‹ Mémoires, ou Souvenirs et anecdotes (vol.2)Chapitre 8 sur 20 · MÉ\I OUÏES · texte numérisé non relu

MÉ\I OUÏES

de combattre et de détruire une escadre anglaise qui s'approchait, le firent renoncer à tout autre dessein. Il courut au devant de la Hotte ennemie.

Le combat s’engagea; mais un coup de vent terrible sépara les deux; armées : les vents et les flots déchaînés dispersèrent tous leurs vaisseaux , dont une grande partie fut excessivement maltraitée ; deux des nôtres, entièrement dégréés et démâtés, se virent, par un étrange caprice du sort, au moment d’ètre pris par des bâtimens de force inférieure qui les rencontrèrent. Heureusement le comté d’Estaing arriva assez à temps pour les délivrer. De son côté, l’escadre anglaise reçut des renforts, et, l’exécution du plan concerté étant ainsi manquée, le comte d’Estaing changea de direction, et forma d’autres desseins, pour couvrir, par quelqu’action d’éclat, le peu de succès de cette première expédition.

11 était résulté de ce malheur, ou de cette faute, quelques germes de mésintelligence entre les Américains et les Français. Mais, d’un autre côté, Washington en tira habilement un avantage , celui de persuader aux milices américaines que c’était principalement sur leur propre courage, leur constance et leur force, qu’elles devaient compter, sans trop se reposer sur l’assistan ce, sans doute très utile, mais parfois incertaine, d’alliés éloignés, et qu'il fallait se mettre en état

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de vaincre sans secours, pour être plus certain d'en recevoir.

A l’autre extrémité du monde, dans les Indes, notre lenteur et la timide circonspection du gouvernement français nous causèrent d’immenses préjudices. Une armée navale, envoyée à temps dans ces parages, aurait pu y changer facilement la face des affaires, et y porter un coup fatal à la puissance anglaise; mais nos ministres, sans prévoyance, n’avaient rien préparé de ce côté, ni pour l’attaque, ni pour la défense.

Nous avions donné secrètement, dans l’Inde , des officiers, des secours et des conseils au fameux Hyder-Ali-Kan, prince indien, qtû s’efforçait alors de secouer le joug de l’Angleterre. En encourageant ainsi un ennemi redoutable pou ries Anglais, nous devions prévoir qu’ils s’en vengeraient sur notre commerce et sur nos possessions.

Nous fumes punis de cette négligence. Les Anglais attaquèrent Pondichéry, Chandernagor, et bientôt nous perdîmes ces riches comptoirs, sans autre dédommagement que l’honneur, dont le courage héroïque et l’habileté de l’amiral comte de Suffren couvrirent nos armes trois ans après.

Taudis que tous ces grands événemens, précurseurs de tant d’orages, occupaient les ministres de tous les cabinets, et les nouvellistes de toutes

les classes, depuis les personnages les plus imp or tans de la cour jusqu’aux oisifs les plus bavards de la terrasse des Tuileries, de la grande allée du Palais-Royal et des cafés de Paris, un nouveau spectacle vint s’emparer de la curiosité des Parisiens et la fixer.

Voltaire, le prince des poètes, le patriarche des philosophes, la gloire de son siècle et de la France, se trouvait,depuis un grand nombre d’années, exilé de ra patrie. Tous les Français lisaient avec délices ses ouvrages, et presque aucun d’eux ne l’avait vu. Ses contemporains étaient pour ,ui, si on ose le dire ainsi, comme une sorte de postérité.

Ladmiration, pour son génie universel, était, dans beaucoup d’esprits, une espèce de culte et d’adoration; ses écrits ornaient toutes les bibliothèques; son nom était présent à toutes les pensées, et ses traits absens de tous les regards. Son esprit dominait, dirigeait, modifiait tous les esprits de son temps; mais, excepté un petit nombre d hommes qui avaient été admis à Fcrney dans son sanctuaire philosophique, U régnait, pour le reste de ses concitoyens, comme une puissance invisible.

Jamais peut être aucun mortel n’opéra d'aussi grands changement que lui dans les opinions et flans les mœurs de .sou siècle. Jamais aucun chef

(le secte 11e combattit et ne vainquit à la fois, sans paraître dans la mêlée, plus d’ennemis qui se croyaient invincibles, plus d’erreurs consacrées par le temps, plus de préjugés enracinés par de vieilles coutumes.

Cependant , sans rang, sans naissance, sans autorité, ses forces 11e se composaient que de la clarté de sa raison, de l’éloquence variée de son style, et du charme entraînant de sa grâce; enfin, pour terrasser les vieux et redoutables colosses contre lesquels il luttait, il ne se servit la plupart du temps, au lieu de massue, que de l’arme légère du ridicule et de l’ironie. Il est vrai que jamais personne ne la mania plus adroitemeut que lui, et ne fit avec elle des blessures plus profondes et plus incurables.

