‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 204 sur 230 · ÉQUIPAGES · texte numérisé non relu

ÉQUIPAGES

Le Ripon.

Coventry.

Le Seahorse.

Cormoran.

Le Valentin.

Différence en notre fa Canons

Ycrnon.

Marslau.

Penton.

veur :

Hommes

Les deux armées ne faisaient

aucun

mouvement

apparent.

L'audacieux M. de Souville, dépêché au général pour lui rendre compte, se voyant comblé d'éloges et de préférences, approcha des dames assemblées au gouvernement et dit d'un ton impudent : « qu'il est permis parfois au vainqueur d'embrasser les belles ». Si cette maxime devait être suivie dans toute son étroite acception, les dames ne seraient pas souvent embrassées.

L'armée terrestre n'avait encore fait aucun mouvement. On s'occupait respectivement d'attaque et de défense. Le général Bellecombe s'occuppa de pourvoir à la repparation de nottre escadre. La Pourvoyeuse récent ordre d'établir une croisière dans le Sud; la corvette la Pintade commandée par un excellent officier M. de Joyeuse croisait dans le Nord. Toutes ces précautions démontraient la prévoyance et l'activité du général. Le lendemain 14 au soir La Pourvoyeuse eut connaissance de 2 vaisseaux de compagnie anglaise qui ne sachant pas la guerre vinrent déployer leur

pavillon à la barbe de notre escadre. Le 15 au matin ils passèrent devant Pondichéry.

La Pourvoyeuse donna chasse trop tard ; le. Sartine ne se pressa pas davantage : son capitaine était couché à terre; les deux vaisseaux anglais disparurent et l'escadre Anglaise qui se séparait dans le Nord fît discontinuer la chasse à nos vaisseaux. Le Sartine se rendit à une frégatte anglaise de sa force sans combattre; le comte du Chaylar prétextait la conservation des hommes que Sa Majesté lui avait confié. Ce capitaine n'avait pas la plus petite connaissance de son état

Le 18 arriva le vaisseau particulier VÉlisabeth qui fut destiné à réparer la perte du Sartine.

M. des Auvergnes colonel du régiment de Pondichéry était embarqué dessus; il fut reçu à la tète de son corps; ce brave et respectable officier se porta sur le champ sur les remparts; son poste était les principaux points d'attaque.

Le général s'occupait cependant de l'escadre; Le Brisson avait beaucoup souffert à la journée du 10, et n'étant pas en état de sortir de la rade l'équipage passa à bord du Lauriston. Quelques canons de 12 et des munitions lui furent envoyés; deux pièces de 24 furent données à la Pourvoyeuse pour les sabords de retraite.

VÉlisabeth, frégatte de 26 canons et de 150 hommes d'équipage, commandée par un brave homme M. Croizet, fut mise sous les ordres de M. de Tronjoli. Cette segonde division n'était pas aussi nombreuse en vaisseaux mais ils étaient infiniment mieux armés.

Le 20 aoust l'escadre anglaise parut dans l'est au nombre de 6 vaisseaux. M. de Tronjoli receut un ordre un peu singulier; celui de la coml3attre au sud de Pondichéry pour ettre à même dans tous les cas de revenir sur cette ville.

L'événement a justifié cette précaution.

Nottre escadre mit enfin sous voile le 21 aoust; les ennemis avaient déjà gagné au vent de Pondichéry et pris sous nos yeux VAimable Nannette venant de Flsle de France et ayant à bord M. Decaine, ingénieur en chef. Les Anglais arrivaient à toutes voiles sur M. de Tronjoli; les deux escadres se trouvaient pour lors à une lieue de distance. M. de Tronjoli présenta le combat; M. Vernon le refusa et vira de bord pour conserver le vent.

