CHAPITRE VU
Tableau de la France en 1788. — Résistance des parlements. — Lit de justice. — Etats provinciaux. — Assemblée des notables. — Son opposition. — Embarras du ministère. — Cour plénière. — Parlements supprimés . — Exil du duc d' Orléans . — Fureur du peuple.
— Brienne et Lamoignon. — Misère du peuple. — Violence de la Cour. — Affaire Réveillon. — Les gardes françaises . — Leurs officiers. — Le caporal Hoche. — Le sergent Lefebvre. — Necker.
— Caractère de ce ministre. — Son génie financier. — // rend un service décisif. — Etats généraux. — Le mot de Mirabeau. — Prise de la Bastille. — J'i/ assiste. — Sortie des prisonniers. — Le marquis de Sade. — L.aure et Pétrarque. — Caractère du marquis de Sade. — Ses mœurs et son système. — Ses écrits. — Sa fin.
— Doctrine de M. de Sade. — Ses nombreux sectateurs. — Le médecin Corona. — « Sacre et massacre ! »
Tandis que la France réclamait de toutes parts contre Toppression, Tadministration était livrée à des hommes présomptueux et sans expérience. La dissolution des mœurs était poussée au dernier point; les courtisanes et le clergé rivalisaient d'avidité, d'insolence et de débauche; la vertu, non plus que le talent, n'avait aucune part aux faveurs du gouvernement. La nation, soulevée déjà contre ces innombrables abus, s'imagina de placer ses réclamations sous fa protection des parlements, qui eux-mêmes l'avaient souvent opprimée : les parlements furent exilés; leur exil ne fît qu'aigrir le peuple. Louis XVI fut forcé de les rappeler : ils
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rejetèrent les édits bursaux. Le roi tint un lit de justice. Son commandement impératif d'enregistrer tous les actes émanés de sa volonté fut critiqué et inexécuté. La résistance des parlements et le cri de la France contre le projet de nouveaux impôts, contre la dilapidation de ceux déjà établis et versés au Trésor, inquiétèrent la Cour. Un publicisle moderne a dit qu'il y avait de l'argent au fond de tout : il est vrai que l'intérêt est la langue la mieux et le plus généralement entendue des peuples. La révolution d'Angleterre commença par le refus de Hampden de payer quelques centimes d'un droit imposé sans loi par Charles P^ Le peuple s'écria : « Point de loi, point d'impôts! »; on y ajouta : a Liberté de conscience! ». Plus ou moins comprimé sous Charles II et Jacques II, ce cri, jamais étouffé, et retentissant toujours dans les cœurs, ne s'est reposé qu'à l'expulsion de ces Stuarts, en 1688, époque où il a été consacré qu'il y avait contrat réciproque entre les peuples et les rois, et que la prétention du droit divin était elle-même un crime capital.
Les parlements et les états des provinces réclamèrent la convocation des Etats généraux; le gouvernement crut les éluder en appelant les notables. Le Roi, qui personnellement ne participait point lui-même au gaspillage des finances, n'obtint cependant rien de l'estime qu'on accordait à sa personne. L'assemblée des notables, divisée en bureaux, dont plusieurs présidés par Monsieur et par le duc d'Orléans, devint opposition, et annonça qu'on ne pouvait se dispenser de convoquer les Etats généraux.
Le ministère était fort embarrassé pour combler le déficit des finances : « Les eaux, comme le disent les Anglais, manquaient au vaisseau de l'État ». Croyant pouvoir se passer encore des Etats généraux, on créa la cour plénière; le Châtelet fut autorisé à juger provisoirement en dernier ressort pendant l'absence des parlements. Toutes ces innovations étaient loin d'aller au but. Elles causèrent de si fortes