CHAPITRE XIV. i
Cependant les autorités de Toulon, avec Hood et Langara qui signent, arrêtent qu'il sera fait un emprunt d'un million de piastres, Fan 1793, le premier de la régénération de la monarchie française; et le comité des sections, que le dra. peau blanc et la cocarde blanche seront substitués à la couleur tricolore le 27 septembre 1793.
Ces actes sont suivis d'un grand nombre d'autres sembla- veiKiémjaire blés. Un jugement du tribunal populaire martial ordonne ^'^'S^'*^ qu'une adresse des représentants sera brûlée par l'exécuteur des hautes œuvres. Les secrétaires de la commission arrêtés à Pignans et transférés dans les cachots de Toulon, victimes réservées à la rage des rebelles, après avoir subi plusieurs interrogatoires, auxquels ils avaient répondu avec fermeté, et avoir échappé à des furieux qui, les prenant pour les représentants du peuple, voulaient les massacrer, attendaient avec résignation un autre genre de supplice, lorsque la femme du général Lapoype, gardée à Toulon comme otage, leur facilita les moyens de s'évader de la prison. Bientôt ils se trouvèrent hors de la ville. Victor Grand accourut m'embrasser : je revis avec joie un jeune homme qui déjà avait obtenu toute ma confiance et qui fut du petit nombre de ceux qui n'ont pas cessé de la mériter. *
Les correspondances, ordres, proclamations des Toulonnais, des Marseillais, des amiraux et généraux ennemis, et tant de révélations qui ont eu lieu depuis, attestent s'il y avait alors quelque chose d'imaginaire ou seulement d'exagéré dans les accusations que le parti républicain portait contre le parti royaliste, uni à celui de l'étranger.
Ce qu'il y a de curieux parmi les divers motifs donnés par les contre-révolutionnaires de Toulon, c'est entre autres qu'ils s'adressent à Monsieur parce que leur comité vient d'apprendre que le « duc d'Orléans s'est rendu à Paris, ce qui fait craindre, disent-ils, que la faction régicide porte
Brumaire an II,
ilO MEMOIRES DE BARRAS.
M. le duc d'Orléans à la régence, dont il serait indigne, en supposant merne qu'il y fût appelé par les lois ». Au moment où les prétendus bons citoyens de Toulon s'exprimaient ainsi, le malheureux duc d'Orléans éUit non appelé, mais transféré à Paris, au milieu de toutes les rigueurs d'une escorte de gendarmerie, et jeté à la Conciergerie, d'où il ne devait plus sortir que pour monter à l'échafaud. Les calomnies les plus odieuses ne manquent point de porter leurs fruits. Lorsque j'étais aussi sérieusement occupé devant Toulon, je ne tardai pas à apprendre la condamnation et l'exécution à Paris (le 6 novembre 1793) de l'infortuné duc d'Orléans. Rencontré quelquefois par ce prince ^im!^ avant et depuis la Révolution, je n'avais jamais vu en lui qu'un homme simple, aimant la liberté comme un particulier, la voulant pour tout le monde, et sans aucune ambition personnelle. Il est possible que quelques-uns de ses amis en aient eu pour lui ou pour eux : jamais il n'a été leur complice; et c'est dans ce sens qu'on a pu avoir raison de dire qu'il était le seul de son parti qui n'en fût pas lui-même, qu'il était enfin le moins orléaniste de la faction d'Orléans. Cet égorgement d'un prince bienfaisant, populaire et tout à fait inofîensif en action politique n'avait pas même de prétexte pour ceux qui commettaient ce crime à loisir et à plaisir. C'est l'un des actes les plus délirants de cette révolution qui déjà gâtait et repoussait ses triomphes en tirant sur ses propres troupes.... L'un des ennemis du duc d'Orléans, qui croyait ou voulait se donner l'air de le défendre, a dit, depuis, que la Cour avait eu un véritable tort envers cette branche de la famille. On ne s'attend guère à la nature des torts découverts par cet individu qui se croyait et se prétendait royaliste; c'était, disait-il, « que la Cour eût eu la longanimité de laisser une trop grande fortune au duc d'Orléans, qui avait quatorze millions de revenu ». Ainsi les ultra-royalistes, qui ne faisaient que poindre alors,