‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 17 sur 230 · XXXIV PREFACE DU TOME PREMIER · texte numérisé non relu

XXXIV PREFACE DU TOME PREMIER

officiers et des soldats apparaissent dans ce récit en traits qui excitent à la fois notre colère et notre admiration.

Les chapitres suivants * nous exposent les préludes de la Révolution. De retour en France, Barras a quitté l'armée, s'est établi à Paris, vit dans l'intimité des plus célèbres personnages de l'époque, et commence à prendre une attitude déclarée de frondeur de la cour et du gouvernement. 11 tient tète aux ministres avec une noble fierté 2, dénonce le luxe, la gourmandise, la corruption qui régnaient, paraît-il, dans les couvents ^. Certaines confidences que son insupportable fatuité d'homme à bonnes fortunes laisse volontiers échapper *, nous donnent cependant à penser que Barras n'était pas plus alors qu'il ne le fut à aucune autre époque de sa vie, un bien austère moraliste. Ce puritain, que scandalise le relâchement des mœurs monacales, est étroitement lié avec des aventuriers tels que ces Lamotte, de l'affaire du Collier, lesquels n'étaient apparemment, ni riiomme, ni la femme, des modèles de vertu. Ne nous en plaignons pas, car cette relation quelque peu interlope a fourni à Barras l'occasion de nous donner sur cette fameuse affaire d'intéressants détails qui mettent en complète évidence l'innocence absolue de la reine et la profondeur vraiment insondable de la sottise du galant cardinal de Rohan ^. Et croyez bien que si la pauvre Marie-Antoinette avait été coupable, en cette singulière aventure, de la plus légère inconséquence, Barras ne se fût pas fait faute de nous en instruire. Car, chose étrange, cet homme qui fut tant aimé des femmes n'eut jamais pour elles ce sentiment d'indulgente gratitude qui semblerait devoir accompagner, chez les enfants gâtés de l'amour, les douces obligations contractées envers l'autre sexe. Il aima beaucoup de femmes, mais il n'aima jamais la Femme. L'instinct de médisance était égal en lui à l'instinct de fatuité. De nobles et illustres femmes, telles que Mme Roland et Mme de Staêl, furent, ainsi qu'on le verra, exposées comme Joséphine aux traits les plus acérés de sa méchanceté. Et c'est vraiment miracle que Marie-Antoi nette ait échappé à ce besoin qu'éprouvait Barras de salir la réputation de toute femme dont le nom venait à passer sous sa plume ^,

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