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2. Archives du Ministère delà Guerre, dépêche de Barras, du 29 août 1703.
DES MEMOIRES DE BARRAS. Il
qu'un crime abominable comme celui de la tradition de Toulon aux Anglais venait d'être commis. Mais je me demande oii le représentant montagnard Paul Barras a pris le droit de dénoncer le « jacobinisme » du Souper de Beaucaire.
Ne cherchons pas : il l'a pris dans sa haine. Et c'est cette môme haine — et elle seule — qui lui a dicté le reste de ce chapitre. Oii aurait-il puisé, si ce n'est à cette source, l'étrange et inattendue révélation qu'il nous fait de la ressemblance physique de Bonaparte et de Marat? Quant aux analogies morales, c'est le marquis de Sade qui les fournit : même soif de sang, affirme Barras, chez le « divin marquis » et chez l' « ogre de Corse » — comme on dira plus tard, en 1814, dans l'édifiante littérature royaliste que l'invasion fît éclore. En le comparant à un monstre tel que Napoléon, Barras est sévère pour de Sade. Ne se souvient-il plus, l'ingrat, de ce joli exemplaire de Justine, que l'auteur eut la galante idée d'offrir à chacun des membres du Directoire — lesquels n'eurent pas le mauvais goût de se montrer scandalisés de ce don, — et que le général Bonaparte revenant d'Egypte, en sauvage qui n'entend rien aux gracieuses recherches de l'imagination, fit brûler quand le marquis eut la malencontreuse idée de lui en faire hommage également * ? Barras sait bien d'autres choses encore. Il a conservé le souvenir de la servilité de Bonaparte à l'égard des représentants 2, et aussi du ton « absolu et décisif » dont le jeune officier aurait usé envers son chef, le général Dugommier. On remarquera qu'il y a là quelque chose d'un peu contradictoire. Sans doute, je n'ignore pas les étonnantes facultés de comédien, les grâces souples et perfides que Bonaparte savait déployer quand il voulait séduire — ou tromper. Des deux reproches que Barras lui adresse ici, j'admettrais pourtant plus volontiers le second. Je croirais sans peine à la raideur de ce ton impérieux où déjà se révélait le maître. J'ai des doutes, au contraire, sur cette humilité de son attitude à l'égard de < ces imbéciles », de cette « race d'ignorantacci », ainsi qu'il traitait, vingt ans après, devant O'Meara les représentants de la Convention aux armées.
Et ce n'est pas à Bonaparte seul que s'attaque Barras dans ce venimeux chapitre. Lucien Bonaparte y est mis en cause comme son frère. En attendant que les autres membres de la famille
1. Voir Biographie universelle, collection Didot, tome XLII, p. 998, notice sur de Sade.