‹ Mémoires, ou Souvenirs et anecdotes (vol.2) (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · ME MOI UES · texte numérisé non relu

ME MOI UES

main appuyée sur une colonne ; son air majestueux, la dignité de son maintien, la fierté de son regard, sa pose un peu théâtrale, en me frappant de surprise , achevèrent de troubler ma mémoire.

Heureusement, au lieu de tenter des efforts inutiles pour la réveiller, je pris soudainement le parti d'improviser un discours, dans lequel il ne se trouvait peut-être pas deux mots de celui qui avait été communiqué à l'impératrice, et pour lequel elle avait préparé sa réponse.

Une légère surprise se peignit sur ses traits; ce qui ne l'empêcha pas de me répondre sur-le-champ avec autant d'affabilité que de grâce, en ajoutant même à sa réponse quelques paroles personnellement obligeantes pour moi.

Ayant ensuite reçu et remis au vice-chancelier ma lettre de créance, elle m’adressa différentes questions sur la cour de France, et sur mon voyage à Berlin et à Varsovie. Elle me parla aussi de M. Grimm et de ses lettres, dans le dessein probable de me laisser entrevoir les dispositions favorables que cette correspondance lui avait inspirées, relativement au nouveau ministre de France accrédité prés d elle.

Depuis, lorsque cette princesse m'eut admis

oü soupentes. 2 1 7

dans son intimité, elle me rappela cette audience « Que vous est-il donc arrivé, me dit-elle, monw sieur le comte, la première fois que je vous ai » vu, et par quelle fantaisie avez vous soudaine* ruent changé le discours que vous deviez m a- >* dresser ? ce qui m’a surprise et forcée à changer » aussi ma réponse. »

Je lui avouai que je m étais senti un moment troublé en présence de tant de gloire et de majesté. «Mais, madame, ajoutai-je, je pensai » promptement que cet embarras, très simple » pour un particulier, n’était nullement conve- » nable a un représentant du roi de France; ce fut ce qui me décida , au lieu de tourmenter ma » mémoire, à vous exprimer, dans les termes qui » vinrent les premiers à mon esprit, les sentiinens » de mon souverain pour votre majesté, et ceux » que m’inspiraient votre renommée et votre « personne. »

« Vous avez bien fait,me répondit-elle ; chacun » a ses défauts; moi, je suis très sujette à prévenir tion: je me souviens qu'un de vos prédécesseurs, » le jour qu’il nie fut présenté, se troubla telle- » ment qu’il ne put me dire que ces mots : Le roi

» mon maître . J’attendais le reste; il redit

» encore : Le roi mon . et n’aila pas

m éruojnrs

» plus loin; enfin, la troisième fois, venant à son

secours, je lui dis que depuis long-temps je n connaissais l'amitié du roi son maître pour moi. » Tout le monde nia assuré que c’était un homme » d'esprit, et cependant sa timidité me laissa tou- » jours contre lui une prévention injuste, et que » je me reproche, comme vous le voyez, un peu » tardivement »

Le même jour je fus présenté au grand-duc Paul Petrowitz, à la grande-duchesse, et à leur fils le grand-duc Alexandre, depuis empereur, qui vient de mourir après un régne glorieux. C’était la première fois que ce prince, âgé de sept ans , recevait un ambassadeur et écoutait une harangue. Tai toujours trouvé très ridicule Frisage d’adresser de graves paroles à un enfant; aussi je ne lui dis que quelques mots sur son éducation, et sur les espérances qu’on en concevait*

Un de nos célèbres magistrats fit un jour beaucoup mieux; je crois que c était M. de Malesherbes* Chargé, à la tète d’une cour souveraine, de haranguer nn dauphin au berceau, et qui, loin de pouvoir entendre une parole, ne savait encore que crier et pleurer pour exprimer ses désirs et ses douleurs, il lui dit seulement ; u Puisse, mon- » seigneur , votre altesse royale, pour le bon-

„ heur de la France et le sien , se montrer ton- » jours aussi insensible et sourde au langage de » la flatterie, qu’elle l’est aujourd’hui an discours » que j’ai l'honneur de prononcer devant elle ! »

L’accneil du grand-duc Paul et de la grandeduchesse lut obligeant pour moi. Les hommages qu’ils avaient reçus en France récemmuit, les disposaient favorablement pour tout Français ; et, lorsqu’ils m’admirent plus particulièrement dans leur société, je fus à portée de connaître toutes les qualités rares, qui, à cette époque, leur méritaient l’affection générale.

