SOU VOIR S
il était : je lui répondis que jeu’en savais rien, n’ayant pas de montre. « Ségiir, dit-il à mou » père, donnez sur-le-champ votre montre a votre » fils. » Il eût peut-être été plus naturel de me donner la sienne; au reste, ce prince m envoya le lendemain deux jolis chevaux de ses écuries , et certes c’était le présent le plus agréable quà mon âge on pût recevoir. *
Je me souviens toujours d'un mot échappe à un grenadier pendant ce repas, et qui me happa* La table était servie sous une immense tente ; elle était à peu près de cent couverts. Des grenadiers portaient les plats. L’odeur que répandaient ces soldats, dans un lieu étroit et échauffé, blessa la délicatesse des organes du prince. « Ces braves » gens, dit-il un peu trop haut, sentent diable- » ment le chausson. — C’est, répondit brusque- » ment un grenadier , parce que nous n eu avons » pas. » Un profond silence suivit cette réponse.
Avant que le camp se séparât, un déserteur, traduit devant le conseil de guerre, fut condamné à la mort : c était la loi du temps. Ma mère courut se jeter aux pieds du roi et obtint la grâce du coupable. Sedaine me dit que ce fut à l’occasion de cet événement que, depuis, il lit 1 opéra du Déserteur, dont Monsigny composa la musique.
Un souvenir d’un genre bien différent, un souvenir fatal, est resté profondément gravé dans
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ma mémoire : à lepoquedu mariage de Louis XVï avec Marie-An toinettecrÀii tnche 5 mon gouverneur me conduisit avec mon frère sur les échafauds dressés dans la place Louis XV, pour voir le feu d artifice tire sur le hord de la riviere.
Après ce leu d artifice, la foule immense qui remplissait la place et les Champs-ïilysées, voulut se porter tout à la fois du côté du boulevart, où une brillante illumination était préparée. Par un étrange concours de fautes et de négligences, ceux qui travaillaient h 1 achèvement des colonnades, avaient laissé ouvertes dans la rue Royale, de profondes tranchées.
D innombrables files de voitures, arrivant des deux extrémités de la rue Saint-Honoré, obstruèrent la communication de la place au boulevart.
Aucun soin n avait été pris pour s’opposer au désordre; les archers du guet étaient en trop petit nombre pour résister. Le prévôt des marchands avait refuse, par lésinerie, mille écus demandes par le maréchal de Biron pour charger les gardes-françaises de veiller à la sûreté publique. Un grand nombre de filous, habiles h profiter de cette circonstance, formèrent des attroupement et entravèrent la marche de tous ceux qui s avançaient en foule dans la rue Royale*
Au milieu de cette confusion rapidement augmentée par la terreur, plusieurs personnes tom-
on SOUVENIRS.
burent dans les tranchées ouvertes, qu’elles ne pouvaient éviter; d'autres victimes tombèrent sur elles : les flots de la foule s’accroissant sans cesse flans un passage qui n’avait pas d’issue, ou fut bientôt pressé, foulé, renversé} étouffé.
Les premiers auteurs de ce tumulte, des scélérats gorgés de pillage, y périrent eux-mêmes, après avoir arraché aux hommes leurs bourses, leurs montres, aux femmes leurs bijoux, leurs diamans. Il resta six cents morts sur cette arène sanglante; un nombre à peu près égal de blessés et de roourans dut la vie à des secours tardifs.
Je crois encore entendre les cris des femmes , des vieillards, des enfans,qui périssaient entassés l'un sur l’autre : horrible catastrophe qui coûta la vie à tant de victimes, et qu’un siècle plus superstitieux aurait regardée comme un présage certain de l'affreux malheur du jeune couple dont l’hymen avait été célébré sous de si sanglans auspices !
Il est certains rapports extraordinaires et fortuits qui semblent rendre excusables la faiblesse et la crédulité : comment se défendre de croire aux pressentxmens, lorsqu’on songe que cette même place de Louis XV, où tout Paris, accourant en fête, s’était vu tout à coup plongé dans le deuil, fut, peu d’années après, l’horrible théâtre où tombèrent les têtes des deux augustes époux, et
que ce crime atroce se commit au même lieu ou les fêtes de leur hvménée avaient été troublées par cet effroyable, massacre !
