CHAPITRE XIII
peuples de Bologne, Ferrare, Milan, nous supplient de protéger leur indépendance. Bonaparte nous a fait les plus grands éloges de leurs dispositions.
Au moment où nous recevons les nouvelles des victoires lie nos diverses armées, Cochon vient nous en donner une qui n'est pas tout à fait aussi complète. Il devait hier soir arrêter Drouet chez son beau-frère : il l'a manqué d'une minute. Pour nous dédommager, il nous présente l'extrait de la correspondance de Lyon, des Basses-Alpes et d'Avignon : elle fait craindre de nouveaux troubles.
7 Fructidor an IV.
Le projet de traité avec le Pape est mis à la discussion. Cochon 3 Fructidor l'interrompt pour donner lecture d'une affiche placardée à Lyon et ''^'^ ^^• extraite du Miroir. Il la dit écrite dans un bon esprit. Rebwell la trouve détestable : c'est du royalisme tout pur.
Le Directoire avait renvoyé à son bureau militaire un projet de 6 Fructidor message relatif à la dépense des armées en temps de paix. Carnot pense que l'armée doit être fixée à cent soixante-dix mille hommes. Je crois qu'elle peut l'être à deux cent mille, et que ce nombre, nécessaire à la défense de la France, n'est pas exorbitant pour sa population et ses revenus, si l'administration de la guerre est enfin régularisée. Le Directoire adopte.
Une longue discussion s'établit sur les radiations d'émigrés. Il ne doit plus être exercé de rigueurs, encore moins de vengeances; mais la loi doit être exécutée.
Le général Mouret écrit du Midi que les Anglais, pour pénétrer en France, emploient la ruse de dire qu'ils viennent parlementer. C'est la manière dont ils s'y sont pris à l'époque de la trahison de Toulon. Les ministres feront connaître aux commissaires et aux généraux des départements que, sous aucun prétexte, aucune communication ne doit être tolérée avec les Anglais.
Carnot présente un projet de suppression des états-majors de l'intérieur et des côtes de l'Océan. En votant pour cette économie, je demande que l'armée des Alpes y soit comprise, cette armée étant maintenant elle-même aussi inutile que son état-major. Carnot le reconnaît : ce sera l'objet d'un travail particulier.
Rewbell et Letourneur sont constamment aux prises. Le premier veut réprimer le royalisme et la réaction qui se prépare; l'autre Ine voit qu'anarchie et terreur.
L'ex-conventionnel Pochole, éloigné de Paris par la dernière mesure, sollicite la permission d'y revenir. Carnot s'écrie : « Point
8 Fructidor
10 Fructidur an IV.
an IV.
d'exception : d'ailleurs je l'ai vu siéger à la Montagne. — Et toi, où siégeais-tu? » demande Rewbell. Pochole ne méritait point l'apostrophe de Carnot. C'était un patriote sage, aussi modéré avant qu'après le 9 Thermidor : la probité n'a jamais manqué à ses opinions.
12 Fructidor La Correspondance officielle nous apprend que de nouveaux assassinats se commettent dans le Midi. Je répète que l'exaspération y est encore excitée par les fonctionnaires civils et militaires, qui devraient la calmer et réprimer tout excès. Je demande que des troupes soient envoyées dans ces contrées où s'organise la guerre civile; que les généraux qu'on sait y avoir porté leurs passions personnelles soient remplacés par des généraux étrangers aux partis et sincèrement dévoués à la République. Le Directoire croit qu'il suffit de faire connaître les faits par la voie des journaux. On en excepte le Rédacteur, parce que c'est notre journal officiel.
14 Fructidor Malgré les dissentiments malheureusement toujours croissants qui troublent le Directoire, j'ai toujours pensé que les intentions étaient unanimement pures; que le respect pour les pouvoirs et la nécessité de leur union étaient le principe qu'aucun de nous ne voulait délaisser. J'ai donc proposé, pour nous entendre sur les questions principales avec le corps législatif, de conférer avec ses commissions quand il serait besoin de quelques explications. En conséquence, la commission des finances est admise. Gibert des Molières fait l'énumération des fonds mis à la disposition du Directoire depuis son installation : Letourneur l'invite à déposer sur le bureau cette énumération. Gibert s'y refuse; Letourneur en demande acte et l'insertion au procès-verbal. Gibert se fâche. 11 prétend que Letourneur l'a insulté ; qu'il n'a de comptes à rendre qu'à l'assemblée des députés. Letourneur s'emporte; Gibert des Molières annonce qu'il se retire; nous nous empressons tous à calmer les deux adversaires. Nous les engageons à prévenir l'éclat, indigne des hommes qui se respectent. Letourneur se lève, se tait, pâlit; Gibert des Molières reprend séance.
Hoche écrit à Carnot avec toute la confiance qu'il a eue pour lui dès le Comité de Salut public; il mande qu'un comité royal est organisé à Paris; que des commissaires sont envoyés par ce comité dans les départements. Il demande qu'on lise ses dernières dépèches, ainsi que les papiers saisis sur l'adjudant de Frotté. N'y lit-on pas que c'est par l'opinion qu'il faut attaquer la République; que si les moyens de l'opinion sont insuffisants, comme disent les proclamations des princes, il faut en employer d'autres? Tout est permis lorsqu'il s'agit de rendre la liberté à la nation, et de renverser ses oppresseurs : « Comment, ajoute le général Hoche, pour-