J'ai dit leur société, parce qu’en effet, si Ion en excepte les jours de représentation, leur cercle, quoique assez nombreux, semblait, surtout à la campagne, plutôt une aimable société qu’une cour gênante. Jamais famille particulière ne fit avec plus d’aisance , de grâce , de simplicité, les honneurs de sa maison : diners, bals, spectacles et fêtes, tout y était marqué à l’empreinte de la plus noble décence, du meilleur ton et du goût le plus délicat.

La grande-duchesse, majestueuse, attable et naturelle, belle sans coquetterie, aimable sans apprêt, donnait l'idée de la vertu parée. Paul cherchait à plaire; il était instruit; on remarquait

en lui une grande vivacité d’esprit et une noble élévation dans le caractère-

Mais bientôt, et sans qu'il fût nécessaire d’une longue observation, on apercevait dans tonte sa personne ? et principalement lorsqu’il parlait de sa position présente et future f une inquiétude, une mobilité3 une méfiance, une susceptibilité extrême, enfin ces bizarreries qui dans la suite furent les causes de ses fautes, de ses injustices et de ses malheurs*

Dans tout autre rang où ce prince se fut trouvé placé, il aurait pu faire des heureux et l’être lui-même; mais, pour un tel homme, le trône, et surtout celui de Russie, ne devait être qu’un écueil redoutable, sur lequel il ne pouvait monter sans s’attendre à en être bientôt et violemment précipité-

Sujet à Fengouement, il se passionnait pour quelqu’un avec une singulière promptitude, l’abandonnant et l'oubliant ensuite avec une égale facilité- J/histoire de tous les czars détrônés ou immolés était pour lui une idée fixe et toujours présente à sa pensée- Ce souvenir revenait comme un fantôme qui, l’assiégeant sans cesse, troublait les lumières de son esprit et offusquait sa raison*

Avant de commencer le cours de mes négocia-

aai

tions, et n’ayant d’ailleurs pour le moment aucune affaire urgente à traiter, je m’appliquai exclusivement à connaître les personnages les plus influens de la cour, et à étudier les mœurs ainsi que les usages des habitans de cette capitale du Nord, si récemment créée, si peu connue encore par la plupart de mes compatriotes, et dans laquelle je me trouvais transplanté pour plusieurs années.

Assez de voyageurs et d’auteurs de dictionnaires ont décrit et détaillé les palais, les temples, les nombreux canaux, les riches édifices de cette cité, étonnant monument du triomphe remporté par un homme de génie sur la nature.

Tous ont dépeint la beauté de laNéva, la richesse de ses quais de granit, l’imposant coup d’œil du port de Cronstadt, la triste magnificence du palais et des jardins de Pétershoff, situés sur les bords de la mer de Finlande, et qui inspirent aux voyageurs une double mélancolie, en les portant à méditer à la fois sur les orages d’une vaste mer remplie d’écueils, et sur ceux qui enlourent un despotisme sans limites et un trône colossal sans barrière; car, malgré tous les prestiges du luxe et des arts, là où on ne voit aucune borne à l’autorité, il ne peut exister, de

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quelque beau nom qu'on les décore, qu'un martre et des esclaves.