Profitant de quelques imprudences inexcusables, de quelques écrits contraires aux mœurs, de quelques taches enfin qui ternissaient légèrement le disque de cet astre brillant de notre littérature, le clergé par son influence, quelques vieux parlementaires enclins à la sévérité, un petit nombre d’anciens courtisans, partisans des antiques abus du pouvoir, avaient obtenu contre lui, non une condamnation ou même un ordre officiel de bannissement, mais des insinuations assez efficaces pour l’obliger à chercher son repos et sa sûreté dans l’exil.

Son retour lut, cousine sa disgrâce, une preuve de la faiblesse de F autorité* L'opinion philosophisue remportait tellement alors dans les esprits, et intimidait à tel point le pouvoir , qu’on le laissa revenir dans son pays sans le lui permettre. La cour refusa de le recevoir, et la vil le entière sembla voler au devant de lui. On ne voulut point lui accorder une légère grâce, et on le laissa jouir d’un triomphe éclatant.

La reine, entraînée par le tourbillon, (it de vaines tentatives pour obtenir du roi la permission d’admettre chez elle cet liomrae célèbre, objet d une si universelle admiration. Louis XVI, par scrupule de conscience, crut qu’il ne devait point laisser approcher de lui un écrivain dbntles coups téméraires, ne s’arrêtant point aux abus, avaient souvent porté 1 atteinte à des croyances antiques, à des doctrines vénérées. L’enceinte du trône resta donc fermée à celui auquel, dans les transports de son admiration, la nation rendait une sorte de culte.

Les rivaux de ce grand homme furent consternés; le clergé s’indigna, mais se tut; les parleinens gardèrent le silence, et la puissance des philosophes s accrut par la présence et par le triomphe de leur chef.

Il faut avoir vu à cette époque la joie publique,

1 impatiente curiosité et l’empressement tumul-

OU SOTFVEKÏKS. l6q

tnciix d’une foule admiratrice, pour entendre, pour envisager, et même pour apercevoir ce vieillard célèbre, contemporain de deux siècles, qui avait hérité de l'éclat de Fnu et fait la gloire de l'autre; il faut, dis-je, en avoir été témoin pour s’en faire une juste idée.

C’était l’apothéose d’un demi-dieu encore vivant; il disait au peuple, avec autant de raison rpic d’attendrissement : a Vous voulez donc me » faire mourir de plaisir? » En effet, la jouissance de sî nombreux et de si touchans hommages était au-dessus de ses forces; il y succomba, et Tau tel qu’on lui dressait, se changea promptement en tombeau.

Aussi avide d’admirer de près cet homme illustre, mais plus heureux que les autres, sans avoir besoin de percer la foule de tous ceux qui cherchaient à s’approcher de lui, j’eus le bonheur de le voir à rnon aise deux ou trois Ibis chez mes paréos, avec lesquels, dans sa jeunesse, il avait eu des liaisons assez intimes.

Ma mère était alors attaquée d’une maladie cruelle qui, depuis deux ans, consumait, dans des douleurs insupportables, ses forces et sa vie. Elle ne pouvait plus sortir de son lit. On peut juger de son extrême faiblesse puisqu’un mois après l’époque dont je parle , elle rendit le dernkr soupir.

l*jO MEMOIRES

Elle avait toujours été considérée comme une des femmes de Paris les plus distinguées , par la finesse j par la justesse de son goût et de son esprit, par lârectitude de sa raison, par l'élégance de son langage et de ses manières; remarquable dans sa jeunesse par les agrémens de sa figure, elle passait pour un modèle du meilleur tou et de la plus attrayante urbanité.

Voltaire'ne lavait point oubliée; il demanda instamment à la voir, et quoiqu’elle fut à peine en état de le regarder, de l’entendre et de lui répondre, elle le reçut.

Souvent il nous arrive de nous faire des hommes, des lieux et des choses qu’on n’a pas vus et dont notre imagination n’a été frappée que de loin, une idée toute différente delà réalité. Je l’avais éprouvé maintes fois; mais lorsque je vis Voltaire, il me parut .absolument tel que je me l’étais représenté.

