CHAPITRE XVIII
Comité de Salut public, d'ajourner les séances de la Convention; et il donnait cette raison comme l'une de celles pour lesquelles depuis un mois il ne siég-eait plus au Comité de Salut public. Mais, alors même qu'il ne prenait plus part aux actes de l'autorité, Robespierre, accusateur de ses collègues, était-il moins méchant qu'eux? N'avait-il pas à Paris une prépondérance qui inspirait autant de craintes que les pouvoirs de tous les comités réunis?
Au milieu de ces dispositions hostiles si compliquées, Saint- Jusl fit un rapport sur la situation de la République et de Paris particulièrement : il demandait que le Comité de Salut public calmât les inquiétudes , et pour cela qu'il ne cachât plus rien au peuple, comme on l'avait fait jusqu'alors. Les propositions de Saint-Just furent rejetées. Un ordre fut do*nné, le l^*" messidor, par le Comité de Salut public, de détacher Messidor dix-huit mille hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse, pour une opération secrète; mais il fut révoqué, parce qu'on prétendit que l'armée serait forcée d'abandonner ses positions et de se retirer sous Givet : Prieur de la Marne, Jeanbon Saint-André, étant absents par missions, le Comité se trouvait réduit à cinq personnes, et quoique l'anarchie fut au sein du gouvernement, tout marchait aux armées avec la plus grande vigueur, tant était grand et terrible le mouvement qui leur avait été imprimé ainsi. Jourdan, malgré tout, et peut-être malgré lui-même, ainsi que le disait le général Lefebvre, gagnait la bataille de Fleurus; et Jourdan, quelques jours auparavant simple marchand de toiles, et porteballe à Limoges, se trouvait, par la force des événements, contraint d'être le premier général de la République.
Robespierre, accoutumé à dicter sa volonté et à la voir exécutée sans discussion, était étonné et comme abasourdi. Il avait rencontré de la résistance de la part : de Billaud, personnage froid, mais irritable, qui ne parlait jamais que par sentences ou par injures; de Collot, espèce de rustre
d'une violence incomparable, et dont l'éloquence populaire, à la tribune des Jacobins comme à celle de la Convention, ne redoutait pas de se mesurer avec celle de Robespierre; de Carnot, qui n'était point homme de tribune, mais dont le but militaire d'assurer l'indépendance de la France fortifiait encore le caractère; de Prieur de la Côte-d'Or, associa' à Carnot, son ancien camarade dans l'arme du Génie; de Lindet, uni par le travail à ceux qui travaillaient; de Barère, dont l'activité et la loquacité ne pouvaient manquer de seconder ses collègues, puisqu'ils étaient la majorité et que toujours Barère en fit partie. Ce faisceau, formé par le danger, présentait bien quelque motif d'inquiétude à Robespierre. Son caractère de vengeance implacable si bien connu ne permettait pas d'ailleurs à ceux qu'il menaçait, d'espérer leur salut autrement que de sa défaite et même de sa mort. Au moment où l'anxiété était déjà très grande dans la Convention, il avait circulé une liste de cinq ou six députés. On disait que Robespierre se proposait de les faire arrêter pour ses menus plaisirs, donnant leurs mauvaises mœurs pour motif de ces rigueurs. Robespierre, instruit de ce qui lui était imputé, prétendit qu'il était innocent de cette pensée ; voulant la rendre à ses auteurs, il soutint qu'elle appartenait à la majorité du comité, qui avait poussé la cruauté jusqu'à vouloir comprendre trente-deux députés dans sa nouvelle proscription. Les défenseurs de l'innocence et de l'humanité de Robespierre disaient en vain que c'était lui qui s'était opposé à cette mesure plus que rigoureuse; qu'il avait déchiré la liste et apostrophé les comités en leur disant : « Vous voulez encore décimer la Convention : je n'y donnerai pas mon adhésion ». Robespierre s'exprimait ainsi en voulant sortir du Comité, dont il avait ouvert la porte, avec l'intention d'être entendu des députés et de beaucoup de citoyens qui, sur le bruit d'une dispute au sein du comité, attendaient avec curiosité dans l'antichambre. CoUot-d'Iîerbois, furieux