de Montesquieu, le lui montrant, lui dit froidement: « Tu veux » savoir ce que c'est que les liaisons dangereu-^ » ses? eh bien! regarde, les voilà, w

Autant nous avions été attristés jusque-là par la lenteur de notre navigation, autant désormais l'heureuse issue de notre combat et l'approché du terme de notre voyage nous rendaient joyeux* Le n septembre, nous découvrîmes la terre; nous n'en étions qu'à cinq lieues. La côte était en cet endroit fort basse, et nous ne distinguâmes d'abord que quelques arbres qui semblaient sortir de l'eau.

Nous reconnûmes bientôt le cap James , qui forme la pointe sud de l'enlrée de la baie de la Delaware, et nous nous dirigeâmes avec difficullé vers cette baie, parce qu'elle nous restait au nord-ouest, d'où précisément le vent venait. Cependant nous nous croyions au moment d'atteindre notre but, et nous ne prévoyions pas qu'il nous faudrait échouer au port. En approchant de la baie, nous aperçûmes une corvette qui en sortait, et, au large sous le vent, nous vîmes plusieurs gros bâtimens que nous jugeâmes Vàtimens de guerre anglais.

La corvette, qui était aussi anglaise, nous prit apparemment pour des frégates de sa naCion

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