CHAPITRE XIV
Je parcours les départements des Basses-Alpes, des Bouches-du- Rliône et du Var. — Agitation de Toulon. — L'armée. — Fréron. — Ses poussoirs. — Nouveaux commissaires . • — Saliceti, Moltedo, Ricord. — Le général Carteaux. — Succès. — Excès commis à Toulon. — Sylvestre, Jassaud, Lemaille. — Sections de Toulon. — Leurs œuvres. — Lambert et Barry. — L'amiral Hood devant Toulon. — Rebelles unis aux Anglais. — Proclamation de l'amiral Hood. — Louis XVII proclamé. — L'amiral Trogoff. — Lettre des Toulonnais à Carteaux. — Mesures énergiques de la Convention. — Trogoff^ Chaussegros et Puissant mis hors la loi. — Conduite de Hood et de Langara. — La cocarde blanche. — Adresse brûlée par le bourreau. — Victor Grand rendu à la liberté. — Pièces importantes . — Prétexte de la révolte de Toulon. — Le duc d'Orléans. — Sa mort. — Son caractère. — // n'est pas de son parti. — Mot d'un ennemi de ce prince.
Après m'être concerté avec le général Dumerbion pour assurer la tranquillité du comté de Nice ainsi que les subsistances de l'armée, je parcourus le département des Basses- Alpes, une partie de celui des Bouches-du-Rhône et celui du Yar. Je pacifiai partout, n'hésitant pas plus à dissoudre les sociétés populaires qui exagéraient la Révolution, que les assemblées seclionnaires qui attaquaient la République. Je destituai les autorités civiles, militaires et judiciaires; j'établis les tribunaux dans la ville de Grasse.
Cette conduite ferme et juste produisit un si bon effet qu'à
ma voix se levaient partout des bataillons de gardes nationales; celui du Beausset, si dévoué à la République, vint me joindre à Nice.
Toulon, celte place si importante, point de mire de la coalition et surtout des Anglais, déjà admis dans le port, était en proie aux troubles qui menaçaient de livrer défmitivement la ville aux ennemis. Dans cette crise, je crus que, sans attendre d'autres instructions de Paris, c'était sur cette partie de la Provence que nous devions de suite porter tous nos regards et nos efforts. Beaucoup de patriotes se rendirent sous les murs de Toulon : je leur assignai les postes. Il fallait nourrir l'armée : j'obtins des subsistances. J'envoyai des commissaires dans les départements voisins, à Arles et ailleurs. Les approvisionnements des corps sous Toulon furent assurés en attendant ceux que j'avais requis à Bordeaux et fait acheter à Gênes et à Livourne. J'avais expédié aussi des bâtiments sur la côte d'Afrique, avec un commissaire qui nous obtint des ressources des gouvernements barbaresques. Toutes ces dispositions réussirent.
Les rencontres qu'on fait dans les révolutions ne sont pas des choix. Cependant, quelles que soient les choses qui aient été dites sur Fréron, je ne répudie point l'association dans laquelle nous nous sommes trouvés à l'époque terrible dont je parle.
Fréron était bien un littérateur efféminé, pour qui une carrière militaire devenait un effort plus qu'humain. Il lui était difficile d'en prendre aussitôt la vigueur et l'activité; mais ce qui manquait à ses habitudes et peut-être à son âme, il cherchait à l'acquérir par tous les moyens : il croyait pouvoir l'obtenir par son physique, par une hygiène particulière. L'usage des spiritueux, l'exaltation qu'il devait à cet auxiliaire, lui donnait une hardiesse, une intrépidité presque guerrière. Avec un caractère déjà très décidé, cela faisait un excellent révolutionnaire, je veux dire un homme capable