‹ Mémoires, ou Souvenirs et anecdotes (vol.2)Chapitre 2 sur 20 · MÉMO TR ES · texte numérisé non relu

MÉMO TR ES

C]U en apparence : il y avait plus de familiarité que d égalité.

Les parlemens, bravant le pouvoir, mais avec des formes respectueuses, étaient devenus presque républicains sans s’en douter, et ils sonnaient eux-mêmes Fheuï% des révolutions, en croyant ne suivre que les exemples de leurs prédécesseurs, lorsque ceux-ci résistaient au Concordat de François I er et au despotisme fiscal fie Mazarin.

Les chefs des vieilles familles de la noblesse, se croyant aussi inébranlables que la monarchie, dormaient sans crainte sur un volcan. L'exercice de leurs ciiarges > les promotions , les fiveurs ou les froideurs royales, les nominations ou les renvois de ministres, étaient les seuls objets de leur attention , les motifs de leurs mouvemciis, les sujets de leurs entretiens. Indifférons aux vraies affaires de iLtat comme aux leurs, ils laissaient gouverner les unes par les intendans de province, comme les autres par leurs propres iiitendarïs; seulement ils regardaient d’un œil chagrin et méprisant les changemens de costumes qui ^introduisaient, fabîmdon des livrées, la vogue des fracs et. des modes anglaise.

Le clergé, fier de son crédit et de ses richesses, était loin de croire son existence menacée; mais il s irritait contre la hardiesse des philosophes, et, quoiqu’une partie des membres de ce corps

OV SOUVENIRS

se mêlant trop à la société, participât en quelque sorte aux mœurs nouvelles* ne se bornant pas à attaquer la licence , il s efforçait inutilementue repousser des vérités que la disparition des ténèbres rendait palpables à tous les yeux, et iîs’obstinait à faire respecter de vieilles et puériles superstitions, frappées à mort par le flambeau de la raison et par les armes légères du ridicule*

Au reste, comme chacun se ressent de 1 atmosphère de son siècle, ce meme clergé avait adouci ses austérités , qui rendaient la lin du règne de Louis XIV si triste; il laissait tomber en désuétude les édits persécuteurs contre les protestons , cause do tant de honte et de dommage pour la France, et ses débats acharnés sur Jansémus et Mülmu.

Pour nous, jeune noblesse française, sans regret pour le passé, sans inquiétude pour l'avenir, nous marchions gaîmcnl sur un tapis de fl etirs qui nous cachait un abîme. Rians frondeurs clés modes anciennes, de borgneit féodal de nos pères et de leurs graves étiquettes, tout ce qui était antique nous paraissait gênant et ridicule* La gravite des anciennes doctrines nous posait. Là philosophie riante de Voltaire nous entraînait en nous amusant. Sans approfondir, celle des écrivains plus graves , nous radmirions comme empreinte de courage et de résistance au pouvoir arbitraire.

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