La nuit nous déroba les deux escadres. M. de Bellecombe n'a été informé que deux jours avant le siège qu'elle avait fait route pour risle de France le 2 de septembre. La Pourvoyeuse et VÉlisabeth étaient restées et avaient reparu à Négapatam le 3 octobre pour donner avis de ce départ au général. Ces deux frégattes sont retournées à risle de France, le 14 du même mois. Je n'ai peu pénétrer les raisons qui ont déterminé nottre escadre d'abandonner Pondichéry.

Prise du Sartine.

Arrivée

de

VElisabeth

le 18.

Formation

d'une segonde division.

Apparittion de l'escadre

anglaise le 20 aoust.

Départ

de notre

escadre

le 21 aoust.

Prise

de VAimable Aannette.

L'ennemi s'empare

do nos limites le 21 aoust.

La frégate la Pintade commandée par M. de Joyeuse :

sa manheuvre a été généralement approuvée.

Pondichéry

bloqué

par l'escadre

anglaise.

Débarquement des munitions.

Dépôts

fascines.

Plainte

du général

anglais.

Je ne puis pas même en imaginer; le maudit intérest qui souvent domine les hommes avides, détruit tout sentiment de la belle gloire.

La nuit du 21 les ennemis s'emparèrent de nos limites et prirent poste. Des travailleurs qui détruisaient ce qui aurait pu couvrir l'approche des ennemis furent mis en fuite par quelques pièces de campagne; il y en eut même de tués.

Les Anglais établirent tout de suite deux pièces de canon qu'ils épaulèrent d'un retranchement.

Une batterie, avec quattre embrasures, fut établie au jardin de Caméra; deux pièces étaient dirigées sur la capitale du bastion la Reine; les deux autres sur celui de Madrast; on fît maladroitement tirerbeaucoup de la grosse artillerie de la place, que la distance de 1700 toises rendoit sans effet, et l'on devoit veiller très attentivement à l'économie des munitions; le siège pouvait ettre long, nous ne devions pas nous flatter d'en recevoir; il était conséquemment très important de les conserver et de ne pas tirer nottre poudre aux moineaux, et c'est ce que l'on a fait en différentes occasions.

La frégatte la Pintade reparut dans le Nord le 26 aoust; M. de Joyeuse qui la commandait écrivit au général qu'il était obligé d'aller à la cotte de l'Est faire des vivres. Pondichéry était pour lors bloqué par l'escadre anglaise; le général avoit eu avis que nous devions ettre attaqués par mer et par terre le soir du 24 ; les vaisseaux ennemis avoient manheuvre à nous le persuader; tout fut pourtant tranquille.

Le jour de la Saint-Louis le général donna un grand déjeuner; l'on but à la santé du roi ; toute l'artillerie des remparts fit le salut ordinaire; on laissa les boulets à celles (des pièces) qui pouvoient ettre dirigées sur l'ennemi. Les mouvements de l'escadre anglaise avoient été faits pour couvrir le débarquement des munitions; dans le Nord et dans le Sud, les Anglais rassembloient tout ce qui leur étoit nécessaire. Un déserteur arrivé dans la place nous indiqua où se faisoit le dépôt de fascines et de gabions ; on fît encor tirer de la grosse artillerie inutilement; le général fit cesser le feu.

Le général profita de la lenteur de l'ennemi en faisant augmenter les digues, épaissir et élever les parapets; les deux demi-lunes furent occupées dès que le canon fut en batterie; leur garde fut composée de topas et cipayes ; le commandement en fut donné à MM. Biche et Monbocage; la poudrière venait d'ettre blindée; ce bâtiment placé dans la gorge du bastion de l'Hôpital était si élevé qu'il était aperçu des dehors.