Sa maigreur me retraçait ses longs travaux ; son costume antique et singulier me rappelait le dernier témoin du siècle de Louis XIV, l’historien de ce siècle , et le peintre immortel de Henri IV. Son œil perçant étincelait de génie et de malice; on y voyait à la fois le poète tragique, l’auteur à'OEdipe et de Mahomet , le philosophe profond, le conteur malin et ingénieux, l’esprit observateur et satirique du genre humain; son corps

mince et voûté n’était plus qu'une enveloppe légère, presque transparente, et au travers de laquelle il semblait qu’on vît apparaître son âme et son génie*

J’étais saisi de plaisir et d admiration , comme quelqu’un a qui il serait permis tout à coup de se transporter dans les temps reculés , et de voir face à face Homère, Platon, Virgile ou Cicéron* Peut-être comprendrait-on difficilement aujourd’hui une telle impression : nous avons vu tant d’événemens, d’hommes et de choses, que nous sommes blasés sur tout; et, pour concevoir ce que j’éprouvais alors, U faudrait être dans Fat- Biosphère où je vivais : cétait celle de l'exaltation.

Nous ne connaissions pas ces tristes fruits cl as longs orages et des discordes politiques, l'envie, F égoïsme, le besoin du repos, l'insouciance produite par la lassitude , la froideur qui suit le triste réveil des illusions déçues. Nous étions éblouis par le prisme des idées et des doctrines nouvelles, rayonnans d’espérance, brûlans d’ardeur pour toutes les gloires, d’enthousiasme pour tous les talens* et bercés par les rêves séduisans d’une philosophie qui voulait assurer le bonheur du genre humain , en chassant avec son flambeau les tristes et longues ténèbres qui, depuis tant de siècles, l’avaient retenu dans les chaines de la su-

pcrstitkm et du despotisme. Loin de prévoir des malheurs, des excès, des crimes, des renversemens de trônes et de principes, nous ne voyions dans l’avenir que tous les biens qui pouvaient être assurés k l’humanité par le règne de la raison* Jugez , diaprés. ces dispositions , quel devait être, sur notre esprit,l’effet delà vue de rhomnie illustre que nos plus grands écrivains et nos plus célèbres philosophes regardaient alors coiîmÿ leur modèle et comme leur maître !

J’étais-tout yeux, tout oreilles en m’approchant de Voltaire;, comme si j’attendais a charpie instant qu'il sortit de sa bouché quelque oracle. Cependant ce n’était ni le temps ni le lieu d’en prononcer, quand il eût été Apollon lui-même ; car il se trouvait près du lit d’une mourante, dont ï aspect 11e pouvait inspirer que des idées tristes* Elle ne semblait plus susceptible ni d’admiration ni même de consolations* Néanmoins elle fît un grand effort pour vaincre la nature; ses yeux reprirent quelque éclat, sa voix quelque force* Voltaire, cherchant avec délicatesse à la distraire du présent par le souvenir du passé, lui fit peu de questions sur son état : il lui dit seulement, en peu de mots , qu’ayant été plusieurs fois aussi souffrant, aussi épuisé, il avait cependant, parle meme courage qu’elle montrait, triomphé de ses maux et recouvré la santé, « Les médecins, disait-

on son ven irs. 17Ï

h il, font peu île miracles"; mais la nature fait » beaucoup de prodiges , surtout pour ceux à qui » elle a donné ce principe vital qui brille encore » dans vos regards. »

Il lui rappela ensuite beaucoup d’anecdotes de la société dans laquelle ils vivaient ensemble autrefois, et il le fit avec une vivacité d’esprit, une fraîcheur de mémoire, une variété de tournures et une abondance de saillies, qui auraient fait oublier son âge, si ses traits et sa voix ne nous avaient pas rappelé qu’il était octogénaire.

Il 11e pouvait guérir une malade telle que celle qui l'écoutait; mais il la ranima. Elle parut quelques instans ne plus sentir ni sa faiblesse, ni ses souffrances; elle soutint assez vivement la conversation, me fit illusion à moi-même, et me donna ainsi nu faible et dernier rayon d’espoir.

Peu de jours après, Voltaire revint encore la voir : comme elle se trouvait par hasard , ce jourlà, un peu plus de force qu’à l’ordinaire, elle prit une part plus active à l’entretien, et reprocha même avec douceur, mais avec assez d’énergie, au vieux philosophé, l’opiniâtreté avec laquelle il s’acharnait, dans ses nombreux écrits, à foudroyer, à ridiculiser l’Église et tous scs membres, enfin la religion même, sous le prétexte de combattre de vieilles erreurs, d’absurdes superstitions et de dangereux fanatiques.

« Soyez donc, loi disait-elle, généreux et rooi) déré après la victoire; que pouvez-vous craindre » à présent de tels adversaires? Los fanatiques sont » à terre; ils ne peuvent plus nuire, leur règne » est passé.Vous êtes dans l’erreur, répondit r> avec fougue Voltaire ; c’est un feu couvert et « non éteint. Ces fanatiques, ces tartufes sont des >> chiens enragés; on lésa muselés , mais ils con- » servent leurs dents; ils ne mordent plus, il est

vrai; mais, à la première occasion, si on ne » leur arrache pas ces dents, vous verrez s’ils sau- » ront mordre. >1

Le feu de la colère éclatait dans ses yeux', et la passion qui l’animait, lui faisait perdre alors cette décence, cette mesure dans les expressions, que prescrivent la raison comme le bon goût, et dont il se montrait si habituellement le plus inimitable modèle.

