‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 52 sur 230 · CHAPITRE I a · texte numérisé non relu

CHAPITRE I a

des galères, grand cordon rouge, commandant à Marseille, plusieurs écrits concernant les constructions navales et la position des côtes de la Méditerranée.

Melchior de Barras, mon oncle, vice-amiral, marin très distingué, fut nommé au commandement de Brest en 1760, puis à celui de l'escadre française aux Etats-Unis.

Quoique le commandement de M. de Barras fût indépendant, il ne balança pas, sur l'invitation de Rochambeau, à voler au secours de M. de Grasse dont l'escadre, engagée témérairement dans la baie de Chesapeake, était compromise par la supériorité de celle des Anglais. En présence de la flotte ennemie, par une belle manœuvre, il mouilla dans la baie et alla se joindre à M. de Grasse. Il signa la capitulation à laquelle fut forcé Cornwallis par le général Wasbinglon, remit son escadre à M. de Grasse, dont il prévoyait les malheurs, et partit pour Paris, après avoir contribué à la prise de New-York.

Le dévoûment désintéressé de mon oncle lui mérita l'estime du public, lui valut à la Cour la réception la plus honorable, et des félicitations de Louis XVI, qui le fît lieutenant général et grand-croix de Saint-Louis. Monsieur, frère du Roi, s'unit à ces suffrages, compara la belle conduite de mon oncle à celle du maréchal d'Estrées. Le ministre de la marine, M. de Castries, fut le seul qui ne parût point satisfait. M. de Barras, dans un entretien où il croyait la vérité permise à l'égard d'un ministre, lui avait prédit les événements désastreux qui attendaient M. de Grasse, son protégé. En effet, l'on apprit bientôt que, pour sauver un vaisseau, le Zélé, au moment où, affalé sous le vent, il allait tomber au pouvoir de l'ennemi, M. de Grasse livra bataille et fut complètement défait par l'amiral Rodney. C'est dans cette Journée que M. de Grasse perdit son beau vaisseau amiral la Ville de Paris. Sans ce mouvement imprudent, réuni quatre jours plus tard à l'escadre espagnole, il eût compensé larges

ment la perte du Zélé; et, devenu supérieur en forces navales, il aurait certainement remporté la victoire.

Mon oncle refusa d'aller présider le conseil de guerre qui devait juger M. de Grasse, sur des instructions qui seraient données par le gouvernement. Mon oncle était de ces hommes qui ne veulent obéir qu'à leur conscience.

Mon père avait fait la guerre de Corse sous M. de Marbeuf. De misérables moyens furent mis en usage pour subjuguer ce pays; de cruelles vengeances ne sont pas des moyens de conciliation. On attribua de grandes négligences au général en chef dans les devoirs militaires, à son commerce de galanterie avec une femme peu célèbre alors, qui l'est devenue depuis comme mère d'un personnage devenu luimême trop fameux. Ne voyant point d'issue à l'expédition de Corse, mon père quitta l'armée et revint à Fox, chez Mme de Castellane-Montpezat, sa tante; il épousa sa petitefîlle, elle possédait de grandes vertus : belle, modeste, d'un sens exquis, populaire, charitable, toujours livrée aux soins de la famille, et occupée de l'économie qu'exigeait une fortune devenue médiocre par les prodigalités de mon aïeul. Cependant, grâce à l'ordre qu'elle avait établi dans la maison, mon père vivait honorablement. Il avait de l'esprit, de l'instruction, une prodigieuse mémoire. Il a laissé des manuscrits sur la guerre de Corse, sur le régime municipal et les corvées établies dans ce pays. Avec des connaissances en administration qui lui permettaient de remplir les premiers emplois, mon père préféra la tranquillité de son manoir aux tumultes de la Cour, où il était appelé par MM. de Vogué, de Talaru, Davarée (sic) (d'Avaray?) et de Chabrillane, nos alliés.

Mon père et ma mère, qui avaient l'estime, la vénération du peuple, n'étaient pas moins recherchés par la noblesse : les Blacas, les Pontevès, les Castellane prétendaient à notre parenté. La société admise au château y trouvait de l'esprit,

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