Ce désastre consterna Paris; mais en même temps il augmenta l’affection des habitans de celle capitale pour le dauphin et pour la dauphine, qui firent éclater dans cette circonstance la plus noble sensibilité et la plus active bienfaisance.
bientôt un autre spectacle frappa mon jeune esprit, et lui donna matière à de bien graves réflexions, dans un e cour et à un âge où les sensations ne distrayaient que trop de la pensée.
Au mois d’avril i y"4 i Louis X\, allant a la chasse, rencontra un convoi et s’approcha du cercueil. Comme il aimait à questionner, il demanda qui on enterrait. On lui dit que e était mie jeune fille morte de ta petite vérole. Saisi d'une soudaine terreur, il rentra dans son palais et fut, deux jours après, atteint de cette cruelle maladie dont le nom seul l’avait effrayé. 11 était frappé à mort : son sang se décomposa; la gangrène se déclara; il mourut. On couvrit son corps de chaux, et on l’emporta sans aucune cérémonie à Saint- Denis. Quarante jours après, on célébra ses obsèques et on le plaça avec pompe dans la tombe de ses aïeux.
Ébloui, dès mon enfance, par 1 éclat du trône, par l’étendue de la puissance royale, témoin du
ou sovrmiws.
zèle apparent, de l’ardeur affectée, de 1 empressement continu des courtisans, eide ces hommages perpétuels qui ressemblaient à une sorte de culte, (agonie et la mort du roi m’arrachaient des i amies. Quelle fut ma surprise, lorsqu en accourant h Versailles je me promenai solitaire dans le palais, lorsque je vis régner partout, dans la ville, dans les jardins, une indifférence générale et même une espèce de joie ! Le soleil couchant était oublié ; toutes les adorations se tournaient vers le soleil levant. Avant «Métré dans la tombe, le vieux monarque était déjà rangé au nombre de ses silencieux et immobiles prédécesseurs. Son règne était dès-lors une histoire ancienne : on ne s’occupait que de l’avenir; les vieux courtisans ne pensaient qu'à conserver leur crédit sous le nouveau règne, et les jeunes à les supplanter.
Le contre-poison des prestiges de la cour est un changement de règne : le cœur alors paraît à no ; toute illusion cesse; le roi mort n’est plus qu un homme, et souvent moins. Il n’y appoint de coup de théâtre plus moral et plus propre à faire réfléchir.
H est dans la destinée des peuples, comme dans celle des individus, de vivre dans un état presque perpétuel de souffrance; aussi les peuples, comme les malades, aiment à changer de position : tout mouvement leur donne l’espoir de se trouver mieux,
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Celte fois tout semblait justifier une telle espérance : on voyait monter au trône un jeune prince qui s’était déjà fait connaître généralement par la bonté de son cœur, la justesse de son esprit et la simplicité de ses mœurs. Il paraissait n’éprouver d’autre passion que celle de remplir ses devoirs et île rendre ses sujets heureux. Ennemi du faste, du luxe, de l’orgueil, de la flatterie, on eût dit que le ciel avait formé ce roi, non pour sa cour, mais pour son peuple.
La reine Marie-Antoinette, douée de tous les agréraens de son sexe, réunissait à la dignité du maintien, qui inspire le respect, la grâce qui adoucit la majesté. Ses traits seuls portaient quelque empreinte de la fierté autrichienne. Toutes ses manières et ses paroles étaient aimables, engageantes et françaises. Peut-être trop ennuyée de l’étiquette dont madame la maréchale de Mouchy, sa dame d’honneur, s’efforcait de lui faire subir le joug, elle se plut trop à se dégager de ces liens incommodes pour jouir des douceurs de la vie privée; elle avait besoin d’amies, besoin qu’éprouvent bien rarement les personnes placées si haut.