Le désir de voir cet homme extraordinaire avait attiré chez ma mère cinquante ou soixante personnes qui faisaient foule dans sou salon, s’entassaient sur plusieurs rangs près de son lit, alou* géant le cou, se levant sur la pointe de leurs pieds et qui, sans faire le moindre bruit, prêtaient une oreille attentive à tout ce qui sortait de la bouche de Voltaire, tant ils étaient avides de saisir la moindre de ses paroles et le plus léger mouvement de sa physionomie.

Là, je vis à quel point la prévention et l'enthousiasme , même parmi la classe la plus éclairée, ressemblent à la superstition et s'approchent du ridicule. Ma mère, questionnée par Voltaire sur les détails de Pétât de sa santé, lui dit que sa souffrance la plus douloureuse était la destruction de son estomac et la difficulté de trouver un aliment quelconque qu’il put supporter.

Voltaire la plaignit; et, cherchant à la consoler, il lui raconta qu’il s’était vu, pendant près d'une année, dans la même langueur, qu’on croyait incurable, et que cependant un moyen bien simple Pavait guéri : il consistait à ne prendre pour toute nourriture que des jaunes d’œufs délayés avec de la farine de pomme de terre et de Peau,

Certes il ne pouvait être question de saillies ingénieuses ni d’éclairs d’esprit dans un tel sujet d’entretien , et pourtant à peine avait-il prononcé ces derniers mots de jaunes d’œufs et de farine de pomme de terre , qu’un de mes voisins, très connu, il est vrai, par son excessive disposition à l’engouement et par la médiocrité de son esprit, fixa sur moi son œil ardent, et, me pressant vivement le bras , me dit avec un cri d 1 admiration : Quel homme ! quel homme ! pas un mot sam un trait !

Vous rirez de cette absurdité qui semble passer

anbioniES

la vraisemblance, et cependant, pour vous convaincre quelle n'est pas rare, observez, dans tout pays, dans tout temps, la multitude empressée qui vient entourer non-seulement le siège d'un homme de génie, ou le trône d’un grand roi, mais la chaire d'un prédicateur énergümène, le fauteuil même où joue un prince a peine sorti du berceau, et vous verrez que, parmi les nombreux et serviles hommages dictés par la flatterie, il en est beaucoup, et ce sont les plus absurdes, qui sont de bonne foi et qui naissent d'une sorte d’idolâtrie qu’inspire â une foule de gens toute élévation : car ce n'cst pas toujours par crainte, mais par sottise, qu'on a fait en tout genre, au propre comme au figuré, tant de demi-dieux.

Jusque là je m'étais tenu modestement, comme je le devais, au dernier rang de ceux qui contemplaient Voltaire; mais, à la fin de sa seconde visite, lorsqu’il sortit de la chambre de ma mère et passa dans une autre pièce , je lui fus présenté. Plusieurs de ses amis, le comte d*Àrgenial , le chevalier de Chastellux, le duc de Nivernais, te comte de Guibert, le chevalier de Bouffie rs t Marraontelet D’Àlemberi< qui mé jugeaient tous sans doute trop favorablement , lui avaient parlé de moi avec beaucoup d'éloges.

Je ne les devais certainement quà une très grande bienveillance , puisque je n'étais alors

connu que par quelques productions légères, quelques contes, quelques fables, quelques romances, dont le succès dans la société dépend des caprices de la mode , et n’a souvent pas plus de durée qu’elle.

Hans le fond je. ne m’étais rendu digne de leur affection, que par l'empressement avec lequel je cherchais assidûment à former mon goût et mon esprit dans leurs entretiens , et à m’éclairer par leurs lumières : ainsi c’était plutôt le zèle d’un disciple que le talent naissant d’im écrivain qu’ils louaient en moi.

Quoi qu’il en soit, Voltaire charma mon amour propre en me parlant avec grâce et finesse de ma passion pour les lettres et de mes premiers essais; il m’encouragea par quelques conseils: « N’ou- » Liiez pas, me dit-il, que vous avez mérité le » Lieu qu’un dit de vous, en mêlant avec soin , » dans les plus légers morceaux de poésie, quel- » ques réalités aux images, un peu de morale aux » sentimens, quelques grains de philosophie à la » gaîté. Méfiez-vous cependant de votre penchant » pour la poésie; vous pouvez le suivre, mais non vous y laisser entraîner. D’après ce qu’on m’a » dît, tjt dans votre position, vous êtes destiné » à de plus graves occupations. Vous avez bien » fait de commencer à vous exercer en écrivant des vers: car i! est bien difficile que celui qui t- i a

ne lésa point aimés, et qui n’en connaît niFart » ni le charmé, puisse jamais parfaitement écrire » en prose* Allez , jeune homme ; recevez les vœux » d'un vieillard qui vous prédit d’heureux destins;

