‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 3 sur 230 · X INTRODUCTION GENERALE · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION GENERALE

peut porter obstacle à l'impression d'un ouvrage aussi piquant.... Les Mémoires du général seront un monument historique où tout le monde viendra puiser les renseignements et les faits de la Révolution.... »

Lettre du sieur Abeille, maire de la commune d'Ampus (Var),, à M. Rousselin de Saint-Albin, en date du 5 novembre 1830 : « J'attends avec impatience de lire les Mémoires de feu mon oncle... ».

Lettre de M. Pierre Grand, avocat à la cour royale, à M. Rousselin de Saint-Albin, en date du 24 août 1831 : «... Dépositaire des papiers de Rarras, vous avez entre les mains les documents les plus propres à démontrer qu'il est toujours resté fidèle aux principes qui l'avaient fait Directeur.... Le pays réclame depuis longtemps les Mémoires de Barras, qui lui ont été solennellement promis. Il y a plus de deux ans et demi que j'annonçais devant les premières chambres du tribunal et de la cour de Paris que les Mémoires de Barras paraîtraient avant peu.... Citoyen, m'écriai-je, Rarras remplissait un devoir de citoyen en dictant des pages qui seront bientôt de l'histoire.... »

Enfin, je puis encore invoquer un dernier témoignage, absolument décisif, à ce qu'il me semble. J'ai trouvé dans les papiers de M. Rousselin de Saint-Albin une « chemise » renfermant un certain nombre de feuillets manuscrits couverts de l'indéchiffrable écriture de Rarras. La lecture de ces feuillets, comme de tous ceux qui me sont également parvenus, prouve indubitablement qu'on a sous les yeux tantôt de simples notes, tantôt de véritables fragments, complètement rédigés. Sur la « chemise » est écrit, de la main de M. Rousselin de Saint-Albin : Récit de Bairas sans interruption depuis le i8 Brumaire jusqu'en 4828. Événements particuliers. Et au-dessus : Employé.

L'authenticité des Mémoires de Rarras ne peut donc être mise en doute. Ces Mémoires, projetés par l'ex-Directeur dès 1819, ont été pendant les dix dernières années de sa vie l'objet de sa constante sollicitude. Il en a rassemblé les matériaux lui-même; luimême a écrit ou dicté des notes plus ou moins longues qui devaient servir à la rédaction définitive. On savait dans son entourage qu'il travaillait à cet ouvrage, on en annonçait la publication, on l'attendait avec impatience, comme devant contenir des révélations « piquantes » sur les hommes et les événements de la Révolution, et surtout comme devant répondre victorieusement aux attaques dirigées contre l'ancien membre du Directoire. Par quel enchaînement de circonstances ces Mémoires, célèbres avant même d'avoir paru, sont-ils restés inédits jusqu'à ce jour? C'est sur quoi il importe de donner maintenant quelques éclaircissements.

III. — DÉBATS ENTRE MM. ROUSSELIN DE SAINT-ALBIN ET PAUL GRAND AU SUJET DE LA PUBLICATION DES MEMOIRES DE BARRAS.

Dans un codicille en date du 30 septembre 1827, Barras avait ajouté à son testament la clause suivante : « M. de Saint-Albin s'adjoindra Paul Grand pour la rédaction de mes Mémoires, sous les ordres de ma femme, et le prix leur sera dévolu à chacun au marc la livre, et Courtot entrera dans le bénéfice ».

Cette disposition l'ut l'origine de longs débats entre les quatre personnes qu'elle intéressait.

Les papiers de Barras remis à M. R. de Saint-Albin quelques heures après que l'ex-Directeur eut rendu le dernier soupir se composaient d'un nombre considérable de pièces : lettres autographes de généraux, d'hommes politiques, de personnages célèbres, rapports, documents de toutes sortes, les uns conservés par Barras au moment où il rentra dans la vie privée en 1799, les autres rassemblés par lui dans la suite, en vue de la composition de ses Mémoires, comme l'atteste la lettre, citée plus haut, d'une fille de Tallien. S'il faut en croire M. Paul Grand, le nombre de ces pièces n'aurait pas été inférieur à quinze mille. Outre ces précieux documents, les deux grandes malles déposées chez M. R. de Saint-Albin, dans la nuit du 29 au 30 janvier 1829, contenaient les fragments des Mémoires dictés par Barras ou rédigés de sa main et les notes sur lesquelles il avait consigné tel de ses souvenirs ou telle de ses médisances et de ses rancunes. La tâche de M. de Saint-Albin était d'abord de « classer, de mettre en ordre les manuscrits de Barras », et, ce premier travail accompli, de procéder à la « rédaction dernière » des Mémoires, dont Barras n'avait pas eu le temps d'arrêter lui-même la forme définitive.

On remarquera que ces expressions de M. Paul Grand, déjà citées plus haut, déterminent avec toute la précision désirable la part respective de Barras lui-même et de M; Rousselin de Saint- Albin dans la composition des Mémoires. Il ne serait pas juste de dire qu'ils sont d'un bout à l'autre de la main de Barras; mais j'affirme qu'ils sont l'expression absolument fidèle de la pensée, des jugements, et particulièrement des haines de l'ancien membre du Directoire. Toutes les notes, tous les fragments autographes de Barras que j'ai pu retrouver et que j'ai comparés avec les passages correspondants des Mémoires sont, sauf un, * en parfaite concordance quant au fond, sinon quant à la forme, avec la rédaction de M. R. de Saint-Albin.

\. Voir p. XLV, note 8.

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