‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 83 sur 230 · CHAPITRE VIII. Co · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. Co

croyaient les défenseurs de la royauté, parce qu'ils s'étaient enivrés quelques jours auparavant dans l'orgie des gardes du corps, avaient péri dans l'attaque du château. Les survivants, devenus modestes à leurs dépens, se hâtant de quitter la livrée royale, endossèrent l'uniforme national, et fraternisèrent avec le peuple, qui les protégea jusqu'à Paris. Le Roi établit sa résidence au château des Tuileries, l'Assemblée nationale fut placée au manège des Feuillants. Une conjecture qui sortait de l'intérieur même du château de Versailles, et qui me paraît fort hasardée, éveilla des craintes qui se répandirent tout à coup. On disait que le Roi devait être forcé d'abdiquer, d'éloigner Monsieur du royaume et de donner la régence à la Reine; que le comte d'x\rtois, nommé lieutenant général du royaume, devait, pendant la nuit du 5 octobre, se rendre dans la chambre du Roi pour le déterminer à subir ce projet. M. le comte d'Estaing, prévenu du complot, coucha dans la chambre du Roi. On entendit du bruit, mais personne ne parut. Ce qu'il y a de plus certain que cette bizarre entreprise, c'est que si le duc d'Orléans, dans l'état d'irritation qui animait les esprits, le duc d'Orléans, que la haine de la Cour rendait toujours plus populaire, si le duc d'Orléans, dis-je, se fût montré dans ce moment avec quelque velléité d'ambition, il aurait été naturellement placé sur le trône. Remarquons d'ailleurs que dès le lendemain du 14 Juillet, c'est-à-dire déjà depuis près de trois mois, le comte d'Artois avait pris le parti peut-être le plus sage dans sa position ou dans son caractère, celui de quitter la France; et il n'était pas vraisemblable qu'il fût revenu furtivement dans la nuit pour s'emparer du pouvoir, faire abdiquer le Roi et bannir Monsieur, son aîné.

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