» mais souvenez-vous que la poésie, toute divine » qu’elle est, est une sirène* »

Je le remerciai de la bénédiction littéraire qu’il me donnait, * me ressouvenant, lui dis-je , en ?» cette occasion , avec un vif plaisir , qu autrefois » les mots de grand poète et de prophète (votes) j* étaient synonymes* »

Depuis ce moment je ne revis plus Voltaire qu’au Théâtre-Français, le jour de la représentation d'Irène, joui 1 de triomphe qui prouva, par les nombreux applandissemens donnés à la plus médiocre tragédie, Fexcès de F enthousiasme que son auteur inspirait au public*

On pouvait dire qu’alors il y avait , pendant quelques semaines, deux cours en France, celle du roi à Versailles et celle de Voltaire à Paris : la première, où le bon roi Louis XVI, sans faste, vivait avec simplicité, ne rêvant qu’à la réforme des abus et au bonheur d 7 un peuple trop sensible à l’éclat pour bien apprécier ses modestes vertus, la première, dis-je, paraissait l’asile paisible d’un sage, en comparaison de cet hôtel situé sur le quai des Théatins, où toute la journée l’on entendait les cris et les acclamations d’une foule

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immense et idolâtre, qui venait rendre avec empressement ses hommages au plus grand génie de l’Europe.

Jusque-là on avait vu des triomphes décernés avec justice aux grands hommes par le gouvernement de leur pays; le triomphe de Voltaire était d’un nouveau genre : il était décerné par l’opinion publique, qui bravait en cette occasion , pour ainsi dire, le pouvoir des magistrats, les foudres de l’Église et l’autorité du monarque.

Le vengeur de Calas, l’apètre de la liberté, le constant ennemi et l’heureux vainqueur des préjugés et du fanatisme, après soixante ans de guerre, rentrait triomphant dans Paris.

L’Académie-Française, dans le seiu de laquelle il se rendit, alla au devant de lui, et, après cet hommage public qu’aucun prince n’avait jamais reçu, ce prince des lettres présida le sénat littéraire de la France, et la réunion de tous ces lalens divers dans chacun desquels son génie avait éclaté par des chefs-d’œuvre.

Revenu dans sa maison qu’on eût dit alors transformée en palais par sa préseiiee, assis au milieu d’une sorte dé conseil composé des philosophes , des écrivains les plus hardis et les plus célèbres de ce siècle, ses courtisans étaient les hommes les plus marquaus de toutes les classes, les étrangers les plus distingués de tous les pays.

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Il ne manquait à cette sorte de royauté que des gardes, et réellement il lui en aurait fallu pour le mettre en sûreté contre l’empressentent de cette multitude qui, de toutes parts, accourait pour le voir, assiégeait sa porte, l’entourait dès qu’il sortait, et laissait à peine à ses chevaux la possibilité de s’ouvrir un passage.

Son couronnement eut lieu au palais des Tuileries, dans la salle du Théâtre-Français: on ne peut peindre l’ivresse avec laquelle cet illustre vieillard fut accueilli par un public qui remplissait à flots pressés tous les bancs, toutes ! es loges, tous les corridors, toutes les issues de cette enceinte. En aucun temps, la reconnaissance d’une nation h’éclata avec de plus vifs Transports.

Je n’oublierai jamais cette scène, et je ne conçois pas comment Voltaire put encore trouver en lui assez de force pour la soutenir. Dès qu’il parut, l’acteur Brizard vint poser sur sa tète une couronne de lauriers qu il voulut promptement oter, et que les cris du peuple l'invitaient à garder. Au milieu des plus vives acclamations, on répétait de toutes parts les titres, les noms de tous ses ouvrages.

Long-temps après qu’on eut levé la toile, il fut impossible de commencer la représentation: tout le monde, dans la salle, était trop occupé à voir, à contempler Voltaire, à lui adresser de brnvans

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hommages; cliacuu enfin était en ce moment trop acteur pour écouter ceux du théâtres

Dès que Ja lassitude générale eut permis à ceux-ci d'entrer en scène, ils se virent à tout moment interrompus par la tumultueuse agitation des spectateurs. « Jamais , disait avec raison v M. Grimm, en parlant de cette représentation » d'Irène y jamais pièce ne fut plus mal jouée, » plus applaudie et moins écoutée. »

Lorsqu’elle fut finie, on plaça sur Favant-scène le buste de Voltaire; il était entouré par tous les acteurs de la tragédie, portant encore l'habit de leurs rotes, par les gardes qui figuraient dans la pièce, par la foule de tous ceux des spectateurs qui avaient pu s’introduire sur le théâtre ; et ce qui! y eut d’assez singulier, c’est que Facteur qui vint poser une couronne sur le buste de cet opiniâtre ennemi de la superstition, était encore avec le costume d’un moine, celui de Léonce, personnage de la tragédie.

