‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 18 sur 230 · BARRAS ET LA PRISE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

BARRAS ET LA PRISE DE LA BASTILLE

Avec le chapitre vu des Mémoires nous entrons dans la Révolution'. Le grand fait qui ouvre cette période de notre histoire, la prise de la Bastille, n'est Fobjet que d'une brève et banale mention. Des divers incidents qui marquèrent cette journée fameuse, Barras n'a retenu et ne nous transmet qu'un seul détail. Il a vu sortir des cachots « les victimes de l'arbitraire sauvées enfin de la question» des tortures et des oubliettes », et parmi ces « victimes », l'intéressant marquis de Sade. Une pareille pauvreté d'information est d'autant mieux faite pour nous surprendre, que non seulement Barras a été réellement spectateur de l'événement, comme il l'affirme mais qu'il en avait composé, en 1789 même, une relation dont on a eu la bonne fortune de retrouver dans les papiers de M. de Saint- Albin le manuscrit autographe ^

Or, autant le passage des Mémoires relatif à la prise de la Bastille est terne, vague et insignifiant, autant la relation de 1789 est intéressante, grâce à l'abondance et à l'air de vérité des renseignements qu'elle contient. L'impression que laisse après elle la lecture de ces pages, évidemment composées sous le coup même des dramatiques événements qu'elles relatent, — cette impression est, il faut bien le dire, que la journée rendue à jamais célèbre par la prise de la Bastille ne fut en somme qu'une horrible et sanguinaire saturnale. Rien d'héroïque dans ce premier récit. Les défenseurs de la vieille forteresse royale sont une cinquantaine d'invalides,

S3S contemporaines. Voici comment il juge quelques-uns d'entre eux : « François de Neuchateau, Gambacérès et Sieyès, la trinité la plus complètement déshonorée. — Jourdan, général en chef, vil, lâche et sans talents. — Masséna, brave, audacieux, mais bête, voleur et ipocrite comme un Italien. — Lelourneur, homme nul, mais plein d'orgueil. — Garnot joint des moyens ordinaires à un grand amour du travail. — Brune n'eût jamais dû sortir des rings de garçon imprimeur, etc. » {Papiers de M. de Saint-Albin. Note autographe de Barras.)

1. Voir à l'Appendice n" IV, p. 327, l'extrait du journal autographe de Barras relatif à la prise de la Bastille. Gette relation forme les six dernières pages du journal où figure également la relation du siège de Pondichéry.

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