Le 20, un drapeau blanc parut dans la plaine; un aide de camp du général Munroë fut introduit dans la place et remit à M. de Bel-

lecombe la lettre suivante : « M'', au désir du G''® Edouard Vernon, commandant de l'escadre anglaise, j'ai l'honneur de vous envoyer quelques pièces de la mitraille dont s'est servie l'escadre française; ce n'est pas de celle dont on use à la guerre parmi les nations civilisées. »

Réponse de M. de Bellecombe : « Je ne vois, M»", dans ce que vous m'avez envoyé que de la mittraille pareille à celle employée par les escadres anglaises en toutes occasions et même bien moins mauvaise; cela ne meritoit pas la peine que vous avés prise de m'envoyer un officier, surtout après vous avoir prié de cesser toute correspondance; si j'avais cru vous devoir faire quelque observation sur l'espèce de mittraille dont s'est servie M. Vernon, j'aurois peu vous envoyer non seulement des balles mâchées, mais aussi des boîtes souffrées qui ne pouvaient être lancées que dans le dessein de mettre le feu à nos vaisseaux ; je ne fais sur cela aucunes réflexions ni aucunes comparaisons sur les moyens respectifs de deffence ; rien ne doit m'étonner quand je me vois attaqué par mer et par terre sans déclaration de guerre. »

Le grand éloignement des cazernes aux remparts détermina le général à n'y plus laisser rentrer les soldats; il fît construire des Les troupes hangards dans les gorges des bastions ; des mauvaises petites ^ demeure tentes y furent aussi placées pour garantir les troupes et leurs sur les

remparts.

armes de l'intempérie de l'air.

Le l*^"" septembre, à 11 heures de nuit, un détachement ennemi approcha du glacis du bastion Nord-Ouest; leur projet étoit de nous occuper et de nous dérober leur travail; la demi-lune et le bastion Nord-Ouest le mit en fuite avec de la mittraille.

Dès qu'il fît jour, nous reconnûmes effectivement deux tranchées Tranchée ouvertes dans la nuit; celle du Sud-Ouest commençoit au jardin dans le Sud de Pingout et joignoit une batterie qu'ils établissoient à 270 toises gud-ouest de la place, dirigée sur la capitale du bastion la Reine ; celle du Sud prenoit du jardin de Dosset, jusqu'à l'escarpement de la rivière; la batterie à barbette du bastion la Reine avoit tiré, mais l'ennemi étoit couvert.

Le général chargea M. Madec d'aller recconnoittre la tranchée de l'ennemi ; cet officier s'en acquitta avec bravoure. Au retour, il fut chargé de prendre ses dragons, 50 cipayes et autant de palis et de Les ennemis faire mine de vouloir attaquer la batterie. L'ennemi le crut, sortit en"fuite dans la plaine au nombre de 3 000 hommes ; la cavalerie voulut ^^^,^ P^"^*^ aussi déboucher, mais le canon de la place les obligea bien vite de cette fausse rentrer ; nous n'eûmes qu'un homme tué et quelques-uns de blessés ; ^"^i^^des embrasures furent construites à la face droite du bastion de l'Hôpital, dirigées sur le travail de l'ennemi.

Une batterie de 8 mortiers venoit d'ettre établie dans le sud-

Batterie

du

Sud-Ouest

qui joue.

Ouvrage

fait au bord

de la mer.

Première

parallèle

de l'attaque

du Nord.

Batterie à ricochet de l'Ouest.

Batterie de dix pièces dans le Sud.

Bombardement.

L'hôpital évacué.

ouest; une grande quantité de bombes furent jettées le 3, dirigées surtout sur la poudrière.

Le 4, l'escadre anglaise fît la même maneuvre que la veille de la Saint-Louis; 2 vaisseaux vinrent se mettre en ligne avec les 6 premiers; on travailloit à fortifler le bord de la mer; le départ de nottre escadre nous mettoit dans cette nécessité : la batterie Dauphine étoit presque finie; des pièces de gros calibre dévoient y ettre placées; nous n'avions encor que 8 mortiers en batterie.

Le 5, dans la nuit, la demi-lune nord-ouest eut connoissance que l'ennemi travailloit dans l'allée de la Blanchisserie; les bastions de la partie du nord firent grand feu, mais l'ouvrage étoit achevé; le 8, 8 mortiers qui y furent placés jettoient des bombes.