Un grand et bon prince peut répandre sur un tel empire quelques rayons de lumière et de bonheur; mais ce prince, ainsi que le disait l'empereur Alexandre a madame de Staël, nrst luimême qiiim accident heureux *

La route qui conduit de Pétershoff à Pétersbourg offre un aspect plus riant; elle est bordée des deux cotés par d'élégantes maisons de plaisance, par de beaux jardins, où la noblesse de la capitale vient chaque année, pendant les chaleurs passagères d’un été trop court, se faire illusion sur les rigueurs de cet âpre climat, illusion favorisée par la verdure constante des arbres et des gazons , dont un sol primitivement marécageux entretient la fraîcheur, jusqu'au moment où Timpitoyable neige vient les ensevelir*

L’aspect de Pétersbourg frappe l’esprit d’un double étonnement: il y trouve réunis l’âge de la barbarie et celui de la civilisation, le dixième et le dix-huitième siècles, les mœurs de l’Asie et celles de l'Europe, des Scythes grossiers et des Européens polis, une noblesse brillante, fière, et un peuple plongé dans La servitude*

U 1 un côté des modes élégantes, des babils ma-

ou sotrvEXins.

goifiqaes, des repas somptueux, des fêtes splendides, des théâtres pareils â ceux cpii embellissent et animent les sociétés choisies de Paris et de Londres; de l’autre des marchands en costume asiatique, des cochers, des domestiques, des paysans vêtus de peaux de mouton , et portant de longues barbes, des bonnets fourrés, de longs gants de peau sans doigts, et des haches suspendues à une large ceinture de cuir.

Cet habillement ? et les épaisses bandes de laine qui forment autour de leurs pieds et de leurs jambes une espèce de cothurne grossier, font revivre à vos yeux ces Scvthes, ces Daccs,cesRoxolans, ces Gotlis, jadis f effroi du monde romain. Toutes ces figures demi-sauvages que Ton voit à Rome sur les bas-reliefs de la colonne Trajane, semblent renaître et s’animer à vos regards.

On entend encore cette meme langue, ces mêmes cris qui, tant de fois retentissant dans les échos du mont Hémus et dans ceux des Alpes, avaient fait souvent reculer les légions des Césars de Rome et de Byzance; mais en même temps, lorsqu en conduisant leurs barques ou leurs voitures, ils frappent les airs de leur chant assez mélodieux, quoique monotone et presque plaintif, on s’aperçoit que ce n’est plus dans le

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pays des Scythes indépendans qu’on se promène; mais dans celui des Moscovites, dont une longue servitude , d'abord sous les Tartares et ensuite sous les boïards russes, a courbé la tète et abattu la fierté, sans cependant détruire leur vigueur antique et leur bravoure native.

Quand on entre dans leurs maisons, hors des villes, on reconnaît la simplicité des vieilles mœurs rustiques : l’agreste bâtiment est composé de troncs d’arbre couchés et croisés les uns sur les autres; une petite lucarne sert de fenêtre; un large poêle remplit la chambre étroite, qui n'a d'autres meubles que des bancs de bois.

En évidence se trouve limage d’un saint bizarrement et grossièrement peinte ou sculptée au milieu d’un large cadre de métal : c'est à cette image qu'avant de saluer le maître du logis, on doit rendre un premier hommage.

Le gruau, quelques viandes rôties, voilà leurs mets habituels; l'hydromel ou un peu de farine fermentée dans l’eau avec de la menthe, telle est leur boisson; malheureusement ils y ajoutent trop souvent de grands gobelets d’eau-de* vie de grains, dont un palais européen ne pourrait soutenir l'âpreté*

Les marchands des villes, quand ils sont de-

venus riches * étalent quelquefois à leur table un luxe sans goût et sans mesure; ils vous servent d’effroyables piles de viande, de volailles, de poissons, d'œufs, de pâtisseries entassées sans ordre, offertes aux convives avec importunité, et capables par leur masse d’effrayer les estomacs les plus intrépides*

Le mobile qui aiguillonne et vivifie tout, IV tnour-propre, le désir de s’élever et de s’enrichir pour multiplier leurs jouissances, manquant presque généralement à tous les serfs de ce vaste empire, rien n’est plus uniforme que leur vie, plus simple que leurs mœurs, plus borné que leurs besoins, plus constant que leurs habitudes.