C’était une imprudence que d’écouter trop son cœur. Le peuple français, malgré la légèreté qu’on lui reproche, et peut-être même à cause de celte légèreté, cesse bientôt de respecter l’autorité qui
le gouverne dès qu'il la voit dépouillée d’une certaine gravité. Il lui faut une bonté sérieuse f qui le contienne et mette obstacle à la familiarité.
Un roi jeune, dont le défaut principal était de se méfier trop de lui-même, et de se montrer presque honteux de F éducation négligée qu’il avait reçue; une reine spirituelle, mais un peu légère et inexpérimentée* pouvaient difficilement gouverner une nation mobile, ardente, avide de gloire et de nouveauté, dont les finances étaient en désordre et les esprits en agitation, qui brûlait de se venger des affronts d’une guerre malheureuse et de se relever de la bonté d’un règne voluptueux. Une philosophie nouvelle la disposait i\ rompre tous les liens qu’un gouvernement arbitraire sans talens et une licence habituelle de mœurs lui faisaient regarder comme de gothiques chaînes.
Dam cette position critique, le jeune monarque comprit qu’il lui fallait un guide, un soutien , un premier ministre : il en choisit un, et ce choix ne fut pas heureux. La reine, vivement pressée par les instances des nombreux amis du duc de Choiseul , se montrait assez favorable à son rappel; mais le roi conservait contre ce ministre de fortes préventions qu’il tenait de son père et des personnes qui avaient présidé h son éducation.
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Louis XVT prit d’abord la résolution de confier les rênes du gouvernement à M. de Machault, administrateur habile et magistrat sévère. La dépêche qui lui annonçait sa nomination était écrite; on l’avait remiseâu courrier, lorsque toutà-coup le roi la reprit: il avait changé de dessein. L’austérité de M. de Machault alarmait le clergé, qu’il aurait voulu contenir rigoureusement dans les limites de l’autorité spirituelle.
Mesdames, tantes du monarque, le déterminèrent à nommer un autre premier ministre: ce fut le comte de Maurepas, qui, à peine au sortir de l'enfance, avait été ministre dans les derniers jours de Louis XIV. Son caractère facile, son esprit aimable et léger, lui donnaient beaucoup d’amis. Son penchant pour la raillerie lui avait attiré une longue disgrâce, qu’il supporta avec une insouciance qu’on prenait pour de la sagesse. Son grand âge lui faisait attribuer une expérience rassurante, et la frivolité, sous les cheveux blancs de la vieillesse, se trouva ainsi, par un caprice du sort, chargée de diriger le vaisseau de l’Etat au milieu des écueils qui l’entouraient, et à l’approche de l'époque des tempêtes.
M. de Maurepas, vieillard octogénaire, nommé ministre à l’âge de vingt ans, tombé depuis en disgrâce pour une chanson faite contre madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, chanson
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qu’on lui imputait faussement, avait été vingtcinq ans exilé-
Ce ministre avait vécu et brillé sous la régence* On reconnaissait en lui, malgré les traces du temps et l 1 ennui d'une longue disgrâce, l'insouciance et la légèreté de l'époque de ses anciens succès. L'âge augmentait son penchant à l’égoïsme, et le seul but de son ministère fut d’éviter toute secousse, de s’abstenir de toute grande mesure qui aurait pu compromettre son repos, 11 ne voulait que conserver tranquillement sa place, et finir doucement sa vie. Prendre le temps et les hommes comme ils étaient, maintenir la paix au dehors et au dedans, telle fut toute sa politique; elle ne nuisait, ne remédiait à rien, n’aggravait aucun dommage, ne réparait aucune ruine; c’était, pour les maux de l’Etat, plutôt un calmant qu’un remède.
11 laissa donc paisiblement les vieilles idoles conserver leur culte, les innovateurs propager leurs opinions; toute carrière fut laissée libre aux passions nouvelles, pourvu qu’elles agissent sans bruit. Sons la conduite de ce singulier mentor , le roi et la cour s’endormirent avec confiance sur le Lord d’un abune que ce vieillard aimable et une société brillante semaient de fleurs.