Le 8, au lever du soleil, un épaulement avec 4 embrasures masquées paraissoit devoir battre de revers toute la face du nord.

Les ennemis ne pouvoient élever tant d'ouvrages à la fois sans des forces considérables; l'armée avoit été augmentée de 6 battaillons; la foibloisse de nottre garnison ne nous permettoit pas de faire des sorties et par conséquent de disputer le terrein aux ennemis; nous devions nous borner à deffendre seulement le corps de la place; la batterie du sud-ouest lançoit toujours beaucoup de bombes; la tranchée du jardin Dosset joignoit une batterie de dix pièces dirigée sur la capital du bastion de l'Hôpital.

Des nouvelles embrasures furent ouvertes pour tâcher d'avoir la supériorité sur l'ennemi; nottre artillerie n'étoit pas très nombreuse; les pièces étoient d'ailleurs d'un mauvais fer; le soldat en étoit rebuté ; il en crevoit tous les jours qui blessoient beaucoup de monde; le général par sa présence et par des gratifications encourageoit les troupes. Le 9,- il fut pourtant obligé de donner ses ordres du cabinet : son indisposition ne fut pas longue; sous peu de jours il reparut sur les remparts à son ordinaire. Il ne m'est pas possible de rendre tous les mouvements des ennemis, je ne parlerai conséquemment que de ceux dont j'ai parfaite connoissance.

Deux frégattes anglaises s'approchèrent plusieurs fois pour enlever le Brisson qui étoit resté en rade; mais le jeu du bastion Saint-Laurent et la batterie Saint-Louis les fit retirer : l'ennemi avoit placé du canon pour battre ce vaisseau ; cette pièce n'a opérée aucun effet. Depuis le 21 aoust au 17 septembre, les ennemis n'ont fait feu que des premières pièces de la Blanchisserie et du jardin de Caméra; leurs mortiers et obusiers n'ont cessé d'agir, la ville en étoit foudroyée, les remparts étoient éboulés et la pluspart des maisons écrasées; l'hôpital avoit été évacué parce qu'il se trouvoit dans la direction du feu de l'ennemi ; les malades furent transportés dans l'église des Capucins.

Le 18. à cinq heures du matin, les Anglais démasquèrent à un signal toutes leurs batteries du nord et sud ; cinquante bouches à feu tirèrent à la fois dans les deux attaques ; la supériorité de nottre feu rallentit celui des ennemis; au soleil couchant tout fut tran' quille. Le bastion de l'hôpital et du nord-ouest étoient très maltraités; 5 000 coups de canon et 800 bombes lancées en douze heures de tems nous avoient démonté beaucoup de pièces, tué une ving. taine de soldats; il falloit travailler à réparer les remparts, les ouvriers nous manquoient. Les arbres de la ville nous servirent à faire des fascines pour réparer les embrasures et blinder les revers des parapets ; l'ennemi continua pourtant à faire feu et nous causoit des pertes journalières. Au bout de six jours nous parvînmes à nous mettre à même de répondre par un feu direct à celui des ennemis.

11 serait trop long de faire une énumération détaillée; la perte que nous fîmes mérite cependant place ici. Le 19, un boulet nous enleva un très bon officier, M. du Barri, commandant l'artillerie.

Les traveaux des Anglais avançoient tous les joilrs : M. de Bellecombe fit garder nos digues par un ancien militaire nommé Mançeau. M. Madec fut détaché le 22 avec 80 hommes et deux pièces de campagne qu'il posta au bord de la mer dans la direction d'un des boyaux de la tranchée du Sud; il inquiéta les ennemis toute la journée et se retira sans perte. La nuit du 23 au 24, cet officier sortit de nouveau pour garder la partie du Sud avec ses dragons à pied et quarante cipayes; il fut attaqué par 300 hommes, les contint par sa mousqueterie jusqu'au jour, que le feu de la place mit en fuite avec perte de 20 hommes qui restèrent sur la place.