Ce buste res a sur le théâtre pendant tout le temps qu’on joua la petite pièce: c’était ISauuie; on ne l’écouta pas plus et on ne Fapplaudit pas moins q u Irène. Pour compléter cette glorieuse journée, Voltaire vit entrer dans sa loge mi capitaine des gardes d’un de nos princes ; U vint lui dire avec quelle joie ce prince s associait aux justes hommages rendus à son génie par la France.

Il s en était peu fallu, quelques jours auparavant , qu J une mort imprévue ne privât Voltaire île cet éclatant triomphe: une hémorragie violente l’avait mis en grand danger.

Le clergé, qui n’osait plus le combattre, avait espéré le convertir. D’abord Voltaire céda , reçut l’abbé Gauthier, se confessa et écrivit une profession de foi qui ne satisfit pas pleinement les prêtres, et qui mécontenta beaucoup tes philosophes.

Échappé au péril, il oublia ses craintes et sa prudence : quelques semaines après, retombé plus gravement malade, il refusa de voir aucun prêtre, et termina, avec une apparente insensibilité, une si longue vie, agitée par tant de travaux, par tant d’orages, et rayonnante de tant de gloire.

Ceux qui n’avaient pas eu le pouvoir de s’opposer à son triomphe, lui refusèrent une place au milieu des tombeaux du peuple parisien. L’un de ses pareils, conseiller au parlement, enleva son corps et le porta rapidement dans l’abbaye de Scellières, où il fut inhumé avant que le curé du Heu eût reçu la défense-de lui donner la sépulture, défense qui lui arriva trois heures trop tard. Sans le zèle de cet ami, les restes mortels de l’un de nos [dus grands hommes, et de celui dont la gloire remplissait le monde, n'auraient pas obtenu quelques pieds de terre pour les couvrir.

OIS SOUVENIRS

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Malgré tous les efforts du clergé * des magistrats et de l’autorité, qui défendirent pour quelque temps au théâtre de jouer les pièces de Yoltaire, et aux journaux de parler de sa mort, Paris fut inondé dW déluge de vers, de pamphlets et d’épigramraes, seules armes dont l’opinion pût se servir pour venger cet outrage fait à la mémoire d’un homme qui avait illustré sa patrie et son siècle.

De tous ces écrits, celui qui me frappa le plus alors, fut une pièce de vers composée par la marquise de Boufflers, mère de ce chevalier de Boufflers, le Chaulieu et P Anacréon de notre temps r

Dieu fait bien ce qu'il fait, La Fontaine Va dit ;

Si j'étais cependant Fauteur d'un si grand œuvre ,

Toi taire eût conservé ses sens et son esprit;

Je me serais gardé de briser mon chef-d'œuvre.

Celui que dans Atbène eût adoré la Grèce,

Que dans Rome à sa table Auguste eût fait asseoir,

Nos Césars d'aujourd'hui n’ont pas voulu le voir,

Et monsieur de Beaumont lui refuse une messe.

Oui, vous ave$ raison, monsieur de Saint-SulpiCfr : Eli ! pourquoi l'enterrer ? n‘est-il pas immortel ?

À ce divin génie on peut, sans injustice,

Refuser un tombeau, mais non pas un autel.

Madame de Boufflers, par un de ees •vers en

parlant des Césars, faisait allusion à T empereur Joseph IL

Ce monarque était venu Tannée précédente en France, sous le nom de comte de Fafkenstein : i! avait étonné la cour par la simplicité de ses manières, ks philosophes et les savans par son instruction, le peuple par son affabilité : moins il montrait de morgue, plus on lui trouvait de grandeur et de vraie dignité..Sa popularité faisait^ avec l'étiquette un peu orientale de notre cour, un contraste qui n’échappait pas à l'opinion publique; il se montrait favorable aux opinions nouvelles, autant qiTennemî des vieilles routines et de la superstition.

En lui le prince disparaissait tellement sous Tapparence d’un sage qui voyage pour recueillir des lumières, que ïe^amis ard'ens de la révolution américaine furent tentés de îe croire démocrate comme eux. Une femme, passionnée pour cette cause, le pressa un jour étourdiment de dire son avis sur la lutte établie entre le roi d T Angleterre et les provinces en insurrection : « Madame, ré- » pondit-il un peu sèchement, mon rôle est d’être » royaliste. »

Ce monarque ? dont je pus alors très rarement m’approcher, mais que depuis j’eus 1 occasion de voir en Russie fréquemment, offrait en sa personne uu mélange asse£ bizarre d’ambition belliqueuse.

