‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 140 sur 230 · CHAPITRE XIX. 18f · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. 18f

sortir de Lyon débaptisé et rebaptisé sous le nom de Commime- A (franchie, « la voiture de la citoyenne Fouché avait été brisée ». La religieuse, conservatrice des trésors de la communauté conjugale, au moment de l'accident, aurait été surprise cachant ses coffres sous ses vêtements, comme une tendre volatile qui couve ses poussins. Les habitants du faubourg de Vaise, témoins de la catastrophe, s'étaient rassemblés. On aurait fait un mauvais parti à la femme du représentant, et on lui aurait repris même les dépouilles opimes qu'elle emportait, si GoUot-d'Herbois, collègue de Fouché à Lyon, n'était venu à son secours. Il aurait, dans cette crise embarrassante, soutenu son collègue de toute la vigueur de ses poumons. Il avait accusé à' aristocratie même les sansculottes qui se permettaient d'arrêter la voiture de la femme d'un représentant du peuple, ou seulement de la regarder alors qu'elle était brisée. Que leur importait ce que la voiture de la citoyenne Fouché pouvait contenir? Cela devait être sacré pour le peuple. Ceux-là n'étaient point du peuple qui se permettaient seulement des observations dans une pareille circonstance, et Collot-d'Herbois n'avait pas moins menacé les faubouriens lyonnais que de « les faire fusiller à l'instant, et de les envoyer rejoindre les aristocrates de la place Bellecour ».

L'éloquence de Collot-d'Herbois, accompagnée de tout l'appareil de la force (car il lui était aussi facile de le faire que de le dire), avait arrêté les représentations des assistants. On avait raccommodé la voiture de la « citoyenne Fouché », et on l'avait laissé partir fort respectueusement pour Paris. Fouché était encore resté à Lyon comme arrièregarde, pendant que sa femme conduisait sain et sauf le magot qui avait tout à l'heure couru tant de risques.

Pour couvrir cette circonstance périlleuse de l'éclat de son patriotisme, Fouché avait cru devoir signaler le reste de son séjour à Lyon par d'autres actes révolutionnaires, en lançant de nouvelles foudres contre les aristocrates lyonnais.

Certes, à la seule pagination où l'on en est de mes Mémoires, d'après ce qu'on y a reconnu de mes principes, et d'après tous les antécédents de ma vie, je me crois dispensé de déclarer ici que je ne suis point un aristocrate cherchant à évoquer des souvenirs qui accuseraient le mouvement extraordinaire destiné à sauver la France. Je suis de ceux au contraire, ainsi que le démontre ma conduite politique, qui pensent que l'action révolutionnaire ne pouvait être trop forte pour délivrer un pays envahi et enveloppé par la coalition de l'Europe. J'avoue cependant qu'au moment même où, tout le premier, je sentais, par l'exemple des événements de Toulon, tout ce que la nécessité des temps avait pu commander de rigueur à ceux qui avaient la mission de défendre les points les plus menacés de la France, j'avoue, dis-je, que je ne concevais pas comment l'émotion, les attendrissements et les larmes de joie pouvaient être invoqués par ceux qui avaient le devoir terrible de frapper même des coupables; et si je n'avais lu ces phrases officielles de Fouché et de Collot-d'Herbois, jamais je n'aurais cru cela possible. Peut-être, ainsi que je viens de le raconter, les circonstances où Fouché venait d'être compromis d'une manière si importante, par l'accident arrivé à la voiture de sa femme, le forçaient-elles, ou lui faisaient-elles croire qu'il était forcé d'outrepasser encore la mesure pour faire perdre la mémoire et la trace de ce qui pouvait lui être reproché. Aussi, dans son exaltation frénétique, ne s'en tenait-il plus, à Lyon, à se présenter comme « représentant » du peuple délégué par la Convention nationale et chargé de faire exécuter ses lois révolutionnaires, il dis§,it hautement : u Les lois révolutionnaires ne sont pas assez : il faut mieux, il faut être au moins ultrarévolutionnaire à V époque oii nous sommes ». Quand il recevait le Bulletin des lois ou le Moniteur, il disait avec ironie, devant la commission temporaire occupée à condamner, ou même à fusiller, sans prendre le temps de condamner :

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