Chez eux toujours le lendemain ressemble à la veille j rien ne varie : leurs femmes mêmes, avec leur parure orientale et le venu il ton dont elles couvrent leurs jones, parce que chez eux le mot krasnoy, rouge, signifie beauté , portent encore aux jours de fêtes les memes voiles galonnés et les mêmes bonnets tissus en petites perles, dont elles ont hérité de leurs mères et qui paraient leurs bisaïeules.

Le peuple russe, végétant dans l’esclavage, ne connaît pas le bonheur moral ; mais il jouit d’une sorte de bonheur matériel : car ces pauvres serfs,

certains d’être toujours nourris, logés, chauffés par le produit de leur travail ou par leurs seigneurs, et étant à l’abri de tous besoins, n’éprouvent jamais le tourment de la misère ou l’effroi d’y tomber; funeste plaie des peuples policés, mille fois plus heureux cependant, parce qu’ils sont libres.

Les seigneurs, en Russie, ont sur leurs serfs une autorité de droit presque sans limites, mais il est juste de dire que de fait presque tous usent de ce pouvoir avec une extrême modération; par radoucissement graduel des moeurs, l’esclavage des paysans redevient peu k peu ce qu’était autrefois en Europe la servitude de la glèbe. Chacun paie une redevance modique pour la terre qu’on lui donne à cultiver, et la répartition de ce tribut est réglée dans chaque village par des vieillards choisis entre les pères de famille.

Si Ton cesse d’observer cette innombrable classe de la population moscovite, qui n’a point encore fait un pas hors des ténèbres du moyen âge, et si, franchissant plusieurs siècles, on tourne ses regards vers la partie noble, riche et polie de la nation russe, un tout autre spectacle frappe et fixe l'attention.

Ici je dois avertir que je trace l’esquisse de la

ou souvenirs. as7

société russe, telle qu'elle était ü y a quarante ans. Depuis cette époque tout a changé; les progrès en tout genre ont été rapides , et toute cette jeunesse, que les armes et le désir de s'instruire ont poussée et répandue dans toutes les villes et les cours de l'Europe, prouve à quel point les arts, l'urbanité, le goût, les lettres se sont perfectionnés dans un empire qui passait encore, dans les premiers temps du règne de Louis XY, pour inculte et barbare.

Au moment où j'arrivais à Pétersbourg, il restait dans cette capitale, sous les formes extérieures d'une civilisation européenne, beaucoup de vestiges des temps antérieurs ; et , au milieu d'une élite peu nombreuse de seigneurs et de dames qui s'étaient instruits, qui avaient voyagé, et ne se montraient sur aucun point inférieurs aux personnes les plus aimables des cours les plus brillantes,, on en voyait encore plusieurs, et c'étaient les plus âgés, dont l'accent, la physionomie, les habitudes, l’ignorance et l'entretien stérile, tenaient plus à l'époque des boyards et des czars qu'à celle de Catherine IL

Cependant ce n'était qu'après quelqu'examen qu’on pouvait faire cette distinction; à la superficie, cette différence n’était pas sensible : depuis

un demi-siècle tous s’étaient habitués à copier les étrangers, à se vêtir, à se loger, à se meubler, k se nourrir, h s’aborder, a se Saluer, à faire les honneurs d’un bal et. d'un dîner, comme les Français, les Anglais* et les Allemands*

Tout ce qu’exigent la politesse et la décence était iléja parfaitement imité* La conversation seule et ta connaissance de quelques détails intérieurs marquaient la séparation du Moscovite antique et du Russe moderne*

Les femmes avaient devancé les hommes dans cette marche progressive : on voyait déjà un grand nombre de dames élégantes, de jeunes filles remarquables par leurs grâces, parlant également bien quatre ou cinq langues, jouant de plusieurs instKimens, et familières avec les ouvrages des poètes et des romanciers les plus célébrés eu France, en Italie et eu Angleterre; tandis que, hors une centaine d’hommes de la cour, tels que les Roman zoff, les Razoumowski, les StrogonofF, les Sdiouwaloff, les Woronzoff, les Kourai;in, Gallitzin, Dolgorouki, etc*, la plupart se montraient peu communicatifs, taciturnes, cependant polis, mais graves et froids; et, en apparence au moins, assez étrangers à tout ce qui existait hors de leur pays*

ütl SGUYEKIJtS.