La poudrière venoit d'être évacuée; on avoit augmenté les feux de la partie du Sud ; on avoit garni la courtinne Gondelour avec des pièces de 24; les terre-pleins, les embrasures et les plates-formes étoient réparées et nous étions à même de reccommencer la journée du 18. Tout étant préparé, au soleil levant, la cannonade reccommença, semblable à celle du 18; nottre artillerie fut si bien servie que l'ennemi ne tira plus, à onze heures du matin, que de la batterie du Sud-Ouest; le général fit cesser le feu et tout le monde se reposa ; la fatigue étoit extrême, les cannoniers n'en pouvoient plus ; les munitions n'étant pas abondantes dans la place, le général fit fermer les embrasures des bastions de l'Hôpital et Nord-Ouest.

Le 25 septembre, les compagnies de grenadiers et de chasseurs du régiment de Pondichéry, un piquet choisi de 50 hommes du même corps, 50 cipayes, 80 hommes du détachement de M. Madec, 8 cannoniers et un ingénieur avec 100 travailleurs, commandés par M. des Auvergnes, brigadier, sortirent dans la nuit, avec ordre de dettruire la batterie et les ouvrages que l'ennemi avoit fait dans le

Canon ade

du 18 septembre.

Mort

de

M. du Barri.

Perte des Anglais.

La poudrière évacuée.

Cannonade

le 24 septembre.

Sortie du 25 septembre :

MM. des Auvergnes,

Caries, Saint-Paul,

Larcher,

Dommartin,

Barras.

Sud. Ce brave officier, qui ne connoissoit pas les dehors de la place, fut obligé d'avoir toute confiance dans un guide que le général lui avoit donné; le guide se trompa, le jetta dans un chemin impraticable et il nous fit appercevoir de l'ennemi en enlevant l'arme d'un sentinelle qui dormoit, sans le tuer. Cette sortie, qui devoit produire le plus grand succès, n'eut pas lieu; la tranchée fit feu sur nous, il 'allut nous retirer dans le plus grand désordre : deux officiers furent tués et plusieurs soldats. Je ne fais là dessus aucunes refllexions; nottre brave commandant fut trompé de la manière la plus cruelle. Nous n'avions plus que nos pièces des flancs qui tiroient sur l'ennemi ; il falloit toutes les nuits travailler à les réparer; des traverses furent élevées pour nous garantir des batteries à ricochet qui nous incommodoient beaucoup. Le bastion de THôpital fut miné dans le dessein de le faire sauter si les Anglais cherchoient à s'y loger; on tira un rettranchement dans la gorge pour s'y deffendre jusqu'au dernier moment.

L'assiégeant L'ennemi s'approchoit pourtant de la place; il étoit parvenu dans sur le Sud sur le bord de l'avant-fossé, et, dans le Nord, sur la crête du

'couv^ert" chemin couvert : trois batteries étoient construites, une de brèche contre le bastion de l'Hôpital, les deux aultres pour dettruire les flancs de Gondelour et de la Reine; dans le Nord, deux furent établies, l'une contre Madrast et la dernière sur Saint-Joseph. L'ennemi, si près de la place, fut cependant arrêté pendant trois semaines dans cette position, tant par le feu du canon que par la mousquéterie : il fut brûlé jusqu'à 80000 cartouches en vingt-quatre heures; nous jettions aussi des bombes, carcasses, pierres, etc.

Le général faisoit sortir tous les soirs des petits partis pour observer l'ennemi : le détachement de M. Manceau se tenoit pour lors dans le chemin couvert du bastion de la Reine et gardoit la digue du pont de Villenour; l'ennemi avoit souvent tenté de l'atta-

Beiie action quer dans ce poste ,mais sans succès. Le 30 septembre, un sergent le 30 nommé La Grandeur commandoit le détachement de M. Manceau

septembre, ^^j g^ trouvoit incommodé ; les ennemis, au nombre de 500, vinrent pour rompre la digue du pont de Villenour et l'attaquer dans son poste. Seul avec sa petite troupe qu'il animoit, il fit grand feu; cette action se termina par la rettraite des Anglais que le canon à mittraille du bastion Villenour mit en fuite.