OU SODVBH1BS.

<le prétentions à la philosophie, de penchant poulies innovations et de jalousie pour son autorité. Si nos princes, mal conseillés, risquèrent leur trône en voulant trop résister nu torrent de l'esprit du siècle, Joseph, pour avoir voulu le devancer, perdit momentanément une partie de ses États.

Au reste l’empereur, qui s’était fait admirer et chérira Taris, ne porta pas le même esprit et ne fil pas la même impression dans nos provinces. La beauté de nos ports, la force de notre marine, la richesse de nos villes de commerce et l’activité de nos manufactures excitèrent sa jalousie; il ne sut pas k dissimuler. Enfin, passant près de Ferney, il dédaigna de voirVol taire, On blâma également, avec raison , et 1 indifférence de la puissance poulie génie, et la faiblesse du grand poète et du philosophe, dont l’amour-propre parut trop sensible à cette légère blessure.

La même année qui nous enleva Voltaire vit aussi périr Uousseau. Ces deux (lambeaux s’éteignirent presqu’à la fois, et ils disparurent de la terre au moment où leurs doctrines, mal interprétées par les passions de leurs disciples et de leurs ennemis, allaient ébranler l'Europe jusque dans ses fondemens.

Voltaire avait vu à Paris le célèbre Franklin jouir de son triopiphe. Le vieillard français bénit

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le fils du vieillard américain. Les vœux de tous deux pour leur patrie étaient semblables, mais le résultat dans les deux contrées fut très différent- Le vaste Océan, Fimmense étendue du continent des Etats-Unis, Fabsence des plus redoutables écueils de tous gcmvernemens , c’est-à-dire des classes privilégiées et des prolétaires, protégèrent en Amérique les semences de la liberté, tandis qu'en France elle ne put planter ses faibles racines que sur un terrain inondé de sang, et tourmenté par tous les élémens de la haine et de la discorde,

La mort de Voltaire eut le même éclat que sa vie, La fin de Rousseau fut triste , silencieuse. Cet ami de la nature fuyait les hommes, qu’il croyait ses ennemis, et Fhommequi avait répandu tant de lumières dans lé monde, disparut dans t'ombre des bois, où il se plaisait à terminer paisiblement une existence douloureuse,

La mort de ces deux chefs de la philosophie moderne excita une joie bien trompeuse parmi leurs adversaires, Ceux-ci crurent un moment avoir triomphé, oubliant sans doute que, si les hommes de génie meurent, leurs pensées sont immortelles*

Au reste, on fut promptement distrait en France de ces événemens si importons pour la république des lettres, et les événemens de la guerre qui vt>

OU SOÜVEÎÏIKS. 187

liait d’éclater, occupèrent tous les esprits, parce qu’ils mettaient en jeu tous les intérêts.

À la grande surprise de FEurope, qui né croyait pas que notre marine, détruite dans la dernière guerre, pût ressusciter si promptement, on vit, indépendamment de la flotte de IVL d’Estaing envoyée en Amérique, une armée navale de trentedeux vaisseaux et de quinze frégates sortir du port de Brest, sous les ordres du comte dOrviliîeràSL Ces trois divisions étaient commandées par les amiraux de Gnichen, Duchafaut et Lamotte- Piquet. Celui-ci dirigeait par ses conseils Fardeur de IVL le duc de Chartres, premier prince du sang, embarqué sur son vaisseau»

L’amiral Keppel, à la tête d’une armée non moins forte, vint au-devant des Français. Il connaissait leur bravoure; mais il vit avec étonnement la régularité de notre ordre de bataille, l’habileté de nos manoeuvres et les progrès rapides de notre instruction.

La bataille fut vive et sauglante; beaucoup de vaisseaux éprouvèrent, dans leurs équipages, dans leurs mâtures, dans leurs agrès, des pertes considérables; niais, comme de part et d autre aucun bâtiment ne fut pris, ou se sépara sans résultat définitif. L’Angleterre, trop accoutumée aux triomphes maritimes , se crut défaite parce que nous n’avions pas été vaincus, et la France s’at-

tribu a la victoire parce qu’elle iv avait pas reçu d'échec.

M. le duc de Chartres , rentré avec la flotte dans le port, revint trop promptement à Paris, Dans les premiers momeiis, il fut entouré d’éloges; au spectacle on lui jetait des couronnes de lauriers- Partout retentissaient des chants de victoire- La cour et la ville semblaient dans f ivresse.

