CHAPITRE XV
Bonaparte écrit de Caslelli, en date du 23 fructidor, qu'il a suivi l'ennemi dans sa retraite; qu'après plusieurs combats, Wurmser s'est jeté dans Mantoue avec les débris de la fameuse armée qui devait conquérir toute la France.
Le Directoire a pris des mesures pour que des renforts arrivent promptement aux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin. L'offensive doit être reprise partout; d'abord parce que c'est la méthode qui convient au caractère français, fortifié encore par l'esprit républicain; puis parce qu'il convient non moins essentiellement de soulager Bonaparte, qui nous mande sans cesse que des ennemis se portent plus en nombre contre lui.
L'aide de camp de Bonaparte, Marmont, est admis à présenter au Directoire, en audience publique, les drapeaux apportés de l'armée d'Italie.
Le baron de Mandesloke, ministre du duc de Wurtemberg, présente ses lettres de créance.
Les Prussiens ont été depuis longtemps appelés les Italiens 4» jour
compiomon-
dc l'Allemagne, c'est-à-dire que, se vantant toujours de la ^taire puissance dont leur grand Frédéric leur a laissé la réputation, ils paraissent n'avoir hérité que de sa fourberie; peut-être même ont-ils sous ce rapport fait des progrès en diplomatie. Ainsi, le Prétendant, avec lequel ils ont été d'accord dans tant de traités, venant à passer par Berlin, le roi de Prusse, sans égard pour le malheur d'un frère (à moins que le malheur ne soit pour les rois une raison d'abdiquer la fraternité), le roi de Prusse n'a pas permis que le Prétendant lui fût présenté. Son ambassadeur nous veut faire valoir cette conduite comme celle du caractère et de la fidélité du roi de Prusse à la République française. Nous sommes loin de reconnaître ce sentiment dans un acte de faiblesse qu'on peut bien appeler un acte de lâcheté; on peut même l'appeler un acte de trahison, dans le sens de l'union présumée des rois et du respect humain, pour ne pas parler de l'attachement qu'ils
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devraient se conserver entre eux. Mais si l'on a dit que les loups ne se mangent pas, je conviens qu'il n'en est pas de même des rois. L'électeur de Saxe, sans doute bien moins puissant et fort que le roi de Prusse, n'a pas cru pouvoir se dispenser d'accueillir avec quelques égards le Prétendant à son passage. Il ne manque point en cela à la neutralité qu'il a conclue avec la République française. Elle ne peut blâmer un acte de convenance et de respect pour l'infortune : c'est du respect pour soi-même et de la décence envers la société tout entière.
Le Directoire ayant autorisé le général Moreau à traiter avec l'Electeur palatin, une suspension d'armes avantageuse aux Français a été conclue. Les troupes de l'Électeur sont rappelées de la coalition; le passage libre des nôtres est ouvert dans ses États; il donne encore dix millions, des chevaux, des fournitures, des approvisionnements de toute espèce et des tableaux. Des plénipotentiaires seront envoyés à Paris pour négocier la paix définitive.
Le général Marceau est blessé à mort au combat d'Altenkirchen, par un Tyrolien embusqué dans les bois. Marceau n'avait que vingt-sept ans. Il avait déjà commandé en chef et promettait à la France l'une des premières capacités militaires. C'était en même temps un citoyen, ce qui se voyait encore dans les armées de ce temps-là. Les Français ont senti la grandeur de la perte qu'ils faisaient dans la personne de Marceau. L'armée ennemie elle-même lui a rendu les hommages funèbres.
Le système militaire d'un gouvernement qui dispose de plusieurs armées ne peut être que de les considérer toutes comme une seule, c'est-à-dire que tous leurs mouvements doivent partir d'une même direction, pour aboutir à un centre; les armées de Sambre-et-Meuse, d'après leur position topographique, ont du surtout être subordonnées à cette marche. Elle a de grands avantages, quand les généraux qui