‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 158 sur 230 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Courtois, dans son rapport, fait même dire à Léonard Bourdon présentant Méda à la Convention : « Ce brave gendarme ne rna pas quitté, il a tué deux conspirateurs »

Ce n'a pas été assez pour M. Méda de toute cette part de gloire; il a fallu que dans son récit posthume il vînt à son tour, pour exprimer sa reconnaissance à Léonard Bourdon, démentir son poète épique, et dire qu'il s'était emparé de son pistolet dans le tumulte de la bagarre; tandis qu'on a vu plus haut que ce pouvait être l'autre pistolet de Le Bas. C'est la nature de cette arme, ramassée probablement à la Commune par le gendarme Méda, qui lui a donné le prétexte et le moyen de bâtir sa fable. Elle était au surplus, ce me semble, de fort peu d'intérêt pour nous, dans le moment du 9 Thermidor, excepté pour le gendarme Méda. Il a pu, pendant sa vie, réclamer contre les affirmations opposées à son assertion, et dont on n'a connu le récit qu'après sa mort. Je conviens qu'il voulut, pendant sa vie même, exploiter la circonstance où il se donnait un si grand rôle : il le soutint vis-à-vis de plusieurs de mes collègues; il alla depuis prier Tallien, en sa qualité de héros thermidorien, de le recommander à' moi, lorsque j'étais dans le pouvoir. J'ai reçu de Méda maintes lettres et demandes qui avaient toujours pour but un avancement au delà de ses droits et de ses moyens. Son orthographe et sa rédaction même attestent une grande ignorance, alors même qu'il s'agissait de faire parler sa cupidité et son ambition, passions qui donnent quelquefois aux hommes qui en sont animés un peu plus d'esprit ou d'accent au moins.

C'est seulement en 1824, lors de la publication des Mémoires posthumes du gendarme Méda, que j'ai appris que ce héros avait succombé dans l'un des combats livrés en Russie en 4812, sous les ordres de l'empereur, « qui allait le nommer général », dit l'historien de Méda, ce qui prouve que le gendarme ennemi de Robespierre n'avait pas une antipathie égale contre les empereurs, et qu'il était très

flatté d'en .'ecevoir la continuation et l'augmentation des grades qu'il avait tenus de la Convention et du Directoire. Ces deux autorités n'avaient point au surplus refusé à Méda la récompense que méritait une conduite civique dans la journée du 9 Thermidor, puisqu'il avait soutenu la Convention nationale, qui était bien en ce moment la première légalité et légitimité de la France : mais les récompenses devaient encore être subordonnées à la réalité et à la vérité des services rendus.

Je sais que plus tard, dans des circonstances bien décisives encore, on proclamera, on exaltera, on récompensera avec magnificence comme sauveurs de la vie d'un fameux personnage [Bonaparte] et pour avoir préservé du poignard ses précieux jours, on récompensera, dis-je, certains grenadiers qui n'y ont pas pensé, qui ne savaient pas alors ce qu'on voulait leur dire, mais qui depuis osèrent réclamer l'indigne salaire accordé à l'imposture. L'époque que j'annonce à l'avenir est celle où les représentants du peuple seront, selon les expressions même de Robespierre, traités d'assassins et de représentants du poignard par ceux qui viendront les égorger dans leur propre enceinte, comme l'avait tenté leur prédécesseur, Robespierre.... Mais dans notre temps nous n'étions pas encore des comédiens. L'Italie, dont la communication nous a valu tant de poisons à diverses époques de l'histoire de France, l'Italie et la Corse surtout, bien pire encore que toutes lesltalies, n'étaient point encore importées en France! Et voilà pourquoi j'ai cru devoir remettre à sa juste valeur le gendarme Méda.

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