‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 84 sur 230 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Alarmes des nobles et des prêtres. — Ils invoquent l'étranger. — La Cour cJicrclie à capituler. — Mirabeau. — Mot d'un homme d'esprit. — Conduite de Monsieur. — Sa conférence avec le Roi. — Il est premier ministre. — iSes lettres au duc d'Avaray. — Depuis] M. Decazes veut les acheter. — Mot de Louis XVIII à ce sujet. — Je retourne en Provence. — Je me marie. — Assemblées éleclorales du Var. — Avignon. — Carpentras. — Guerre, civile. — Jourdan Coupe-Tête. — Le prêtre Escoffîer. — Le maire d'Avignon. — Le banquier Audijfret. — Médiation. — M. de Corbeau de Saint-Albin.

— Antonelle. — On veut pendre l'un de nous. — Assemblée de Sorgues. — • Sa résolution. — Marche de Jourdan. — Le soi-disant marquis de Rovère. — Combat. — Excès de l'armée de Jourdan.

— La Glacière. — Violence du caractère provençal. — M. deMazan.

— Je quitte le Comtat Venaissin. — Envoi de commissaires dans le département de Vaucluse. — Journée des Poignards. — Bailly et Lafayette au Champ de Mars. — La loi martiale. — Fatigue de l'Asseinblée constituante . — Vrais et faux constitutionnels. — Revision de la Constitution. — Retour de Varennes. — Le Roi accepte la Constitution. — Faute grave de l'Assemblée constituante.

— La Législative.

A l'arrivée du monarque à Paris, les nobles et les prêtres de la minorité ne manquèrent pas de se récrier contre ce qu'ils appelaient la violation exercée contre le Roi, et de déclamer contre les lois populaires décrétées par l'Assemblée. Ils invoquaient déjà les puissances étrangères pour soutenir le trône et l'autel, qu'ils disaient ébranlés et qu'eux-mêmes

chaque jour ils ébranlaient davantage en voulant y appuyer les étais pourris de leur architecture vermoulue.

Des troubles sérieux se manifestèrent sur divers points de la France; de bons citoyens et de braves militaires succombèrent dans le commencement de la lutte, mais la défaite des ennemis delà liberté put faire présager à qui demeurerait la victoire entre les défenseurs et les adversaires du nouveau système, si le combat venait à s'engager.

Peu encouragée sur l'emploi des moyens de la force, la Cour voyait s'élever une puissance qui lui était inconnue, celle de l'opinion publique qui venait régénérer la nation; il fallait songer à aborder moins directement une puissance trop difficile à attaquer de front. Dans l'idée de tenter la conscience des chefs du parti patriote, la Cour s'adressa d'abord à celui de ces chefs qui était le plus exalté contre elle et qui était sans doute le plus redoutable. Des négociateurs furent choisis pour traiter avec Mirabeau à prix d'argent. Il paraît certain que Mirabeau écouta des propositions : on lui demandait de servir ou plutôt de secourir de son influence le gouvernement auquel lui-même avait le premier déjà porté de terribles coups. Mirabeau devait avoir quinze ou vingt mille francs par mois et la perspective d'un ministère. « Mirabeau put se vendre, a dit un homme d'esprit, mais certainement il ne se livra point. )> C'est Monsieur, depuis Louis XVIII, prince de bonne heure exercé à mépriser les hommes et à les corrompre, qui fit ce traité avec Mirabeau.

Monsieur, qui, dès l'Assemblée des notables, et auparavant, s'était prononcé contre les abus, était consulté par Louis XVI, qui l'appelait avec d'autant plus de confiance qu'il éprouvait plus de peur. Dans une conférence particulière qui eut lieu alors entre les deux frères, on racontait que Monsieur avait représenté avec quelque énergie au Roi les désordres qui gagnaient depuis quelque temps, que son

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