Au moment où JL de Maurepas fut nommé, la querelle qui existait entre les anciens parlemens
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renvoyés et ceux qui les avalent remplacés, semblait le seul indice d’un orage prochain. M, de Mau repas se hâta d'éteindre ce feu qui l'alarmait. Il rappela les parlemens disgraciés; leur exil avait été mi acte de tyrannie; leur rappel n’aurait pas dit être un triomphe pour eux : il Je fut. On leur rendit, sans conditions, leur puissance, et cette victoire de rindépendance de la haute magistrature sur l’autorité enhardit l’esprit de résistance et d’innovation. Une rigueur injuste avait fait naître l’esprit de liberté en le comprimant; un acte de justice fait avec faiblesse lui donna un nouvel essor.
Il d’entre point dans mon dessein de peindre ici la politique et l'administra lion de ces premières années du règne de Louis XVI. Ma jeunesse ne me permettait pas d’y jouer un rôle, et par conséquent d’en bien connaître les mouvement À mon âge je ne pouvais encore suivre et voir que la cour, les sociétés brûlantes de Paris, leurs séduisantes superficies et le tourbillon de leurs plaisirs.
Tous ceux qui occupaient des places, des charges près du trône, étaient d’un autre temps, (Tun autre siècle que nous. Nous respections extérieurement les vieux débris d’un antique régime dont nous frondions, en riant, les mœurs, l'ignorance et les préjugés; ne songeant point à leur
OU SOerFMRS.
disputer le fardeau des affaires, nous ne pensions qu’à nous amuser; et, guidés par le plaisir, c était au milieu des bals, des fêtes, des chasses, des jeux et des concerts, que nous nous avancions gai ment sans prévoir nos destinées.
Entravés dans cette marche légère par l’ancienne morgue de la vieille cour, par les ennuyeuses étiquettes du vieux régime, par la sévérité de l’ancien clergé, par l'éloignement de nos pères pour nos modes nouvelles, pour nos costumes favorables à légalité, nous nous sentions disposés à suivre avec enthousiasme les doctrines philosophiques que professaient des littérateurs spirituels et hardis. Voltaire entraînait nos esprits ; Rousseau touchait nos cœurs; nous sentions un secret plaisir à les voir attaquer un vieil échafaudage qui nous semblait gothique et ridicule.
Ainsi, quoique ce fussent nos rangs, nos privilèges, les débris de notre ancienne puissance qu’on minait sous nos pas, cette petite guerre nous plaisait : nous n’en éprouvions pas les atteintes, nous n’en avions que le spectacle. Ce n’étaient que des combats de plume et de paroles, qui ne nous paraissaient pouvoir faire aucun dommage à la supériorité d’existence dont nous jouissions, et qu’une possession de plusieurs siècles nous faisait croire inébranlable.
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Les formes de l’édifice restant intacts, nous 11e voyions pas qu’on le minait en dedans; nous riions des graves alarmes de la vieille cour et du clergé, qui tonnaient contre cet esprit d'innovation. Nous applaudissions les scènes républicaines de nos théâtres, les discours philosophiques de nos académies, les ouvrages hardis de nos littérateurs, et nous nous sentions encouragés dans ce penchant par la disposition des parlernens à fronder l’autorité, et par les nobles écrits d’hommes tels que ÏUrgot et Malesherbes, quine voulaient que de salutaires, d’indispensables réformes, mais dont nous confondions la sagesse réparatrice avec la témérité de ceux qui voulaient plutôt tout changer que tout corriger.
La liberté, quel que fût son langage, nousplaisait par son courage; l’égalité, par sa commodité. On trouve du plaisir à descendre tant qn’on croit pouvoir remonter dès que l’on veut; et, sans prévoyance, nous goûtions tout à la fois les avantages du patriciat et les douceurs d’une philosophie plébéienne.
Ce fut de cette sorte que s’établirent peu à peu, entre les moeurs de la vieille et de la jeune cour, la même rivalité et la même différence qui préludaientalors dans les opinions, par des escarmouches légères, à ces terribles combats qui ont depuis changé la face du monde.
or souviîinns.
