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L’usage nouveau des cabriolets , des fracs, la simplicité des coutumes anglaises, nous charmaient , en nous permettant de déroberà un éclat gênant tous les détails de notre vie privée. Consacrant tout notre temps à la société, aux fêtes, aux plaisirs, aux devoirs peu assujettissans de la cour et des garnisons, nous jouissions à la fois avec incurie et des avantages que nous avaient transmis les anciennes institutions, et de la liberté que nous apportaient les nouvelles mœurs: ainsi ces deux régimes battaient également, l’un notre vanité, l’autre nos penchans pour les plaisirs.
Retrouvant dans nos châteaux, avec nos paysans, nos gardes et nos baillis, quelques vestiges de notre ancien pouvoir féodal, jouissant à la cour et à la ville des distinctions de la naissance, élevés par notre nom seul anx grades supérieurs dans les camps, et libres désormaisde nous mêler, sans faste et sans entraves, à tous 110s concitoyens pour goûter les douceurs de l’égalité plébéienne, nous voyions s’écouler ces courtes années de notre printemps dans un cercle d’il [usions, et dans une sorte de bonheur qui, je crois, en aucun temps, n’avait été destiné qu’à nous. Liberté, royauté, aristocratie, démocratie, préjugés, raison, nouveauté, philosophie, tout se réunissait pour rendre nos jours heureux, et jamais réveil plus ter-
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rible ne fut précédé par un sommeil plus doux et par des songes plus séduisans.
Mon enfance s'était écoulée sous la fin du règne de Louis XV* Je ne fus présenté à sa cour que trois ans avant sa mort Cependant le hasard m’avait donné l'occasion de le voir et de rapprocher beaucoup plus tôt En j 767, le roi avait rassemblé à Compïègne un camp de dix mille hommes pour y faire exécuter de grandes manœuvres.
Mon père commandait ces troupes, et , quoique je n’eusse alors que quatorze ans, il nie permit de le suivre en qualité d’aide de camp.
* Après les revues et les manœuvres, le roi fit à mon père l’honneur de venir souper chez lui* Suivant l'usage, celui qui recevait h sa table le monarque, devait se placer derrière son fauteuil et le servir. Mon père se disposait à suivre cette étiquette ; mais Louis XV lui dit; « Vous m’avez » assez long - temps servi à la guerre pour vous » reposer pendant la paix; asseyez-vous près de » moi,votre fils me servira*»
Comme on peut le croire , je pris F assiette, la serviette, et je me plaçai derrière le roi avec la vivacité d'une joie enfantine, qui au reste ne pouvait étonner personne ; car depuis la chute' des libertés du monde romain, dans toutes les monarchies modernes , le service domestique du prince a été regardé comme un honneur ; on Fa
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décore du titre de charge et de grande charge, et les princes de la famille royale passent eux-racmes ïa chemise ait roi.
Les titres d'écuyer, de grand écuyer» de maîtred'hôtel, de grand-maître de la garde-robe» attestent encore la force et la durée de ces usages renouvelés des anciennes monarchies de TOrient, usages qui ont résisté à la philosophie, tellement qu'on les voit encore en vigueur dans cette hère et libre Angleterre, où presque toujours on a lié les mains des princes qu'on servait à genoux*
Le roi me parla plusieurs fois pendant ce repas» et je me rappelle, entr autres choses, quil me dit: « Vous serez heureux à la guerre* » Je lui répondis u que tout ce que je désirais, c'était de me » voir bien tôt à port ée dè vérifier la justesse de sa ■» prédiction, “Elle est certaine , me répliqua-t- B il ; vous êtes d'une famille où les chances de » bonheur et de malheur sont alternatives* Tou- » jours, depuis plusieurs générât ions,T un de vos >rpères a été blessé, et son fils est sorti sain et >î sauf de îouts les affaires ; récemment encore >y votre bisaïeul a perdu une jambe à la guerre; » votre grand-père a combattu toute sa vie sans « être atteint d'une balle ; votre pere est criblé A des blessures qu’il a reçues : ainsi la bonne * chance sera pour vfrus. »
À la fin du dîner, il me demanda quelle heure