‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 169 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

placé par celui, plus intelligible, de jours complémentaires. Enfin, après tous les sacrifices humains consommés au milieu des orages, la Convention nationale, croyant entendre les vœux du peuple et reconnaître qu'elle ne jouissait plus d'assez de crédit pour continuer ses travaux législatifs, se hâta de rédiger un projet de Constitution, qui devait remplacer celle de 1793. La démagogie en fut écartée, mais non la démo- Fructidor cratie; on repoussa jusqu'à la dénomination de pouvoir exécutif, de gouvernement républicain parce qu'on craignait de se référer en quelque chose à la monarchie : la dénomination de Directoire exécutifs nom qui avait été commun aux autorités antérieures, fut préférée.

Un progrès incontestable des idées qui heureusement commençaient à dominer et tendaient au retour de l'ordre, ce fut non seulement la division des trois grands pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, mais la séparation du corps législatif lui-même en deux conseils; on n'osait pas les appeler les deux Chambres, à cause de la comparaison qu'on craignait d'en voir faire avec les deux chambres de l'Angleterre, regardées jusqu'alors, dans le langage populaire, comme type d'aristocratie. On nomma l'un de ces conseils Conseil des Cinq-Cents : il était composé des plus jeunes; l'autre, Conseil des Anciens, parce qu'il réunissait les hommes au-dessus de quarante ans et mariés. Ces deux assemblées devaient discuter la loi chacune de leur côté, les Cinq-Cents les premiers et avec initiative, puis les Anciens pour accorder la sanction. Tout cela eût pu s'arranger parfaitement, si le pouvoir exécutif, qu'on craignait même de désigner par son nom, eût été réellement engrené avec ces deux rouages de la législation, si, pouvant faire des indicacations et des messages, il avait eu le droit de paralyser les mouvements irréguliers et d'empêcher les excentricités. Mais, sans insister sur les regrets qu'on peut donner, par suite des cruelles expériences résultant de cette lacune dans

rorganisation des pouvoirs, et pour ainsi dire dans Tarmement de la force executive, je ne puis laisser sans reconnaissance cette disposition des hommes éclairés de la Convention qui leur fît consacrer le principe des deux Chambres, jusqu'alors inabordable, en raison de tous les préjugés révolutionnaires. C'était une des idées arrêtées par les publicistes philosophes, longtemps avant 1789, puisqu'on en devait la pensée à VEsprit des lois de Montesquieu près de quarante ans auparavant. Dans ma jeunesse, où je recherchais le commerce des beaux-esprits, j'avais entendu proclamer et soutenir la nécessité des deux Chambres législatives par un homme qui avait toujours à son service les expressions les plus pittoresques pour rendre les idées les plus positives : c'était le célèbre abbé Galiani. Ce petit homme, qui avait la vivacité d'un singe, et qui prenait souvent les comparaisons dans les habitudes de cet animal, dit un jour devant moi : « Plus le peuple auquel vous avez affaire a de pétulance naturelle, plus, si vous voulez lui donner une représentation nationale, vous devez diviser les Chambres qui en sont les organes. S'il était question d'un peuple de singes, comme ils sont beaucoup plus vifs que les hommes, il leur faudrait peut-être une douzaine de Chambres, pour que la loi, passant de l'une à l'autre, arrivât à son refroidissement nécessaire : s'il s'agit des Français, comme ils ont bien moins de flegme que les Anglais, qui ont deux Chambres, il faudra, dans la proportion, leur en donner au moins quatre. »

Pendant que la Convention s'occupait à jeter les bases du système de gouvernement qui devait la remplacer, la défiance qu'inspirait le pouvoir exécutif était telle, qu'on redoutait toujours de ne pas assez le restreindre. En conséquence, la trésorerie fut placée sous la surveillance du corps législatif, qui fut chargé de nommer le personnel. Le droit de casser les Chambres législatives, qui peut-être aurait conservé la République, ne fut point accordé au Directoire. Ses ministres

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