‹ Mémoires, ou Souvenirs et anecdotes (vol.2)Chapitre 15 sur 20 · M EMOI R ES · texte numérisé non relu

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isolée, entourée de plantations de divers genres et cultivées avec soin* Je ne fus pas peu surpris lorsqu'un homme, qui se tenait sur le pas de la porte de cette maison, nous invita poliment et en très bon français à y entrer.

Comment s’attendre à trouver là un compatriote? C’en était un cependant; né a Bayonne, il s’était embarqué sur un vaisseau marchand qui avait péri sur la côte de Caracas. Ayant sauvé son argent et quelques effets, il avait voulu voyager dans F intérieur, de ces provinces.

Arrivé dans le lieu ou nous nous trouvions, il était devenu épris d’une fille indienne, et s’était marié avec elle. Se faisant agriculteur ? maçon, architecte, il s’était créé une jolie habitation, une nombreuse famille, et, par souvenir des habitudes de son pays et de la profession de son père, ï! avait mis une enseigne k sa maison, et se disait aubergiste, quoiqu’il ne vit peut-être pas quatre voyageurs par an lui demander Fhospitalité-

Sa femme était belle encore, malgré sa couleur de cuivre très prononcée. Cette couleur des Indiens, contrastant avec leurs longs cheveux noirs, est d’autant moins désagréable que leurs traits sont réguliers, et qu’ils n’ont point le nez épaté ni les lèvres grosses comme les nègres.

Ayant lait ainsi un assez bon dîner à la Iran-

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çaise, et ne pouvant tirer (pie peu de parti de l'entretien de notre hôte, dont l'esprit avait pris toute F indolence des indigènes, nous remontâmes sur nos mules, et nous arrivâmes le soir k la Vit» toria, Tune des plus jolies villes de ces contrées, et qui est distante de Maracay d'environ douze lieues. Trois nulle habitans composaient sa population^ on y voyait régner une activité de commerce très-rare alors dans cette partie du monde.

Le lieutenant de roi, qui commandait dans cette ville, s’appelait M. Prudom Gomme il aimait beaucoup â causer, et en trouvait peu roccasion, notre apparition fut une fête pour lui : aussi nous fit-il * avec beaucoup d'obligeance , les honneurs de sa ville.

Son instruction était assez étendue, son humeur confiante, son caractère assez frondeur. Lu quelques heures il nous apprit plus de choses sur la situation de son pays, quun long voyage n'aurait pu nous en faire connaître.

Son humeur faisait un parfait contrasté avec celle de don Félix, que nous venions de quitter ; celui-ci gémissait. comme Héraclife, des ténèbres répandues par l'inquisition, de l’oppression sous laquelle languissait sa patrie, et des orages futurs qui la menaçaient. M. Pnulon, au contraire, en vrai Démocrite, se moquait de la superstition , tournait en ridicule l’ineptie des gouvernans,

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