‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 81 sur 230 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Assemblée constituante. — Ses principes. — Ses triomphes. — Emi- <j^ration. — Distinction entre les émigrés. — La garde nationale. — Lasalle. — La Fayette. — Repas des gardes du corps. — Imprudence du Roi. — Grand scandale. — Couleurs nationales foulées aux pieds. — Le peuple à Versailles. — Défection du régiment de Flandre. — M. de la Fayette. — Violence du peuple. — Le Chdtelet. — Le château forcé. — Le Roi contraint de quitter Versailles . — Crainte des entreprises de la Reine et du comte d'Artois. — Conjecture hasardée. — Popularité du duc d'Orléans. — Le comte d'Artois émigré.

L'assemblée des États généraux, après s'être « constituée », septomhr

développait ces principes éternels, imprescriptibles que les peuples doivent revendiquer le jour où ils le peuvent. Elle ( prononçait la suppression des parlements, de la féodalité, des ; corvées, de tous les privilèges onéreux surpris sur la nation; ] elle décrétait l'égalité et l'admission de tous les Français aux emplois publics; elle abolissait les lettres de cachet; et pour garantir davantage la liberté qu'elle restituait au peuple, elle faisait démolir toutes les bastilles. Un pareil début ne pouvait manquer d'élever l'Assemblée « constituante » au plus haut degré de considération et de confiance nationale.

A l'aspect dos triomphes progressifs qu'obtenait l'Assemblée par la puissance de l'opinion et de l'estime du peuple, bientôt une faible minorité des membres du clergé et de la noblesse crut, dans le désespoir de son aristocratie tenace.

devoir se mettre à émigrer pour éviter le combat, et se dispenser du courage personnel en commençant par invoquer Fappui des puissances étrangères. Ce premier exemple entraîna d'autres prêtres et des nobles, suivis de quelques vassaux et de bourgeois anoblis ou qui aspiraient à l'être. Ces derniers, dans leur ferveur de novices, comme déserteurs de la France, né tardèrent pas à devenir ses premiers ennemis. Hâtons-nous de ne pas confondre avec ces misérables transfuges volontaires les infortunés que, dans la suite d'une révolution terrible, Timminence du danger força de quitter momentanément le sol ensanglanté de la patrie! Mais ceux qui, spontanément, en haine de la liberté et de Fégalité, et par impuissance de vivre dans leur pays autrement que par des privilèges, ont osé appeler la guerre étrangère, coopérer au traité de Pillnitz qui devait démembrer leur patrie, qui ont demandé de l'or pour organiser l'assassinat dans leur pays, me croirai-je aujourd'hui trop sévère si je les ai, au moment des périls qu'ils nous avaient suscités, considérés comme des monstres à figure humaine? Le jugement de Salomon sur les deux femmes qui se disputaient l'enfant dont toutes les deux se prétendaient la mère, me semble avoir décidé la question entre les émigrés et les patriotes défenseurs du pays; Salomon jugea que celle qui avait horreur de l'idée de partager l'enfant par morceaux était sa véritable mère : il prononça qu'il lui appartenait.

Au moment où le 14 Juillet avait éclaté, la garde nationale fut créée et comme électriquement levée dans toute l'étendue de la France : elle avait eu pour premier commandant un vieux général, Lasalle, homme fort loyal et bon citoyen. Il fut, en raison d'un soupçon peu motivé, sur une prétendue histoire de poudres cachées, déplacé de ce poste, et remplacé par M. de la Fayette, nommé par acclamation commandant de la garde nationale de tout le royaume.

La Cour, croyant pouvoir encore contrarier le vœu national,

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