M. Madec, gardant en dehors la partie du Nord-Ouest, sauta le 28 septembre, suivi de dix grenadiers cipayes, dans la tranchée qui couronnoit le chemin couvert; l'ennemi endormi prit la fuite; M. Madec fit sa retraite à l'approche d'une colonne d'infanterie.

Sortie du 4 Le général chargea encore M. Madec de la sortie du 4 : la nuit du 3 au 4 octobre, il sortit par la porte Villenour avec 50 hommes du régiment de Pondichéry, 40 grenadiers cipayes, 4 cannoniers,

des Caffres portant des haches. Il se mit à la tête des troupes avec MM. de Marneville, du Boulac et Caradec officiers; ils marchèrent jusqu'à la hauteur de la batterie du Sud-Ouest dont ils avoient ordre de s'emparer : tout y étoit dans le sommeil, quelques hommes furent égorgés, les pièces de canon mal enclouées et la batterie ne fut pas brûlée; M . Madec rentra dans la place, suivi de dix prisonniers et une pièce de canon de campagne. Le général avoit la plus grande confiance en ce Madec; des événements postérieurs l'ont pourtant démasqué, et le général, convaincu du désagrément et de l'humiliation qu'avoient epprouvé les officiers qui avoient été forcés de servir sous ses ordres, a paru l'abbandonner au mépris public. Cet avanturier a malgré cela obtenu le brevet de colonel, que ses richesses lui ont procuré. Voilà qui fait vraiment l'éloge de nottre gouvernement, et ce n'est pas le seul exemple, même dans le siège de Pondichéry : plusieurs marchands ont été faits chevaliers de Saint-Louis et colonels, et les pauvres officiers qui étoicnt aux coups, non seulement n'ont rien obtennu, mais les moindres douceurs leur ont été refusées; tout ça n'est pas encourageant.

Toutes ces cannonades et ces petits succès encourageoient la garnison; elle diminuoit journellement, la fatigue épuisoit tellement les soldats qu'ils étoient souvent frappés des boulets et bombes pendant leur sommeil; les munitions, dès le 1®'' octobre, consistoient en 18 milliers de poudre et quelques gargousses.

Les principaux habitants, connoissant combien nottre position étoit critique, firent des représentations sur la nécessité de se rendre; le général répondit que c'étoit à lui seul à connoittre jusqu'à quel point il pouvoit pousser sa deffence.

Le 4 après-midi, M. de Bellecombe, voulant aller visiter la demie lune Nord-Ouest, fut frappé d'une balle à la hauteur des reins : on fut heureusement bientôt informé que la blessure n'étoit pas dangereuse. M. des Auvergnes, continuellement en action, donnoit les ordres et prenoit ceux du général.

Le H, cinq pièces du flanc droit du bastion Saint-Joseph, et deux du flanc droit de celui de Valdaour tirèrent avec tant de précision qu'elles dettruisirent en 3 heures la batterie située sur l'angle saillant du glacis du Nord-Ouest.

Le 13, les ennemis saignèrent le fossé par une tranchée pratiquée devant le bastion de l'Hôpital : les eaux baissoient considérablement et l'inondation ne suffisoit pas pour réparer l'écoulement.

Dans une position aussi critique le général fit ses dispositions

conttre l'assaut : tout le monde s'y prépara avec fermeté : les flancs

des bastions attaqués furent munis des pièces de canon; M. de

Boistel faisoit dans le Sud grand feu de mousqueterie, jettoit des

État des

munitions.

Représentation pour se rendre.

Batterie anglaise détruite

le 11 octobre.

Le fossé

est saigné

le 13.

Dispositions

contre

l'assaut.

Attaque

de la

demie-lune

Nord-Ouest.

