CHAPITRE I. S
de la bienveillance et bon accueil, sans étiquette. Ces premières relations sont une première éducation.
Mon enfance, laissée aux soins seuls de la meilleure des mères, n'eut d'autre direction que sa tendresse; car je ne puis point parler de mes études. J'en avais fait de mauvaises dans un pensionnat, ensuite dans le couvent des Carmes. Le prieur, entièrement occupé des religieuses, m'avait confié à un père Cajétan peu instruit et infirme. La communauté ne suffisait point à ses besoins journaliers : mes petites épargnes venaient au secours du pauvre père. Mon cœur était bon, mais le moral ne pouvait échapper aux conséquences du physique, ma santé était robuste. Dès l'âge de quatorze ans, un sentiment d'indépendance et d'exaltation se développait en moi : actif et courageux dans les dangers, si le calme semblait diminuer mon énergie elle était remplacée par l'attrait des plaisirs, qui souvent m'ont détourné de mes devoirs. Je m'adresse ce reproche dès le commencement de ma vie, en avouant encore qu'il peut s'étendre jusqu'aux circonstances plus avancées de ma carrière; ne voulant pas me surfaire ni me vanter, je suis pressé de montrer aussitôt le fond de mon caractère. Je reconnais que dès lors, peu propre aux travaux de cabinet, j'ai eu peine à en prendre le goût dans la suite; mais, avec un sens droit, j'ose dire que presque toujours mes premières pensées ont été justes, comme mes premiers mouvements ont toujours été généreux.
Mon père songeait avec toute la sollicitude d'un bon cœur à l'établissement de ses enfants. J'avais deux frères et une sœur, qui tous, après un pèlerinage assez long dans la vie, ont péri malheureusement. Quoiqu'il eut refusé d'aller à la Cour, mon père entretenait des relations d'amitié avec quelques personnages qui lui faisaient pour sa famille des offres de service.
M. de Talaru, qui me témoignait beaucoup d'intérêt, lui
avait proposé une place de page pour moi, chez M. le duc d'Orléans. Mon père me communiqua ce qu'on lui écrivait à ce sujet : je fus révolté qu'on eût pu croire que j'accepterais une livrée, même celle d'un prince populaire, et qui nous portait quelque affection. Mon père m'embrassa et me dit : K Tu as raison; plutôt soldat! »