‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 119 sur 230 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

être attribuée aux auteurs dramatiques, si l'invention dans cet art était elle-même autre chose que l'imitation, m'a paru extrêmement curieux et important à dévoiler : non pas seulement en raison de l'horrible malheur qui en a été la suite, mais parce qu'il a fait école, et qu'il est devenu depuis, pour d'autres intrigants politiques, non pas plus ingénieux, mais aussi impudents que Lamotte, le prototype des agences les plus viles qu'ils ont exercées sur la Révolution et la contrerévolution, en ne servant ni l'une ni l'autre, en les trompant toutes les deux, et en mystifiant tout le monde, les gouvernements comme les princes et les particuliers dont ils pouvaient extorquer de l'argent. Je nommerai plus tard, et signalerai les êtres vils que je ne fais qu'indiquer, et que j'annonce avoir été les applicateurs et les imitateurs du système que Lamotte a le premier imaginé pour escroquer le collier.

Pour en finir avec tous ces misérables qui ont figuré dans l'affaire de Lamotte en 1786, voici ce que j'ai su des principaux. J'ai appris que, retiré depuis la Révolution dans la partie de ses possessions ecclésiastiques qui le mettait hors de France, le cardinal de Rohan, voulant, comme passe-temps de sa retraite, éclaircir tout à fait vis-à-vis de lui-même ce qui lui était arrivé, notamment dans le bosquet de Trianon, avait fait venir de Paris en 1792 la d'Oliva qui s'y trouvait encore; qu'il avait comparé Fidentité de la personne, et reçu d'elle-même l'aveu de toute la conspiration dont il avait été le sujet : l'innocence de la Reine et les crimes de Lamotte n'avaient pas besoin de cette preuve de plus. Mlle d'Oliva, que ses ennuis et ses vicissitudes n'avaient pas encore autant éraillée que Cunégonde, parvint à se faire croire encore assez intéressante, aux yeux d'un certain juge germanique résidant à Strasbourg, pour être goûtée et épousée. On peut dire qu'en cette circonstance l'amour et la justice réunirent leur double bandeau. Le prétendu comte de Cagliostro a ter-

miné moins heureusement que Mlle d'Oliva sa carrière d'intrigues. Ce charlatan, sorti des prisons de France, se sauva depuis à Rome. Après d'autres aventures et d'autres traits de son métier, il fut jeté dans un cachot infect, et régulièrement étranglé par ordre suprême. Quant au premier metteur en œuvre de la machination du Collier, le prétendu comte de Lamotte, je sais qu'il a survécu à tous ceux qu'il a trompés et fait immoler : je sais, au moment où j'écris mes Mémoires, qu'âgé de quatre-vingts ans (plus de quarante-quatre sont écoulés depuis l'affaire du Collier), Lamotte, après avoir honteusement mangé le fruit de diverses escroqueries qui ont succédé à celle du Collier, vit encore, et que les restes de cette ignoble existence sont consacrés à de nouveaux complots qui ne peuvent plus être pour sa fortune aussi heureux que le premier.

Il y avait déjà deux jours que j'étais de retour à Paris, comme étourdi de tout ce qui s'y passait, me demandant réellement où j'étais, faisant à tout le monde des questions qui n'obtenaient que des réponses évasives, lorsque je m'éveillai comme en sursaut, apprenant que mon arrivée était connue des membres du Comité de Salut public, et qu'on était fort surpris que je n'eusse pas été y porter déjà mes comptes et mes hommages. Je me rendis donc au Comité de Salut public. Robespierre, Billaud, Carnot, Barère, Prieur de la Côte-d'Or, Robert Lindet étaient en séance. J'imaginai n'être pas sans droit de trouver dans leur accueil l'expression de quelque satisfaction. Sans que je m'abusasse sur la grandeur du service que nous venions de rendre en reprenant Toulon et en chassant les coalisés de ce point important de la Méditerranée, nous avions entendu un cri universel proclamer que nous avions sauvé la République; la Convention nationale elle-même avait décrété que l'armée et les représentants du peuple avaient bien mérité de la Patrie : ici venait expirer l'écho de la reconnaissance nationale. Les membres du

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