Mais bientôt les nouvelles détaillées arrivèrent 1 l'enthousiasme s’évanouit ; les éloges firent place aux épigrummes. On accusa le comte d’Qrvil tiers de trop de circonspection ; on reprocha au duc de Chartres T inexécution d’un ordre qui aurait pu lui faire couper la ligue ennemie. On lirrita, en lui retirant son commandement pour le nommer colonel-général des hussards; et ce désagrément, qui lui sembla un affront , fut peut-être le germe qui produisit plus tard tant de fautes et de ni ailleurs-

De son coté f Angleterre mit en jugement les généraux KeppeJ et Palisser ; mais ce procès fut sans résultat , comme ie combat qui y avait donné lieu.

Le comte d’Qrvilliers et sou ennemi reparurent encore sur la mer; niais, soit par J'incopstance des vents, soit par une erreur des chefs, les deux armées semblèrent plutôt s’éviter que se chercher*

OU SOUVENUES

Pendant ce temps notre commerce souffrait, et, comme nos ministres avaient négligé les précautions nécessaires pour le protéger, les Anglais firent beaucoup de prises; de là naquirent des plaintes bruyantes, vives et universelles, de la marine marchande contre la marine royale, préludes des violons débats qui devaient bientôt sélever, sur terre comme sur l’Océan, entre la démocratie et faristocratie.

Notre amour -propre reçut pourtant quelque dédommagement. Plusieurs de nos (régates se signalèrent dans des combats particuliers, et un officier de marine, M. Fabry, s’empara de plusieurs convois anglais.

A la même époque on faisait filer sur nos côtes un grand nombre de régimens. Ces mou venions alimentaient nos ardentes espérances ; cependant, en approchant de l’Océan, nous frémissions d’impatience à la vue de cette barrière redoutable qui arrêtait nos pas. Nous avions cru que îios armées navales nous en ouvriraient le passage, mais leur rentrée dans nos ports nous jetait dans le découragement.

C’était un assez singulier contraste alors que de voir, d’un côté, la gravité de notre jeunesse, discutant avec des sages les hautes questions de la philosophie, la sérieuse importance que nous attachions aux moindres événemens de la guerre,

la force de nos passions pour tout ce qui nous offrait F image de la gloire ou de la liberté , et , d’une autre part, rinsouciance et la frivolité du premier ministre octogénaire qui gouvernait alors rÉîat*

Au moment où chacun, a la ville comme a la cour, accusait oit défendait, avec le plus de chaleur, la conduite des chefs de nos armées navales, et tandis qu’on s’affligeait profondément du peu de résultat de leurs efforts, M. de Mau repas, plus jeune que nous, plaisantait sur ces graves matières , sujet inépuisable pour lui de jeux de mots et de quolibets.

« Savez-vous, disait-il, ce que c’est qu’un combat » naval? Je vais vous le dire : deux escadres sor- » lent de deux ports opposés; on manœuvre, on » se rencontre, on se tire des coups de canon, » on abat quelque^ mâts, on déchire quelques >5 voiles, on tue quelques hommes; on use beau- » coup de poudre et de boulets; puis chacune des » deux armées se retire, prétendant être restée * maîtresse du champ de bataille; elles s’attribuent » toutes deux la victoire; on chante de part et » d’autre le Te Deum , et la mer n’en reste pas » moins salée* a Heureusement les autres ministres t rai talent les grandes affaires un peu plus sérieusement.

Toutes mes tentatives pour être employé dans

quelque expédition demeuraient toujours sans succès, et je me dépitais contre le sort, qui m'obligeait à rester colonel de dragons, dans une guerre où l'infanterie, seule embarquée, pouvait trouver des occasions de combattre.

Quelques-uns de mes amis* les uns plus âgés que moi, les autres de mon âge, furent plus heureux et excitèrent mon envie: le duc de Lauzun, embarqué avec le marquis de Vaudreml, descendit en Afrique et conquit le Sénégal. Arthur et Édouard Dillon, le marquis de Goiguy, le vicomte de Noaiïlës, servirent sous les ordres de MM, de Bouille et d’Estaifcg* Le premier s'empara delà Dominique et ensuite de file de Sainte- Lucie par surprise. Le comte deLamarck, prince d’Âremberg , fut envoyé avec son régiment dans F Inde, où il fut blessé.

L'amiral Byron , que le comte d’Estaing s'était vainement efforcé de combattre près de Rhodeïsîand, étant arrivé dans les Antilles, changea momentanément la fortune, et nous enleva cette même île de Sainte-Lucie dont nous venions de nous rendre maîtres. Mais, quelque temps après, le comte d'Estaing, qui s'était éloigné alors des États-Unis, malgré les instances de Washington, de La Fayette, et les reproches amers du général Sulivan, arriva dans le port de la Martinique.

Delà, fortifié par une escadre et par des troupes

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