‹ Mémoires;Chapitre 106 sur 302 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Rapports alarmants de Cochon. — Corbeilles de cocardes blanches.

— Letourneur à cheval. — Tournée nocturne. — L ordre du jour.

— Discours aigres- doux que m'adresse Cochon. — Nouveaux embarras. — Conspiration du camp de Grenelle. — Comment sont reçus les conspirateurs. — Cusset. — Javogne. — Le quartier général des conjurés. — Nouveau texte de calomnies contre moi. — Entraves à la défense des accusés proposées par Carnot et Letourneur. — Jugement de cent trente-trois prisonniers. — Real défenseur de Drouet. — Proposition de Letourneur. — Energie de Rewhell. — Les huissiers du Directoire. — Le messager d'Etat Roubaud. — Destitutions mesquines. — Exécution des condamnés.

— L'adjudant Lillet. — Vote inhumain de deux Directeurs. — Expédition d'Irlande et de Newcaslle. — Talleyrand. — Ses intrigues. — Opinion de Rewbell sur son compte. — Sa proposition illégale. — Ironie prophétique. — Mme la duchesse d'Orléans. — .Sa confiance en moi. — La fille du maire de Férole. — Le prince de Conti. — Mlle d' Orléans . — Lettre remarquable de Mme d'Orléans. — Activité de Cochon. — Plaintes de Merlin. — Alternative qu'il offre au Directoire. — Le général Hatry. — Cochon préside aux exécutions. — Félicitations dignes de lui.

Nous avons tous les jours de nouveaux rapports du -^ J^"j''y '^°'" ministre de la police, Cochon, sur les manœuvres publiques ou occultes de l'anarchie. Il a cru que Letourneur et Carnot étaient la majorité du Directoire; qu'ainsi il n'avait rien de mieux à faire que d'abonder dans leurs passions. En conséquence de ce système, il vient nous présenter un

nouveau rapport sur une réunion qu'il prétend exister, pendant la nuit, de beaucoup d'individus, la plupart membres des anciens comités révolutionnaires. Persévérant dans leur méchanceté, ces révolutionnaires ne veulent pas moins qu'égorger le Directoire et les Conseils, et proclamer la Constitution de 1793.

Un autre jour, il a l'air de vouloir faire compensation à sa colère contre les Jacobins, en faisant des rapports contre les Royalistes. Il nous apporte des corbeilles de cocardes blanches et des drapeaux blancs, qu'il dit avoir été commandés dans Paris par le prince de Condé; car les royalistes et les anarchistes s'entendent. C'est là le cauchemar de Carnot et de Letourneur. Celui-ci ne parle que de « ses résolutions de monter à cheval, si les Jacobins et les Royalistes viennent à bouger », Il nous apprend qu'il a déjà réellement monté à cheval et parcouru toutes les rues de Paris la nuit dernière; et il reconnaît avec autant d'orgueil que de regret que personne n'a bougé, parce que sans doute on le savait à cheval. Cochon sourit; mais la majorité du Directoire, qui commence à se fatiguer, et pour qui ses homélies deviennent fades et nauséabondes, passe à l'ordre du jour.

Frappé de ces défaites. Cochon regarde Carnot; celui-ci détourne la vue pour n'avoir pas à répondre à son regard.... Cochon, s'en allant, se tourne avec un respect caressant vers moi : « Quant à vous, vous voulez les soutenir toujours, citoyen Directeur : cela tient à votre bon cœur, autant qu>à votre bon patriotisme. Eh bien, cela n'empêche pas que vous êtes au premier rang de ceux dont Babeuf et Félix Le Pelletier ont conjuré la perte .»

Après ennui et lassitude, seul résultat de tant de tumultes et de dénonciations, le Directoire pouvait espérer quelques moments de repos. Mais dans Tétat où nous avions pris la France, mise en possession de toutes les libertés les plus

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