‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 172 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

du peuple avaient signalé Bonaparte comme l'intrigue et la fourberie personnifiées. Bonaparte fut si mal reçu au comité, qu'on ne le fit même pas asseoir. Doulcet-Pontécoulant avait essayé, mais sans succès, de le défendre. Bonaparte me demanda en grâce de le ramener chez Aubry, qui était chargé de la partie militaire. Celui-ci nous dit : « Je ne consentirai jamais à ce que Bonaparte soit employé dans l'artillerie. Je veux bien, sur votre recommandation, le faire entrer dans la ligne, lorsque mon travail sera prêt. »

Gela ne satisfaisait nullement Bonaparte, qui ne savait à qui et à quoi s'en prendre de sa position malheureuse, et qui, tout occupé de lui, croyait ne s'occuper que de la chose publique, invoquait sans cesse les dangers de la Bépublique, déplorait les défaites de la liberté et n'entendait en conséquence raison sur aucune modification possible de la Révolution.

On se rappelle qu'après la victoire de Toulon, Dugommier était passé au commandement en chef de l'armée des Pyrénées. Voyant avec chagrin combien d'exécutions malheureuses avaient été commises à l'époque de la reprise de Toulon, Dugommier, qui ne perdait jamais de vue les choses qui intéressaient fhumanité, envoya à la Convention des notes explicatives de la position des émigrés réels et des Toulonnais fugitifs. La pensée de Dugommier se trouva heureusement mise dans la bouche de Daunou, qui ne manqua jamais d'être l'organe des choses honorables. C'est ainsi que, bien peu de jours encore avant sa mort, Dugommier militait encore pour la cause de l'humanité, qu'il regardait toujours comme identique avec celle de la patrie.

C'était à moi que s'était adressé Dugommier, qui m'avait toujours écrit avec un sentiment de reconnaissance pour la manière dont je l'avais traité à Toulon, et j'avais fait heureusement sa commission, puisque le décret proposé par Daunou était rendu dans les termes suivants :

LOI inteiy relative de celle du W fructidor conceimant les émigrés de Toulon rentrés sur le Territoire Français, du, ^ vendémiaire an III de la RéjJuOlique.

« La Convention nationale, après avoir entendu son Conseil de Salut public, décrète :

(( Article l'^'. — Le décret du 20 fructidor comprend parmi les rebelles de Toulon : ceux qui ont incendié ou concouru à faire incendier les vaisseaux de la République; ceux qui ont pris les armes dans la ville pendant le siège; ceux qui, en état de porter les armes, se sont enfuis sur les vaisseaux ennemis; ceux qui avaient entretenu des correspondances avec les Anglais, et qui leur ont livré cette place.

« Article 2. — Ne sont point compris dans la loi du 20 fructidor les matelots, boulangers, les artisans manouvriers travaillant de leurs mains, les officiers de santé employés dans les hôpitaux militaires, les ouvriers de l'arsenal, les femmes, les enfants et les vieillards impotents.

« Article 3. — Il sera fait au Comité de Salut public un rapport sur la trahison et sur le siège de Toulon. »

Rencontré par Bonaparte à l'issue de la séance de la Convention où le décret venait d'être obtenu, quel est mon étonnement d'entendre Bonaparte m'accoster avec un sentiment d'humeur qui ressemblait à la violence : « Daunou s'est déshonoré aujourd'hui en venant faire la proposition de protéger les infâmes Toulonnais !... — Mais, dis-je à Bonaparte, c'est sur la proposition de Dugommier, transmise par moimême, que Daunou a parlé.... — Eh bien, tant pis pour Dugommier, me répondit-il; je l'estimais plus que cela. )>

Il est vrai que déjà grondaient les préliminaires d'une journée nécessaire, indispensable, attendue par la nation pour arrêter les excès des réactions qui tourmentaient la France depuis le 9 Thermidor; et Bonaparte, à qui la rigueur

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