Cependant, nourris, tics notre enfance, des maximes de l’ancienne chevalerie, notre imagination regrettait ces temps héroïques et presque fabuleux. Aussi le premier combat qui se livra entre les vieux et les jeunes courtisans, fut une tentative de notre part, faite dans le dessein de reprendre l’usage des habillemens, des coutumes et des jeux de la cour de François I", de Henri II, de Henri 111 et de Henri IV.
Bientôt nous fîmes adopter ces idées par les frères du roi, Monsieur et M- le comte d’Artois, qui favorisèrent nos projets avec autant d’ardeur que d'activité. Nous eûmes d’abord un brillant succès : peu s’en fallut qu’il ne fût. complet et que la révolution des modes ne devînt totale. Mais notre triomphe n’eut que la durée d’un carnaval; dès qu’il fut fini, les vieux seigneurs reprirent leur empire; les usages de Louis XIV et de Louis XV, leur puissance; et nous allâmes oublier dans nos garnisons, sous les règles de la discipline nouvelle, nos rêves trop courts de chevaliers et de paladins.
Cette faveur passagère et cet essai d’innovations avaient commencé très-gaîment par des ballets cl par des quadrilles. MM. de Noailles, d’Havre, de Guémené, deDurfort, deCoigny,les deux Hilton, le comte, aujourd’hui duc de Grammont, le comte de Lamarck, mon frère et moi, La Fayette, une
troupe choisie de jeunes dames, composaient ces quadrilles.
La nécessité de faire des répétitions, avant d’exécuter ces ballets, nous avait donné un libre et fréquent accès chez la reine, chez les princesses et dans l'intérieur des appartemens des princes. La gaîté qui présidait à ces répétitions et à ces amusemens, les multiplia. La gravité des vieux courtisans qui possédaient les grandes charges, ne permettait guère de les y admettre. Leur présence et leurs formes cérémonieuses auraient attristé notre joie.
Les costumes divers que nous prenions nous paraissaient aussi gracieux , aussi nobles et pittoresques que l'habillement français moderne nous semblait ridicule. Nous recherchâmes celui de tous qui convenait le mieux à une cour chevaleresque, galante et belliqueuse. Les princes choisirent celui d’Henri IV, et, après l’avoir porté dans quelques quadrilles qui furent fort applaudis nous obtînmes une décision qui obligeait tous les hommes invités au bal de la reine à se revêtir de cet ancien costume.
Il convenait admirablement à la jeunesse, mais il allait fort mal aux hommes d’un âge mur et d’une taille courte et épaisse. Ces manteaux de soie, ces panaches, ces rubans et leurs vives couleurs rendaient ridicules tous ceux que
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]a nature avait privés de grâces, et 1 âge (le fraîcheur.
Au milieu de nos jeux, de nos bals, de nos répétitions, la politique osa pénétrer en riant et en ne se montrant d’abord que sous les traits de la folie. Le rappel des parlemens occupait alors les esprits. Nous parodiâmes les séances de ces graves assemblées. Un des princes joua le rôle de premier président; d’autres, ceux davocat, de procureurs-généraux , de conseillers; et ce qui aujourd’hui pourra petit - être sembler assez piquant , c’est que La Fayette , dans une de ces joyeuses audiences, remplit les fonctions de procureur-général.
Le mécontentent que l'intimité accordée par les princes à quelques jeunes courtisans inspirait aux grandes charges, aux représentais de la vieille cour, éclatait fréquemment ; ils cherchaient avec une humeur active l’occasion d’éloigner ce jeune essaim de favoris. Nous sûmes bientôt qu’ils voulaient profiter de notre étourderie, et qu’ils avaient fait sentir à M. de Mau repas l'inconvénient de laisser- les princes entourés de jeunes et légers courtisans qui s'étaient permis de parodier ainsi les parlemens et la magistrature.
Pour détourner l’orage qui nous menaçait, il me vînt l’idée de prévenir adroitement le coup qu’on voulait nous porter. Me trouvant au cou-