CHAPITRE XIV. ^^^^^m
vention nationale. Il députa aux escadres ennemies pour leur faire connaître que Toulon arborait le drapeau blanc, proclamait la monarchie légitime des Bourbons et suppliait les coalisés de se rendre dans leur bonne ville de Toulon, qui avait secoué le joug* du gouvernement républicain. Après des pourparlers entre gens qui s'entendaient si bien, il fut convenu que la ville, les ports, les vaisseaux et les forts seraient livrés aux escadres combinées, que les huit sections rebelles, les nouvelles autorités et la garde nationale qu'elles avaient créées, composaient dans leur ensemble la presque totalité des habitants et devaient se rallier à cet ordre de choses nouveau. Pour assurer qu'aucun dissentiment ne pourrait troubler la direction convenue avec les corps militaires et civils, cinq cents patriotes furent arrêtés, quarante-deux furent pendus. En même temps, les escadres ennemies prirent possession de la ville, des forts, du port, des vaisseaux, des arsenaux et des établissements publics. Un Anglais fut nommé gouverneur de la ville, un tribunal populaire fut installé; procédure criminelle ordonnée contre le président et les secrétaires de la Convention nationale, en attendant que la réunion des armées navales combinées, des corps militaires et civils, des Marseillais et de tous les mécontents des départements du Midi pussent se concentrer pour marcher sur Paris; 'une armée prussienne les y joindrait. La Convention et les autorités de Paris, premiers auteurs des malheurs qui ont affligé et opprimé la France royaliste, seraient traitées comme venaient d'être les quarante-deux patriotes toulonnais, c'està-dire pendus. Le 19 août, le Tribunal populaire avait fait exécuter Lambert etBarry.
Encouragée par tous les troubles qui agitaient l'intérieur de la ville, l'escadre anglaise, commandée par l'amiral Hood, s'était présentée devant Toulon. Des commissaires de section s'étaient rendus à bord du vaisseau la Victoire, pour se concerter avec l'amiral anglais et avaient informé leurs asso-
AnP^ Août 1793.
d08 MEMOIRES DE BARRAS.
ciés dans le complot de haute trahison, des conditions exigées par lui.
Le 23 août, l'amiral Hood, dans une proclamation adressée aux habitants du midi de la France, disait que la révolution et l'anarchie qui en était la suite, obligeaient les puissances à intervenir pour rétablir la monarchie. « Expliquez-vous, ajoutait-il; j'arrive et je vole à votre secours. Qu'on se montre franchement à Toulon et à Marseille; que l'étendard royal soit arboré, les vaisseaux désarmés, les forts et le port à notre disposition : dès que la paix sera faite, les vaisseaux et le port seront rendus à la France. » Le lendemain, 24 août, les Toulonnais avaient adhéré aux conditions de l'amiral Hood, et proclamé Louis XVIL
L'escadre française était composée de dix-huit vaisseaux de guerre, et de neuf frégates ou corvettes : elle était commandée par l'amiral Trogoff. Hood fait de nouvelles déclarations, dans lesquelles il s'engage h fournir des vivres, à payer les équipages; il annonce enfin qu'il prend possession de Toulon, qu'il gardera jusqu'à la paix.
De leur côté, les comités des sections de cette ville écrivent à Garteaux qu'ils sont les alliés des Anglais et des Espagnols, qui ont amené trente mille hommes pour seconder leur défense; que la section n° 11 de Marseille et ses complices leur répondent des jugements à mort qui seraient prononcés contre les royalistes.
Dans ces circonstances, la Convention déclare que la ville de Toulon et notre escadre ont été livrées aux Anglais et aux Espagnols; elle fait un appel aux citoyens pour réprimer celte trahison, met hors la loi l'amiral Trogoff, Chaussegros et l'ordonnateur Puissant; prononce le séquestre des biens des contre-révolutionnaires de Toulon composant le comité An I'.', central des sections, et ordonne la mise en jugement des membres de la municipalité de Pignans pour avoir attenté à la représentation nationale.
Septembre