‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 179 sur 230 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

leurs armes, étaient ce qu'on appelait les ^m'oies d'honneu à la victime. Nos soldats républicains contrefaisaient aussi le langage mal articulé de ces êtres efféminés qui se disaient des victimes de la Terreur et les auteurs de la journée du 9 Thermidor, à laquelle ils étaient aussi étrangers qu'à tout ce qui s'était fait d'énergique depuis la Révolution. Je calmai l'ardeur du triomphe et je défendis de poursuivre les fuyards : ils eurent plus de peur que de mal. On ramassa quelques blessés; tout le reste se précipita dans le faubourg Saint-Germain et encombra les caves. Enfin la victoire de la République fut complète. J'en informai moimême la Convention.

La nuit approchait : j'avais ordonné que chacun de mes postes demeurât sur le lieu qu'il occupait, simplement par mesure de sûreté; mais des coups de fusil partis de la barricade établie sur l'égout de la Barrière des Sergents m'obligèrent à attaquer ce poste à la baïonnette, et à m'y établir. Ce mouvement fut habilement exécuté, malgré le feu des insurgés, qui restèrent presque tous sur la place.

Le lendemain, j'occupai la section Le Pelletier, qui prétendait vouloir résister. Deux de ses chefs furent arrêtés; je crus aussi devoir m'assurer de quelques principaux meneurs des sections. Celles des Quinze-Vingts, de Popincourt, de Montrcuil, des Thermes, furent fidèles à la Convention nationale, et se réunirent pour la soutenir. Les autres se succédèrent pour féliciter la Convention nationale quand il fut décidé qu'elle était victorieuse, et donnèrent l'exemple de la soumission aux républicains des autres sections.

Trois conseils de guerre furent mis en activité pour juger les conspirateurs; je composai ces conseils d'hommes sans passions. Un seul individu fut condamné à mort.

Des historiens qui ont parlé du 13 Vendémiaire et qui, se succédant les uns aux autres, n'ont fait que se répéter, ont cru pouvoir avancer que le principe de la rébellion du 13 Yen-

démiaire n'était point le désir de rétablir la royauté et de ramener la Maison des Bourbons; que c'était seulement l'expression de la juste haine des citoyens longtemps opprimés par le régime de la Convention nationale, et qui voulaient, en ce moment, prendre leur revanche uniquement contre elle. Je ne sais d'abord de quelle revanche il pourrait être question contre une assemblée qui, après avoir subi tant de cruelles épreuves sur elle-même, venait de donner une Constitution à la France; qui se retirait pour la mettre en activité, et qui, établissant la division des pouvoirs, n'en conservait pour elle-même ou plutôt pour une fraction d'ellemême, que la partie nécessaire à la conservation rigoureuse de la nouvelle organisation sociale. Dites, si vous voulez, que la classe nombreuse des citoyens de Paris, qu'on avait portée à ce mouvement, n'était pas dans le secret : les meneurs donnent-ils jamais leur secret aux masses qu'ils agitent? Ce qu'il y a de certain et d'incontestable, c'est que les ennemis, à l'étranger comme dans l'intérieur, attendaient beaucoup de résultats de l'insurrection; que toutes les espérances de morcellement de la France, de vengeances contre les républicains, éclataient de toutes parts; et que la coalition fut encore déjouée dans ses projets d'anéantissement de la République.

Je viens de rendre compte, avec la tranquillité qui ne m'a point quitté le 13 Vendémiaire, des événements de cette journée. J'ai peut-être mis dans ma narration le désordre qui eut lieu dans la journée elle-même; car, quoique les batailles, militaires comme politiques, soient gagnées sans doute par l'effet des combinaisons qui y président et qui les dirigent, il n'est pas moins certain, comme je crois l'avoir démontré relativement à la bataille du 9 Thermidor, et comme le reconnaissent sans doute avec moi les acteurs de bonne foi, quel que soit le théâtre où ils aient paru, qu'il y a dans ces événements si décisifs un coup d'œil instantané.

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