CHAPITRE XX
Représailles de l'aristocratie. — Compagnies d'égorgeurs. — A/freux brigandages. — '■ L'énergie de la Convention diminue. — Chefs des voleurs. — Légitimité. — Je suis membre du Comité de Sûreté générale. — Je sauve quelques-uns de ceux qui avaient livré Toulon aux Anglais. — Je suis dénoncé par Lucien Bonaparte. — Je suis nommé secrétaire de la Convention, ensuite président. — Les Jacobins désorganisés. — On veut les épurer de nouveau. — Mot terrible de Billaud-Varenne . — Le représentant Legendre. — Les Jacobins sont dissous. — La Commission des Cinq. — J'en suis membre.
— Plan de réorganisation. — Mon rapport sur la fête du 21 Jan~ vier. — Acte d'humanité populaire. — Nommé commissaire pour les Indes Orientales . — Je reste à Paris. — Situation déplorable des républicains. — Club Farmalaguès. — Boissy-d'Anglas. — Lanjuinais. — Troubles imminents. — Une partie de la garde nationale parisienne fait cause commune avec les factieux. — 12 Germinal. — Convention envaliie. — On veut me donner le commandement de la force armée parisienne. — Pichegru. — La Commission des Vingt et Un. — Déportation de Barère, Collotd'Herbois, Billaud-Varenne. — On arrête leur voiture. — Pichegru insulté par le peuple. — Je le secours. — L'ordonnateur Hion,
— Effroi de Pichegru. — Décret d^ accusation contre trente représentants. — Lois du maximum. — Les deux disettes. — Etat critique de Paris. — Négligence de Boissy-d'Anglas. — Ma nouvelle mission.
— Rebuffet et Gévaudan. — Le vieux Lanchère. — Brune, Saint- Martin, Real. — Nos mesures. — Peur de Rebuffet et de Gévaudan.
— Chappe. — Le télégraphe intercepté. — Journées de Prairial.
— Les faubourgs. — Féraud égorgé. — Mesures prises à Gand. — Le général Leclair. — La Convention triomphe. — Troubles de Saint-Omer. — Je reviens à Paris. — Mon brevet de général de
brigade, — Consternation des patriotes. — Décrets rendus et immédiatement rapportés. — La Montagne décimée. — Honorables victimes. — Belle invocation d'un historien moderne. — L'étranger complice des réactions. — Je cherche à faire rétablir un régime légal. — Mes travaux sur les subsistances.
Les exagérations et les violences des partis vainqueurs sont ordinairement suivies de plus grandes violences encore des partis vaincus, quand ceux-ci reprennent le dessus. L'aristocratie ayant été depuis 1792 tout à fait terrassée, puis opprimée, elle avait les premiers droits de représailles : elle ne pouvait manquer de profiter des événements après Thermidor . Elle s'introduisit parmi toutes les autorités , chassa des citoyens irréprochables qui occupaient les premières places de l'Etat, comme robespierristes, quoiqu'ils n'eussent jamais pensé à l'être; des compagnies d'égorgeurs, qui prirent les noms les plus sacrés, furent organisées, surtout dans les départements du Midi. En parcourant les communes, ils massacraient les plus zélés républicains, ils détroussaient les diligences, et pillaient les caisses publiques; ils étaient puissamment soutenus à l'extérieur par les émigrés, et à l'intérieur par ceux qui étaient rentrés clandestinement. Quelques membres de la Convention nationale ne paraissaient pas étrangers à cette coalition ; plusieurs étaient soupçonnés de s'entendre avec l'Angleterre. La Convention, si grande dans tant de circonstances, n'était déjà plus cette assemblée considérée de la nation, redoutée des puissances étrangères; son énergie était affaiblie; elle était tiraillée par nombre de partis qui s'étaient formés dans son sein, où elle laissa s'établir ces corporations incendiaires qui ravageaient la patrie. L'envoi qu'elle fît de députés et même de généraux dans les départements fut une mesure qui servit plus que jamais de prétexte aux crimes commis par les ennemis de la République, et ne réussit pas à en arrêter le cours. Plusieurs de ces chefs de voleurs parviendront, dans