An reste, les usages introduits par Catherine rendaient alors la vie de Pétersbourg et la société si agréablesj qu'elles n’ont pu que perdre aux changera ens amenés par le temps. Hors les jours de gala, les dîners, les bals, les cercles, loin de ressembler à ce qu’on appelle .aujourd’hui des moûts , vrai chaos ou siègent le désordre et l'ennui, étaient peu nombreux , bien choisis et sans mélange.

La parure, qui ressemblait à celle des personnes de la cour de Versailles, était, à la vérité, moins commode que les fracs, les bottes et les chapeaux ronds; mais elle contribuait à entretenir la décence, la galanterie, la noblesse des maniérés et T urbanité.

Comme les repas avaient lieu de bonne heure, les après-midi étaient consacrées à remplir des devoirs de société, et à entretenir, par des visites régulières, l’activité de petits cercles ou l'esprit et le goût se formaient par une conversation douce, agréable et variée. Là, je reconnaissais en quelque sorte l’image de ceux où féprouvais tant de charme à Paris.

Ce qui nie paraissait seulement trop magnifique et fatigant, c’était le grand nombre de fêtes obligées non-seulement à la cour, mais dans la so*

ciété : l’usage était de célébrer le jotir de nais* sance et le jour de patron de chaque individu que F on connaissait* y manquer eût été une impolitesse; celui qu'on fêtait réinvitait personne, mais sa porte était ouverte, et tous ceux qui avaient quelques liaisons avec lut y accouraient en foule.

On voit par là combien, pour conserver un tel usage, il fallait que les grands seigneurs russes possédassent de richesses, étant presque contraints de tenir si souvent chez eux une sorte de cour plénière.

Un autre genre de luxe fort incommode pour la noblesse, et qui doit un jour la ruiner si elle n r y met ordre, c’est le nombre prodigieux de domestiques qu elle nourrit Ces domestiques, tirés de la classe des paysans, regardent le service de la maison comme une sorte d’élévation et de faveur; ainsi, par un étrange préjugé, car les serfs ont aussi les leurs, ils se croiraient punis et presque dégradés si on les renvoyait aux champs.

Or les hommes et les femmes de cette condition se marient dans la maison, et la peuplent tellement qu’il n'est pas rare de voir un grand seigneur chargé de quatre ou cinq cents domestiques de tout âge et de tout sexe, qu’il se croit

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obligé de garder, quoiqu'il ne puisse les occuper à rien.

Je ne fus pas moins surpris d'un autre usage introduit par la vanité : toute personne, au-dessus du rang de colonel, devait avoir, suivant son grade, sa voiture attelée de quatre ou six chevaux , conduite par un cocher à longue barbe et en robe, avec deux postillons.

Le premier jour que je m’y conformai, ayant à faire une visite citez une dame habitant l’hôtel qui touchait au mien, mon postillon était déjà entré sous sa porte, que ma voiture était encore sous la mienne.

L’hiver on ôte les roues des voitures; on place celles-ci sur des patins égaux en hauteur aux roues; et, comme les rues sont larges , couvertes de trois ou quatre pieds de neige bien battue et ressemblant au sable le plus uni, le plus ferme et le plus fin, rien n’égale la rapidité avec laquelle on court ou plutôt on glisse, en parcourant cette belle ville,

Lai déjà parlé de la modération avec laquelle les seigneurs russes exerçaient sur leurs paysans esclaves une autorité qui légalement n’a point de limites. Pendant mon long séjour en Russie, plusieurs exemples d’attachement de ces paysans à

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