Gayoche

commandant

en second,

tué;

M. Rou-

beaud

blessé.

Cet officier, buveur de profession,

doit

son malheur

au vin.

Conseil de guerre.

M. de Bellecombe

écrit

au général

anglais.

Réponse

du général

anglais.

Le feu prend

au bastion

de l'Hôpital.

bombes et grenades; M. de Léonard dans le Nord, montroit la plus grande fermeté parmis un monceau de ruines, et inquiétoit aussi beaucoup les ennemis dans leur tranchée. La nuit du 14 au 15, l'ennemi s'empara de la demie-lune Nord-Ouest; l'officier qui y commandoit s'y laissa surprendre : ce poste étoit accablé jour et nuit par le feu de l'ennemi; M. Gayoche y avait été tué et M. Roubeaud y fut blessé grièvement. Aussitôt que de la ville on en eut connoissance, on fit tirer du canon et de la mousqueterie : le feu fut si vif que l'ennemi fut obligé d'en déloger, ayant encloué trois canons et un mortier. Le général renvoya le matin cet officier reprendre son poste ; mais c'étoit plustost pour faire bonne contenance que dans le dessein de le conserver longtems; les munitions étoient sur la fin ; on venoit d'ettre obligé de toucher à la réserve dans le cas d'attaque généralle.

Le 15 après-midi, le général assembla conseil de guerre : on y exposa la situation de la place, l'artillerie démontée, une garnison dont les restes étoient épuisés par un service continuel de 77 jours, le peu de munitions qui restoient et la proximité de l'ennemi qui n'avoit que quinze toises à parcourir pour arriver sur nos bastions. Toutes ces raisons firent que le général, cédant aux sentiments d'humanité, se décida à proposer une capitulation pour préserver les habitants de l'horreur inséparable du pillage par un traité toujours sacré : il fut unanimement délibéré que, la place étant absolument sans deffense, il falloit nécessairement capituler.

Le 16 au matin, M. de Bellecombe fit cesser le feu des remparts; il chargea son aide de camp d'une lettre pour M. Munroë, par laquelle il lui proposoit la reddition de Pondichéry; il le prioit en même temps de faire cesser le feu de ses tranchées, sinon il fairoit recommencer le sien.

Le général anglais envoya, aussitôt la réception, des ordonnances dans ses attaques pour faire suspendre le feu; son aide de camp fut le soir dépéché à M. de Bellecombe avec une lettre : les articles de la capitulation dévoient ettre envoyés le lendemain.

Le matin, quelques instants avant que M. de Bellecombe n'ordonnât la cessation de nos feux, une bombe ennemie tomba sur le terre-plein du bastion de l'Hôpital et parvint jusqu'à la fusée qui devoit porter le feu à la mine destinée à faire sauter ce bastion en cas que l'ennemi s'y fût logé; cette fusée prit feu lorsque la bombe éclatta et ne fut interrompue qu'à près d'un pied de la mine ; la pluye qui avoit pénettré nous sauva de ce fâcheux événement; toutes les troupes qui gardoient le bastion en étoient sorties, et, si l'ennemi eût pu s'appercevoir de ce désordre, il fût monté au bastion sans opposition.

Le 17, MM. Laro et Moracin portèrent au camp anglais les arti-

clés de la capitulation ; on envoya des otages de part et d'aultre : MM. Grils et Borose, capitaines anglais dans Pondichéry, et MM. le comte de Carrion et le chevalier du Laur, capitaines au régiment de Pondichéry au camp anglais. M. de Bellecombe chargea M. des Auvergnes d'une lettre pour le général anglais : il se ploignoit de ce que l'ennemi continuoit ses traveaux dans la tranchée contre les loixde la guerre. MM. Laro et Moracin revinrent avec la capitulation motivée; le dernier retourna au camp peu de tems après»

Le 18, le lieutenant-colonel Mac-Clellan présenta à M. de Bellecombe la capitulation signée de M. Munroë et du commodore Edouard Vernon.

Tels sont les faits exats qui se sont passés au siège de Pondichéry; la deffence de M. de Bellecombe lui fait beaucoup d'honneur : avec une garnison de 700 Européans et 400 cipayes il résiste pendant un service continuel de près de quatre-vingt jours sur les remparts à une armée de 22 000 hommes et obtient enfin des conditions honorables, au bout de cinquante-neuf jours de tranchée ouverte. A 4 heures et demie du soir, la porte Villenour fut livrée aux xVnglais; les troupes de Pondichéry, au nombre de 493 hommes, sortirent avec les honneurs de la guerre, drapeaux déployés, tambours battants, mèches allumées, six pièces de canon et deux mortiers, qu'ils déposèrent dehors la place, devant le soir même faire route pour Madrast d'où ils doivent ettre transportés en France.

Voici les principaux articles de la capitulation : la forteresse de Pondichéry sera rendue demain à midi et les troupes britanniques seront à ce tems mises en possession de la porte Villenour.

La belle deffence faite par le général Bellecombe et sa garnison exige avec raison toutes les marques d'honneur : c'est pourquoi il est permis à la garnison de sortir par la porte Villenour avec les honneurs de la guerre; arrivée sur les glacis, elle mettra ses armes en faisceaux par commandement de ses propres officiers, les y laissera avec les tambours, canons et mortiers ; il est permis à tous les officiers en général de garder leurs armes.

— Tous les officiers, soldats européans iront à Madrast ou dans le voisinage; il sera pourveu à tout ce dont ils auront besoin jusqu'à ce que le gouvernement de Madrast ait pu préparer des vaisseaux pour leur transport en France : ce qui sera fait le plus promptement possible.

— Tous officiers, soldats et matelots européans, et tous les aultres militaires au service de Sa M. T. C, des présents dans Pondichéry, seront entretenus convenablement aux dépens du gouvernement de Madrast jusqu'à leur arrivée en France.

— Les déserteurs nationnaux seront respectivement rendus à leurs couronnes avec l'assurance du pardon.

Départ

des députés ;

otages

donnés

et reçeus.

Infraction des Anglais.

Le 18

octobre

la

capitulation

ctoit signée.

Conclusion.

La garnison

obtient

les honneurs

de

la guerre.

Capitulation.

— Les fortifications et bâtiments publics ne seront en aucune façon démolis jusqu'à ce qu'on ait reçu d'Europe des instructions ultérieures.

— L'artillerie, munitions, provisions et en général tout ce qui appartiendra au roi de France sera livré de bonne foi à un commissaire anglais.

— Cette capitulation sera signée par M. Vernon et par M. Munroë, et ils seront garants pour la ratification du conseil supérieur de Madrast.

Au camp devant Pondichéry le 17 octobre 1778. Signé : Hector Munroë, Edvart Vernon , et à Pondichéry, Bellecombe.

Officiers

tués

ou morts

de leurs

blessures,

soldats

curopéans,

cipayes,

pafis.

État des tués et blessés pendant le siège de Pondichéry

lues ou morts de leurs blessures. . 9 blessés 19

Officiers

Régiment de Pondichéry et bas officiers

Cannoniers

Bourgeois

Cipayes et topas

Travailleurs

tués ou morts de leurs blessures.. 45 blessés 143

tués ou morts de leurs blessures..

blessés

tués ou morts de leurs blessures..

blessés

tués ou morts de leurs blessures..

blessés

tués ou morts de leurs blessures., blessés 148

Total

Consommations des munitions de guerre pendant le siège :

Poudre, milliers IGO 000

Boulets 34 000

Bombes 1 950

Fascines 20 000

Cartouches 900 000

Canons cassés et démontés 164

Pertes des Anglais aux attaques de Pondichéry :

Officiers tués 54 hommes.

Soldats européans. 489 —

Cipayes 4 578 —

Palis 2 000 —

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